Jelefaispourmoi

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Pas perdus.

janvier 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je suis sans doute dans le café le plus laid de tout Montréal. Les briques sont aussi fausses que les dents du serveur et l’on pourrait croire, se faisant aller l’imaginaire, qu’il en est de même du plancher. Il y a si longtemps que je suis partie loin de chez moi, je ne sais plus ce que c’est que de n’avoir sous les pieds rien pour s’ancrer, un sol étranger. 

Le plancher du café est immensément sale, rouge par endroits. Sous le gravier et les papiers-mouchoirs laissés par terre, l’on y décerne encore quelques empreintes, des traces de pas faites en calcium, qu’il est inutile de suivre puisqu’elles ne vont nulle part, puisque tous ont déserté. Ils ne sont plus là, ils sont partis. La vue qu’offre la fenêtre est dépourvue d’intérêt, un espresso dégueulasse me coûte trois dollars et mon humeur est comparable à celle d’un fermier à qui l’on aurait volé son tracteur. C’est une mauvaise journée. J’ai froid, j’ai faim et ce croissant ne sert à rien puisque son faux goût de beurre n’emplit pas ce vide auquel la nourriture ne peut rien.

Si j’inventais, je nous ferais nous rencontrer en des lieux très beautiful. Beautifully-très-beautiful. Dans ce défilement d’êtres et de ribambelles, une image est vite chassée par une autre. Je ne parle pas ici de Tinder, like it or not, mais de coeurs suspendus. Si j’inventais toi et moi, l’on ne se remplacerait pas.

J’ai croisé un être mignon-comme-tout cette semaine. J’allais en cours, c’était la rentrée, et, l’apercevant, je me suis mise à courir comme font les femmes éprises dans les films. Sauf que ma vie n’est pas une vue et le vent ne s’est pas levé pour se mêler à mes cheveux et j’ai dû me servir de mes doigts. Nos regards se sont soutenus et il n’y avait ni trompette ni confetti pour enjoliver le silence qui s’installait en moi au moment où j’aurais dû dire quelque chose. J’ai fait comme dans les films et j’ai échappé mes livres sur le sol, mais bien sûr, c’était sans faire exprès et c’est mon ego qui en a pris le coup. Je ramassais mes trucs l’air de rien et mon moi se fracassait sur le sol. Ce qu’il y a de joliment injuste avec la vie, celle qu’on dit réelle, c’est qu’elle vous laisse devant un homme mignon-comme-tout sans vous glisser un bout de scénario entre les doigts. Mauvaise comédie.

La sociologie, c’est regarder par la fenêtre et se voir passer. J’ai entendu un professeur dire ça aujourd’hui. C’est tout ce que j’ai retenu de son cours et le peu de poésie n’était même pas de lui. En sortant pour la pause, je me suis fait la promesse de ne plus y remettre les pieds. Je me demande encore comment j’ai fait pour endurer le ton de sa voix pendant plus d’une heure et demie. Qu’est-ce qu’il m’arrive d’être larve! Je fais de mon retour en classe une affaire très personnelle. Dans mon tout premier cours de maîtrise, j’ai dû prendre la parole et je me suis entendue dire : Je suis très peu intéressée par ce que vous appelez raison. Je ne m’intéresse qu’aux gens et à leurs émotions. Ça a fait rire tout le monde, mais ce que je trouve le plus drôle, c’est que je n’ai pas eu le temps de dire ce qui, moi, me fait marrer, de dire comme il me faut faire des efforts rationnels pour dire une chose pareille.

Si j’ai lu quatre romans cette semaine, c’est parce que j’ai recommencé l’université et que je suis une fausse adolescente qui refuse les contraintes et mesures d’austérité. Je retrouve ces envies d’écrire un roman. Il n’y aurait que des chapitres, plusieurs chapitres, des mots rédigés négligés en continu, entrecoupés, des suites de mots compartimentés et bien dressés les uns contre les autres, sans lien précis entre eux, aléatoires. Je ne dis ça que pour la forme. Je veux de ma voix qu’elle soit abstraite! J’ai l’idée d’écrire un monde fluide, flou, sans fin ni faille, mais puisque je suis un écrivain raté, je rédige du bla-bla, des brouhahas et je regarde je qui ne passe pas à la fenêtre de ce café pourri.

J’ai l’idée d’un long séjour à l’étranger, mais mes idées s’emmêlent comme mes cheveux entre mes doigts et il ne se fait plus que les idées pour s’envoler. J’ai l’idée de faire de ma vie une longue fiction, mais lorsque j’écris et qu’il arrive qu’on me reconnaisse, dans l’intensité d’une phrase ou au croisement d’émotions trop pures, presque vulgaires, je me sens fade, prise d’un ennui sauvage, inachevée. Mon coeur se serre et je construis des murs entre moi et le monde.

Devant tout ce monde qui ne m’est plus possible de suivre, mais sans lequel je perds mes mots et  mes manières, j’ai décidé de rentrer chez moi.

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Regards fuyants.

janvier 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Ferme les yeux.

Éteins la lumière.

Survie.

Aime. Bouge. Danse. Mange. Ouvre la bouche. Ferme-la. Mastique. Mâche. Mange. Avale. Avale. Suce. Brûle. Avale. Hurle. Crache. Vomis.

Tiens-toi debout. Rentre le ventre. Respire. Inspire. Expire. Respire. Ferme-la. Tiens-toi droite. Relève la tête. Roule les épaules. Rentre le ventre. Inspire. Expire. Expire. Expire. Inspire. Expire. Ouvre les yeux. Regarde. Regarde-le. Regarde-moi. Regarde en face. Contemple-le.

Il est là le massacre.

***

Il est là sous nos yeux et il faudrait faire comme si rien ne s’était passé, comme si l’on n’avait rien vu. Rien. Nada. Next. Il faudrait regarder les enfants mourir, les corps se tordre, se mutiler et se rompre. Il faudrait ouvrir nos téléviseurs et savoir laisser les images là où elles se trouvent. Derrière. Devant. Dans le cul. Il faudrait laisser nos corps se quitter sans laisser les empreintes que les doigts de l’autre y ont laissé. Il faudrait savoir camoufler. Il faudrait que tout s’efface. Ne plus voir, mais voir clair quand même. Il faudrait creuser au fond de soi, s’endurcir, marcher, courir et ne plus s’arrêter. Ne ralentir jamais, surtout pas où les mots font mal et où les lueurs d’espoir s’estompent.

Avance. Marche. Cours. Creuse. Crache. Mais marche encore et toujours devant, tête baissée. Lève la tête. Regarde. Regarde-le. Regarde-la. Regarde-moi.

Mais qu’est-ce que l’on se traîne! On se traîne, on s’encombre, on rampe et on regarde son voisin sauter devant, devant lui et devant soi, par la fenêtre et face au métro. Et lorsqu’on est à vif, lorsqu’on se retrouve nus et seuls l’un en face de l’autre, on est sens dessus-dessous et il ne reste plus que notre imaginaire pour visualiser la suite, les yeux fermés.

Les regards, c’est tout ce qu’il nous reste.

***

J’avais une amie très maigre à qui il lui arrivait de se trouver très grosse, immense, immonde, obèse, immatérielle. Prête à mourir, elle l’était. Et peut-être pour sentir qu’elle s’en sortait, elle cessait de s’alimenter et ça me foutait les boules. À chaque fois, je mangeais pour deux. À chaque fois, j’avais mal au coeur, mais comme elle refusait de manger, je refusais de m’arrêter. Je faisais semblant d’être pleine d’appétit, je jouais, mais comme je sais si peu jouer, son dédain d’elle-même m’a rendu malade; il me coupait de tout, de vous, et de moi aussi. Sa part de gâteau, je lui aurais vomi dans la bouche si elle me l’avait demandé, mais les êtres souffrent en silence et préfèrent crever de solitude plutôt que de la vivre à deux.

Une fois, il m’est arrivé de voir ses jambes. J’étais entrée dans sa chambre par surprise, sa chambre était un repère intime et l’on ne m’y attendait pas. Je m’en suis voulue. J’aurais dû savoir de ce corps qu’il n’acceptait pas les surprises pas plus que les marques d’amour ou d’attention. Je ne sais pas pourquoi je parle d’elle aujourd’hui. Peut-être pour dire de la scène qu’elle me blesse encore. Des jambes lacérées, des griffes et des traces de couteau sur la peau, ce sont des images qu’on n’oublie pas. Et peut-être pour dire que depuis je n’ai plus la télé chez moi. Il y a des images qui vous heurtent, vous tuent et vous fracassent de l’intérieur. Il y a des images qui hurlent, brûlent et vous mutilent, elles aussi.

Ouvre les yeux. Relève-toi. Regarde. Inspire. Expire. Respire.

Tiens bon.

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Aime.

janvier 4th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Écrire pour ne faire que ça : Diluer ses émotions.

Écrire pour ne plus s’entendre penser, pour ne plus les écouter dire, pour vivre en marge de soi et pour s’étendre nu sur un sol gelé. Le froid, c’est dur pour la face. Mes cheveux prennent des couleurs de neige, mes rides se tissent sur un visage vieillissant malgré lui et j’ai le corps givré. Si je ne sors plus maquillée, plus même le soir, c’est que j’aime avoir l’air fade dans ce blanc qu’ils disent immaculé.

J’aime venir ici démaquillée, me fondre dans le bruit du métro, me réfugier au son du piano et des balbutiements qui font surface chez les autres. Sortir du monde. Se laisser de côté. J’aime entendre ces femmes discuter les jeunes d’aujourd’hui. Entendre, sans écouter.

J’aime.

***

My career doesn’t exist. Isn’t one. Je vais devoir créer. Que ferai-je de toutes ces feuilles de papier? Les feuilles mobiles s’accumulent. J’ai parfois peur de tomber malade et de tout brûler.

Vouloir tout quitter. M’élever. La fuite en avant! 

Aller à la rencontre de l’Autre. Aller à la rencontre de l’Autre, pieds nus.

***

Je danse nue dans mon appartement et c’est tout qui s’abaisse, se rompt. Plus rien ne tient aux murs. Se cassent les cadres et se répandent les éclats des glaces sur le plancher. Bouddha, face contre terre. Je médite les mains au ciel et j’écris avec une musique sur laquelle je préfèrerais baiser. J’écris :

On est plus fort que ça, toi et moi.

Plus fort que quoi, papa?

On n’est pas des faibles, nous autres.

De son vivant, mon père m’emmenait dans les champs, là où les herbes étaient hautes et le soleil foudroyant. Il avançait d’un pas confiant et à une vitesse folle, j’avais du mal à le suivre. Son agilité dans la nature que chez moi rien n’égalait, je la croyais naturelle et je souffrais, courant derrière lui, la peur au ventre. Je craignais qu’il ne me laisse dans ce champ et qu’il ne revienne me chercher. Traumatisme de l’abandon. Je vis dans une ère où l’on psychologise tout et où l’on se croit brillants avec nos thérapies à 100 balles et nos postures de pigeon sur le sol. Je préfère encore écrire de ces souvenirs qui n’existent pas, cette enfance qui n’a pas eu lieue :

Non, on n’est pas des faibles, nous autres.

Mais qui sont ces faibles, papa?

T’inquiète pas Sabrina. On ne se laissera pas faire, toi et moi. Toi aussi, tu as connu la misère.

Mon père se parlait à lui-même à travers moi. Toute ma vie, je n’ai rencontré que des gens qui ne voyaient qu’eux-mêmes au fond de mon regard.

Précision : Mon père n’est pas mort, mais pour les fins de l’écriture, il arrive qu’il le soit comme il m’arrive de le pleurer.

***

Mes yeux palissent. Mes pupilles laissent s’échapper d’elles la couleur, l’agressivité. Je suis d’un sensualisme passif. Je laisse mes mains glisser le long de mes jambes et ma nuque s’étire comme mes lèvres s’entrouvrent. Plus-plus-plus de sensualité, de contact, de proximité. Moins de cul, de froid et d’étreintes trop fortes.

2015. Je n’ai plus peur d’étouffer.

***

Une femme regarde pleuvoir et pleure à la fenêtre. La voisine d’en face s’effondre en faisant sa lessive. C’est dimanche. Suivre deux vies en parallèle, deux solitudes. Construire deux femmes, deux sensualités. L’une ressent,  se raconte ; l’autre se cherche, digère mal et gèle sur place. Toutes deux souffrent, subissent. Des hommes viennent et s’en vont.

Elles ne se rencontrent pas. Il y a un certain blocage. La pluie ne fait pas que tomber. Les larmes ne font pas que couler. Non-dits. Démence. Vie. Surcharge de sensualisme. Sexe, fumée, luxure. J’aurais voulu naître quelqu’un d’autre. C’est ce qu’on lit dans leur regard. Seules, isolées, lointaines. Ce sont des femmes sans nom. La tristesse se tisse en ces femmes et entre elles.

Psy. Grand-père. Chien mort. Deuil. Confusion. Musique forte. Cri intense. Envie de vaincre le temps. En vie, d’ailleurs. Douces incertitudes. Ravissement.

Il se fait des grands thèmes d’écriture.

***

L’idée du texte d’aujourd’hui était d’écrire mes résolutions pour la nouvelle année, mais la vérité est que je n’en ai pas. 

Bien sûr, j’ai des projets : faire une tarte aux fraises et pétrir la pâte avec mes doigts, apprendre à mettre en conserve, acheter une plante et ne pas la laisser mourir, tenir mon journal sur une base régulière et me remettre à l’écriture manuscrite que je juge plus riche, plus vraie et plus profonde, diminuer ma consommation de caféine et de produits laitiers, aimer plus doucement et ne  retenir personne. Ne rien figer, laisser aller, danser plus, toujours plus, et vaincre mes peurs, celles qui se logent près du coeur. Je souhaite habiter mon corps, avancer spirituellement, Aimer et me remettre à voyager.

2015 est un chiffre comme les autres, mais je vous souhaite d’être dans votre corps et d’y être bien. Bien en-dehors.

Santé. Amours. Confettis.

Sabrina.

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D’étreintes trop fortes.

décembre 21st, 2014 · Ma vie, en tranches...

« Ceux qui traînent au lit ou dans la baignoire, ce sont les mêmes. Ils laissent monter jusqu’à leur coeur le chant des baleines bleues, la fugue royale du temps qui passe. »      Christian Bobin

Les émotions tissent toute ma vie. Les corps ne se parlent plus, mais je les sens qui se rapprochent. Je les sens qui se bousculent, se tordent et se mélangent, si bien, on ne les voit plus, plus qu’en marge d’eux-mêmes. Je ne les imagine que trop bien ces étreintes trop fortes et ces coeurs si brûlants qu’ils hurlent. On s’entend gueuler même dans le noir.

Un corps nu est étendu sur le plancher. Ses membres sont tous en-dehors. Son être est un carnage qui le poursuit jusque dans l’intimité. Nue, ce que je souhaiterais l’être tout contre toi! Mais je n’ai nul désir d’être douce ni mielleuse ni jolie. Je n’ai qu’une seule envie : celle d’être sale, hideuse et que se dégage de mon corps une forte odeur d’oignons, de merde et de tout ce qui te repousse, t’écoeure, t’éloigne. 

Douce envie d’écrire, puis envie sauvage. Peurs, désirs d’amour fou et tremblements. Un corps nu ensanglanté sur le plancher. Des larmes noires et de lentes valses roses. De la couleur partout, surtout en ces lieux où il ne s’en fait pas. Retire ta jupe. Pose-toi sur cette chaise. Regarde-moi. Regarde-moi encore. Je jouis de te voir me regarder. On ne jouit en fait que de ça. Ferme les lumières. Tire la couverture vers toi. Je ne veux plus voir de peau. Je ne souhaite plus rien voir de toi, de tes longs cheveux bruns et de ton corps si humide qu’il m’effraie. Tu me dégoûtes. Ton rire trop fort et ton bonheur trop grand. Je rêve d’un large tronc sec auprès duquel je m’allongerais et me laisserais crever. Crever seul, crever sale, la gueule sèche. 

J’ai envie de m’envoyer chier. C’est un soir comme ça. 

Il m’arrive de souffrir bien, de souffrir droit, de souffrir tendrement. Je te veux dans un lit de rêves et de verres cassés. Fais-moi mal, gentiment. Secoue-moi un peu, par la tête et par les pieds. Je suis une vallée de larmes et j’aimerais être Ducharme pour le dire, pour le dire en premier et que ses mots m’appartiennent. Le dire, comme tout m’avale : Tout m’avale! Je veux vivre et écrire à toute allure. Des cycles, des cycles et des cycles. Cyclothymique! Je m’emballe et tu t’embêtes. Je nous dessinais un château de brindilles et d’herbes folles et tu crachais dessus et même derrière.

De cet homme, il m’est arrivé de dire Il est parfait. C’est qu’il avait une odeur de cigarette dans les cheveux et dans le regard tant de tristesse. Se noyer près de lui était une avenue possible et j’y songeais parfois. Il m’aurait plu, de l’emprunter. Je n’ai jamais si bien nagé, mais il me semble que pour une fois et pour toute une vie j’aurais su.

À folle allure et d’allure folle, je lis mon poète favori; Bobin. J’espère pleurer, mais pour tout dire je ne pleure plus. Je suis dans la baignoire et je rêve que mon corps tout entier se recouvre d’eau et s’emplisse. Je souhaite de mon être qu’il se saoule, d’un moi liquéfié. Manquer d’air, puis manquer d’eau. 

Embrassons-nous sous le gui. Enfile mon pull avec moi dedans. Mon corps exprime l’envie de s’adoucir et de se laisser glisser entre plusieurs mains. Je suis kitche, fleur bleue et salope à la fois. J’ai envie de foutre le feu au miel, de foutre le bordel, de faire de ma chambre un zoo et de me laisser glisser jusqu’à toi. J’ai envie que ma bouche soit faible et de mes lèvres qu’elles soient douces. Mais elles gercent et je le vois bien. Je le vois bien que ce corps nu sur le plancher est le mien. Mort gelé. 

Je vis dans un pays que je songe bientôt quitter.

(Et j’aimerais ajouter ici ceci : Que le froid n’y est pour rien.)

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Calibrée.

décembre 15th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Il y a un an jour pour jour, je me faisais crisser là sur un banc de parc. Réécrire ses carnets, c’est replonger dans des sentiments qui ne sont plus, mais qui sont là quand même. Enfouie au creux, cachée quelque part, il y a lumière même dans ce qui est sombre. Lire mes maux un an plus tard rend mes souffrances du moment presque drôles. Si j’osais, j’ajouterais que ça leur donne un air joliment doux, puisque plus fragile. Le moment où j’écris ça est aujourd’hui et je vis une déception amoureuse d’un autre calibre. Et BANG! Et une de plus! C’est à mourir de rire comme je les accumule, ces histoires d’amour non réciproques. Je refuse de voir en elles des échecs. Pour ça, il se fait bien d’autres institutions. 

*** 

Journal. Décembre 2013. 

J’écris au plomb dans l’espoir que tout s’efface. Que les choses puissent encore s’effacer. M. m’a quitté sur un banc de parc et j’avais les pieds gelés. Je lui ai dit être amoureuse. C’était sans désir de le retenir, c’était… sans issue, j’ai bien vu. Mais puisqu’il n’est que du vent et qu’il ne fait que passer, une part de moi se détache et flotte au-dessus de lui, au-dessus de nous, au-dessus de tout ça. J’ai confiance. Je ne sais pas en quoi, mais puisqu’il faut avoir la foi, je me raconte quelque chose d’extravagant en quoi il m’arrive de croire encore. J’aurais aimé être celle. Je suis bien avec lui. Au passé. J’étais bien avec lui. Je ne me sentais pas seule près de lui. Plus que ça, je ne me sentais plus seule depuis qu’il était dans ma vie. Je pleure. Au présent. J’aurais aimé qu’il m’aime, qu’il revienne vers moi. Il est honnête. Je me construis sur de ces certitudes. Je m’envole en fumée. Il y a de la paix au fond de mon coeur. J’essaie de fuir la nostalgie. Je m’efforce de ne pas me projeter. C’est ici et maintenant que je souffre en paix. Je l’aime et c’est aussi ça : le laisser partir. Be Strong. S’il veut être tien, il reviendra. Blablabla. C’est OK. Tout ira bien. 

C’est sans attendre que le ciel brillera.

***

C’est aujourd’hui un temps pour les feuilles de mourir, un temps pour se mettre au piano et pour fumer au lit toute la journée ou au bain, de douces et fines cigarettes. C’est un temps jazz, un temps de fleur de peau, un temps de toi et moi. 

Des horizons et des chutes de coeur descendent le long de ma cuisse.

***

Pssssst. J’ai débuté la lecture de Pourquoi l’amour fait mal de la sociologue Eva Illouz, et, bien que je n’aie lu à présent que quelques pages, je sens déjà qu’en la modernité se trouve plusieurs de mes réponses, si non, une part de mes interrogations. 

Pssssst. Pssst. J’ai aussi lu cette semaine Ces mains sont faites pour aimer, de Pascale Wilhelmy. Mon passage préféré est deux phrases :  

« Je ne suis pas un être rationnel. J’ai quand même mes raisons. » 

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Assiette identitaire.

décembre 10th, 2014 · Ma vie, en tranches...

En Thaïlande, le végétarisme est un poisson. No meat? No problem. Sit here, I’ll bring you. Et tiens, la v’là ta pelletée de crevettes. Il y a même certains cuisiniers pour qui le poulet, c’est veggie aussi. Dans nos assiettes occidentales, le végétarisme se prend avec ou sans poisson, avec ou sans oeufs, avec ou sans lait, miel, et cetera. Il est multi-choix et pour tous les goûts. C’est vous dire comme il a le dos large.

Dans certaines régions du monde, le végétarisme puise ses racines à même de profondes valeurs spirituelles. Je songe à l’Inde et à cette impression que j’ai, si souvent, d’y avoir laissé une partie de ma vie. C’est en terres indiennes que je suis devenue végétarienne et, bien que cela puisse paraître étrange, j’ai le sentiment profond de l’avoir toujours été.

Ouvre ta bouche. Ouvre grand. Vroum-vroum! Et la voiture entre par la porte de garage. Mais que peut-on savoir de nos habitudes alimentaires si l’on nous insère une cuillère dans la bouche avant même que nous ne soyons en mesure de penser par nous-même? C’est bon pour l’éducation, l’avenir, comme pour la bouffe. Dis-moi ce qui se trouve dans ton assiette et je te dirai qui tu es. Dis-moi ce qui se trouve au bout de ta fourchette et je te dirai d’où tu viens.

Ma mère craint que je manque de protéines, de fer et de toutes ces merveilleuses propriétés et vitamines qu’on retrouve dans la chair animale et dont je ne savais rien avant ma « diète ». Mon médecin me dit top shape et, pour ma part, je ne me suis jamais sentie si bien. Cela dit, ma famille vient du Lac, je suis issue de cette famille steak-patates, parfois sans blé d’Inde, mon père est le meilleur cuisinier de steaks au monde, alors je comprends les sourcils qui se lèvent devant mes Avez-vous un met végétarien au menu?, Non, je ne mange pas de poisson non plus., Je suis désolée Grand-mère, ce n’est vraiment pas contre vous. Je sais comme elle est bonne votre tourtière.

Je ne m’explique pas comment le goût de certaines épices, la saveur des sushis et l’univers du bacon ont cessé de me faire envie. Je n’en ai aucune idée et très peu de souvenirs. Parfois, il me vient un craving pour les hot-dogs enfilés à trois heures du mat’. Lorsque ça arrive, je triche et je m’en clanche deux ou trois, complètement bourrée. Je suis quelquefois malade, d’autres pas. Le végétarisme n’est pas pour moi un choix rationnel. Et c’est tout aussi bien comme ça : Vegetarism fits me. Il n’est pour moi ni une tendance, ni un défi, mais un mode de vie. Il se fait tant de choses pour lesquelles on croit avoir le choix, et d’autres, qu’on ne choisit pas. Il m’aura fallu aller bien loin et attendre longtemps pour entendre ce que mon corps probablement savait. Cette faim qui est mienne.

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Matériel.

décembre 7th, 2014 · Ma vie, en tranches...

J’aimerais avoir au salon plusieurs coussins. Je les choisirais avec soin pour leurs couleurs vives et leurs styles orientaux. Je les disposerais sur le sol, nous y prendrions place et discuterions toute la journée. La vérité est que je déteste discuter, alors ces belles personnes prendraient place tout autour de moi et je les contemplerais débattre de toutes ces choses que je ne dis pas. C’est fou tous ces objets qui traînent sur nos vies, ces morceaux laissés derrière soi, ces meubles dans les pièces, ces hauts vases aux coins des murs et ces tapis sur le sol. C’est à n’y plus voir les murs ni le plancher. Combler le vide, anéantir l’espace, encombrer l’esprit. Se dépouiller me semble être tout ce qui reste à faire. Mais alors je reçois des gens chez moi et je suis profondément triste. Triste qu’il n’y ait pas assez de couverts pour tout le monde, pas assez de coussins pour s’asseoir et je regrette cette plante qui est morte maintenant et que je n’ai pas remplacée. Elle aurait été vivante en ce lieu si peu gai qui pourtant prend vit lors de ces passages rares, mais féconds. 

« C’est drôle d’être sans le sou, sans pour autant être pauvre. » Anaïs Nin

À la veille de Noël, je pense à mon désir de plaire, ce salopard. Malgré ce que l’on vous dira, faire plaisir à l’autre n’est ni altruiste ni bonbon sucré, puisqu’il cache une vipère ; ce désir de se montrer plus-grand-que-soi, cet éternel désir de plaire. Pour Noël, j’aimerais offrir à mon frère des ornements qui le rendraient heureux et le laisseraient shining. À ma soeur, j’offrirais ce lourd collier ou encore cet extravagant chapeau feutré dont elle rêvait déjà, l’hiver dernier. J’aimerais faire livrer à ma mère un énorme bouquet puisque c’est demain son anniversaire. Les fleurs prendraient un tel espace dans son bureau qu’elle ferait l’envie de toutes ses copines et en déclencherait une allergie. Je rêve d’offrir un champ de lavande à ma mère, sans qu’un instant je ne me demande si ce qu’elle préfère ce sont les fleurs des champs ou les fleurs exotiques. Que sais-je de ses goûts, de ses envies? Sais-je si elle rougit devant les roses, ou si, tout comme moi, les roses évoquent la mort et la tromperie. Ces idées sont des égarements, des étourderies. Mon porte-monnaie ne me permet pas l’âme romantique. Ou peut-être que si. Peut-être qu’une fois de plus, je lui enverrai des mots. Des mots, des mots, toujours des mots. Ce que j’offre depuis des décennies ne me suffit plus puisqu’il arrive parfois, en voulant faire plus-grand-que-moi, que mes mots blessent et j’en suis la première meurtrie.

J’ai le Noël fragile. 

Material World.

À la veille de Noël, je suis prise d’un léger haut-le-coeur. Je suis triste, mais heureuse sans nostalgie. J’ai longtemps accordé beaucoup d’importance à ces cadeaux que l’on déballe sous un sapin si énorme qu’il nous empêche de nous regarder en face. L’oncle dans le punch, la cousine dans son anorexie et des discussions qui ne nous concernent pas. Les adultes y rêvent la vie de leurs enfants entre eux pendant que les enfants jouent, hurlent, pleurent, apprennent l’excès, l’art de s’encombrer et la mort du Père Noël. Depuis l’enfance, les soirées tristes sont pour moi de grands bals masqués. Des banquets énormes où la musique se fait si forte, on ne s’y entend plus, et où il n’y a pas d’espace pour danser. Du verre cassé, des mères qui gueulent et des bougies éteintes que personne ne rallumera. Rouge, blanc, vert et or. Trop d’or, de l’or partout. Et pendant ce temps, les flocons tombent et ils sont blancs.

Jingle Bells.

Je rêve d’un Noël light, d’un café bien chaud et d’une laine assez grande pour deux. Noël est une construction sociale et le mien se dessinera comme un espace où les enfants pourront s’inventer ; une fête où les enfants célèbreront cette vie toute à créer et où les adultes danseront le rock, danseront tout croche, mais danseront tout de même. Le lendemain, on se réveillera rackés et l’on regardera les flocons tomber. Les flocons seront blancs. Il y aura des mots au sapin et je me retirai au moment où tout le monde sera sur le point de s’endormir. J’irai allumer les bougies.

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Illusio.

décembre 2nd, 2014 · Ma vie, en tranches...

Illusio et modernité, c’est la fin des idéologies. Pourvu qu’en naissent de grandes et de nouvelles idées. Des idées comme des solitudes. Des idées fortes et folles. De naïves et douces brises, liens de sang et lueurs d’espoir.

Hey bonsoir, éphémère papillon. Je t’ai aimé drôlement, tu sais? Dans le silence et lorsqu’il fait noir. C’est fou ce que l’on aime tendrement lorsqu’on n’y voit rien.

Mon père m’a dit que sur un site où il y avait eu une grave explosion chimique, je ne sais plus si c’était à Hiroshima ou en un autre lieu, il m’a dit que les chercheurs avaient assuré qu’il ne pousserait là plus rien. Ils avaient estimé la mort de la vie à des décennies et, un an plus tard, ils ont vu sortir de la terre des fleurs. Je dois admettre que ce qu’en pense la science aujourd’hui ne me fait rien. Je crois au vent et je ne crois qu’en lui.

Aucune synchronisation ; que des structures rigides et des mouvements fluides. Forces des membres et douces prouesses. Se frôler du bout des doigts. Bouge comme si tu te cassais de l’intérieur. Mime le vent, le froid, l’eau qui coule ou la haine qui te blesse. Si seulement les corps apprenaient à danser, je crois, je le crois sincèrement, qu’on se reverrait. 

Danses nuptiales, fusion des corps et vertus des morceaux laissés derrière soi. Ferme les lumières. Les âmes s’accordent, s’incarnent, chancellent. Laissons les faire. Danse. Bouge. Danse. Rampe. Mais puisque ta nuque se fige et que ton dos se crispe, je sais lire. Il ne s’agit pas d’une danse, mais d’une trame narrative sans musique. C’est d’une tristesse! Nos corps se séparent par les hanches. Bouches, mains, orteils désunis. PAUSE. CESSE. DÉCALISSE. Tout n’est plus que saccades et tremblements. Démesure! Non, déchirure. Tombe. À plat ventre et à crever. Corps nus, corps gelés. Le sol est froid et les rythmes sombres. 

Hilare, j’estime que rien ne surgira de nos cendres. Hiroshima! Cours. Pleure. Craque fort et contre moi. Bitersweet. Bruits de verre, porcelaine cassée. Grand-mère en larmes, pieds lacérés. Les images remontent de l’enfance là où les pleurs n’ont pas cessé de couler. Je déteste lorsque les larmoiements et les souffrances s’exposent. Je viens d’une famille où ça joue rough et où les émotions sont des tares. Coule sur ma vie des visions et des cris. C’est d’une opacité! 

Étourdie, il me faut respirer. Souffle. Aspire. Crache. Espèce de monstre. Grand Artiste. Amour fou. La pluie est continuelle, il fait un temps à grelotter, mais puisque je suis heureuse, il ne suffit que de danser. Formes, valses, corps ; en naissent de grandes et de belles idées.

*** 

Avertissement.

Pssssst. Je me suis mise à écrire une heure par jour. Every morning. Mes idées se mêlent aux carnets dans lesquels j’écrivais il y a cinq ans. J’essaie, je me trompe et j’hybride les mots d’autrefois et ceux d’aujourd’hui. Pour le style, je ne sais pas ce que ça donne, pour la forme, encore moins, mais j’écris. 

Xx Sabrina

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Sans forme.

novembre 21st, 2014 · Ma vie, en tranches...

Je suis dépourvue de sens artistique. Se loge chez moi un profond désordre. Légèreté est mon mot préféré. Hier, j’étais maquillée très fortement, agressive avec les pinceaux, mais cette histoire est celle d’un peintre qui ne peint plus. J’ai envie d’écrire comme dans la Pléiade ; des mots collés, rapiécés, des mots difficiles. Il faudrait peler les pommes de terre et éplucher la peau des corps pour ne pas mourir de froid. Survivre à l’hiver. Dis-moi être belle au matin, sans quoi je me dessinerai encore. Pleurer toute nue. Et si je laissais allumer tous les ronds du poêle, ferait-il très chaud ou bien ferait-il froid? Bonsoir chéri, c’est simplement que j’ai eu si peur de mourir gelée. Cette peur : bleuir devant et vivre pour elle. Cligne des yeux vite, plus vite encore. VITE BORDEL! Ce type ne comprend rien, putain! J’aimerais jurer comme les Français. Identity Mixture. Je veux voir tes cils comme un envol de papillons. Je veux voir le monde tenir là, entre deux battements de tes cils, et y tenir mon regard pour ne plus fermer les yeux. Lui et moi, on s’est rencontrés à Montréal. On s’est aperçus à un feu vert, puis la lumière est passée au rouge et je ne traversais pas, j’attendais. Ainsi fut notre histoire : D’attentes et de câlins froissés. S’enliser ensemble. À un moment, il m’a demandé si je voulais des enfants. Ma réponse a dû lui plaire, il a voulu me photographier. Le vin aidant, je me suis laissée faire. Un cliché, un baiser sur l’herbe et des discussions qui n’en finissaient pas : La moutarde se fait avec de la mayonnaise. Ah non mon chéri, la moutarde est une plante et ses graines servent à faire un condiment. Pourquoi est-ce qu’on passe notre vie à raconter des gens auprès de qui on a cessé d’être?  Le nuage descend si bas, ce pourrait être ma tête. Ton crâne contre le mien. Deux coeurs et des bruits de tambour. Ça y est, je me sens sur le point de me mettre à la rime et la rime ça ne fait plus rire personne. Calme plat dans la tempête. Il neige sur Buffalo, mais qu’est-ce qu’on s’en fiche de Buffalo lorsqu’on n’y vit pas. Ce long cri au creux de mon être. Et si j’écrivais? Chercher la danse les pieds rivés au sol. Et le regard sur les pieds. De la tendresse jusque dans la brutalité. Et un goût de chocolat dans cette bile acide. Vomir. Écrire au passé. Je vivais tant, j’oubliais d’être. Écrire, c’est un peu ça : écrire et réécrire sans cesse. Si j’écrivais, ce serait pour toi des mots comme un voilier d’oies blanches. Une femme, dont j’aimerais dire d’elle et moi que nous sommes amies, m’a invitée chez elle cette semaine. Dans son atmosphère de bougies vertes et de napkins fleuris, elle m’a dit : Ce qui est étrange avec toi Sabrina, c’est que depuis ton retour de voyage on n’a jamais senti que tu voulais repartir. J’ai souri et y ai beaucoup songé. Ce n’est pas ailleurs que mon refuge se trouve, c’est en moi. Ce « moi », qui est lui-même un monde, se découvre dans les livres et dans l’Amour, ailleurs comme dans l’eau. De l’eau et du savon dans les narines, les oreilles et dans le sexe. De l’eau partout, c’est à se noyer. Pleure ma chérie, maman ne reviendra pas. Maman est partie pour toujours et c’est de là que je tiens ce devoir de rester. Je ne suis peut-être pas mère, mais je suis fille et ce fait vécu me donne le droit de tout dire, de tout nier, d’hurler et de ne rien laisser passer. Je ne laisse rien au hasard, car je n’y crois pas. Rapapapapam : Il a des yeux, deux. Et lui-même a un air si doux, je me dis qu’il a dû souffrir majestueusement. J’ai trop mangé. Yogourt & Perogies. Je suis la Pologne! La Grande polonaise, salut Chopin! Je nous regarde drôlement et, de loin, je pourrais être quelqu’un d’autre. Peut-être toi aussi. Je me dis que le mot équipe provient sans doute de deux mondes qui ne vont pas ensemble. Je l’ai rencontré comme on en rencontre tous les jours, mais je me mets à espérer : Pourvu qu’il doute, pourvu qu’il doute; qu’il doute de tout. Je lis les écrits de la femme que je souhaiterais être le plus au monde si je ne souhaitais pas tant n’être que moi et je suis attristée, profondément triste, d’apprendre qu’elle s’est mariée. Je prends la lecture trop au sérieux et c’est ainsi que, lentement, la vie prend des airs ridicules. Je suis au lit et le mur devant moi craque. Il s’écaille. Le mur de ma chambre est un poisson. « Tout mur est une porte. » C’est d’Emerson. C’est fou ce que j’ai envie de tout défoncer, with love.

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Tombés du ciel.

novembre 16th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Montréal réveil blanc, réveil de flocons. C’est un matin s’étirant toute la journée. C’est cette chambre où il fait froid. C’est des corps chauds et un goût de menthe poivrée, de cigarette et de cannelle au bout des doigts. C’est une valse glissante sur les fils électriques et dans les ruelles. Des enfants et des écureuils blancs. Des amants roses étendus par terre. Et puisque le temps s’arrête, c’est une mélancolie d’amour fou. Je cherche tes mains sous les draps, les murs de la pièce se répandent au-dehors et bientôt il fera blanc partout. Mais puisque je ne sais plus distinguer le vrai du faux, du faux du vrai, ce qui se passe au-dehors nous fixe, nous bouge, nous ébranle… Et si l’on se balançait?

Revêts ta laine grise, celle avec ses mailles toutes en dehors, celle avec un joli trou au-dessus de l’épaule gauche, celle où j’y mets mon nez, celle avec des fleurs comme des nuages. Odeur de pain grillé. Saison de pain d’épices. Retrouvons-nous en décembre. Retrouvez-nous en janvier. S’aimer très fort, cage thoracique contre sexe, pieds contre dents. Bouches, sexes, dents.

Hier. L’arbre derrière chez moi était en feuilles. De lourdes feuilles jaunes, criantes de gaieté. Cet arbre et cette envie d’y grimper. Odeur de café. Plus haut près de la cime, il y a le ciel. Le ciel est une de ces choses en lesquelles je crois.

Et le vent. Mauvaise poésie. Mon lit est une île. Mon lit est un navire. Mon lit est une carapace et un champ de betteraves. S’y logent de vastes plaines, de larges épaules et de doux souvenirs. À l’avenir, de  la légèreté ! Mais puisque les flocons poursuivent leur chute. Mouvements tendres, douceurs sweet et tenderness.

L’enfant que je suis saute dans le lit de mes parents. Papa! Maman! Il y a neige! Il y a vie dehors que cette vie se calme. La famille est ce pavé des solitudes où tout s’écroule ou tout tient. Tenir malgré. Ces notes jouées au piano, ce froid qui s’installe et ces rues glissant, glissantes jusqu’à toi tels ces flocons tombés du ciel.

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