Jelefaispourmoi

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Calibrée.

décembre 15th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Il y a un an jour pour jour, je me faisais crisser là sur un banc de parc. Réécrire ses carnets, c’est replonger dans des sentiments qui ne sont plus, mais qui sont là quand même. Enfouie au creux, cachée quelque part, il y a lumière même dans ce qui est sombre. Lire mes maux un an plus tard rend mes souffrances du moment presque drôles. Si j’osais, j’ajouterais que ça leur donne un air joliment doux, puisque plus fragile. Le moment où j’écris ça est aujourd’hui et je vis une déception amoureuse d’un autre calibre. Et BANG! Et une de plus! C’est à mourir de rire comme je les accumule, ces histoires d’amour non réciproques. Je refuse de voir en elles des échecs. Pour ça, il se fait bien d’autres institutions. 

*** 

Journal. Décembre 2013. 

J’écris au plomb dans l’espoir que tout s’efface. Que les choses puissent encore s’effacer. M. m’a quitté sur un banc de parc et j’avais les pieds gelés. Je lui ai dit être amoureuse. C’était sans désir de le retenir, c’était… sans issue, j’ai bien vu. Mais puisqu’il n’est que du vent et qu’il ne fait que passer, une part de moi se détache et flotte au-dessus de lui, au-dessus de nous, au-dessus de tout ça. J’ai confiance. Je ne sais pas en quoi, mais puisqu’il faut avoir la foi, je me raconte quelque chose d’extravagant en quoi il m’arrive de croire encore. J’aurais aimé être celle. Je suis bien avec lui. Au passé. J’étais bien avec lui. Je ne me sentais pas seule près de lui. Plus que ça, je ne me sentais plus seule depuis qu’il était dans ma vie. Je pleure. Au présent. J’aurais aimé qu’il m’aime, qu’il revienne vers moi. Il est honnête. Je me construis sur de ces certitudes. Je m’envole en fumée. Il y a de la paix au fond de mon coeur. J’essaie de fuir la nostalgie. Je m’efforce de ne pas me projeter. C’est ici et maintenant que je souffre en paix. Je l’aime et c’est aussi ça : le laisser partir. Be Strong. S’il veut être tien, il reviendra. Blablabla. C’est OK. Tout ira bien. 

C’est sans attendre que le ciel brillera.

***

C’est aujourd’hui un temps pour les feuilles de mourir, un temps pour se mettre au piano et pour fumer au lit toute la journée ou au bain, de douces et fines cigarettes. C’est un temps jazz, un temps de fleur de peau, un temps de toi et moi. 

Des horizons et des chutes de coeur descendent le long de ma cuisse.

***

Pssssst. J’ai débuté la lecture de Pourquoi l’amour fait mal de la sociologue Eva Illouz, et, bien que je n’aie lu à présent que quelques pages, je sens déjà qu’en la modernité se trouve plusieurs de mes réponses, si non, une part de mes interrogations. 

Pssssst. Pssst. J’ai aussi lu cette semaine Ces mains sont faites pour aimer, de Pascale Wilhelmy. Mon passage préféré est deux phrases :  

« Je ne suis pas un être rationnel. J’ai quand même mes raisons. » 

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Assiette identitaire.

décembre 10th, 2014 · Ma vie, en tranches...

En Thaïlande, le végétarisme est un poisson. No meat? No problem. Sit here, I’ll bring you. Et tiens, la v’là ta pelletée de crevettes. Il y a même certains cuisiniers pour qui le poulet, c’est veggie aussi. Dans nos assiettes occidentales, le végétarisme se prend avec ou sans poisson, avec ou sans oeufs, avec ou sans lait, miel, et cetera. Il est multi-choix et pour tous les goûts. C’est vous dire comme il a le dos large.

Dans certaines régions du monde, le végétarisme puise ses racines à même de profondes valeurs spirituelles. Je songe à l’Inde et à cette impression que j’ai, si souvent, d’y avoir laissé une partie de ma vie. C’est en terres indiennes que je suis devenue végétarienne et, bien que cela puisse paraître étrange, j’ai le sentiment profond de l’avoir toujours été.

Ouvre ta bouche. Ouvre grand. Vroum-vroum! Et la voiture entre par la porte de garage. Mais que peut-on savoir de nos habitudes alimentaires si l’on nous insère une cuillère dans la bouche avant même que nous ne soyons en mesure de penser par nous-même? C’est bon pour l’éducation, l’avenir, comme pour la bouffe. Dis-moi ce qui se trouve dans ton assiette et je te dirai qui tu es. Dis-moi ce qui se trouve au bout de ta fourchette et je te dirai d’où tu viens.

Ma mère craint que je manque de protéines, de fer et de toutes ces merveilleuses propriétés et vitamines qu’on retrouve dans la chair animale et dont je ne savais rien avant ma « diète ». Mon médecin me dit top shape et, pour ma part, je ne me suis jamais sentie si bien. Cela dit, ma famille vient du Lac, je suis issue de cette famille steak-patates, parfois sans blé d’Inde, mon père est le meilleur cuisinier de steaks au monde, alors je comprends les sourcils qui se lèvent devant mes Avez-vous un met végétarien au menu?, Non, je ne mange pas de poisson non plus., Je suis désolée Grand-mère, ce n’est vraiment pas contre vous. Je sais comme elle est bonne votre tourtière.

Je ne m’explique pas comment le goût de certaines épices, la saveur des sushis et l’univers du bacon ont cessé de me faire envie. Je n’en ai aucune idée et très peu de souvenirs. Parfois, il me vient un craving pour les hot-dogs enfilés à trois heures du mat’. Lorsque ça arrive, je triche et je m’en clanche deux ou trois, complètement bourrée. Je suis quelquefois malade, d’autres pas. Le végétarisme n’est pas pour moi un choix rationnel. Et c’est tout aussi bien comme ça : Vegetarism fits me. Il n’est pour moi ni une tendance, ni un défi, mais un mode de vie. Il se fait tant de choses pour lesquelles on croit avoir le choix, et d’autres, qu’on ne choisit pas. Il m’aura fallu aller bien loin et attendre longtemps pour entendre ce que mon corps probablement savait. Cette faim qui est mienne.

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Matériel.

décembre 7th, 2014 · Ma vie, en tranches...

J’aimerais avoir au salon plusieurs coussins. Je les choisirais avec soin pour leurs couleurs vives et leurs styles orientaux. Je les disposerais sur le sol, nous y prendrions place et discuterions toute la journée. La vérité est que je déteste discuter, alors ces belles personnes prendraient place tout autour de moi et je les contemplerais débattre de toutes ces choses que je ne dis pas. C’est fou tous ces objets qui traînent sur nos vies, ces morceaux laissés derrière soi, ces meubles dans les pièces, ces hauts vases aux coins des murs et ces tapis sur le sol. C’est à n’y plus voir les murs ni le plancher. Combler le vide, anéantir l’espace, encombrer l’esprit. Se dépouiller me semble être tout ce qui reste à faire. Mais alors je reçois des gens chez moi et je suis profondément triste. Triste qu’il n’y ait pas assez de couverts pour tout le monde, pas assez de coussins pour s’asseoir et je regrette cette plante qui est morte maintenant et que je n’ai pas remplacée. Elle aurait été vivante en ce lieu si peu gai qui pourtant prend vit lors de ces passages rares, mais féconds. 

« C’est drôle d’être sans le sou, sans pour autant être pauvre. » Anaïs Nin

À la veille de Noël, je pense à mon désir de plaire, ce salopard. Malgré ce que l’on vous dira, faire plaisir à l’autre n’est ni altruiste ni bonbon sucré, puisqu’il cache une vipère ; ce désir de se montrer plus-grand-que-soi, cet éternel désir de plaire. Pour Noël, j’aimerais offrir à mon frère des ornements qui le rendraient heureux et le laisseraient shining. À ma soeur, j’offrirais ce lourd collier ou encore cet extravagant chapeau feutré dont elle rêvait déjà, l’hiver dernier. J’aimerais faire livrer à ma mère un énorme bouquet puisque c’est demain son anniversaire. Les fleurs prendraient un tel espace dans son bureau qu’elle ferait l’envie de toutes ses copines et en déclencherait une allergie. Je rêve d’offrir un champ de lavande à ma mère, sans qu’un instant je ne me demande si ce qu’elle préfère ce sont les fleurs des champs ou les fleurs exotiques. Que sais-je de ses goûts, de ses envies? Sais-je si elle rougit devant les roses, ou si, tout comme moi, les roses évoquent la mort et la tromperie. Ces idées sont des égarements, des étourderies. Mon porte-monnaie ne me permet pas l’âme romantique. Ou peut-être que si. Peut-être qu’une fois de plus, je lui enverrai des mots. Des mots, des mots, toujours des mots. Ce que j’offre depuis des décennies ne me suffit plus puisqu’il arrive parfois, en voulant faire plus-grand-que-moi, que mes mots blessent et j’en suis la première meurtrie.

J’ai le Noël fragile. 

Material World.

À la veille de Noël, je suis prise d’un léger haut-le-coeur. Je suis triste, mais heureuse sans nostalgie. J’ai longtemps accordé beaucoup d’importance à ces cadeaux que l’on déballe sous un sapin si énorme qu’il nous empêche de nous regarder en face. L’oncle dans le punch, la cousine dans son anorexie et des discussions qui ne nous concernent pas. Les adultes y rêvent la vie de leurs enfants entre eux pendant que les enfants jouent, hurlent, pleurent, apprennent l’excès, l’art de s’encombrer et la mort du Père Noël. Depuis l’enfance, les soirées tristes sont pour moi de grands bals masqués. Des banquets énormes où la musique se fait si forte, on ne s’y entend plus, et où il n’y a pas d’espace pour danser. Du verre cassé, des mères qui gueulent et des bougies éteintes que personne ne rallumera. Rouge, blanc, vert et or. Trop d’or, de l’or partout. Et pendant ce temps, les flocons tombent et ils sont blancs.

Jingle Bells.

Je rêve d’un Noël light, d’un café bien chaud et d’une laine assez grande pour deux. Noël est une construction sociale et le mien se dessinera comme un espace où les enfants pourront s’inventer ; une fête où les enfants célèbreront cette vie toute à créer et où les adultes danseront le rock, danseront tout croche, mais danseront tout de même. Le lendemain, on se réveillera rackés et l’on regardera les flocons tomber. Les flocons seront blancs. Il y aura des mots au sapin et je me retirai au moment où tout le monde sera sur le point de s’endormir. J’irai allumer les bougies.

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Illusio.

décembre 2nd, 2014 · Ma vie, en tranches...

Illusio et modernité, c’est la fin des idéologies. Pourvu qu’en naissent de grandes et de nouvelles idées. Des idées comme des solitudes. Des idées fortes et folles. De naïves et douces brises, liens de sang et lueurs d’espoir.

Hey bonsoir, éphémère papillon. Je t’ai aimé drôlement, tu sais? Dans le silence et lorsqu’il fait noir. C’est fou ce que l’on aime tendrement lorsqu’on n’y voit rien.

Mon père m’a dit que sur un site où il y avait eu une grave explosion chimique, je ne sais plus si c’était à Hiroshima ou en un autre lieu, il m’a dit que les chercheurs avaient assuré qu’il ne pousserait là plus rien. Ils avaient estimé la mort de la vie à des décennies et, un an plus tard, ils ont vu sortir de la terre des fleurs. Je dois admettre que ce qu’en pense la science aujourd’hui ne me fait rien. Je crois au vent et je ne crois qu’en lui.

Aucune synchronisation ; que des structures rigides et des mouvements fluides. Forces des membres et douces prouesses. Se frôler du bout des doigts. Bouge comme si tu te cassais de l’intérieur. Mime le vent, le froid, l’eau qui coule ou la haine qui te blesse. Si seulement les corps apprenaient à danser, je crois, je le crois sincèrement, qu’on se reverrait. 

Danses nuptiales, fusion des corps et vertus des morceaux laissés derrière soi. Ferme les lumières. Les âmes s’accordent, s’incarnent, chancellent. Laissons les faire. Danse. Bouge. Danse. Rampe. Mais puisque ta nuque se fige et que ton dos se crispe, je sais lire. Il ne s’agit pas d’une danse, mais d’une trame narrative sans musique. C’est d’une tristesse! Nos corps se séparent par les hanches. Bouches, mains, orteils désunis. PAUSE. CESSE. DÉCALISSE. Tout n’est plus que saccades et tremblements. Démesure! Non, déchirure. Tombe. À plat ventre et à crever. Corps nus, corps gelés. Le sol est froid et les rythmes sombres. 

Hilare, j’estime que rien ne surgira de nos cendres. Hiroshima! Cours. Pleure. Craque fort et contre moi. Bitersweet. Bruits de verre, porcelaine cassée. Grand-mère en larmes, pieds lacérés. Les images remontent de l’enfance là où les pleurs n’ont pas cessé de couler. Je déteste lorsque les larmoiements et les souffrances s’exposent. Je viens d’une famille où ça joue rough et où les émotions sont des tares. Coule sur ma vie des visions et des cris. C’est d’une opacité! 

Étourdie, il me faut respirer. Souffle. Aspire. Crache. Espèce de monstre. Grand Artiste. Amour fou. La pluie est continuelle, il fait un temps à grelotter, mais puisque je suis heureuse, il ne suffit que de danser. Formes, valses, corps ; en naissent de grandes et de belles idées.

*** 

Avertissement.

Pssssst. Je me suis mise à écrire une heure par jour. Every morning. Mes idées se mêlent aux carnets dans lesquels j’écrivais il y a cinq ans. J’essaie, je me trompe et j’hybride les mots d’autrefois et ceux d’aujourd’hui. Pour le style, je ne sais pas ce que ça donne, pour la forme, encore moins, mais j’écris. 

Xx Sabrina

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Sans forme.

novembre 21st, 2014 · Ma vie, en tranches...

Je suis dépourvue de sens artistique. Se loge chez moi un profond désordre. Légèreté est mon mot préféré. Hier, j’étais maquillée très fortement, agressive avec les pinceaux, mais cette histoire est celle d’un peintre qui ne peint plus. J’ai envie d’écrire comme dans la Pléiade ; des mots collés, rapiécés, des mots difficiles. Il faudrait peler les pommes de terre et éplucher la peau des corps pour ne pas mourir de froid. Survivre à l’hiver. Dis-moi être belle au matin, sans quoi je me dessinerai encore. Pleurer toute nue. Et si je laissais allumer tous les ronds du poêle, ferait-il très chaud ou bien ferait-il froid? Bonsoir chéri, c’est simplement que j’ai eu si peur de mourir gelée. Cette peur : bleuir devant et vivre pour elle. Cligne des yeux vite, plus vite encore. VITE BORDEL! Ce type ne comprend rien, putain! J’aimerais jurer comme les Français. Identity Mixture. Je veux voir tes cils comme un envol de papillons. Je veux voir le monde tenir là, entre deux battements de tes cils, et y tenir mon regard pour ne plus fermer les yeux. Lui et moi, on s’est rencontrés à Montréal. On s’est aperçus à un feu vert, puis la lumière est passée au rouge et je ne traversais pas, j’attendais. Ainsi fut notre histoire : D’attentes et de câlins froissés. S’enliser ensemble. À un moment, il m’a demandé si je voulais des enfants. Ma réponse a dû lui plaire, il a voulu me photographier. Le vin aidant, je me suis laissée faire. Un cliché, un baiser sur l’herbe et des discussions qui n’en finissaient pas : La moutarde se fait avec de la mayonnaise. Ah non mon chéri, la moutarde est une plante et ses graines servent à faire un condiment. Pourquoi est-ce qu’on passe notre vie à raconter des gens auprès de qui on a cessé d’être?  Le nuage descend si bas, ce pourrait être ma tête. Ton crâne contre le mien. Deux coeurs et des bruits de tambour. Ça y est, je me sens sur le point de me mettre à la rime et la rime ça ne fait plus rire personne. Calme plat dans la tempête. Il neige sur Buffalo, mais qu’est-ce qu’on s’en fiche de Buffalo lorsqu’on n’y vit pas. Ce long cri au creux de mon être. Et si j’écrivais? Chercher la danse les pieds rivés au sol. Et le regard sur les pieds. De la tendresse jusque dans la brutalité. Et un goût de chocolat dans cette bile acide. Vomir. Écrire au passé. Je vivais tant, j’oubliais d’être. Écrire, c’est un peu ça : écrire et réécrire sans cesse. Si j’écrivais, ce serait pour toi des mots comme un voilier d’oies blanches. Une femme, dont j’aimerais dire d’elle et moi que nous sommes amies, m’a invitée chez elle cette semaine. Dans son atmosphère de bougies vertes et de napkins fleuris, elle m’a dit : Ce qui est étrange avec toi Sabrina, c’est que depuis ton retour de voyage on n’a jamais senti que tu voulais repartir. J’ai souri et y ai beaucoup songé. Ce n’est pas ailleurs que mon refuge se trouve, c’est en moi. Ce « moi », qui est lui-même un monde, se découvre dans les livres et dans l’Amour, ailleurs comme dans l’eau. De l’eau et du savon dans les narines, les oreilles et dans le sexe. De l’eau partout, c’est à se noyer. Pleure ma chérie, maman ne reviendra pas. Maman est partie pour toujours et c’est de là que je tiens ce devoir de rester. Je ne suis peut-être pas mère, mais je suis fille et ce fait vécu me donne le droit de tout dire, de tout nier, d’hurler et de ne rien laisser passer. Je ne laisse rien au hasard, car je n’y crois pas. Rapapapapam : Il a des yeux, deux. Et lui-même a un air si doux, je me dis qu’il a dû souffrir majestueusement. J’ai trop mangé. Yogourt & Perogies. Je suis la Pologne! La Grande polonaise, salut Chopin! Je nous regarde drôlement et, de loin, je pourrais être quelqu’un d’autre. Peut-être toi aussi. Je me dis que le mot équipe provient sans doute de deux mondes qui ne vont pas ensemble. Je l’ai rencontré comme on en rencontre tous les jours, mais je me mets à espérer : Pourvu qu’il doute, pourvu qu’il doute; qu’il doute de tout. Je lis les écrits de la femme que je souhaiterais être le plus au monde si je ne souhaitais pas tant n’être que moi et je suis attristée, profondément triste, d’apprendre qu’elle s’est mariée. Je prends la lecture trop au sérieux et c’est ainsi que, lentement, la vie prend des airs ridicules. Je suis au lit et le mur devant moi craque. Il s’écaille. Le mur de ma chambre est un poisson. « Tout mur est une porte. » C’est d’Emerson. C’est fou ce que j’ai envie de tout défoncer, with love.

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Tombés du ciel.

novembre 16th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Montréal réveil blanc, réveil de flocons. C’est un matin s’étirant toute la journée. C’est cette chambre où il fait froid. C’est des corps chauds et un goût de menthe poivrée, de cigarette et de cannelle au bout des doigts. C’est une valse glissante sur les fils électriques et dans les ruelles. Des enfants et des écureuils blancs. Des amants roses étendus par terre. Et puisque le temps s’arrête, c’est une mélancolie d’amour fou. Je cherche tes mains sous les draps, les murs de la pièce se répandent au-dehors et bientôt il fera blanc partout. Mais puisque je ne sais plus distinguer le vrai du faux, du faux du vrai, ce qui se passe au-dehors nous fixe, nous bouge, nous ébranle… Et si l’on se balançait?

Revêts ta laine grise, celle avec ses mailles toutes en dehors, celle avec un joli trou au-dessus de l’épaule gauche, celle où j’y mets mon nez, celle avec des fleurs comme des nuages. Odeur de pain grillé. Saison de pain d’épices. Retrouvons-nous en décembre. Retrouvez-nous en janvier. S’aimer très fort, cage thoracique contre sexe, pieds contre dents. Bouches, sexes, dents.

Hier. L’arbre derrière chez moi était en feuilles. De lourdes feuilles jaunes, criantes de gaieté. Cet arbre et cette envie d’y grimper. Odeur de café. Plus haut près de la cime, il y a le ciel. Le ciel est une de ces choses en lesquelles je crois.

Et le vent. Mauvaise poésie. Mon lit est une île. Mon lit est un navire. Mon lit est une carapace et un champ de betteraves. S’y logent de vastes plaines, de larges épaules et de doux souvenirs. À l’avenir, de  la légèreté ! Mais puisque les flocons poursuivent leur chute. Mouvements tendres, douceurs sweet et tenderness.

L’enfant que je suis saute dans le lit de mes parents. Papa! Maman! Il y a neige! Il y a vie dehors que cette vie se calme. La famille est ce pavé des solitudes où tout s’écroule ou tout tient. Tenir malgré. Ces notes jouées au piano, ce froid qui s’installe et ces rues glissant, glissantes jusqu’à toi tels ces flocons tombés du ciel.

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Avalanche A 266

novembre 10th, 2014 · Ma vie, en tranches...

« Il faut cibler sa peur, sa seule et unique et la regarder bleuir. Il faut l’avoir devant les yeux, sa vraie et douce, sa belle et dure, sa peur bleue. Ne la quitter jamais, la promener tout près, au fond des poches, au creux des reins et ne lui faire aucune ombre. Laisser être. Sans issue. Ce que l’on accomplit dans la peur est sa vérité propre, seule et vraie, tout à fait et toute à la fois. »

« Je garde entre lui et moi une distance comme un tiret, un apostrophe ou un jet d’eau. Tout s’épaissit entre les corps et je sens, si près de nous, tous ces murs prêts à tomber, nos corps nus prêts à se rendre, à se rompre, à vers l’autre ramper. Et ces oiseaux qui glissent dans le ciel alors que je ne vois rien, que tout m’obstrue, me hante et me fige. Je pose ma tête contre le marbre, le marbre est froid et j’aimerais y voir, au-travers, un ciel orange couvert d’arbres bleus. »

***

Je me suis posée à la mezzanine et j’ai regardé un de mes pianistes préférés jouer. J’avais enfilé une robe noire me couvrant du col au plancher et appliqué sur mes paupières une épaisse couche de cendre. J’ai observé, le plus souvent les yeux clos, les mains du pianiste se fondre sur le clavier et j’ai souhaité que la mélodie ne se termine jamais pour, le moment d’après, vouloir me lever, me ressaisir et quitter la salle d’un pas précipité. Je souhaitais qu’on me traîne par terre et je l’aurais suivi jusque dans la boue. J’en aurais même avalé de cette mélancolie qui se déverse dans le coeur et vous monte à la tête. J’étais étourdie et enchantée du bout de ses doigts pour, l’instant d’après, une autre fois, en avoir marre et la nausée. Je vivais ces intervalles irréguliers dans une même pièce et mes émotions se cognaient à ses notes glissantes, fluides et si douces que mon corps ne pouvait le supporter.

À un moment, je me suis demandée pourquoi mon psy n’avait jamais voulu me déclarer bipolaire. Éclater de rires et pleurer en même temps, avoir envie de crier Je t’aime et de tout défoncer, tenir pour synonymes des phrases compliquées. Pourquoi m’a-t-il dit être normal, alors que tout ce que je souhaitais c’était que l’on me dise génie, folle, délirante?

C’est fulgurant, ce que je peux ressentir! Hypersensiblerie. Un ami, si vieux qu’il n’est plus, m’a dit ces mots alors qu’il avait un pied dans la tombe. Il est entré dans la pièce où j’écrivais et il m’a regardé pendant un temps que je ne sais pas, trop absorbée que j’étais et toute à cette agressivité qui me prend parfois lorsque j’écris. Il a attendu que je me retourne pour me dire, tout bas : Tu es une pianiste. Il s’est posé sur la chaise près de moi et je l’ai laissé faire. Il est la seule personne qui m’ait vu écrire, fortement, à voix haute et en secret. La seule personne dont le regard ne m’a pas déplu, ni agressé. Ce que tu feras de mieux se rapprochera bien plus du piano que de l’écriture. Exerce-toi. Jusqu’à t’épuiser. Je l’écoutais sans même le regarder et mes yeux se remplissaient de larmes. Je sais ma vie une trajectoire et cet homme la connaissait aussi. J’écrivais des mots, ou était-ce des notes, et mes mains glissaient, souffraient douloureusement, douces et tristes comme seules peuvent l’être ces mères qui, bien qu’elles nous aient souffert, nous aient aimé.

Lorsque j’ai su qu’un de mes pianistes préférés se produisait à Montréal, j’ai réservé un billet. J’y suis entrée pleine de mots, me suis posée siège A 266 et j’ai écrit. Pendant trois heures, j’ai senti mon vieil ami près de moi et j’ai pleuré. Je ne peux pas dire la tête qu’avaient les gens à mes côtés et j’ai eu peur que le bras de mon voisin, A 268, frôle le mien. Je refuse qu’on me regarde lorsque j’écris, alors j’ai fermé les yeux pour être seule, et, dans cette salle où j’étais pour 80 dollars, je me suis laissée faire. Je me suis laissée voir. Voir par lui. Puis-je écrire toi? Je souillais d’émotions des pages entières, laissées blanches, imaginaires, et c’est à l’intérieur de moi que le mascara coulait.

Ludovico Einaudi. La mélodie que je préfère, il ne l’a pas joué. Et c’est tout aussi bien puisque je crois les spectateurs, comme les lecteurs, comme les amants, être faits pour être contrariés.

Una Mattina. Je me pose sur la table de la cuisine et j’enfonce les écouteurs dans mes oreilles pour ne rien entendre d’autre qu’elle, pas même le voisin. Pour être seule et écrire avec toi, l’ami que j’aurais tant aimé emmener au concert. Assise seule dans cette grande salle de la Maison symphonique, j’ai compris et j’ai su ; Je suis une pianiste.

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Vomir.

novembre 3rd, 2014 · Ma vie, en tranches...

Encore l’Amour câlice! On peut pas parler d’autre chose? 

Je pense que c’est parce qu’on est juste trop puritains pour parler de sexe. Si on baisait plus, on ferait moins d’études pis on ferait moins semblant de s’élever chez les philosophes. Chercher la fusion interne dans l’intellectualité, c’est juste bon pour ceux qui pensent connecter avec les plantes. On ne peut pas parler aux plantes puisqu’elles sont ce qu’elles sont : des espèces végétales. 

C’est le jour de la poubelle, j’ai oublié. C’est mon jour préféré de la semaine, le jour des poubelles. J’ai l’impression qu’on se libère, qu’on s’épure, qu’on se torche pour de vrai et comme il faut. Une fois la journée passée, on recommence! On s’encrasse, on accumule. 

Le truc d’Architecture pas mal à la mode ces temps-ci, c’est l’éphémère. S’édifient des édifices en bois, en feuillus ou en conifères, puis la semaine d’après, final-bâton, on n’en parle plus. J’ai dansé dans un bunker et, à cet endroit, il n’y a plus rien. J’ai écrit Architecture avec un grand A puisque je trouve qu’on ne devrait pas réserver le big A à celui qu’on connaît déjà. C’est vide, c’est froid, c’est superflu. Alors qu’il y a les mots comme Alors, Ailleurs, Autre, Animal, Apostrophe, Ambition, Atome, Attention, Attirail, Amitié, Ange, Allô Antoine. Il se fait plusieurs mots et pourquoi faut-il toujours qu’on n’en sollicite que deux ou trois ? Ouvre grand ta bouche quand tu parles! On est très peu vocabularisés, je trouve. 

J’étais à une date la semaine passée et le gars me parlait d’une manière articulée et je le trouvais si beau grâce aux mots qu’il utilisait. J’ai eu envie de l’utiliser, lui. Lui pis ses mots, lui pis un autre. J’ai eu l’idée de lui coller un grand bec sur le front, sauf qu’avec les types bien, j’ai trop peur d’aller au lit. Puritains! Et s’il ne s’agissait que de ça : s’envoyer en l’air pour voir si l’on peut se plaire. Je ne sais pas pour qui je me prends, mais il m’arrive d’être prise d’un romantisme dégueulasse. Je rêve alors que sur mes histoires de cul descendent le ciel, les confettis pis des trompettes. Est-ce d’avoir trop bu? Trop lu? Je perds mon temps. Je fuis l’étude. Et si rien n’existe, je ne vois vraiment pas pourquoi j’existerais. Songer, piétiner, marcher dans le vide comme d’autres se dirigent vers le large. Un large de plus en plus large. Craindre le pire, l’attendre, ne faire que ça : Attendre avec un grand A. 

Je suis à la gare. L’horloge m’indique une heure inutile puisque je n’ai aucune idée de l’heure à laquelle passe le prochain train. Je refuse de savoir où la vie m’emmène. Je me traîne et je m’effleure l’âme de vouloir vivre à contre-courants. J’ai envoyé chier mon père. Il m’apprenait qu’il s’était cassé les reins. J’ai envoyé promener un ami. Il me disait être diagnostiqué : dépression majeure. Cul-de-sac. Je refuse de croire que ceux que j’aime se blessent, alors je fais pareil, même lorsque je vais bien.

Ce soir, j’ai mis sur mon visage beaucoup de fond de teint, je me suis prise en photo dans le miroir et j’ai souffert. J’ai attendu de souffrir dans le corps d’un autre pour m’oublier. S’oublier, tout contre soi.

Il fait chaud, ou bien il fait froid? J’ai des envies de pommes de terre et d’une soirée où c’est maman qui cuisine. Mais lorsqu’on est mère, maman ne cuisine plus. Les enfants n’aiment pas la purée, mais j’ai l’intention de leur faire avaler tout de même puisqu’on ne souhaite aux enfants que ce dont on souhaite pour soi. Câlice! Mais est-ce que c’est encore de ça dont on parle? D’Amour. D’Amour tout croche, mais d’Amour quand même. 

Tant pis, puisque le reste s’ennuie, s’épuise et refuse d’exister. Ou bien il se construit de beaux grands murs qui, bien que solides, sont éphémères.

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Nouvelle.

octobre 30th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Sur le Web, ils ont inventé des plateformes où l’on se vend pour rien et où l’on fait la promotion outrageuse de nos flagorneries. Sur ces pages toutes en couleurs défilent notre ego et notre meilleur profil. Des images circulent et le rouge à lèvres qu’on y porte se déforme dans des moues bizarres et il est d’un rouge plus rouge que rouge, plus écarlate qu’il ne l’est, en vérité. Mais c’est bien joué puisque les dents paraissent ainsi plus blanches, la taille plus fine, le petit-copain plus cute et tout y semble plus grand, surdimensionné. Et c’est très bien, car plus de grandeur, c’est exactement ce qu’on y cherche : à s’élever! De toutes façons, on n’a cessé de se demander qui est-ce que ça peut bien intéresser, la réalité. L’authenticité est un mot à la mode chez les retardataires, chez ceux qui n’ont pas su comprendre ce que modernité voulait dire alors que, déjà, ça ne voulait plus dire grand-chose. 

Il y a un trou dans ton plancher. Il manque un coup de pinceau. Tiens donc, ici aussi. Le plafond s’écaille. Le bain du voisin me dégoutte sur la tête. L’homme que je veux ne me regarde pas et celui que j’aime en aime une autre qui en aime une autre, qui elle, n’aime personne. J’ai essuyé mon premier échec à l’université aujourd’hui. Je suis seule. Nos dents se cognent lorsqu’on s’embrasse. J’ai pris du poids. J’ai attrapé un cancer. Mon oncle en est mort. Un chien court après sa queue qu’on le laisse faire. Il y a du vacarme et encore plus de pollution. Il a du poils dans le dos.

Non vraiment. Le vrai n’intéresse personne et la fiction s’ennuie.

J’ai les mots fragiles. J’écris une nouvelle pour un concours littéraire. Une de plus. Je ne compte plus les fois où je l’ai fait : Envoyer mes écrits à des inconnus et ne rien recevoir en retour, pas même un « désolé », « merci quand même », ni de « meilleure chance la prochaine fois ». La première fois, j’avais 12 ans. C’était ambitieux. C’était un roman : « Suzanne va à l’école ». À 12 ans, j’étais incapable d’appeler un personnage par son prénom, le mien. Suzanne, ça allait. Ça ne sonnait pas trop mal. J’étais incapable de lui donner du Je. Au Japon, l’usage des pronoms personnels est un manque de politesse. Je suis ingrate. Ingrate comme cette neige qui bientôt tombera. Il y a des jours où je me dis que j’aurais peut-être dû en rester là. Mais on ne cesse pas d’écrire. On écrit malgré soi.

La nouvelle que j’écris s’intitule L’Aimée Égoïste. C’est aussi le titre que j’aimerais donner à un roman qui refuse de s’écrire. En attendant, je navigue sur des eaux aussi troubles que sombres. Je suis usée et ne suis plus si certaine d’avoir le courage de terminer cette nouvelle, la force de me faire refuser, une fois de plus. Ce que j’ai écrit hier a cessé de m’intéresser. Si je ne dis pas assez, ni assez fort, si je ne dis rien, c’est que j’ai peur de m’y perdre et de m’y laisser. On ne peut pas écrire en pleurant. Je veux écrire en aimant, en riant très fort et à en faire tomber les murs. Je veux des lèvres d’un rouge couleur de sang et pouvoir dire devant vous, devant moi, comme mon ego n’a besoin de rien de tout ça ; de ces pages de couleurs, de toi, de moi. Je. Je n’est pas au Japon, ni de là-bas. Je écrit cette foutue nouvelle. Et si Je ne plaît pas, je la laisserai ici.

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Une semaine de matins givrés.

octobre 24th, 2014 · Ma vie, en tranches...

 

Ravages.  

Lundi, le 20 octobre 2014, Lac Xavier.

J’aperçois un rat de rivières sur le lac. Je le suis des yeux. Si je ne peux m’empêcher de le juger en vilain, c’est que j’ai tant de fois vu mes paternels s’en prendre à leurs barrages. Des journées complètes à délier les branches et à tirer contre les feuilles prises et entassées sous les rochers. Bûcher, jurer, se prendre de la swompe jusqu’à la taille; ils rentraient claqués et tous bruns, mais fiers de les avoir semés, ces torieux. Les chemins sont dévastés, les arbres cassés, tout se liquéfie, l’eau déborde de ses ruisseaux, tout s’inonde, le bois se meurt et les castors continuent leurs glissades sur le lac. 

Je contemple le paysage qui s’offre à moi. Tout est mort, même les feuilles.

Je suis sur le quai. Le soleil s’épuise et je sens à ma fatigue que la nuit approche. Je ferme les yeux et je médite un peu. Je respire. L’odeur des feuilles grimpent jusqu’à mes narines. Je les sens, même celles qui ne sont plus là. Je respire. De grandes bouffées d’air frais. Je crie quelque chose et l’écho garde pour lui le son de ma voix. Mon frère et moi, on a beaucoup crié ici. J’ouvre les yeux comme le vent se lève. Il balaie tout. J’asperge mon visage d’une eau glaciale. J’ai peur de prendre froid et je songe à la chaudière laissée sur le feu. Je rentre pour me laver d’une débarbouillette, j’enfile un pull laid-effroyable et j’étends une épaisse couche de crème que ma mère a dû oublier de ramener en ville. L’odeur de la crème maternelle. Ça a bien beau ne pas être la plus chère, il n’y en a pas une au monde qui sente comme elle.

Ils ont tout ramassé pour l’hiver. Tout est rangé à l’abri : les outils, les canots, les jeux d’enfants dont ne se servent plus que les grands. Il ne reste plus rien ici. Ce dénuement m’apaise et m’agite à la fois. Cet endroit me calme, m’adoucit, me fixe, pourvu que j’y sois seule. C’est incroyable ce qu’il nous faut peu de choses. Et ce que ça nous prend pour en prendre conscience. Dommage que l’on fasse à la terre bien pire que ce que les castors font aux cours d’eau.

J’allume une bougie et je lis un peu. Juste assez pour être amoureuse de cet auteur-reporter-grand-voyageur polonais; Ryszard Kapuscinski. Je plonge dans ses histoires et note de doux passages sur un bout de papier. Je ne sais plus trop quelle heure il est, mais je me mettrai au lit bientôt. Mais avant, je rédige un plan de match pour demain : Prendre le petit-déjeuner. Méditer une heure. Travailler sur ma bibliographie. Faire une récolte d’écorces et de bois morts. Déconstruire le barrage des castors, si nécessaire. Méditer une autre heure.  Terminer l’ouvrage d’Appadurai. Ne pas oublier de remettre des bûches au feu, à toutes les heures. Et autres tâches connexes.*

*Ajout : C’est-à-dire laisser tomber tout ça et écrire, si l’envie y est.

Ciel de cendres.

Mardi, le 21 octobre 2014, Lac Xavier.

Hier soir, il faisait très noir et je suis sortie sur le balcon. J’ai observé le néant. J’ai levé la tête et il y avait au ciel beaucoup d’étoiles, sauf que j’ai été chicken. J’ai eu peur de rien, de tout, du froid, des bêtes et de l’obscurité. J’ai préféré rentrer et rester à l’intérieur, emmitouflée. La trouillarde! Aujourd’hui a un objectif : Attendre que la nuit tombe. Hier, c’était à 18 h 40. Attendre que la nuit tombe et sortir avec l’épaisse et lourde couverture de laine comme armure. Me munir d’une lampe et m’étendre sur le quai pour contempler les étoiles. Si elles filent, filer avec elle.

Raconter une journée fort simple : J’ai marché dans les bois, bu beaucoup de thé et pisser mille fois. J’ai tant marché, j’avais chaud, alors j’ai laissé quelques couches de vêtements par terre pour les reprendre sur le sentier du retour. J’ai peu lu. J’ai pris les arbres en photo, une perdrix m’a fait peur et j’ai ramassé une canette de bière par terre, ce qui m’a fait songer à Grand-père. J’ai essayé de ne pas trop réfléchir à ce que je veux faire de ma maîtrise, aux endroits du monde que je souhaite parcourir et aux types d’hommes qui devraient faire deux avec moi. Je suis venue ici pour réfléchir et je m’y prends drôlement : je m’assieds sur le quai dans la position du lotus et je fixe un point devant moi. Ce point est un épinette rouge, mais orange. Je le fixe et me concentre sur les bruits que m’offrent la nature. Ils sont vifs, guais, doux, étonnamment silencieux. 

Si j’ai trop mangé pour dîner, c’est que la solitude me creuse l’appétit. Des patates, des légumes et du riz. Je n’avais pas d’épices alors ça goûtait mollement. J’ai pensé aller voir dans la forêt s’il y avait du romarin, puis je me suis mise en guerre contre le barrage des castors. Là maintenant, j’écris tout ça et mes yeux prennent l’eau. Je ne sais pas ce qui me prend, pas plus que je ne sais ce qui se passe en moi. Mes doigts ont l’odeur du sapin. Je me sens si chanceuse d’être ici, et pourtant, je pleure un peu. Il y a longtemps que je n’ai pas pleuré. Je ne pleure plus dans les endroits publics, plus même pour rire. C’est que j’ai l’émotion courtoise, ces temps-ci. Mais je ne saurais dire s’il s’agit là d’une bonne chose. Et ce désir d’être quelqu’un de bien. Je ne veux blesser personne et j’ai parfois l’impression de ne faire que ça. Je blesse ma mère de mes écris, les copains de mon absence et celui qui m’aime, et si c’était moi, de la distance qu’il me faut prendre au matin.

Je suis au chalet familial. Je ne sais pas si je l’ai dit, mais c’est d’une quelconque importance puisque je ne suis jamais venue seule ici. Petite, j’étais la première à vouloir quitter les lieux. Je voulais retrouver les amis en ville, quitter les moustiques et les vêtements salis par la terre, la boue ou la suie. Je voulais fuir les corvées ménagères et familiales et cesser de me sentir prisonnière. C’est qu’ici, il n’y a aucun voisin et que les ours se font rares. Aujourd’hui, j’y suis. Seule, sur plusieurs kilomètres. Mon père m’a dit de ne pas m’étonner si je croisais quelqu’un, il m’a dit qu’un homme avait les clés pour nourrir ses dindes sauvages qu’il élève près du deuxième lac. Je me suis contentée de rire parce que ce serait presque aussi absurde de croiser quelqu’un ici que d’y voir une dinde. 

J’ai l’impression d’étudier un arbre et d’y voir ses racines. Je creuse et je gis là, sous terre. Je prends ma grandeur à même le sol. Je me recroqueville et m’endors sur les cailloux, je renais de mes cendres et il me faut regarder tout, tout avec un nouveau regard, un regard que je suis allée chercher bien loin, et qu’il me faut retrouver près de moi, près des miens. Il m’arrive en ces lieux des choses extraordinaires ; plus rien n’a le poids de tout. Vice-versa. Mes travaux d’université peuvent attendre, mes lectures aussi. Pour l’écriture, c’est pareil. Elle aussi attendra.

Plonge. Go deep. See inside. See why sometimes some words need to express themselves in another language. See why you feel so ashamed not to speak this other language properly. Remonte à la surface. Regarde les étoiles. Que te vaya bien. Tu es plus que la somme de tes expériences. Parler autrement pour dire plus qu’à soi. Confondre son identité à celle d’un autre. Voir le monde. Grimper. Tomber. Se péter la gueule. Accepter ce besoin de fuir en-avant. Puisqu’il ne s’agit que de ça : Avancer. Est-ce si important de savoir d’où provient cette attirance pour les contrées lointaines? Est-ce si brillant de se faire dire que rien ne sera jamais assez loin et qu’ailleurs n’existe pas? Faut-il écouter ce que disent les gens? Et si oui, le faut-il même lorsqu’on ne les comprend pas? Et l’amour? Pourquoi faut-il qu’on nous fasse croire si longtemps qu’il se place au-dessus de tout, de nous, de ces deux-là? 

Au revoir. J’ai encore à dire, mais écrire est peu de choses. À cette heure, il y a les étoiles. Elles sont revenues et, cette fois, j’irai vers elles.

Coupée de tout.

Mercredi, le 22 octobre 2014, Lac Xavier.

Le café instant, c’est dégueulasse, mais ça « marche ». Une tasse et je suis prise de tremblements. Le feu s’est éteint. Je sors à l’extérieur chercher des bûches et voir le froid qu’il fait. Les herbes sont gelées et le coeur des arbres aussi. J’ai ramassé une branche par terre et elle s’est rompue entre mes mains. Il y avait du givre, à l’intérieur.

Ce matin, c’est une étrange alarme qui m’a tiré d’un mauvais rêve. Je n’ai pas trouvé l’objet duquel un tel son pouvait provenir. Le matelas me donne mal au dos. Ce soir, je dormirai sur le plancher. Je suis faite pour ça : les trucs peu confortables, les endroits où ça sent le fumier et les situations bidons. Mon père m’a appris que les bidons rouges étaient remplis d’essence et que les jaunes c’était pour le diesel. J’aurais aimé être mon frère pour qu’il m’apprenne les arbres, les clous et les changements d’huile. Mais il était préférable, pour l’ordre des choses ou l’ordre du temps, que j’apprenne la vaisselle, les poupées et le pliage de draps contour. Je ne me plains pas, mon enfance m’a laissé beaucoup de temps libre. Du temps libre et de la solitude. Maman travaillait. Papa travaillait. Mon frère travaillait avec papa. Et moi, je regardais la cime des arbres, le mouvement des eaux et je créais des histoires que je croyais vraies. 

J’ai écrit pas mal aujourd’hui. Par pas mal, je veux dire des milliers de mots. Mais il n’y a pas de quoi être fière! Mes mots manquent de « chien ». Parfois, je me dis que l’écriture seule est trop sérieuse. Il me faut une distraction, ou une entreprise plus sérieuse encore qui rendrait à l’écriture sa place; naturelle, dansante, musicale, frêle, folle, forte. 

J’ai aussi beaucoup pensé au voyage, aujourd’hui. Sans nostalgie. Simplement, j’ai les feet très très itchy. Là, je fais ma maîtrise. Je fais ma maîtrise. Pour l’instant, je fais ma maîtrise. Je me répète ça vingt fois, comme un mantra. Mais Sab, si tu mourrais demain, qu’est-ce que tu voudrais faire d’aujourd’hui? Je me pose de ces questions, parfois… Là, je n’ai qu’une envie. Celle de me lancer dans le lac, tête première. L’eau du lac est froide et le fond, c’est du sable mouvant. Mon oncle est mort dedans. 

Il y a dans ma famille mille tragédies. À la recherche d’inspiration, je me suis dit que ce pouvait être quelque chose à raconter, la famille. Je m’y suis mis. Je n’ai pas rédigé deux pages que je me suis lue. Il y avait dans mon texte tant de réalité ; c’était bon pour la scrap. Un très mauvais conte. Des fous, des esseulés et des assassins, c’est trop pour tenir dans la même pièce. Alors dans un texte, je ne sais pas à quoi j’ai pensé. Devant le manque de résultat, je me suis mise à écrire sur l’amour physique, un de mes thèmes préférés. Sauf que voilà : je n’ai plus d’amant, plus de libido et au moment où j’écris ça, on s’en balance. Seule dans les bois, mais qu’est-ce qu’on s’en fout! 

Revenir aux choses sérieuses ; les castors ont encore fait des trucs incroyables avec les branches, les feuilles et des trucs presque aussi gros que des troncs d’arbre. Ça m’a d’abord choqué de voir leur sale boulot, mais ça m’a aussi fait rire. C’est à quatre pattes dans le marécage que je me suis rendue compte que je prenais la défense des lieux trop au sérieux. 

Bla-bla-bla, je raconte ma journée qu’un héron se pose sur le quai. UN GRAND HÉRON SUR LE LAC XAVIER! Je ca-po-te. Je n’ai pas le temps de sortir qu’il prend son envol. 

C’est ça. C’est tout. Tout ce qui reste à faire.

Matin givré.

Jeudi, le 22 octobre 2014, Lac Xavier.

Il fait très froid, ce matin. J’ai si bien dormi que je ne me suis pas levée pour remettre des bûches au feu et il suffit que je sorte des draps quelques minutes et j’ai le bout du museau gelé. Seule dans les bois, je suis un animal. Peut-être moins qu’en ville, mais animal quand même. Mes habits sentent la fumée. Je les ai lavés en les séchant près du feu et j’aime l’idée d’emmener l’odeur des bois avec moi.

J’ai plusieurs trucs à faire aujourd’hui puisque demain, je pars tôt. Je dois passer le balai à grandeur, déverser les résidus de nourriture aux bêtes, me battre contre le barrage des castors, encore, ramasser tous ces livres que j’ai laissés traîner, remplir la corde de bois et laver les draps à la main. 

Avant de m’y mettre, je prends l’avant-midi pour étudier et le début de l’après-midi pour me promener entre tous ces arbres que je ne saurais nommer. Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup est caché. Plus il se fait de jours, plus mes respirations sont profondes. Il y a tout qui prend son temps et mes joues qui prennent des couleurs. 

J’ouvre mon cahier d’études et je tombe sur cette citation : « Notre conscience s’égare : car cette conscience, que nous croyons être notre bien le plus intime, n’est que la présence des autres en nous. Nous ne pouvons nous sentir seuls. » C’est de L. Pirandello. 

Je la lis deux fois, me disant que ce doit être pour ça que je me sens si pleine de monde lorsque j’aime ou que je médite, devant la grandeur d’une montagne ou seule contre le vent. Je m’assieds sur le quai et mon séjour se termine comme ça. Le corps en lotus, les paumes tournées vers le ciel, le regard devant, yeux ouverts, coeur gigantesque et museau gelé. 

Demain matin sera givré. 

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