Jelefaispourmoi

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Querida.

mai 2nd, 2015 · Ma vie, en tranches...

Chère amie,

T’écrire m’a donné envie d’écrire.
Je voulais te dire que le printemps est de retour comme on annonce une bonne nouvelle ou un nouvel amour. Tu connais nos hivers et tu sais ce que vert feuille et printemps veulent dire. Mois de mai. Ici, il y a du vert dans les arbres et j’essaie d’entretenir des fleurs d’intérieur. C’est con, mais… c’est difficile pour moi… de ne pas laisser mourir.

Cet hiver, j’ai essayé d’apprendre à m’ennuyer. Je dis « essayer » puisque je ne suis pas certaine d’avoir eu beaucoup de succès. J’ai laissé mon corps faire à quelques reprises et je suis même tombée amoureuse d’un homme qui me plaisait bien. Ses yeux. C’est… Si seulement j’avais pu m’y voir, ne serait ce qu’un peu, je me serais permis d’y croire. Me réveillant près de lui, j’ai cru être si près des montagnes. Si près… À Montréal, c’est te dire…

Je sais les coeurs qui s’aiment, mais j’en suis venue à me demander si je la veux pour moi, cette histoire qu’on se raconte, ou si elle ne m’est tout simplement pas venue de l’extérieur, comme tant d’idées qu’on se fait du monde.

Toutes ces histoires.

J’ai une bicyclette. Tu devrais me voir. Le vélo est affreux et il me va bien.
Te souviens-tu lorsqu’on s’est retrouvées en Inde? Des enfants, des vélos pourris et la liberté si près du sol.
Je suis rentrée tard d’un concert hier soir, j’étais complètement claquée. J’avais la fatigue du jour dans les jambes et le vent de la nuit dans les cheveux. J’étais en Inde et le monde m’appartenait comme à chaque fois que je monte à bicyclette. Le voyage poursuit sa route à travers moi.

Je pense beaucoup à toi. Je t’imagine au loin, sur la plage ou les pieds pas dans le sable du tout. Je t’imagine, le pouce levé et du sel dans les cheveux. Je t’imagine en bord de route, en marge, en déplacement constant. Et ce regard qu’on porte sur les choses les plus banales lorsqu’on est loin de chez soi.
When I’m home, my heart is traveling for me.
Heart, Friend, You; Words, Words, Words.

Toutes, la même histoire.

L. va bien. Elle est belle et son sourire penche aussi pour le soleil. B. et M. attendent un enfant. Le petit haricot sera une Elle. J. a rencontré un type aussi con qu’il est beau. Tu aurais dû l’entendre parler de mon végétarisme, j’ai ri pour ne pas pleurer. Les gens qui ne questionnent pas me fascinent. Je doute que « fasciner » soit le terme qui lui convienne. Il lui brisera le coeur. Mais on ne dit pas ces choses-là. Tout comme on ne choisit pas ce que coeur doit vivre.

T’écrivant, j’ai posé mes jambes sur les barreaux du balcon. Je bois ici mon deuxième café de la journée. Le fer marque mes jambes, mais puisque je sens sur elles la caresse des rayons, je ferme les yeux et je ne bouge plus. J’ai envie de n’embrasser personne. Mon voisinage fait très Michel Tremblay et, malgré ce qu’on y lit dans ses livres, il y a beaucoup de finesse dans le franc-parler de mes voisins, dans les pots de fleurs laissés là, craqués de l’hiver, dans les chats de gouttière et dans le lampadaire qui n’éclaire plus; dans tous ces trucs qui rouillent, ces odeurs étranges et ces briques qui s’amoncellent dans un coin délabré de la cour. Tout n’est pas utile, mais tout est joliment printanier. Mon corps, la solitude et la douce musique qui nous provient de la ruelle.

Je n’ai pas plus envie d’un aller-simple. Je suis heureuse de vivre un dernier été ici.
Je te laisse, car j’ai une brassée de lessive à étendre sur la corde et puisque, depuis un moment déjà, je constate que je ne t’écris plus. Ou si, je t’écris à travers moi.

Comme la vie se fait grande lorsqu’elle est légère!
Love you,
Querida.

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D’espoirs et de catastrophes.

avril 26th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je me suis achetée des fleurs. Un instant, j’ai voulu choisir les plus laides; l’instant d’après, j’étais sur le trottoir, chargée comme un mulet. Je suis sortie de chez la fleuriste les bras chargés des plus belles fleurs du commerce, aussi bien dire que j’étais comme tout le monde.

Je voulais des tulipes. Je les voulais jaunes et les tulipes de cette couleur étaient les plus belles de la devanture, j’irais même jusqu’à dire qu’elles étaient les plus belles tulipes que je n’ai jamais vues de ma vie.

Sabrina, faut pas charrier !
C’est vrai. C’est vrai que celles du marché d’Amsterdam étaient magnifiques. Et celles devant le château d’Autriche, je ne me souviens plus quelle couleur elles étaient, mais ce n’est pas important, on sait tous que les plus belles fleurs du monde sont celles qu’on n’a pas sous les yeux, celles qu’on ne peut ni voir ni toucher.

Je regarde par la fenêtre. Je m’imagine bien fleuriste. Il me semble que les après-midis seraient longues et que j’aurais cette impression vivace de contribuer à la beauté du monde.

Sabrina,
marchande de roses, de marguerites et de lilas.

***
Mon shampooing me laisse au crâne des pellicules. Une fine neige blanche tombe de ma tête et je ne suis pas très fan du contraste sur mes pantalons noirs. J’aurais pu simplement dire contraste et l’on aurait bien saisi de mes pantalons qu’ils étaient noirs, or, je ne sais d’où me vient ce besoin de mettre tant de couleur dans mes textes. Peut-être la vie me paraît moins fade ainsi. Va savoir.

Je refuse de payer le prix d’un bon shampooing depuis que je me suis mise à songer à l’achat d’un billet d’avion. Je raconte n’importe quoi. Si je refuse de payer le prix d’un bon shampooing, c’est parce que je suis cheap et que je mérite la chute de pellicules. Ce qui me fait tout de même songer à ma prochaine destination et à cette envie que je devrai avoir d’y rester.

I am ready for the big move.

***
Hier soir, j’ai bu un whisky de trop.

WHISKYYYYYY. WHISSSSSSKYYYYYYYYYYY-IEEEEEEE.

Si j’avais un chien, je le nommerais Whisky. Je crierais sur lui dans les parcs comme cette femme qui gueulait sur moi dans mon enfance. Je gueulerais, je crierais à en perdre la voix, je lui dirais ce qu’on ne dit pas à un enfant, de se ramasser, de déguerpir, de ne jamais revenir et de se perdre dans les prés. Je pèterais une coche, une solide one, parce qu’il serait toujours trop : Trop près, trop au pas, trop là, trop comme moi.

***
Je suis dans un mignon salon de thé, les fleurs sur la table sont violettes, mais ça pue câlissement le bacon. L’odeur vient tout gâcher. Je me demande pourquoi tous les salons de thé ne sont pas des endroits où l’on peut s’asseoir sur le plancher. On a oublié ce que c’est, la terre. Alors on se réunit, tous les plus grands pays du monde, et on cherche mille mesures et excuses pour donner l’illusion de s’en rapprocher. La terre, on l’a oubliée quand on a cessé de s’y asseoir. Le cul dans le sable, les pieds dans la merde, du fumier sous les ongles. En s’éloignant ainsi du sol, je ne comprends pas ce qui, dans notre je-m’en-foutisme, les étonne.

Peut-être a-t-on oublié qui sont nos pères pour la même raison.

***
Ça se voit à la manière dont il se tient. Ça se voit à sa posture, aux regards qu’ils jettent à la rue et à cette manière qu’il a de me regarder sans me voir, à cette façon qu’il a de serrer la mâchoire… Ça se voit comme je voudrais qu’il referme sa mâchoire sur moi.

Sabrina, tu es d’un romantisme!
Non. J’ai aussi souhaité de ses dents qu’elles me lacèrent, de nos corps qu’ils s’écorchent. D’ailleurs, je suis un peu tannée de mon corps. J’aimerais être à côté. J’ai souvent envie qu’on me déporte. Je me suis mise à y rêver. Tu sais, cet hiver, j’ai même appris à m’ennuyer. Je sais. Ne me regarde pas comme ça. Je sais. On ne dit pas ces choses-là.

***
J’avais une discussion tout à l’heure avec un homme brillant. À un moment, il m’a demandé ce que je voulais faire. Je n’ai pas compris la question, ne sachant pas s’il parlait de là-tout-de-suite, de demain ou de ma vie. Plutôt que de lui demander des précisions, j’ai dit : Je veux être migrante. J’aurais aussi pu répondre : sauter à la corde, construire un château de sable, tourner la page, boire un verre.

Je me rends compte que, dans mes textes, les châteaux de sable reviennent souvent. Je crois que leur caractère éphémère y est pour quelque chose. Je parle très peu des musées, de mes souvenirs et de ce qui reste.

Je préfère encore la poussière et tout balayer.

***
Le Népal s’est fait rentrer dedans par la nature, hier. J’en ai souffert toute la journée. Les Népalais, ils ont les montagnes si près du coeur. Je ne sais pas ce que je veux dire par là. Simplement, j’imagine que sous les décombres, il pousse déjà quelque chose.

D’espoirs et de catastrophes. 

***
Je ne suis plus sur Tinder. Là-dessus, tous les hommes que j’ai rencontrés voulaient se marier et aucun d’entre eux n’avait de citoyenneté à offrir en échange. Je suis bien prête à ce que l’on s’aime, la preuve, je fais des postures d’ouverture du coeur au yoga et mon étoile est wide-opened côté droit. Oui, je suis bien prête à ce que l’on s’aime, je le jure sans cracher, mais encore faut-il y trouver son compte.

Like it or not; je repense à mes « matchs » et, tout ce qui me vient en tête, c’est : Câlice que je suis blanche ! Je prône la diversité culturelle, je veux travailler en médiation auprès des immigrants et participer à l’acceptation du monde envers lui-même, mais criss, quand vient le temps de like him or not, les hommes ont tous la même tête, la même couleur et la même nationalité.

Hommes en série mes chéris.

***
Les fleurs meurent chez moi. J’allais écrire en moi, les fleurs meurent en moi, et c’était fichtrement poétique, alors je me suis tue. Fichtrement, je manque de mots.

Mais inventez-les Madame ! Qu’est-ce qui vous en empêche ? Faites comme chez vous. Racontez-vous. Asseyez-vous là, ou ici, pourvu que vous soyez confortable.

L’écoutant, je me suis dit que j’allais devoir trafiquer le texte parce que pourvu est un mot très laid. Je me suis dit que j’allais trafiquer son discours et que personne n’y saurait rien.

Retour à l’histoire, qui n’en est pas une :

Je peux mettre mes pieds sur la table ?
Si vous voulez.
C’est chouette ici. L’endroit me plaît bien. Vous me plaisez assez. Je me plais aussi. Et si on se plaisait ?
Vous voulez boire quoi ?

Notre histoire a commencé comme ça : Vous voulez boire quoi ?
Depuis, les fleurs ont fané.

***
Je ne t’ai jamais dit : Lorsque je me souviens de toi, et même lorsque j’ai envie de t’oublier, j’écoute la chanson sur laquelle on a baisé.
Je ne t’ai jamais dit : Cette chanson, je l’écoute pour me sentir triste même lorsque je vais bien.
Je ne t’ai jamais dit : Je t’ai aimé.
Man, je t’ai aimé.
Je ne t’ai jamais dit : Je t’ai aimé sans savoir pourquoi. Je t’ai aimé sans raison. Je t’ai aimé comme on aime et comme dimanche revient.

Je sais de l’amour qu’on ne le réinvente pas.
Mais l’écrire, c’est le réinventer à chaque fois.

On va se croiser, je le sais. On va se revoir. Dans ces minables couloirs ou dans le métro ou sur un banc de parc où je t’attendrai les pieds gelés. On va se revoir et je te le dirai. Je te dirai ce que je ne t’ai jamais dit : Que j’écoute la chanson sur laquelle on a baisé et qu’il m’arrive ce qui m’arrive alors : des souvenirs de toi, des joies d’une infinie tristesse et des je t’aime encore.

***
Ces fleurs fanées, où vont-elles, lorsqu’elles tombent sur le sol ?

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Hymne à _______.

avril 14th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« le je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup. »
Colette

Des vêtements sur la corde à linge d’en face, du vent dans mes narines jusque dans ces arbres laissés sans feuille. Il y a tout qui renaît; mon allergie, la frilosité des peaux, mes jambes blanches et les regards qu’on leur jette dans la rue. C’est à chaque fois la même saison qui est de retour. C’est tout qui refait surface.
Refaire surface.
Nage, nage, petit animal.
J’ai envie de prendre une grande bouffée d’air frais et de te l’envoyer dans la bouche.
Déverse-toi. En moi.
Illustre timidité.

Hier soir, au bar, un homme s’est posé près de moi, a jeté son regard dans le mien, sans me toucher outre mesure, et m’a dit « Tu es amoureuse. C’est ce que mon dit mon intuition. C’est le signal que m’envoie ton corps : Amoureuse. » J’ai souri, plus à moi qu’à lui. Cryptique, mais familière. J’ai eu envie de lui dire : « Mais c’est que j’ai le corps en printemps, mon chéri! »

Mon chéri, mon chéri, mon chéri, mon chéri, chéri, chéri, chéri, chéri, chéri; Mais qu’est-ce que j’en ai eus! À un moment, ça vous écœure. Vue aérienne sur chambre triste : Des corps las enlacés et des bas qui trainent.

Tasse-toi un peu, je voudrais bien allonger ma jambe, si tu veux. Laisse-moi un peu. Un peu plus de place, un peu plus de temps, plus d’air dans les cheveux, plus seule, plus à deux. Ouvre tes bras! Ouvre-les bien grands. Agite-les, de haut en bas! Fais du vent! Fais-le moi! Fais-le moi encore! Croire que tu me prends sous ton aile…

Lui. Cette mauvaise manie qu’il avait de m’agripper le cul et les seins en public. Même sans féminisme, je dirais; chosification, suffocation, strangulation. Et cette envie que j’avais près de Lui de voir la mer. Ferme les yeux. Les vois-tu les arbres? Ils sont dans leurs bourgeons. Mais c’était quoi la chanson? Pour se dire je t’aime, pour ne rien se dire du tout, ou peut-être que si, se dire que quelque part en soi la haine et l’amour de l’autre se frôlent, cohabitent.

Au creux du lit : fades paysages. J’ai eu envie de lui dire qui j’étais, que j’étais smart, mais il me trouvait si belle. Si belle, j’ai préféré me taire. Ah, « [c]e je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup. » Caractères ailés de choses infiniment profanes. Identités frêles, identités vastes comme de larges étendues de soi sur le plancher.

Salut les gars!
J’ai envie de finir mon texte comme ça.
C’est le printemps.

Salut les gars!

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Double négation.

avril 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« J’entends ta voix dans tous les bruits du monde. »
Paul Éluard

Les trajectoires de ces corps qui se frôlent sans jamais se rencontrer.
La rencontre de l’autre. Son goût de sel.
Goûter le corps et le mordre au passage de peur qu’il ne se sauve, qu’il ne fasse lui-même que passer. Le serrer trop fort, l’étreindre malgré soi, lui faire mal, ne plus savoir le quitter, l’étrangler, le briser, le brusquer et lui ouvrir le crâne contre un rocher.
Il se courbe. Je m’élance.
Bittersweet tenderness.
Plusieurs de mes mots reviennent, s’érigent les murs puis tombent les vallées de larmes et, toi et moi, seuls sur la plage, contemplons les désastres de la mer rattraper, tout reprendre, de ces châteaux de sable que nous croyions fidèlement solidement, douloureusement ancrés. Mais quelle est douce ma naïveté!
Jamais et toujours sont des mots alliés. Ils sont faciles, souvent vides. Évidés, nus comme ton corps sur mon plancher sale sur lequel je te souhaite mort, anéanti.
Si je le souhaite mort, ce corps, c’est que mon désir est fruste et mon âme nullement évoluée.
Des marquis de Sade. Mais qu’est-ce que je raconte? N’importe quoi. La vie est trop courte pour lire Zola, Marcel Proust ou pour t’écouter toi.
Si on ne s’entend plus, c’est qu’on a préféré mettre nos mains sur nos oreilles, élever la musique et s’étourdir.
Brume, songes, paillettes.
On n’a plus le temps de discourir, le coeur n’a plus besoin de mots et l’on ne s’entend plus marcher, tout juste là, à peine quittés.
J’ai mal au coeur. Je me suis remplie le vide de chocolat et je me sens toujours aussi nue et sexuellement dépourvue de tout : de nous.
Tout nous, tous nus, toujours, jamais. Et reprendre le chocolat et revoir la mer qui s’en est allée.
I am a suffocater.
Mon corps est un navire et je ne sais pas nager.
Je préfère nos discussions virtuelles, mais c’est ton corps papier que je désire.
JE NE VEUX PAS QUE L’ON PARLE. UN MOT ET JE TE COUPE LA LANGUE.
Salive et promiscuité.
Je ne veux qu’embrasser pour savoir reconnaître si l’on parle le même langage.
Désordre dialogique.
J’ai lu ça cette semaine : « Si les désirs tendent à se réaliser dans la vie fantasmatique ou onirique, il subsiste toujours un mécontentent. Ce n’est pas toute rencontre, ni tout objet disponible qui peut promettre du plaisir. Parce que « des objets [sont] perdus, qui, une fois, [ont]  apporté une satisfaction réelle » — ou ont été fantasmés en tant que tels —, les éléments du monde extérieur doivent être soumis à un examen de réalité. L’objet d’amour des adultes « n’est jamais plus l’objet originaire, mais n’est qu’une substitution », un Ersatz. L’objet refoulé originaire d’une motion de désir est représenté « par une série infinie d’objets substitutifs, dont aucun ne suffit pleinement. Voilà qui nous expliquerait l’inconstance dans le choix d’objet, la « faim d’excitation » qui est si souvent propre à la vie amoureuse des adultes. La dimension étrangère, euphorisante ou angoissante, porte, de manière défigurée, des traits de l’objet d’amour inaccessible. Dans la personne étrangère on croit l’avoir finalement trouvé, comme si c’était justement elle qui pouvait combler la faille éternelle de l’insatisfaction. Dans tout ce que manifeste une personne étrangère on n’entend qu’un seul message : « Je ressemble à ce que tu aimerais avoir! ». Ainsi des motions pulsionnelles partielles, qui restent non réalisées dans la vie sexuelle de l’adulte, se rattachent-elles à la personne étrangère. »
Ça m’a fondu par terre.
Je salue mes babes en Irlande, en Australie et même celui que je n’aime pas trop, mais que j’aime quand même, au Yukon. Je vous remercie d’exister. Un goût d’amertume aux quatre coins du coeur comme aux quatre coins du monde.
Inconstantes sont mes pulsions.
Bisous, surprises et câlins dans l’obscurité.
Signé à Montréal, Québec, trou pourri,
ta fidèle insatisfaction.
Si rien ne se dit, aussi bien tout dire!
J’ai vu des corps s’agiter, danser, puis mourir.
J’ai vu des hommes, des chevaux, des hommes-chevaux.
Des bêtes et un ciel couleur caramel.
Quand on a vu la vie ainsi, qu’on l’a eue si près des yeux, il vous arrive parfois, certains matins d’angoisse, d’avoir cette envie très forte de ne plus rien voir, de fermer les yeux et de laisser son corps s’agiter, puis mourir d’avoir tant dansé.
Les limites de mon travail intellectuel me sont claires alors que je commence tout juste la rédaction de ce qui sera mon mémoire et qu’émerge en moi une certaine orientation, le guide d’une certaine pensée, pensée que j’attribuerai à d’autres.
Masquer le subjectif par encore plus de fiction.
Je ne suis que fiction. Ce que je raconte est né de quelqu’un d’autre. Je suis blanche et sauvage à la fois. Je suis triste même lorsque heureuse et je suis seule même lorsqu’un corps étranger me pénètre.
Coeur serré. Non-objectivité.
Je me suis réfugiée à l’abri dans mes bras puisqu’il s’esquisse au fond de moi ce portrait bien naïf de deux personnes qui s’enlacent et chancellent. S’il se fait des bras, à proximité, c’est pour bien vous serrer contre soi. Contre moi, encore faudrait-il que les détenteurs de ses bras me comprennent.
Tenir seule.
All Alone. Anywhere Anyone.
Tout le monde est fatigué, brûlé, anéanti. Presque mort, presque en vie.
Je suis une île.
J’ai envie de me peindre sur fond jaune.
Mais bien sûr je ne pense pas ça, ni de mon pays, ni de ce monde, ni de moi. Mais puisque je n’ai aucune envie de m’expliquer, je préfère encore laisser les mots ici et faire passer mon message pour qu’il se glisse sous votre peau comme il s’infiltre sous la mienne : Inévitablement, affreusement, douloureusement et ugliestement comme tous ces mots ridicules, trop longs pour rien, dénués de sens, répétitifs; inutiles.

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Notre monde sera fuchsia.

avril 5th, 2015 · Ma vie, en tranches...

La vie est prise dans un rythme lent. Hier soir, j’ai pensé écrire en dormant. J’y songe, à répétition. J’y songe, puis la nuit s’efface devant un jour nouveau et je n’ai rien écrit. Je n’écris rien, les jours passent, les saisons changent et le blanc fait place au bleu, au blé, et je me dis qu’il faudra se presser, se mettre à courir hâtivement et se jeter dans la vie de plein fouet si l’on ne veut pas d’elle qu’elle nous rattrape. Les gens courent pour ne pas ralentir, pour ne rien voir du temps qui passe et des êtres qui s’effilochent. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on voit tant de gens si mal tenir ensemble, tenir tristes, tenir tordus. On les regarde puis on se penche sur un un livre qu’on ouvre au hasard : « What is this ‘it’? the universe? Don’t try to understand with words and with your head, for these two words [perfect identity & perfect union] express altogether different experiences. And yet the result is the same, but one is rich with all that was not in the other, the richness of the whole experience — the whole universal experience. » On lit aussi pour ne plus voir tous ces gens qui souffrent. Ou bien on accepte encore de les voir, les yeux fermés.

Je déteste les idées fixes tout comme je déteste les hommes qui se fixent, qui s’ancrent et qui cessent de s’agiter les pieds plats bien incrustés dans le béton de leurs idées noires, dans leur monde où même le fuchsia prend des airs de couleur sombre. Je n’ai jamais souhaité que les choses tiennent. J’ai toujours voulu rompre; les murs, les barrières, les frontières, et j’ai cherché en m’éloignant à ce que s’estompe la distance. J’ai souhaité que se déchirent mes peines les plus profondes en des vallées de larmes, en de vastes mais pleines tragédies. Petite, je rêvais déjà d’une tempête. Je m’asseyais dans mon lit adossée contre une pile d’oreillers, mains en prière, trop lâche et déjà trop lasse pour me mettre à genoux, et je demandais à qui voulait bien l’entendre, au ciel peut-être, d’énormes bourrasques de vent. Des vents forts et vicieux. Je voulais la gravité sens dessus dessous, les tornades et les tremblements de terre. Pour Noël ou pour Pâques, un jour comme aujourd’hui, pendant que mes camarades rêvaient de camions, de poupées et de coeurs en chocolat, je rêvais d’une soeur, d’un crapaud et de terrifiantes secousses terrestres et cosmiques. Je me souviens certains soirs avoir été jeune. Je me souviens une enfance triste au fond d’un lit violet. Je me souviens souffrir qu’on ne me regarde pas. Je me souviens me sentir seule, crier la nuit, demander la mort avant même de comprendre ce que ce mot signifiait. HAHAHAHAHA. J’ai longtemps eu la prétention de savoir, puis un jour s’est levé et le sentiment au fond de mon ventre que tout était perdu, sans sens ni direction. Depuis, j’ai voulu tout oublier et ce sentiment ne m’a plus quitté.

À cinq ans, je voulais faire le tour du monde, parler la langue de Mickey et embrasser un homme couleur chocolat. À cinq ans, je pointais du doigt les êtres « différents » de moi dans les allées d’épicerie et je disais à ma mère que je voulais « être » comme eux. À cinq ans, lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais que je voulais être concierge. Je voulais être concierge pour que les gens vivent dans des endroits propres sans que des objets inutiles n’entravent leur circulation. Je voulais que les gens se rassemblent sans poussière, sans vaisselle à faire ni vêtements à repasser. Je voyais ma mère souffrir de faire tout ça toute seule et, plutôt que de l’aider, je m’asseyais à la fenêtre et je rêvais d’être un jour concierge pour que les mères comme la mienne ne souffrent plus. Très tôt, j’ai cru être victime de mon décor.

Je regarde par la fenêtre et, encore à 14 h, mes rideaux sont tirés. Je vois la lumière s’infiltrer par de longs voiles d’un blanc cassé et je n’entends rien de ce qui se passe au-dehors, peut-être puisqu’il ne se passe rien. La journée est calme, je passe la main dans mes cheveux et l’angoisse me sort par les pores. Mon corps est un autre et je l’aime mieux lorsqu’il en est ainsi. L’écriture se fait vite et limpide et c’est là mes moments préférés. J’ai envie de ne rien toucher, de laisser les coquilles à leur place et de me mettre nue pour qu’enfin l’on vienne me chercher, qu’on m’alimente, que la tempête se lève en moi. En moi, mais bien sûr, puisqu’il y a des années que j’ai cessé d’attendre. On perd plusieurs de ses rêves sur la route, c’est bien connu. Mais je crois qu’il est préférable de perdre certaines illusions, douces ou graves, cela importe peu, plutôt que de ne pas emprunter cette voie, la sienne, la seule qui nous vaille et qui se trace devant et malgré nous. Malgré moi, malgré lui, malgré elle; je.

Je n’ai pas écrit depuis plusieurs semaines, car à chaque fois que je prenais le clavier ou bien le crayon, j’avais le sentiment d’entrer en guerre. J’écrivais Robert, un prénom sans fiction, et j’avais envie de tout dire : la folie d’un amour impuissant puisque fou et brut puisque sans queue ni tête. Je me posais derrière l’écran et je ne me sentais pas à la hauteur des mots qui glissaient de mes doigts, alors je faisais comme autrefois et je les effaçais, un à un. Je souffrais de ces mots plus grands que moi et je demandais à qui voulait bien l’entendre des tempêtes, des tornades et des tremblements. Des vallées de larmes, des mélancolies de soif d’amour et des retrouvailles en terre étrangère. Je regardais les autres tenir ensemble dans la rue, tenir tout croche, mais tenir quand même et j’en oubliais des autres que c’était eux et vous à la fois. J’ai eu peur de raconter notre histoire et de voir de cette histoire qu’elle n’appartient qu’à moi.

Il ne faut pas tant craindre, Sabrina. Il faut faire ce que l’on fait de mieux même lorsque ce mieux ne suffit pas. Il faut savoir aimer chez les autres ce que de nous-mêmes on ne saurait tolérer et, surtout, il faut se sentir assez tout en se sachant incomplet.
Thanks B., you gave me the strength to tell our story.

*** Tapez pour saisir le texte :

De toutes pièces, je t’inventerai.
Mais d’abord, ferme les yeux et regarde-moi.

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Éternelle posture d’enfant

mars 25th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je me suis réveillée pleine de poésie et des rêves de la nuit dernière, j’ai cherché au creux de mon lit d’autres bras et, sans effort ni trésor caché, les couvertures se sont refermées sur moi. Je me suis blottie contre mes cuisses, éternelle posture d’enfant, et me suis caressée le dos pour que s’estompe la crainte d’ouvrir les yeux.

Ils sont plusieurs à descendre dans la rue. Ils hurlent et manifestent, grognent, mordent, protestent. Ils montrent les poings et pointent du doigt pendant qu’on les ramasse et les matraque, pendant qu’on laisse les chiens les mordre et qu’on les pointe aussi du doigt. Deux ans plus tard, ils sont toujours là. Pas tous les mêmes, mais on s’étonne de les voir encore debout. 

Il y a quelques années, j’étais du nombre. Je quittais mon bureau sous le regard réprobateur de mon employeur et je descendais dans la rue. La rue, c’était elle ou mon ordinateur. J’avais choisi l’avenir, flashback 2012. Ce n’est pas que j’avais alors des opinions béton, je n’en ai jamais eues; seulement, j’étais en colère. Je bouillais, le vertige au ventre. Mon centre de gravité savait ce que moi-même je ne savais pas, qu’il était dans la rue à sa place.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Bien mal, d’ailleurs. La colère a fait place à l’angoisse, elle a fait place au doute. Je m’en prends contre moi-même, dans mon angoisse et dans mes cheveux, incapable que je suis de me lever, contre vous et contre tous, incapable de relever la tête et d’hurler ce que je ne saurais dire. Sans ressource, je regarde la rue, je retire les couvertures et me demande où se trouve cette place qui est mienne.

Je n’ai pourtant plus de copain très-à-droite, l’ayant quitté lors d’un certain printemps. (Wink-Wink). Ma famille se situe toujours de ce côté de la ligne nébuleuse finement tracée et tranchante, mais j’ai appris à l’aimer sans m’y rallier et à m’y réconcilier. Mais je vois aujourd’hui «ma» nation se revendiquer et se vouloir de plus en plus «nationaliste» et je ressens la montée de la peur, cette peur de l’Autre à qui l’on met une lettre capitale pour lui donner un air des plus menaçants, un regard des plus extérieurs. Je la ressens plus forte que jamais, cette étanchéité d’une vision, cette étanchéité du monde qui se dit «ouvert», «global», «unifié». Pire, «transculturel». Il faudrait mettre de vastes guillemets à ces mots tant ce qu’ils contiennent de sens et de sensibilités est lourd, grave, chargé.

Au creux de ce lit où je m’effiloche, m’efforçant de tenir seule sous les couvertures, j’arrive encore à ouvrir les yeux. La journée s’entame d’elle-même, malgré elle, malgré moi, et, à peine levée, je ne peux m’empêcher de lire que l’on menace mon désir d’apprendre, que l’on menace ma liberté, mes droits, mon insouciance et cette volonté que j’ai de laisser la porte grande ouverte chez-moi.

J’ouvre les bras et, pour l’instant, malgré les bruits de la rue et ce vertige que je sens s’agiter, j’arrive encore à les refermer. Je referme les bras sur cet autre devant qui je m’abaisse et à qui j’ai retiré cette lettre capitale.

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Blue Bird.

mars 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’ai oublié mon téléphone sur la table et on me l’a volé. J’ai cassé ma bague en verre Murano, la seule que j’aime. Je l’avais acheté à Venise dans des conditions que je ne saurais raconter. Ce qui me fait penser qu’il y a tant de choses que je garde pour moi. Ce qui me fait dire que, même en ces mots, je ne me raconte pas. Mais la vie matérielle a en ce jour si peu d’importance. 

J’ai hébergé un sans-abri. Il est débarqué chez moi avec rien dans son sac, quelques couches de vêtements sur lui et un ukulélé dans les bras. Il avait une guitare aussi, m’a-t-il dit. Il la cachait quelque part sous la neige. Je l’ai laissé entrer, lui ai servi un verre d’eau et je l’ai regardé le vider d’un trait puis s’en couler un autre pendant qu’une forte odeur se répandait dans mon minuscule appartement. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour ne pas me lancer à la fenêtre. Respirant par la bouche, je lui ai montré la douche et lui ai lavé ses vêtements.

Je suis sortie par la porte de derrière comme font mes invités lorsqu’ils fument et, pendant que s’écoulaient l’eau de la douche et les minutes, je contemplais la ruelle sans ne songer à rien. J’étais vide. Sans crainte ni précipitation, mon esprit était en service. C’est difficile à expliquer et, je le crains, difficile à lire aussi. Il est inhabituel de vivre en-dehors du temps et on l’oublie si souvent.

Sa douche terminée et les fenêtres ouvertes, on s’est assis par terre au salon comme dans la rue et on s’est racontés. Nous avons parlé de lui, de moi, et des rêves qu’il fait la nuit. La veille, il avait rêvé d’un oiseau et il avait su, me voyant, que c’était moi. I saw a blue bird. The bird is always trying to make sure people around feel happy. You are that blue bird. If you close your eyes, can you see it?

J’aimerais prendre le temps et écrire le plus grand billet de blogue que je n’ai jamais écrit, mais je suis trop bouleversée par les événements, ma tête n’est pas assez froide, même sous l’eau, et l’odeur ne s’est pas tout à fait dissipée, de sorte que j’ai un peu de mal à respirer chez moi. J’ai lavé mes draps deux fois, jeté une barre de savon, je fais brûler l’encens et je cuisine à la fois un plat à la noix de coco qui sent bon. De la coriandre fraîche, des épices venues d’Inde et des légumes bien bio et bien verts. Je regarde mon assiette et je me dis que s’il y en a assez pour quatre, c’est qu’il y en a de trop, de trop même pour deux.

En mangeant, je me demande s’il a trouvé un endroit où dormir ce soir. Et s’il dormait dans la neige ? Hier soir, je lui ai prêté mon lit et j’ai dormi par terre.

I am a «Why» person. I am a «What» one. You seem to be at your best in transitions. I hate them. It’s weird of you saying that as you are homeless. You might always be in transitions. I am an emotional person. I am the opposite. I am rational. I was an engineer. I forgot what I was. Perhaps I should just see myself as I am but as I told you, I am a Why person and I don’t really know what one can do with «What». Hey blue bird, maybe we should swap our hearts for a day to see what it feels like.

Je ne sais pas si nous avons réussi à échanger nos coeurs aujourd’hui. But deep down, I think we did. Je sens mon coeur plus grand le temps d’une journée. I feel that I know more about love today. Merci. Thank you.

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Mes détours.

mars 9th, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’aimerais dire de cette histoire qu’il ne s’agit pas d’un film, qu’il ne s’agit pas de ma vie, qu’il ne s’agit ni de moi, ni de lui. J’aimerais dire de cette histoire qu’elle ne m’appartient pas. J’aimerais savoir prendre mes distances, reprendre mon souffle et être en mesure d’observer la scène avec un certain recul. J’aimerais me poser, m’ancrer, avoir les pieds fixés quelque part pour, un instant, tout vous raconter. J’aimerais vous dire ce que je ressens, cet insistant bien qu’ineffable besoin de mouvement, ce qui ne sort pas et ce que là-bas j’irai chercher.

***
Ce sont les derniers mots que j’ai écrits. Dans ma fuite et dans la nuit, j’ai laissé la feuille sur les draps, tant j’étais pressée d’attraper mon sac, de le jeter sur mon dos et de faire glisser entre mes doigts un passeport et un chapeau. En filant à l’extérieur où m’attendait un taxi, je me suis dit tout bas : Vole bien, mais vole loin papillon.

Je ne me suis pas demandée une seule fois comment cette feuille de papier avait fait pour se glisser jusque dans l’entrée de mon appartement ni comment elle s’était retrouvée là, parmi les enveloppes et les factures livrées chez moi pendant mon absence. Bien sûr, en la voyant, je me suis dit qu’elle avait dû glisser sur le sol alors que je filais en coup de vent, mais j’ai vite compris que ces quelques mots derrière la porte devaient être pour moi la personne qui vous attend au retour. Une phrase sait si bien vous ouvrir ses bras.

Je t’en prie, referme-les sur moi.

WE ARE ALL DANCING FOR LOVE. C’est ce qui est écrit sur mon frigo. À chaque matin, je lis cette croyance qui s’effrite en moi sitôt que je la quitte des yeux. Une affiche pour me rappeler que si l’on colle des mots, des passages de sa vie ou des aimants sur son réfrigérateur, ce n’est pas une affaire de souvenirs ou de cartes postales, mais pour avoir, l’instant d’une seconde, la certitude que l’on est bien cette image de soi que l’on souhaite projeter.

Sauf que WE ARE NOT. We are not all dancing for love. C’est ce que le voyage m’a appris, et pis encore, we are not all travelling for love. Il arrive que le voyage vous ridiculise devant les plus beaux paysages et qu’il vous déconstruise devant les plus doux portraits. Tranquillement, sans faire de bruit.

Ces album-photos à saturation parfaite, ces partages, ceux qu’on dit «sociaux» que l’on pourrait dire réfléchis, ne sont ni la vie ni mon âme ni l’ampleur de mes déplacements. Ce regard que pose l’autre sur mon voyage ne me regarde pas.

Mon voyage ne se voit qu’à travers mes yeux, ne s’entend qu’au son de ma voix et ne peut se lire qu’entre ses lignes. Ce qui chaque fois me quitte ne revient jamais. Je ne suis pas celle que j’étais il y a une semaine et la durée d’un voyage n’est qu’une façon de plus dont se servent les gens pour mesurer ce qui fuit…

***

Je vous parlerai bientôt des terres vertes sous un ciel incertain. De Galway la nuit et de Belfast comme d’un labyrinthe. Je vous dirai pluies, pubs, moutons et vous répéterai que les Irlandais sont les plus gentils du monde.

Mais d’ici-là, je rentre doucement d’une semaine incroyable et je garde mes souvenirs pour moi, sachant bien que l’on ne voyage pas vers une destination.

All yours and dancing for love,

Sabrina

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Ce que le regard veut bien garder.

février 28th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Dernier départ à destination de Libéria. San José. Delhi. Orlando. Un enfant fait une crise de larmes. Une femme paie cher ses lunettes. Gucci. Prada. Et cetera. Les têtes sont de toutes les couleurs. Je vois la différence sans la nommer. J’observe. Ce que le regard veut bien garder.

Il parle une langue que je ne sais pas. Elle parle Allemand et n’est pas très polie. But she got money and act like she doesn’t care. Ma salade me coûte 14 dollars. Je mange vite parce que je n’ai pas très faim et que je suis fatiguée. J’ai oublié mon carnet à l’appartement alors je tape au téléphone et il me semble que mon écriture en perd de sa musicalité. 

L’Inde est derrière moi et c’est avec elle que j’ai envie de m’envoler. Delhi. Delhi. Delhi. Des sarees et des choux-fleurs au cari. J’ai envie de m’asseoir avec ces dames et de manger avec elles. 

L’homme à mes côtés est Français, ça se voit à son foulard et à son passeport pourpre. Il me fait penser que c’est un Irlandais que j’ai très hâte d’embrasser.

L’aéroport. C’est fou ce que cet endroit me place l’imagination près du cœur. Je sais que le voyage ne se trouve pas dans la destination, mais encore plus que lorsque j’écris, c’est en transit, dans cet espace un peu flou et sans frontières, que je sais ce pourquoi je suis fait. Dans cette absence de vide, je est je et je ne suis que déplacements, perpétuels mouvements, tendresse.

Mais bien sûr je les sais là, ces frontières. Même en moi, elles ne s’effacent pas. Je les vois même les yeux fermés, ce sont des murs qui s’érigent et des gens qui se croient bien ainsi, bien entourés. Le monde est fait de barricades. Cette nuit, je vole en direction de la verte d’Erin, non pas vers les terres afghanes. 

Se mettre en route, c’est déconstruire de grandes visions, celles qu’on croyait solides et qu’il nous est désormais impossible d’observer, c’est ajouter la tourmente aux illusions, c’est rompre les naïvetés situées près du cœur, pendant que d’autres croyances se forgent, s’alimentent. C’est voir tout son être entrer dans une nouvelle danse sans en connaître les pas, mais danser quand même. 

Je regarde l’avion à destination de Delhi s’envoler et mon âme s’élève avec lui. Je regarde mon sac posé par terre et je le plaque contre moi. Sur mon dos, le monde est à sa place. 

Je suis faite pour ça. 

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Tissus profonds.

février 22nd, 2015 · Ma vie, en tranches...

Au passage, elle m’a effleuré la main. L’effleurement s’est maintenu de sorte qu’il ne s’agissait plus d’un effleurement ni d’un simple glissement de peau contre peau. Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont rep… Il me faut reprendre mon souffle pour terminer cette phrase. Je pourrais aussi bien tout laisser tomber, mais puisque j’ai cette volonté de puissance, cette fâcheuse tendance à tenir debout lorsque tout s’écroule, je me pose sur le sol, je me pose bien droite, prends une large respiration, mes poumons s’élèvent, puis ça bloque. D’air nous sommes faits et d’asphyxie nous mourrons. Tant de choses qui ne passent pas.

Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont repliés et se sont soudés aux miens. D’un banal effleurement, nous sommes passés à un acte de solidarité et je me suis sentie bien, grande, unie, toute, mise ensemble et forte. Elle a lâché ma main, car c’est inévitable.

J’aimerais préciser ceci, j’aimerais dire que nos regards ne se sont jamais croisés, que je ne sais pas ses airs, mais que ce n’est pas plus grave, car nulle image ne m’a jamais satisfaite.

Je cherche la concentration au café. L’haleine de mon voisin de table se répand dans mon espace et le pauvre doit avoir l’intérieur bien acide pour sentir si méchant. Sa chemise me laisse entrevoir son nombril, le poil autour de cet astre et c’est plus d’information qu’il ne m’en faut. J’essaie de respirer par la bouche, mais c’est une technique qui me donne vite mal au coeur, alors je reprends mon souffle normalement et le va-et-vient de son odeur buccale et les allers-retours de mes hauts-le-coeur et cette envie que j’ai de me répandre sur la table. Un homme lui fait face et leurs discussions tournent au vinaigre, puis tournent en rond. À ma droite, un garçon dessine des chaises. Il est si penché sur son dessin, si replié sur lui-même, sa tuque sera bientôt une patte du quadrupède, s’il ne fait gaffe.

J’écris tout ça pour ne pas me mettre à parler de ce que je ressens, pour vivre au-delà des sentiments, car ce que je ressens préférerait se dessiner. My words are never enough. Never enough to say. Ce que je ressens se dessinerait dans un barreau de chaise ou dans un fragile bâton de chocolat. Fragile, je l’étais lundi aussi. En quittant l’endroit, il me faudra regarder au ciel s’il y a des nuages, car j’avoue ne pas savoir la dernière fois où, dans cette ville et dans toute mon agitation, j’ai jeté un regard vers le haut.

C’est une période de ma vie où je cherche les grandes âmes, les douces sottises et de solides liaisons. Je les cherche éperdument, bien que j’aie cessé de les chercher au lit. Mais où se cachent-ils, ces tissus profonds ? Et ma main est tendue et j’entre comme une larve dans cette période de ma vie où il me faudrait pleurer au café, m’étendre du miel dans les cheveux et dire tout haut ce que je pense pour moi. Mais pour voir qui me prend par la main encore faut-il lever la tête et ouvrir les yeux.

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