Jelefaispourmoi

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Fugitive.

août 27th, 2014 · Ma vie, en tranches...

C’est une étrange façon de consommer une lecture que de pleurer. Et pourtant, je pleure. Je suis de plus en plus triste au fil des pages. Cela risque de paraître un peu tiré par les cheveux, mais j’ai même attrapé un rhume. Je lis Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, sa biographie, et ça me rend malade.

Je ne le trouve pas si lumineux, ce grand destin. Celui d’une femme ayant parcouru le monde en empruntant toute sa vie aux hommes, à son mari. Des années sur la route, des années de renoncement à la poursuite du Bouddha et de sa propre voie. Quelques années d’indépendance financière, fort peu nombreuses, et lors de ces pauses que l’on aurait pu croire plus paisibles, cette précurseure aventurière se trouvait malheureuse.

(Il faut faire une faute pour écrire précurseure avec un « e ». Tant pis.)

Tant d’égarements, d’errances et de faux-départs.

Lorsqu’elle ne bougeait pas, Alexandra était victime de neurasthénie. Elle aura fui toute sa vie, laissant derrière elle de grandes oeuvres. Je ne fais que raconter ce que me raconte ma lecture et j’ai une attaque nerveuse. Du verre cassé et des larmes aux quatre coins de mon logis. C’est que nos maisons occidentales ont des murs…

Je poursuis ma lecture et les routes empruntées par une autre me font souffrir, tant elles s’inscrivent en moi, en rêves. Le Tibet, Lhassa, les contrées montagneuses, l’Himalaya. Je soupire à m’imaginer le froid que l’on ressent à la vue de ces sommets enneigés. J’inhale à la pensée de cette boue, épaisse et rugueuse, que l’on traîne jusqu’aux genoux. Mais je ne sens rien. Je ne ressens plus rien. Ma ville ne fait pas que puer, elle se vide. Tout me paraît insipide. Je me dis que si la dépression devait tenir en moins de mille mots, c’est le texte qu’elle écrirait.

Je veux agripper mon sac et partir nue. Je veux marcher et ne faire que ça. Marcher, marcher, marcher, sentir que le sol se forme sous mes pieds et, près des montagnes, sentir comme je suis petite, comme je ne suis personne. Je veux les routes de la soie, les pays en ‘’han’’ et le Sri Lanka. Je veux des cheveux en paille, des ongles forts et l’extrême fatigue au bout de la journée.

Certains passages de mes carnets me donnent envie d’y retourner :

« L’incapacité de rester en place, sans quoi on tombe malade. »
« La tristesse et le mal du pays s’accompagnent de beaucoup de pluie. Des déluges se créent même lorsqu’il ne pleut pas. »
« Il n’y a que lorsque je suis en mouvement que je ne crains pas la mort. »
« Je n’aime que les départs, les atterrissages et cet Autre que je ne connais pas. Pas encore. »
« L’exotisme est un lieu impossible à atteindre et, bien que je sache reconnaître cette vérité, je sens que je devrai passer ma vie à chercher cet endroit qui n’existe pas. »
« Il y en a qui sont faits pour l’amour, la carrière ou l’édification d’une maison; je ne suis fait que pour le voyage. »

***

Chéri, si tu voyais comme j’ai la vie fade. Je suis lasse.

J’arrive d’un pont duquel il aurait fait si bon se jeter. Je marchais solide, les épaules droites et le ventre rentré, j’avais pris le même chemin que j’emprunte soirs et matins et j’ai senti que je me perdais. Je n’étais plus sur la bonne voie, enfin, plus sur la mienne. Je regardais la montagne de Montréal, droit devant, et ça m’a écœuré. Ça m’a écœuré de la voir si petite. Je sais que ce n’est pas l’altitude qui donne à la montagne sa hauteur, mais c’est tout de même une sacrée connerie que de dire que l’on voyage, même chez-soi.

Je fais du surplace. Les journées glissent les unes sur les autres, sans même se toiser. Aujourd’hui, il fait chaud. Mes collants verts se collent à ma robe et, au regard que posent les gens sur mes jambes, je vois bien que les collants n’ont pas leur place en été. J’attends l’hiver comme il m’est arrivé d’attendre un amant.

La semaine prochaine, c’est pour moi la rentrée, les livres scolaires et les travaux à remettre. J’entreprends des études. Trois années d’une prison universitaire. Il m’arrive de me dire que ma voie, c’est peut-être ça : perdre mon âme au profit d’un projet d’égo et me déconstruire ensuite. Il n’y a qu’un moyen de savoir si l’on s’est trompés. Pour moi, c’est de chercher ma liberté en autres choses, pour enfin, m’envoler.

Si je pleure en lisant la biographie d’Alexandra David-Néel, c’est qu’il se fait des certitudes comme il ne s’en fait plus; C’est que je sais, je repartirai.

« Chacun suit sa vie selon la composition de son être. »
Alexandra David-Néel

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FOCUS.

août 20th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Hey Kid, 

j’ai reçu ton message comme une longue accolade. Je l’ai lu au réveil, je n’avais pas encore bu un café et, lorsqu’on me serre contre soi le matin, j’avoue n’avoir qu’une seule envie : courir jusqu’à la cafetière et aller voir en face la journée qui s’amène. Cet empressement orgueilleux de voir la vie avant tout le monde, c’est peut-être ce qui fait de moi un être si matinal. C’est peut-être pourquoi je n’ouvre plus mes draps, pour rester seule devant la lumière, ou simplement puisque je me suis blessée, la dernière fois.

C’est très gênant de faire l’amour à un homme qui ne fait que te baiser. C’est si facile de se mettre à nu déshabillé. Je crains que mes histoires manquent de sexe depuis que je ne baise plus. Le sexe, ça ne fait pas que vendre, ça s’inscrit en nous. On aime ça, en tant que lecteur, se retrouver dans le cul de celui qui écrit. J’ai longtemps cru que le lecteur était un sujet plus narcissique que l’écrivain. Celui qui lit se retrouve entre les pages, se disant qu’il aurait pu avoir cette réplique, vivre avec cette fougue, supporter cette folie ou avoir dans le regard une si cruelle lucidité. Il se félicite de se retrouver dans un personnage comme s’il fut écrit pour lui. J’ai peur que ma libido flanche, mais ce que je souhaite écrire est ailleurs. Je suis fatiguée, la passion épuise et je ressens le besoin de me concentrer à d’autres études. 

Je dois poursuivre ma « littérature », sans quoi le monde ne m’est plus accessible. Il y a des jours où je me réveille avec le mal au coeur. J’ai beaucoup à vomir alors j’écris. Il y a des lettres qui s’inscrivent dans ma pensée et il me faut les écrire pour ne pas qu’elles l’envahissent complètement : She loved him. He loved everything. / Dans mon rêve volait des oiseaux en chocolat. / C’est si peu de choses, ce que l’on croit être tout. / Je ne crois pas que je retrouverai en toi l’homme que j’ai aimé. La vie nous a passé dessus. / Se déconstruire. Être fidèle à soi-même en se libérant des séductions du monde. Se déconstruire encore pour se tourner vers nos rêves les plus intimes. / Je ne tiens qu’à cela : l’hypersensibilité. Toute ma vie on m’a dit que c’était chez moi une faiblesse, cette fragilité des sens. Que ça allait me briser. On avait tort, c’est ce qui me tient ensemble. / Je rêve de construire des ponts là où d’autres érigent des murs. / Et cetera… 

Ma discipline est simple. Mais plurielle. Elle ne fait plus de distinction entre mardi et dimanche. Elle laisse pas mal de choses de côté, pas mal de gens aussi, et se résume ainsi : Écrire et s’entraîner chaque jour, se coucher tôt pour se réveiller encore plus tôt, limiter les hangovers et la consommation de caféine, être seule le plus souvent possible, lire beaucoup, se faire de la place, beaucoup d’espace, méditer et laisser les « crises d’âme » à la création.

Je vais te dire sur moi un truc ridicule : À chaque fois qu’arrive mon anniversaire, je fais des ménages pas possibles dans mes relations. Il suffit qu’un homme me plaise et qu’il m’oublie, en ce jour de fête qui n’en est pas vraiment une, pour que je le raye de ma vie comme on rature un de ces mots écrits pour rien. C’était mon anniversaire, la semaine dernière. Tu me vois venir. 

L’homme qui me plaît m’a oublié. Ce type-là, il entre dans la pièce où je me trouve et je casse tout. Cette fois, ce n’est pas une de mes divagations littéraires, j’ai vraiment cassé plusieurs objets en sa présence et, j’ai beau me freiner, my rational side isn’t strong enough, je continue de me péter la gueule à chaque fois comme si c’était la première. La passion, ça dévore l’âme sans que l’âme y trouve son compte. J’en ai assez. Des histoires de passion amoureuse, j’en ai accumulé plusieurs sur la route. Si je n’ai jamais raconté mon premier amour, c’est qu’il a duré près de 15 ans. Si je n’ai jamais dit ma rencontre avec l’Irlandais, c’est que mon corps en a encore honte. C’est que quelque part, une blessure souffre encore. J’en ai assez d’avoir honte. 

J’ai eu 26 ans. C’est jeune. C’est tôt. Et pourtant, il y a tant de choses et tant de gens que j’ai laissés en marge de ma vie, de si nombreuses pages laissées blanches. 

Il est temps que j’écrive tout, pour écrire autre chose. Il est temps que je me libère de ce qui commence déjà à s’effacer. Il est temps que je laisse aux passions le feu qui les brûle. 

Aimer, c’est ne rien vouloir garder. Peut-être est-il temps que j’aime pour vrai. 
Voilà où j’en suis.

Bye Kid. 

Stay Focused.  

S.

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Home.

août 8th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Hier ne nous plaît plus, pire, ne nous ressemble plus. Nouveau fichier, nouvelle page blanche, tout est à recommencer. J’ai beaucoup de ce que les gens se plaignent ne pas avoir assez : du temps.

J’ai du temps pour lire, pour courir, pour réfléchir. J’ai du temps pour peindre, nager, récolter les pommes de terre. J’ai du temps pour faire ma lessive, les courses, pour écrire et pour me toucher six fois par jour, si c’est ce dont j’ai envie. Si je le voulais, je pourrais apprendre l’allemand ou à lire la musique. Je pourrais me creuser les méninges, réinventer la lampe à l’huile ou écrire un truc brillant. Je pourrais mener la vie de quelqu’un d’autre, changer de sexe ou me teindre en blonde. Si j’aimais, il me serait possible de ne faire que ça et toute la journée. Le jour, je le passerais au lit, mon corps entremêlé à ses cheveux, à lui dessiner des avions dans le dos et à rouler de la pâte pour un énorme gâteau. Le gâteau salirait les draps et j’aurais du temps pour laver tout ça une fois l’amour passé.

Pour ma fête, je veux :

Un champ de marguerites, mourir et une voiture pour sortir de la ville. Congé, une journée au Spa et un show de Keaton Henson chez moi. Une lettre anonyme, de la simplicité et des gourmandises au sucre.

Avant de mourir, je dois :

Faire une tarte, traire une vache et courir 21 kilomètres.

Mais si je dois mourir demain, je me fous bien de n’avoir rien fait puisque je n’aurai pas appris à parler de ce que je ressens. Ce n’est pas si grave. C’est mon anniversaire, demain. Ça ne fait rien.

Je lis un truc sur le suicide. Selon l’auteur, la tristesse individuelle ne serait rien d’autre que le résidu d’une trop grande tristesse collective. / L’oeuf est dans le nid, le nid est dans la branche, la branche est dans l’arbre, l’arbre… / Plus tôt, je lisais les chants d’une femme ayant parcouru les terres himalayennes à la fin du 19e siècle : What A Woman! Une nouvelle inspiration. C’est qu’il se fait de si grands destins. Je m’efforce de ne pas songer au mien, de ne pas m’en faire et je me convaincs assez bien que toute comparaison est impossible. Alexandra David-Néel et Sabrina Dumais : Des pommes et des oranges.

J’AI ENVIE DE TOUT FOUTRE EN L’AIR! J’adore dire ça. Envie de quitter ce nouvel appartement, de se débarrasser de tout, encore une fois. Aux ordures et aux voisins!, mes meubles et mes souvenirs. Envie de me sauver en nature, de m’installer en un endroit tranquille, de prendre place sur un caillou et de pleurer tout mon soul. Des larmes sur les chevilles. Envie de m’écraser par terre et d’en avoir partout. Du fumier sous les ongles. Envie de me rouler dans l’herbe et que l’herbe sente l’herbe pour vrai. Envie d’avoir les pieds noirs et pas simplement parce que le smog de ma ville s’en balance de savoir si j’ai passé la moppe hier soir.

Conversation de balcon avec ma soul mate :

- Home is where your heart is.  

- Anywhere else is where my home is.

Une journée qui se termine, ce n’est rien d’autre qu’une page blanche souillée d’écriture. Fichier. Nouveau…

 

« La passion des voyages, l’espèce d’obligation religieuse qu’ils constituent pour moi, me pousseraient à saisir la moindre occasion d’aventure exotique. » 

Londres, 6 octobre 1906.

Citation tirée de La Lampe de sagesse, d’Alexandra David-Néel

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Chercher l’automne en été.

juillet 31st, 2014 · Ma vie, en tranches...

Il m’arrive souvent d’éclater de rires en public. Je marche seule sur le trottoir et un grand sourire s’installe sur mon visage, pas juste un peu, ni juste pour moi, ce sont toutes mes dents qui s’affichent au dehors, j’ai du mal à me garder sage, alors j’expose tout ce que je contiens à des gens qui n’en ont rien à foutre. Il m’arrive, et c’est bien maladroit, de tellement aimer les gens qui m’entourent que… que… que je les voie s’éloigner. Se péter la gueule. Il m’arrive de pleurer.

Il m’arrive de me sentir chez-moi dans de ces endroits pourris. Je me souviens avoir aimé l’Inde dès l’atterrissage puisqu’il y avait presque autant de déchets par terre que d’êtres humains dans les rues. Et aussi parce que ça sentait la merde. Je me sens bien lorsque je ne suis pas de l’endroit où je me trouve. J’aime quand mes pas se font légers et que mes semelles s’enfoncent dans la boue. J’aime marcher pieds nus. Dans ces moments-là, j’ai l’impression de marcher mieux et plus vite. Il m’arrive de sentir que je vais quelque part.

Il m’arrive de vouloir apprendre des vieilles dames. Leurs costumes trop élégants et leur locomotion m’énervent, mais je me dis souvent que si l’on acceptait de danser avec elles, elles sauraient nous faire valser. Si elles nous permettaient plus que de leur ouvrir la porte, elles auraient de quoi nous montrer la voie que n’osent pas prendre les jeunes filles.‘’The flower doesn’t dream of the bee. It blossoms…’’ Bientôt, nous serons à leur chevet, nous leur laverons le dos, retirerons ce collier de perles qu’on leur a mis dans la bouche alors qu’elles étaient encore toutes jeunes et nous regarderons glisser cet anneau si grand qu’il ne tient plus. Se casser le bécik. La vieillesse est un spectacle. Je n’ai jamais osé demander à Grand-mère si elle avait souffert d’amour, elle aussi. J’ai fait comme tout le monde et j’ai cru que puisque c’était grand-père, c’était elle. Maintenant, il est trop tard. Elle est d’autrefois.

Il m’arrive de danser sous la pluie. Je ne sais pas ce qu’un parapluie fait sur la tête des gens. Ils doivent avoir peur de se mouiller, eux aussi. Il faudrait leur dire que la peur freine. JE REFUSE QU’ON ME RALENTISSE. Avoir besoin de crier, écrire en CAPS. Je cours lorsqu’autour de moi l’on se réfugie sous des airs de quelqu’un d’autre. Je cherche le vrai jusque dans mes mensonges. Je suis un mouton et vouloir sortir du troupeau ne fait pas de moi un mouton moins mouton qu’un autre. Je ne sais plus dans quel sens il me faut courir, ni danser, donc je rentre chez moi épuisée. Je suis fatiguée. L’énergie se cultive et puise sa force dans ce que l’on a vécu. Croire que l’énergie se renouvelle, c’est croire aux cycles et je ne sais pas trop où je m’en vais avec ça, alors je vais changer de paragraphe.

Le roquefort, ça pue beaucoup trop pour ce que ça coûte. Il m’arrive d’insérer des phrases là où elles n’ont rien à voir. J’aime la lecture lorsqu’elle est saccadée et qu’elle n’en fait qu’à sa tête. L’histoire me plaît si je la sens foncer dans un mur. Avec mes amants, c’est différent. Le mur, c’est si rare qu’on y échappe.

Il m’arrive de fuir. À vrai dire, je pourrais passer ma vie à ne faire que ça. Fuir pour ne pas que l’on me freine, pour sentir que j’existe, pour manger des pommes de terre au lit et pour faire l’amour lorsque je me sens baisée. Fuir pour peindre de jaune mes ongles d’orteil en hiver et, surtout, pour ne rendre de compte à personne.

Penser, ça m’arrive aussi. Rires, heureusement. Il m’arrive de penser à penser autrement et à foutre le feu à ce que je pensais penser. S’enrichir. Critiquer ce que l’on nous dit être vrai et démentir ce que les livres racontent. Les contes de fée m’ont promis un amour aussi rose que les nuages et, lorsque j’ai eu sept ans, mon frère m’a tendu un crapaud que j’ai refusé d’embrasser. Free Spirit, avec les moyens du bord.

Il m’arrive de prendre mes jambes à mon cou et de me prendre pour un oiseau. Il m’arrive d’allumer des cigares et de les laisser posés entre mes lèvres. Il m’arrive de partir à l’aventure et de fabriquer des gâteaux qui sècheront sur le comptoir. Il m’arrive de chercher l’automne en été, de regarder quelqu’un dans les yeux trop longtemps et de m’y perdre un peu.

Mais le plus souvent, ce qui m’arrive, c’est de perdre le souffle en fin de phrase.

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Entre elles.

juillet 25th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Je rentre zen-zen d’une excursion de canot-camping. J’étais en présence de trois filles que je ne connaissais pas il y a quatre jours et je peux dire d’elles ceci : ce sont des femmes incroyables. J’ai senti qu’entre elles toutes, il se faisait suffisamment d’espace pour que naissent des miracles et de grandes amitiés. Comadre est l’un des mots espagnols que je préfère et il n’a pas d’égal dans la langue française.

***

La voiture s’enfonçait dans les bois depuis quelques heures, déjà. Le vent entrait par les fenêtres et mes cheveux s’emmêlaient. Je n’avais aucune idée de l’endroit où l’on allait et je n’ai pas posé la question puisque je me fichais bien de la réponse. L’idée que l’on se dirigeait peut-être au Nord me plaisait, alors je l’ai fait mienne.

Avant de partir, j’avais laissé mon téléphone portable chez moi, histoire de laisser au temps la chance de couler de lui-même. Mes coéquipières ont aussi rangé tout appareil leur permettant de distinguer le jour de la nuit. Munies de lampes frontales, de plus de nourriture qu’il n’en faut et d’une boussole, on a posé les canots à l’eau et on s’est mises à ramer. Coup en C, coup en J, appels et ses débordés; je ne savais pas le langage des canotiers. Au-dessus de nos têtes, les nuages passaient du blanc au gris, puis, du noir au rose. Il y avait des aigles et des hérissons. Les huards pleuraient. Avec un peu d’imagination, on pouvait croire que c’étaient les loups qui hurlaient.

En soirée, on se rassemblait près du feu et on fumait de l’herbe. Seules sur notre île déserte, on contemplait les cimes des arbres et on sentait le vent se lever contre soi. Il y avait des épinettes rouges, des pins blancs et des maringouins. De nos jours, il est rare de trouver des gens avec qui l’on se sent bien et avec qui l’on se veut vrai, dès le premier instant. Il se fait encore plus rare de tomber sur des filles qui savent contempler la nature dans tout ce qu’elle a de grandeur, de force et de fragilité. Je ne sais pas où ces filles-là ont appris, mais, en les regardant ainsi observer le crépitement du feu et écouter le bruit des vagues, j’ai senti monté en moi tant d’espoir pour ce sexe que l’on a trop longtemps nombré deuxième.

Il y avait au ciel des étoiles. Certaines filaient et d’autres restaient là, bien accrochées. Je me suis assoupie sous la bâche et j’ai pensé à toi. Je me suis demandée ce que mes pensées avaient à faire d’un garçon à ce moment précis, puis je me suis laissé bercer, toute. Nue, je me suis permise ces pensées qui t’allaient bien. Pour des baisers et quelques éclats de rire, je nous ai même fait glisser sur une de ces étoiles qui filaient.

Pendant quatre jours, je n’ai eu pour seule lecture que les rivières. Je ne me suis pas lavée et je doute que mon corps sentait aussi bon qu’il se sentait bien. Je le donnais à l’eau et au soleil, je laissais ma peau en fringale aux moustiques et je cherchais en moi un fond marin. Je tanguais. Je dessalais.

***

Au retour, je me suis réveillée au beau milieu de la nuit et j’ai pleuré. Je me suis posée sur le balcon et j’ai grillé une cigarette. J’ai eu envie de me laisser prendre par la taille, ou par l’été, et de construire des ponts là où d’autres érigent des murs. C’est que quatre jours ont suffi à éveiller la femme sauvage qui dormait en moi. Cette femme, je l’endormais depuis un an. Hélas!, la ville a tout pour vous rappeler le temps qu’il fait et, si c’est la nuit, on ouvre les yeux et il n’y a pas d’étoile. Au-dehors, le bruit des gens et des camions ont remplacé le bruit des vagues.

Je suis rentrée zen-zen et j’ai eu le mal de mer sur terre. C’était plus fort que moi; dans mes songes, je soufflais très fort pour que la marée se lève et je me réveillais épuisée. Je rêvais que je me noyais en eaux profondes. La femme que l’on est naît au contact des rivières et au frottement du vent. Notre femme sauvage naît sur les cailloux, lorsque la corne de nos pieds touche le sol et que nos jambes sont lacérées par les herbes hautes, que nos cheveux deviennent de paille et que notre peau durcisse et brunisse sous le coup du soleil. La femme sauvage est de toutes les couleurs et se situe au fond de chacune. Si vous ne l’avez pas encore vu jaillir, peut-être est-ce le temps idéal pour une balade en forêt.

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Évidé.

juillet 7th, 2014 · Ma vie, en tranches...

J’écris un premier billet de blogue dans mon nouvel appartement dénué de ses meubles et d’une connexion Internet. J’ai le cul par terre, je bois une bière dans sa cannette et j’ai mal au cœur d’avoir malencontreusement avalé une tranche de pepperoni. Le végétarisme doit beaucoup à la psychologie, il y a des adverbes trop longs pour rien et j’ai envie de me faire une soupe même si la température ressentie est de 42 degrés Celsius. Ma concentration s’absente le temps de penser à toi et à l’imminente réparation de mon ordinateur et je ne dors plus. J’ai le sommeil in troubles, j’attends la livraison d’un sommier et j’écoute l’Opus 8,2 de Brahms en me demandant s’il ne s’agit pas simplement d’un mouvement de l’Opus 8 puisque ça me paraît être une étrange façon de nommer une master piece; huit et trois quarts, tant qu’à y être. J’aimerais qu’on me sorte à l’orchestre pour m’expliquer la vie que mène la musique classique. J’ai envie d’envoyer chier la modernité, le temps d’une soirée.

Sit Down. Stand Up. JESUS : JE DÉTESTE LES TRANSITIONS. Je n’aime que les chutes de larmes dans les aéroports et les champs de lavande, l’exil et le froid lors des hivers glacials, les séparations dans les gares et les retrouvailles dans d’autres gares. J’aime lorsque le sol change de couleur, qu’il se dérobe sous nos pieds, j’aime les hommes même lorsqu’ils se transforment en crapauds. J’aime ne pas faire partie de l’histoire qu’on raconte, je préfère la contemplation et, plus encore, le bruit des planchers qui craquent et le goût des gâteaux au chocolat. J’aime les châteaux de sable que font les enfants, sans aimer les enfants pour autant. J’aime lorsque sous des airs de rien, il se trouve mille trésors.

Mon appartement me ressemble, il est romantique. Si je n’ai pas encore switché l’électricité à ON, ce n’est pas tant pour le bill que puisque je préfère attendre. Attendre. J’attends que le train passe dans une ville où il ne se trouve pas de gare.

Je me suis réveillée avec un mot en pensées. Je pense écrire ce mot, mais je ne sais pas sa terminaison et, plus je songe à ses lettres, moins sa composition me paraît évidente. Certains poètes cherchent dans les dictionnaires leur cosmos, mais seuls les poètes véritables attendent que la nature leur dicte les choses. Il faut écrire autre chose, faire plus simple. Si je ne sais pas un mot, c’est qu’il ne m’appartient pas encore. Il faut travailler, travailler plus. Plus fort, mieux, beaucoup et encore davantage. Homo laborans, mais pas la description qu’en donne Arendt. Elle est déprimante celle-là, alors je la lis aux chiottes.

Je haïs les transitions et je crois que c’est pourquoi je les écris si maladroitement. J’attends. Toutes les portes et fenêtres sont ouvertes. La peinture sent plus fort qu’elle ne sèche. Je suis claquée. J’ai du blanc partout, jusque dans les cheveux. Bienvenu chez nous! Welcome home babe! Je vais vivre seule, aussi bien commencer à me parler toute seule ou à ma plante qui est exotique et que j’ai nommé Eugénie Gagnon.

***

( Le voisin a un chien, il l’emmène au boulot. Le toutou s’appelle Whisky. Ça me rappelle mon passage à Londres, il y a deux ans. J’étais assise sur un banc, à Hyde Park, et une vieille dame criait WHISKY!, WHISKY!, en zigzaguant entre les arbres. Je la croyais complètement bourrée et je me suis dit qu’elle devait être à la recherche d’une bouteille tombée par-là. Puis, j’ai vu un chien sortir des buissons. Fin de la parenthèse.

***

J’espère m’ennuyer ici. J’espère m’ennuyer beaucoup et éperdument. Il faut s’ennuyer beaucoup, pour écrire. Il faut que quelque chose manque ou qu’il y ait un trop plein qui nous bouffe pour que surgissent les mots du blanc. En attendant, j’apprends à coudre. Ils m’ont livré un sommier et un four. C’est dommage que l’envie de préparer une soupe me soit passée. Il ne fait plus 42 degrés, peut-être la moitié. Je n’ai pas faim. J’ai le cœur en écriture et la journée pourrait filer sans que je ne voie les passants, les chats de gouttière ou cette pluie que j’entends tomber. Toutes les fenêtres sont ouvertes. Les bruits proviennent de la rue et je l’imagine bien, cette rue, derrière mon écran. Je tire une réalité de mes souvenirs. Je crée.

Je ne prendrai pas de photo de ma chambre et ne partagerai pas sur Internet l’image de cet espace où j’écris. On ne verra pas la couleur des rideaux que ma mère a confectionné et chaque personne que j’inviterai chez moi, il me faudra l’aimer d’abord. Books are in shelves, l’encens brûle et j’écris dans toutes les pièces. Je me sens ici chez-moi, déjà.

 

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«  La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle. Et les femmes ont toujours été pauvres, [...]. Les femmes n’ont donc pas eu la moindre chance de pouvoir écrire des poèmes. Voilà pourquoi j’ai tant insisté sur l’argent et sur une chambre à soi. » 

- Virginia Woolf, Une chambre à soi

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D’éternité.

juin 18th, 2014 · Ma vie, en tranches...

J’ai une vie d’artiste, bien que ce mot sonne ridicule. Je n’ai pas d’horaire fixe, je me réveille en dansant. Personne ne dépend de moi, pas même un chien ou un tournesol. Je n’ai ni jardin, ni voiture, ni mixette spéciale qui coupe vos légumes en forme de cœur. Je ne sais pas comment j’arrive financièrement, mais je sais que je n’arriverai bientôt plus. Je refuse de vivre de mon domaine, un autre truc qui sonne débile, même si je suis qualifiée pour l’emploi. Je veux vivre de ma plume et de mes idées, le vent dans les cheveux, une bonne bouteille sur la table et de l’eau fraîche au bord du lit. Je veux aimer un peu, être gnan-gnan du soir au matin et tracer des marguerites dans mes carnets. Je veux une vie en marge de celles des autres, mais il faut que je m’achète une laveuse-sécheuse et un nouveau portable puisque le truc sur lequel j’écris, c’est vraiment de la marde.

***

J’ai 26 ans et, certains soirs, je souhaite mourir. Je fais un pacte avec Dieu avant de dormir et, le jour où il le respectera, il n’y aura pas de réveil. Ma grand-mère se fait opérer demain, deuxième cancer. Elle a 86 ans et elle veut vivre.

- Tu sais, ma grande, je commence juste à être heureuse, avec ma chambre à l’hôtel et mes sœurs qui viennent me rendre visite. Pour la première fois de ma vie, je suis bien toute seule. La semaine dernière, j’ai fait de la place dans la chambre et mes sept sœurs sont venues me voir. Ça faisait des années que ce n’était pas arrivé.

J’étais silencieuse et je l’écoutais se raconter. Je souriais au téléphone en m’imaginant ces huit bonnes femmes confinées à une minuscule chambre d’hôtel à parler du village et du voisinage qui ne se voisine plus. Elle a mis fin à notre conversation avec un : – On va se revoir, ma grande.

Depuis, je n’ai pas cessé de pleurer. J’ai peur. Je n’avais pas pensé qu’elle pourrait ne pas survivre à son opération. Dans mon gnan-gnanisme, il y a certains trucs qui ne marchent pas : les fleurs poussent même en hiver, la viande qu’on mange ne provient pas des animaux, les Amours tiennent à leur lettre majuscule, les individus se trouvent beaux dans leur couleur de peaux différentes, les pissenlits sentent bon, les oiseaux ne brisent pas leurs ailes, les larmes de ceux qui pleurent abreuvent ceux qui ont soif, les nuages sont faits de ouate et les gens sont éternels.

***

J’ai terminé ma session d’études, hier soir. J’ai l’été devant moi et toutes ces belles choses que je souhaite faire : déménager, avancer mon roman, trouver un Summer Love… J’accorde bien trop d’importance à un verbe qui n’en a pas; faire. Et si j’étais, peut-être serais-je celle que je voudrais être.

Une artiste qui ferait vivre sa grand-mère éternellement.

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Fuir la lune pleine.

juin 13th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Rédiger avec la pluie. J’écris sur le thème de la fuite. J’ai envie de me fondre dans le texte et de me mettre à courir. Se fuir ou bien rester. J’ai envie de créer, créer vraiment, créer tout à fait. De quoi ça a l’air quand tu crées pour vrai? Ça a des airs d’ailes qui flottent et de bateaux qui brûlent. Quand j’écris, je suis libre comme un papillon. Je vois le monde d’à côté, d’au-dessus.

Émotions, pensées, enveloppes corporelles. Il faut savoir sortir de ces lieux où l’on ne se trouve pas. On est tellement plus que ce que l’on croit; la somme de toutes les possibilités. Je suis bien plus que tous ces hommes que j’ai embrassés. Il faut chercher à se comprendre dans la vallée des étourderies. Comprendre : embrasser dans l’ensemble.

Se laisser aller, faire revoler le café sur le plancher, que la porcelaine éclate sur le bois, entendre tout ça, mais se laisser faire et se laisser prendre. Laisser les émotions, les intuitions monter, ne pas savoir de quoi l’on parle, mais dire quand même. Ne pas se censurer, jamais. Laisser résonner la musique au-dedans, au-dehors, c’est si peu important. In what do you believe in? Aux fleurs et à la crème glacée. À la chirurgie esthétique aussi, mais ça, on dira que c’était de mon temps et un problème de société.

Et si l’on tombait amoureux? Don’t be scared. Ce n’est pas parce que j’aime tout et tout de suite que je t’aimerai toi, là maintenant. Je n’aime que pour moi, la plupart du temps. Fais de nous deux un château de sable, un château de cartes, pourvu qu’il n’y ait pas d’entrée pour les princes et ses princesses. Un jour, je te raconterai pourquoi je préfère les monstres, dans les contes de fée. Mais on n’en est pas là. Le temps des croyances, des craintes et de l’enfance viendra. Pas maintenant. Découvrons-nous comme si nos corps devaient cacher quelque chose. Je m’en fiche un peu que l’on tombe pour l’autre ou pas. On a des langues et c’est tout ce qui compte. Et si l’on s’embrassait?

C’est vendredi 13 et jour de pleine lune. J’ai rêvé que je baisais en fou et que je publiais trois exemplaires d’un livre dans lequel une faute s’était glissée. J’avais écrit le mot exercice; exercisse. Être consciente de mes rêves, ça ne m’arrive jamais. On va mettre ça sur le dos de la lune qui se remplit et si l’homme que j’embrasse ce soir est un peu con, on dira que ça vient d’elle aussi. Mais il n’y aura pas d’homme con ce soir et pas de whisky non plus. J’en ai marre de la piraterie.

Je vais me mettre en boule, me créer des histoires et m’aimer le corps sous la pluie. Je me mettrai à courir, mouillée, au-dedans comme au-dehors, c’est si peu important. Je rédigerai ma fuite jusqu’à me laisser fondre en elle.

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Étudier pour faire.

juin 10th, 2014 · Ma vie, en tranches...

J’ai un travail à remettre dans quelques jours et j’ai envie de péter un score puisque, pour une de ces rares fois à l’université, j’ai choisi un sujet qui me tient à cœur, ou du moins, qui m’intéresse vraiment. S’intéresser devrait toujours se placer au-devant des obligations. Mon travail consiste à construire l’idéaltype de la fuite et ça m’emballe.

Il arrive que les gens me demande ce que je vais faire d’une maîtrise en sociologie. Je pense que la prochaine personne qui osera me poser la question, je lui répondrai que c’est à cause de questions pareilles que je ressens le besoin d’étudier la société.

Étudier pour faire…

J’ai eu ma mère au téléphone :

« OK Sab, c’est bien beau les études, mais ça n’a rien à voir avec ton domaine. Il me semble que tu aimais ça les communications, non? Tu étais bonne, en tout cas. Je veux juste savoir tu vas faire quoi dans trois ans? Et ça mange quoi en hiver, la sociologie? J’ai l’air de n’être au courant de rien quand les filles me demandent ça au bureau. Je ne sais jamais quoi leur répondre. »

Si j’avais ce genre de certitudes qui permettent de savoir où je me trouverai dans trois ans, ou même demain, je m’arrangerais probablement pour y être tout de suite. Rien ne va jamais assez vite. J’ai cet âge ingrat qui, bien qu’il s’épuise, continue de croire que la vie lui doit quelque chose.

JE VEUX FAIRE LES MÊMES ERREURS MILLE FOIS ET ME TROMPER ENCORE.

Épiphénomène!

Est-ce qu’il vous arrive de rentrer à la maison en toute hâte pour vous jeter dans le dictionnaire? Moi, ça m’arrive tout le temps. Il y a des mots qui me hantent toute la journée, je les cherche une fois à la casa et je suis déçue, la plupart du temps. La déception des définitions objectives. Objectives est un mot qu’il faut écrire vite, ou en italique, puisqu’il ne veut rien dire. Il y en a plusieurs des comme ça. Je préfère mes définitions à celles du dictionnaire, mais puisque je n’ai pas une définition pour chaque mot, reste encore le dictionnaire.

Étudier pour faire… Rien à faire, je n’y arrive pas. C’est une formule qui ne trouve pas d’écho, chez moi. « Sorry Mommy, va falloir inventer quelque chose pour tes copines au bureau.  »

Tadam! Épiphénomène. C’est en plein ça, il va falloir inventer…

Je veux de l’université qu’elle soit au service de ma création.

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Camarade Pirate.

juin 8th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Cher pirate,

Je t’écris au parc. Il y a des familles et des oiseaux. Il est tôt. Les lève-tôt, c’est bon pour l’avenir, mais pour les party animals, ce n’est pas le top. Je suis passée au dépanneur pour m’acheter une boisson pour sportifs, mais je t’avertis tout de suite que ce n’est pas aujourd’hui que je vais me taper 15 kilomètres.

Si tu avais vu le nombre de poussettes sur la rue, Man, tu serais encore en train de chialer. Je t’imagine gueuler avec une gueule de bois aussi historique que la mienne. Des enfants courent autour de moi. Ils courent après rien, pas même des papillons. Si j’étais parent, je leur achèterais des cerfs-volants à ces kids-là. Ce serait plus joli. Les enfants poussent tellement dans mon quartier, ça fait des regroupements de personnes, des familles partout. Ça prend de la place sur les trottoirs les amoncellements de gens, les poussettes, les toutous tombés par terre.

Je n’arrive pas à tenir à deux plus de deux semaines, alors là une famille, tu m’imagines? Tant mieux, moi non plus. Je me fais des scénarios où tu me réponds. C’est génial l’écriture! J’ai un travail à remettre dans quelques jours, je devrais m’y mettre. Tu parles, je préfère t’écrire et te raconter l’état incroyable lamentable dans lequel on se trouvait hier soir.

Je n’ai pas tout dit sur la famille. Si j’y pense, et j’aime bien y penser, je pense aux miens et qu’est-ce qu’ils me manquent. Je ne vois vraiment pas pourquoi on fonderait une famille pour que plus de gens se mettent à manquer. On exclut la personne qui parle. Il faudrait ajouter beaucoup de mots à ce texte pour tout dire sur la famille. Je préfère en rester là.

Mon mal de crâne est lancinant. J’ai les peurs de tout lendemain de veille grandiose : peur de regarder mon cellulaire et de jeter un coup d’œil à mon compte bancaire. Il s’appelait Jameson et ne rencontrera jamais maman.

Babe, quand je repense à la tête qu’a fait le doorman quand il nous a vu entrer. Pourquoi il n’était pas dehors, d’ailleurs? Tu as raison, parce qu’il était huit heures et demie. Next time, you should dress way better. Pour qui il se prenait celui-là avec son anglais alors qu’on n’était ni dans le Mile-End, ni à Westmount. Et un Club Privé. Chéri, qu’est-ce qu’on faisait là?

Enfin, je t’écrivais juste pour te dire que les Powerade sont en spécial.

C’est la plus belle journée de notre vie!

 

***

OUCH. Regarder son téléphone et l’état de son compte bancaire. OUCH. Se mettre de la crème solaire dans les yeux. L’idée, c’est de changer le mal de place, une gorgée de Powerade à la fois.

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