Je ne parle pas souvent de ce que je lis. Genre, jardin secret. Je peux vous balancer sans pudeur les hommes embrassés avec tant de détails, c’est comme si vous y goûtiez. J’arrive à vous raconter mes nuits-whisky pour que vous vous en rappeliez alors que moi-même je les ai oubliées. Je peux vous parler de la famille et de ces mondes qu’on dresse contre elle, je peux m’étirer sur le vent qui, pourtant, ne fait que passer, je peux écrire pas mal n’importe quoi, pourvu que l’envie y est. Pour parler de mes lectures, c’est différent. Souvent parce que je ne comprends pas ce que je lis, parfois parce que je ne comprends pas ce que je ressens, mais la plupart du temps c’est juste parce que je ne ressens rien. Cette fois, je sais, je ressens et j’ai envie de pleurer. Je le fais un peu, me disant que c’est le vin, mais non, c’est bien lui; Jonathan Safran Foer. Il faut l’écrire vite parce que je n’arrive pas à retenir le nom des auteurs que j’aime ou que j’ai aimés. Ce qui me fait penser; si je savais oublier ton nom
On cogne à ma table.
Where are you from? Are you traveling alone? Is the friend you are meeting tomorrow from your country? Where have you been in Laos? Where are you going next? Did you go to university? How old are you? How old are you? Where are you from? Are you studying? How is it for you to manage studies and work? Are your classes in English or Lao? What is your name? Winterpouit? Winterpoooouiit, really? My name means important people, yours? Nothing or no one.
Son supérieur lui fait signe.
Il doit me quitter, navré. Ça va, ce n’est pas comme si je l’avais invité à entrer. C’est comme ça depuis la première page. Quand ce n’est pas le serveur, c’est le voisin de table. Avant le voisin de table, c’était quelqu’un d’autre, la pluie, la fatigue, mes crampes et là c’est au tour de l’écriture et j’ai appris que, lorsque c’est d’elle dont il s’agit, je ne réponds plus de rien. Je vais écrire et je vais écrire ce que je ressens en-dehors de ces pages que je crève d’achever parce qu’on ne cesse de me prendre au milieu et que c’est peut-être là où je me trouve. Je rêve en gribouillant dans le roman et je suis heureuse et je crois avoir trouvé; je me dis que c’est le bonheur qui attire les hommes comme des guêpes.
Sur cette grande découverte, je vais écrire pour vrai, mais avant je dois dire que je plaisante lorsque je dis que je me rappelle pas le nom de l’auteur. Son nom c’est Jonathan Safran Foer et un nom pareil ça ne s’oublie pas. D’autant plus que c’est grâce à lui si j’ai mobilisé mon végétarisme. (Eating Animals) Il est brillant et il écrit si bien qu’il me fait presque aimer l’anglais.




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