Jelefaispourmoi

Jelefaispourmoi header image 1

Éternelle posture d’enfant

mars 25th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je me suis réveillée pleine de poésie et des rêves de la nuit dernière, j’ai cherché au creux de mon lit d’autres bras et, sans effort ni trésor caché, les couvertures se sont refermées sur moi. Je me suis blottie contre mes cuisses, éternelle posture d’enfant, et me suis caressée le dos pour que s’estompe la crainte d’ouvrir les yeux.

Ils sont plusieurs à descendre dans la rue. Ils hurlent et manifestent, grognent, mordent, protestent. Ils montrent les poings et pointent du doigt pendant qu’on les ramasse et les matraque, pendant qu’on laisse les chiens les mordre et qu’on les pointe aussi du doigt. Deux ans plus tard, ils sont toujours là. Pas tous les mêmes, mais on s’étonne de les voir encore debout. 

Il y a quelques années, j’étais du nombre. Je quittais mon bureau sous le regard réprobateur de mon employeur et je descendais dans la rue. La rue, c’était elle ou mon ordinateur. J’avais choisi l’avenir, flashback 2012. Ce n’est pas que j’avais alors des opinions béton, je n’en ai jamais eues; seulement, j’étais en colère. Je bouillais, le vertige au ventre. Mon centre de gravité savait ce que moi-même je ne savais pas, qu’il était dans la rue à sa place.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Bien mal, d’ailleurs. La colère a fait place à l’angoisse, elle a fait place au doute. Je m’en prends contre moi-même, dans mon angoisse et dans mes cheveux, incapable que je suis de me lever, contre vous et contre tous, incapable de relever la tête et d’hurler ce que je ne saurais dire. Sans ressource, je regarde la rue, je retire les couvertures et me demande où se trouve cette place qui est mienne.

Je n’ai pourtant plus de copain très-à-droite, l’ayant quitté lors d’un certain printemps. (Wink-Wink). Ma famille se situe toujours de ce côté de la ligne nébuleuse finement tracée et tranchante, mais j’ai appris à l’aimer sans m’y rallier et à m’y réconcilier. Mais je vois aujourd’hui «ma» nation se revendiquer et se vouloir de plus en plus «nationaliste» et je ressens la montée de la peur, cette peur de l’Autre à qui l’on met une lettre capitale pour lui donner un air des plus menaçants, un regard des plus extérieurs. Je la ressens plus forte que jamais, cette étanchéité d’une vision, cette étanchéité du monde qui se dit «ouvert», «global», «unifié». Pire, «transculturel». Il faudrait mettre de vastes guillemets à ces mots tant ce qu’ils contiennent de sens et de sensibilités est lourd, grave, chargé.

Au creux de ce lit où je m’effiloche, m’efforçant de tenir seule sous les couvertures, j’arrive encore à ouvrir les yeux. La journée s’entame d’elle-même, malgré elle, malgré moi, et, à peine levée, je ne peux m’empêcher de lire que l’on menace mon désir d’apprendre, que l’on menace ma liberté, mes droits, mon insouciance et cette volonté que j’ai de laisser la porte grande ouverte chez-moi.

J’ouvre les bras et, pour l’instant, malgré les bruits de la rue et ce vertige que je sens s’agiter, j’arrive encore à les refermer. Je referme les bras sur cet autre devant qui je m’abaisse et à qui j’ai retiré cette lettre capitale.

→ No CommentsTags:

Blue Bird.

mars 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’ai oublié mon téléphone sur la table et on me l’a volé. J’ai cassé ma bague en verre Murano, la seule que j’aime. Je l’avais acheté à Venise dans des conditions que je ne saurais raconter. Ce qui me fait penser qu’il y a tant de choses que je garde pour moi. Ce qui me fait dire que, même en ces mots, je ne me raconte pas. Mais la vie matérielle a en ce jour si peu d’importance. 

J’ai hébergé un sans-abri. Il est débarqué chez moi avec rien dans son sac, quelques couches de vêtements sur lui et un ukulélé dans les bras. Il avait une guitare aussi, m’a-t-il dit. Il la cachait quelque part sous la neige. Je l’ai laissé entrer, lui ai servi un verre d’eau et je l’ai regardé le vider d’un trait puis s’en couler un autre pendant qu’une forte odeur se répandait dans mon minuscule appartement. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour ne pas me lancer à la fenêtre. Respirant par la bouche, je lui ai montré la douche et lui ai lavé ses vêtements.

Je suis sortie par la porte de derrière comme font mes invités lorsqu’ils fument et, pendant que s’écoulaient l’eau de la douche et les minutes, je contemplais la ruelle sans ne songer à rien. J’étais vide. Sans crainte ni précipitation, mon esprit était en service. C’est difficile à expliquer et, je le crains, difficile à lire aussi. Il est inhabituel de vivre en-dehors du temps et on l’oublie si souvent.

Sa douche terminée et les fenêtres ouvertes, on s’est assis par terre au salon comme dans la rue et on s’est racontés. Nous avons parlé de lui, de moi, et des rêves qu’il fait la nuit. La veille, il avait rêvé d’un oiseau et il avait su, me voyant, que c’était moi. I saw a blue bird. The bird is always trying to make sure people around feel happy. You are that blue bird. If you close your eyes, can you see it?

J’aimerais prendre le temps et écrire le plus grand billet de blogue que je n’ai jamais écrit, mais je suis trop bouleversée par les événements, ma tête n’est pas assez froide, même sous l’eau, et l’odeur ne s’est pas tout à fait dissipée, de sorte que j’ai un peu de mal à respirer chez moi. J’ai lavé mes draps deux fois, jeté une barre de savon, je fais brûler l’encens et je cuisine à la fois un plat à la noix de coco qui sent bon. De la coriandre fraîche, des épices venues d’Inde et des légumes bien bio et bien verts. Je regarde mon assiette et je me dis que s’il y en a assez pour quatre, c’est qu’il y en a de trop, de trop même pour deux.

En mangeant, je me demande s’il a trouvé un endroit où dormir ce soir. Et s’il dormait dans la neige ? Hier soir, je lui ai prêté mon lit et j’ai dormi par terre.

I am a «Why» person. I am a «What» one. You seem to be at your best in transitions. I hate them. It’s weird of you saying that as you are homeless. You might always be in transitions. I am an emotional person. I am the opposite. I am rational. I was an engineer. I forgot what I was. Perhaps I should just see myself as I am but as I told you, I am a Why person and I don’t really know what one can do with «What». Hey blue bird, maybe we should swap our hearts for a day to see what it feels like.

Je ne sais pas si nous avons réussi à échanger nos coeurs aujourd’hui. But deep down, I think we did. Je sens mon coeur plus grand le temps d’une journée. I feel that I know more about love today. Merci. Thank you.

→ No CommentsTags:

Mes détours.

mars 9th, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’aimerais dire de cette histoire qu’il ne s’agit pas d’un film, qu’il ne s’agit pas de ma vie, qu’il ne s’agit ni de moi, ni de lui. J’aimerais dire de cette histoire qu’elle ne m’appartient pas. J’aimerais savoir prendre mes distances, reprendre mon souffle et être en mesure d’observer la scène avec un certain recul. J’aimerais me poser, m’ancrer, avoir les pieds fixés quelque part pour, un instant, tout vous raconter. J’aimerais vous dire ce que je ressens, cet insistant bien qu’ineffable besoin de mouvement, ce qui ne sort pas et ce que là-bas j’irai chercher.

***
Ce sont les derniers mots que j’ai écrits. Dans ma fuite et dans la nuit, j’ai laissé la feuille sur les draps, tant j’étais pressée d’attraper mon sac, de le jeter sur mon dos et de faire glisser entre mes doigts un passeport et un chapeau. En filant à l’extérieur où m’attendait un taxi, je me suis dit tout bas : Vole bien, mais vole loin papillon.

Je ne me suis pas demandée une seule fois comment cette feuille de papier avait fait pour se glisser jusque dans l’entrée de mon appartement ni comment elle s’était retrouvée là, parmi les enveloppes et les factures livrées chez moi pendant mon absence. Bien sûr, en la voyant, je me suis dit qu’elle avait dû glisser sur le sol alors que je filais en coup de vent, mais j’ai vite compris que ces quelques mots derrière la porte devaient être pour moi la personne qui vous attend au retour. Une phrase sait si bien vous ouvrir ses bras.

Je t’en prie, referme-les sur moi.

WE ARE ALL DANCING FOR LOVE. C’est ce qui est écrit sur mon frigo. À chaque matin, je lis cette croyance qui s’effrite en moi sitôt que je la quitte des yeux. Une affiche pour me rappeler que si l’on colle des mots, des passages de sa vie ou des aimants sur son réfrigérateur, ce n’est pas une affaire de souvenirs ou de cartes postales, mais pour avoir, l’instant d’une seconde, la certitude que l’on est bien cette image de soi que l’on souhaite projeter.

Sauf que WE ARE NOT. We are not all dancing for love. C’est ce que le voyage m’a appris, et pis encore, we are not all travelling for love. Il arrive que le voyage vous ridiculise devant les plus beaux paysages et qu’il vous déconstruise devant les plus doux portraits. Tranquillement, sans faire de bruit.

Ces album-photos à saturation parfaite, ces partages, ceux qu’on dit «sociaux» que l’on pourrait dire réfléchis, ne sont ni la vie ni mon âme ni l’ampleur de mes déplacements. Ce regard que pose l’autre sur mon voyage ne me regarde pas.

Mon voyage ne se voit qu’à travers mes yeux, ne s’entend qu’au son de ma voix et ne peut se lire qu’entre ses lignes. Ce qui chaque fois me quitte ne revient jamais. Je ne suis pas celle que j’étais il y a une semaine et la durée d’un voyage n’est qu’une façon de plus dont se servent les gens pour mesurer ce qui fuit…

***

Je vous parlerai bientôt des terres vertes sous un ciel incertain. De Galway la nuit et de Belfast comme d’un labyrinthe. Je vous dirai pluies, pubs, moutons et vous répéterai que les Irlandais sont les plus gentils du monde.

Mais d’ici-là, je rentre doucement d’une semaine incroyable et je garde mes souvenirs pour moi, sachant bien que l’on ne voyage pas vers une destination.

All yours and dancing for love,

Sabrina

→ No CommentsTags:

Ce que le regard veut bien garder.

février 28th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Dernier départ à destination de Libéria. San José. Delhi. Orlando. Un enfant fait une crise de larmes. Une femme paie cher ses lunettes. Gucci. Prada. Et cetera. Les têtes sont de toutes les couleurs. Je vois la différence sans la nommer. J’observe. Ce que le regard veut bien garder.

Il parle une langue que je ne sais pas. Elle parle Allemand et n’est pas très polie. But she got money and act like she doesn’t care. Ma salade me coûte 14 dollars. Je mange vite parce que je n’ai pas très faim et que je suis fatiguée. J’ai oublié mon carnet à l’appartement alors je tape au téléphone et il me semble que mon écriture en perd de sa musicalité. 

L’Inde est derrière moi et c’est avec elle que j’ai envie de m’envoler. Delhi. Delhi. Delhi. Des sarees et des choux-fleurs au cari. J’ai envie de m’asseoir avec ces dames et de manger avec elles. 

L’homme à mes côtés est Français, ça se voit à son foulard et à son passeport pourpre. Il me fait penser que c’est un Irlandais que j’ai très hâte d’embrasser.

L’aéroport. C’est fou ce que cet endroit me place l’imagination près du cœur. Je sais que le voyage ne se trouve pas dans la destination, mais encore plus que lorsque j’écris, c’est en transit, dans cet espace un peu flou et sans frontières, que je sais ce pourquoi je suis fait. Dans cette absence de vide, je est je et je ne suis que déplacements, perpétuels mouvements, tendresse.

Mais bien sûr je les sais là, ces frontières. Même en moi, elles ne s’effacent pas. Je les vois même les yeux fermés, ce sont des murs qui s’érigent et des gens qui se croient bien ainsi, bien entourés. Le monde est fait de barricades. Cette nuit, je vole en direction de la verte d’Erin, non pas vers les terres afghanes. 

Se mettre en route, c’est déconstruire de grandes visions, celles qu’on croyait solides et qu’il nous est désormais impossible d’observer, c’est ajouter la tourmente aux illusions, c’est rompre les naïvetés situées près du cœur, pendant que d’autres croyances se forgent, s’alimentent. C’est voir tout son être entrer dans une nouvelle danse sans en connaître les pas, mais danser quand même. 

Je regarde l’avion à destination de Delhi s’envoler et mon âme s’élève avec lui. Je regarde mon sac posé par terre et je le plaque contre moi. Sur mon dos, le monde est à sa place. 

Je suis faite pour ça. 

→ No CommentsTags:

Tissus profonds.

février 22nd, 2015 · Ma vie, en tranches...

Au passage, elle m’a effleuré la main. L’effleurement s’est maintenu de sorte qu’il ne s’agissait plus d’un effleurement ni d’un simple glissement de peau contre peau. Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont rep… Il me faut reprendre mon souffle pour terminer cette phrase. Je pourrais aussi bien tout laisser tomber, mais puisque j’ai cette volonté de puissance, cette fâcheuse tendance à tenir debout lorsque tout s’écroule, je me pose sur le sol, je me pose bien droite, prends une large respiration, mes poumons s’élèvent, puis ça bloque. D’air nous sommes faits et d’asphyxie nous mourrons. Tant de choses qui ne passent pas.

Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont repliés et se sont soudés aux miens. D’un banal effleurement, nous sommes passés à un acte de solidarité et je me suis sentie bien, grande, unie, toute, mise ensemble et forte. Elle a lâché ma main, car c’est inévitable.

J’aimerais préciser ceci, j’aimerais dire que nos regards ne se sont jamais croisés, que je ne sais pas ses airs, mais que ce n’est pas plus grave, car nulle image ne m’a jamais satisfaite.

Je cherche la concentration au café. L’haleine de mon voisin de table se répand dans mon espace et le pauvre doit avoir l’intérieur bien acide pour sentir si méchant. Sa chemise me laisse entrevoir son nombril, le poil autour de cet astre et c’est plus d’information qu’il ne m’en faut. J’essaie de respirer par la bouche, mais c’est une technique qui me donne vite mal au coeur, alors je reprends mon souffle normalement et le va-et-vient de son odeur buccale et les allers-retours de mes hauts-le-coeur et cette envie que j’ai de me répandre sur la table. Un homme lui fait face et leurs discussions tournent au vinaigre, puis tournent en rond. À ma droite, un garçon dessine des chaises. Il est si penché sur son dessin, si replié sur lui-même, sa tuque sera bientôt une patte du quadrupède, s’il ne fait gaffe.

J’écris tout ça pour ne pas me mettre à parler de ce que je ressens, pour vivre au-delà des sentiments, car ce que je ressens préférerait se dessiner. My words are never enough. Never enough to say. Ce que je ressens se dessinerait dans un barreau de chaise ou dans un fragile bâton de chocolat. Fragile, je l’étais lundi aussi. En quittant l’endroit, il me faudra regarder au ciel s’il y a des nuages, car j’avoue ne pas savoir la dernière fois où, dans cette ville et dans toute mon agitation, j’ai jeté un regard vers le haut.

C’est une période de ma vie où je cherche les grandes âmes, les douces sottises et de solides liaisons. Je les cherche éperdument, bien que j’aie cessé de les chercher au lit. Mais où se cachent-ils, ces tissus profonds ? Et ma main est tendue et j’entre comme une larve dans cette période de ma vie où il me faudrait pleurer au café, m’étendre du miel dans les cheveux et dire tout haut ce que je pense pour moi. Mais pour voir qui me prend par la main encore faut-il lever la tête et ouvrir les yeux.

→ No CommentsTags:

POUR L’EXPÉRIENCE.

février 18th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« Le moi représente l’ajustement continu et incessant à ce monde organisé qui est présent dans notre propre nature. Mais si la réponse à l’attitude organisée est de l’ordre d’une conversation de gestes, si elle crée une situation qui est, en un sens, nouvelle, si l’individu se bat pour faire valoir son point de vue, s’il s’affirme lui-même contre tous les autres, s’il exige qu’ils prennent une attitude différente à son égard, alors il se produit quelque chose d’important qui n’existait pas auparavant dans l’expérience. »           George H. Mead

Je ne me souviens pas la nature de notre discussion ni même ce qu’affichait le tableau derrière lui. J’étais high et lorsque je le suis, il m’arrive ce qui m’arrive parfois, c’est-à-dire d’oublier le lieu où je me trouve, les bonnes manières et les couleurs du tapis. Le discours ne m’importe qu’en ce qu’il contient d’existence, des êtres vivants ensemble tout en se sachant seuls.

J’ai parlé pour la première fois en classe hier, car j’avais quelque chose à dire, je bouillais de l’intérieur. J’ai posé le regard sur mon interlocuteur sans le voir, ouvert la bouche, mais mes idées ne se sont pas liées à mes mots, ni même entre elles, et ma langue s’en est mêlée. Ma pauvreté de savoirs s’est répandue dans l’air en tant et tant de phrases inutiles et j’ai eu cette douteuse impression de n’être qu’une machine à vent. Il y a ce qu’on veut dire, ce que l’on dit et le message que l’on porte en soi. Mon message est souvent impulsif, grave, intense, léger, trivial, et, dans certains cas, fatal.

« Elle a la vie forte, mais l’instant fragile. »

Cette phrase est un bout de texte que mon père a écrit pour moi. Il arrive qu’on m’écrive mieux que je ne m’écrive moi-même. Sa lecture m’a fait l’effet d’une promesse ; j’ai su qu’en moi il se reconnaissait et qu’en lui je trouvais un endroit où poser mon reflet. Vice-Versa. Versa-Vice. Écrire, s’écrire, ré-écrire, ce n’est que ça : Se reconnaître dans l’autre et reconnaître l’autre en soi.

Je, tu, il, nous, vous, ils.

J’ai envie de m’excuser pour toutes ces fois où j’ai cru mon « je » insuffisant, ces nombreuses fois où j’ai cru qu’il ne nous contenait pas, toutes ces fois où je l’ai cru superficiel, abîmé, sale, laid, stupide et inintelligible, et, ces autres fois encore, où j’ai simplement cessé d’y croire.

En « moi », on, nous, ils…

Je n’étendrai pas mes croyances ici puisqu’elles ne cessent de se découvrir, mais si au passage je te frôle, comme il se peut que je t’embrasse, te serre très fort contre moi, qu’on se retrouve un sexe dans l’autre et les quatre mains dans les cheveux à se dire des mots bizarres et à se faire des douceurs à en oublier les couleurs du tapis, souviens-toi que l’on ne fait que se frôler. Dis-le toi, dis-le toi tout bas, mais dis-le toi à moi, qu’il n’y a pas de fusion possible, qu’il n’y a que des échanges et une douce malléabilité.

Se le dire, c’est aussi comprendre que cet autre que l’on croit attendre ne viendra lui aussi que pour lui-même. 

Pour l’expérience.

→ No CommentsTags:

Pirouettes.

février 4th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Pirouettes. Avec un s.

Je ne crois pas tout ce que l’on en dit. Du cerveau qu’il est organisé de telle sorte qu’on ne s’aime plus, ne faisons plus que jouir et se retirer, fuir et s’en aller. Et si tout est en place pour s’éviter ? Ne t’en fais pas, il y en aura encore, des dispersions et des pirouettes.

Les flocons se cristallisent. La neige, bien qu’abondante, ne me refroidit pas. Elle tombe, tombe encore, je regarde par la fenêtre et je n’y vois que ce qui s’y trouvent : des papillons.

Je rédige mes carnets et je prends confiance. Bientôt, j’enverrai tout ça à un éditeur. J’écris ça sans même perdre le souffle. Il me semble que mon contenu s’y trouve et qu’il ne s’agit plus de le chercher, entre monts et vallées. J’ai toujours rêvé d’écrire « entre monts et vallées ». Aujourd’hui porte un grand A. C’est Aujourd’hui.

Un homme souffrant de sa relation m’a écrit ça, ce matin : « Le couple a tendance à être une chrysalide inversée. » Je suis à chaque fois étonnée de voir comme les gens se confient à moi. Ce doit être le blogue. Enfin, je lui ai répondu qu’Amour et Liberté était ma rime préférée et il s’est mis à rire, me disant naïve et bonbon rose, ajoutant ceci : « Que l’époque et la société sont les plus difficiles de l’histoire de l’humanité, rendant la tâche ardue pour les couples de s’aimer. »

Vents chauds. Amours d’hiver. Je le répète pour bien me croire, comme ce froid ne me refroidit pas. 

Tu ne trouves pas que l’on pousse un peu tout croche, mon chéri ? Même lorsque la pomme tombe loin de l’arbre, il lui arrive de rouler, rouler, rouler, rouler… Mon idée s’est perdue dans sa galipette, alors c’est la fin de la phrase. Fin de la phrase. Chapitre suivant.

***

J’ai passé un entretien cette semaine. M’y rendant, j’avais le coeur en guimauves, j’étais dans un crescendo créatif intense, aussi bien dire que j’étais complètement à côté de la plaque et inappropriée pour une rencontre d’ordre professionnel, formel, conventionnel, bla-bla-bla-on-a-compris.

Sur place, j’ai été plus authentique qu’il ne m’arrive de l’être même dans mes textes. J’ai été tout sauf « comme il faut », sauf « ce qu’il faut dire », sauf « droite » et « sûre de moi ». J’étais transparente, hésitante, intense. À un moment, je me suis mise à dire que l’écriture était toute ma vie et que j’étais intransigeante quant à mes ambitions créatives. L’instant d’après, j’ai éclaté de rires au beau milieu d’une phrase et j’ai tout repris depuis le début. Je suis sortie de la salle en gambadant, la tête encore bien haute dans les nuages.

Tout le temps qu’a duré l’entretien, mon attention était dirigée vers un monde que j’étais en train de créer. Je m’écrivais. Le lendemain, lorsqu’on m’a annoncé que j’avais le job, je suis restée coincée, estomaquée. Je me suis pincée trois fois.

***

J’écris comme je m’embrouille.

Je sens que cette phase de ma vie est la plus vraie et la plus créative qu’il n’eût été. Malgré tout, je ne suis pas cocotte. Moi aussi, j’ai été blessée. Je prends confiance, mais je suis consciente que cette période n’est qu’une Autre et que, peut-être, elle finira par passer. Peut-être, c’est aussi peut-être pas. Immanence et impermanence sont des mots très forts chez Bouddha. Chez moi, ils ne font que se bercer. Je n’ai plus peur et je me laisse glisser. Je glisse et je sens en moi tout ce qu’il faudra, s’il le faut, pour me relever. J’accepte de tomber.

Pirouettes? Non. Vulnérabilités. Avec un s.

→ No CommentsTags:

Couleur menthe.

janvier 25th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Cher ami,

Je suis rentrée tôt et j’ai vite refermé la porte. Fermés, nous le sommes si bien et si durement de l’intérieur. J’ai marché jusqu’à la cuisine, laissant mes vêtements traînés derrière moi et je n’ai plus tourné la tête. Il te faut savoir que, de ma vie, je ne me suis retournée pour personne. D’épais bas collants, une robe en laine et une longue écharpe grise gisaient sur le plancher. En douceur, je me suis effeuillée. Quelques pas et j’étais nue, d’une nudité blanche et pleine, presque clairvoyante. J’étais une vallée de larmes, un torrent d’amour, une douce… Puis je me suis tue. Puis j’ai perdu la voix.

Je me suis échappée par la porte de derrière et j’ai dansé. Seule dans la ruelle, j’ai dansé à la lumière des réverbères et je me suis prise pour une étoile.

Je lis des romans comme certains fument la cigarette; un après l’autre sans faire de bruit ni même s’en rendre compte. Je me suis glissée encore humide et froide sous les draps et j’ai étendu une crème épaisse sous mes pieds. Mes mains sentent la crème pour les pieds, ma bouche est ouverte et l’odeur de cigarette se répand dans la seule et unique pièce que meuble mon appartement. De la fumée jusqu’au plafond, elle prend chez moi toute la place et je me sens bien, présente, légère.

Je marche sur un long fil de solitude et je me laisse bercer. Pour un temps, j’ai très envie de me laisser guider, de me laisser faire, là toute seule et toute entière, entre les mains de plus-grand-que-moi. J’ai envie de m’emmener faire une lente balade, car ce soir, je n’ai nul désir de courir ni d’embrasser. Je souhaite rester ici et comme je suis : les pieds ancrés au sol et le regard devant moi. Je fume à l’intérieur, les fenêtres sont fermées et je me sens ici chez-moi, à l’abri.

Tout balance. Je veux d’une balançoire couleur menthe pour les enfants qui bientôt seront là. Je veux leur laisser de la place pour jouer et regarder le vent se mêler à leurs cheveux. Le reste est une suite de rêves colorés, tout juste audibles, et de pain dorés.

Ce soir, tout ce qui m’intéresse, c’est des coeurs immenses, de bruyants orchestres et des ribambelles d’hommes ou de papiers. Ce soir, je pourrais brûler tous mes romans et ça ne me blesserait pas. Je pourrais tout jeter, jeter tout, et recommencer. Je tiens entre ces lignes et dans cette fumée que déjà l’épaisseur quitte. Je vis entre ces lignes et à travers elles. Je suis toute là, mais surtout, pour une fois, je suis toute ici et je suis chez moi : une vallée de larmes, un torrent d’amour et une douceur d’âme.

P.S. Le Cher ami initial, c’est cette envie que j’avais d’écrire à quelqu’un. Mais n’ayant pas trouvé de destinataire, je ne m’adresse à personne, donc à tous.

→ No CommentsTags:

Pas perdus.

janvier 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je suis sans doute dans le café le plus laid de tout Montréal. Les briques sont aussi fausses que les dents du serveur et l’on pourrait croire, se faisant aller l’imaginaire, qu’il en est de même du plancher. Il y a si longtemps que je suis partie loin de chez moi, je ne sais plus ce que c’est que de n’avoir sous les pieds rien pour s’ancrer, un sol étranger. 

Le plancher du café est immensément sale, rouge par endroits. Sous le gravier et les papiers-mouchoirs laissés par terre, l’on y décerne encore quelques empreintes, des traces de pas faites en calcium, qu’il est inutile de suivre puisqu’elles ne vont nulle part, puisque tous ont déserté. Ils ne sont plus là, ils sont partis. La vue qu’offre la fenêtre est dépourvue d’intérêt, un espresso dégueulasse me coûte trois dollars et mon humeur est comparable à celle d’un fermier à qui l’on aurait volé son tracteur. C’est une mauvaise journée. J’ai froid, j’ai faim et ce croissant ne sert à rien puisque son faux goût de beurre n’emplit pas ce vide auquel la nourriture ne peut rien.

Si j’inventais, je nous ferais nous rencontrer en des lieux très beautiful. Beautifully-très-beautiful. Dans ce défilement d’êtres et de ribambelles, une image est vite chassée par une autre. Je ne parle pas ici de Tinder, like it or not, mais de coeurs suspendus. Si j’inventais toi et moi, l’on ne se remplacerait pas.

J’ai croisé un être mignon-comme-tout cette semaine. J’allais en cours, c’était la rentrée, et, l’apercevant, je me suis mise à courir comme font les femmes éprises dans les films. Sauf que ma vie n’est pas une vue et le vent ne s’est pas levé pour se mêler à mes cheveux et j’ai dû me servir de mes doigts. Nos regards se sont soutenus et il n’y avait ni trompette ni confetti pour enjoliver le silence qui s’installait en moi au moment où j’aurais dû dire quelque chose. J’ai fait comme dans les films et j’ai échappé mes livres sur le sol, mais bien sûr, c’était sans faire exprès et c’est mon ego qui en a pris le coup. Je ramassais mes trucs l’air de rien et mon moi se fracassait sur le sol. Ce qu’il y a de joliment injuste avec la vie, celle qu’on dit réelle, c’est qu’elle vous laisse devant un homme mignon-comme-tout sans vous glisser un bout de scénario entre les doigts. Mauvaise comédie.

La sociologie, c’est regarder par la fenêtre et se voir passer. J’ai entendu un professeur dire ça aujourd’hui. C’est tout ce que j’ai retenu de son cours et le peu de poésie n’était même pas de lui. En sortant pour la pause, je me suis fait la promesse de ne plus y remettre les pieds. Je me demande encore comment j’ai fait pour endurer le ton de sa voix pendant plus d’une heure et demie. Qu’est-ce qu’il m’arrive d’être larve! Je fais de mon retour en classe une affaire très personnelle. Dans mon tout premier cours de maîtrise, j’ai dû prendre la parole et je me suis entendue dire : Je suis très peu intéressée par ce que vous appelez raison. Je ne m’intéresse qu’aux gens et à leurs émotions. Ça a fait rire tout le monde, mais ce que je trouve le plus drôle, c’est que je n’ai pas eu le temps de dire ce qui, moi, me fait marrer, de dire comme il me faut faire des efforts rationnels pour dire une chose pareille.

Si j’ai lu quatre romans cette semaine, c’est parce que j’ai recommencé l’université et que je suis une fausse adolescente qui refuse les contraintes et mesures d’austérité. Je retrouve ces envies d’écrire un roman. Il n’y aurait que des chapitres, plusieurs chapitres, des mots rédigés négligés en continu, entrecoupés, des suites de mots compartimentés et bien dressés les uns contre les autres, sans lien précis entre eux, aléatoires. Je ne dis ça que pour la forme. Je veux de ma voix qu’elle soit abstraite! J’ai l’idée d’écrire un monde fluide, flou, sans fin ni faille, mais puisque je suis un écrivain raté, je rédige du bla-bla, des brouhahas et je regarde je qui ne passe pas à la fenêtre de ce café pourri.

J’ai l’idée d’un long séjour à l’étranger, mais mes idées s’emmêlent comme mes cheveux entre mes doigts et il ne se fait plus que les idées pour s’envoler. J’ai l’idée de faire de ma vie une longue fiction, mais lorsque j’écris et qu’il arrive qu’on me reconnaisse, dans l’intensité d’une phrase ou au croisement d’émotions trop pures, presque vulgaires, je me sens fade, prise d’un ennui sauvage, inachevée. Mon coeur se serre et je construis des murs entre moi et le monde.

Devant tout ce monde qui ne m’est plus possible de suivre, mais sans lequel je perds mes mots et  mes manières, j’ai décidé de rentrer chez moi.

→ No CommentsTags:

Regards fuyants.

janvier 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Ferme les yeux.

Éteins la lumière.

Survie.

Aime. Bouge. Danse. Mange. Ouvre la bouche. Ferme-la. Mastique. Mâche. Mange. Avale. Avale. Suce. Brûle. Avale. Hurle. Crache. Vomis.

Tiens-toi debout. Rentre le ventre. Respire. Inspire. Expire. Respire. Ferme-la. Tiens-toi droite. Relève la tête. Roule les épaules. Rentre le ventre. Inspire. Expire. Expire. Expire. Inspire. Expire. Ouvre les yeux. Regarde. Regarde-le. Regarde-moi. Regarde en face. Contemple-le.

Il est là le massacre.

***

Il est là sous nos yeux et il faudrait faire comme si rien ne s’était passé, comme si l’on n’avait rien vu. Rien. Nada. Next. Il faudrait regarder les enfants mourir, les corps se tordre, se mutiler et se rompre. Il faudrait ouvrir nos téléviseurs et savoir laisser les images là où elles se trouvent. Derrière. Devant. Dans le cul. Il faudrait laisser nos corps se quitter sans laisser les empreintes que les doigts de l’autre y ont laissé. Il faudrait savoir camoufler. Il faudrait que tout s’efface. Ne plus voir, mais voir clair quand même. Il faudrait creuser au fond de soi, s’endurcir, marcher, courir et ne plus s’arrêter. Ne ralentir jamais, surtout pas où les mots font mal et où les lueurs d’espoir s’estompent.

Avance. Marche. Cours. Creuse. Crache. Mais marche encore et toujours devant, tête baissée. Lève la tête. Regarde. Regarde-le. Regarde-la. Regarde-moi.

Mais qu’est-ce que l’on se traîne! On se traîne, on s’encombre, on rampe et on regarde son voisin sauter devant, devant lui et devant soi, par la fenêtre et face au métro. Et lorsqu’on est à vif, lorsqu’on se retrouve nus et seuls l’un en face de l’autre, on est sens dessus-dessous et il ne reste plus que notre imaginaire pour visualiser la suite, les yeux fermés.

Les regards, c’est tout ce qu’il nous reste.

***

J’avais une amie très maigre à qui il lui arrivait de se trouver très grosse, immense, immonde, obèse, immatérielle. Prête à mourir, elle l’était. Et peut-être pour sentir qu’elle s’en sortait, elle cessait de s’alimenter et ça me foutait les boules. À chaque fois, je mangeais pour deux. À chaque fois, j’avais mal au coeur, mais comme elle refusait de manger, je refusais de m’arrêter. Je faisais semblant d’être pleine d’appétit, je jouais, mais comme je sais si peu jouer, son dédain d’elle-même m’a rendu malade; il me coupait de tout, de vous, et de moi aussi. Sa part de gâteau, je lui aurais vomi dans la bouche si elle me l’avait demandé, mais les êtres souffrent en silence et préfèrent crever de solitude plutôt que de la vivre à deux.

Une fois, il m’est arrivé de voir ses jambes. J’étais entrée dans sa chambre par surprise, sa chambre était un repère intime et l’on ne m’y attendait pas. Je m’en suis voulue. J’aurais dû savoir de ce corps qu’il n’acceptait pas les surprises pas plus que les marques d’amour ou d’attention. Je ne sais pas pourquoi je parle d’elle aujourd’hui. Peut-être pour dire de la scène qu’elle me blesse encore. Des jambes lacérées, des griffes et des traces de couteau sur la peau, ce sont des images qu’on n’oublie pas. Et peut-être pour dire que depuis je n’ai plus la télé chez moi. Il y a des images qui vous heurtent, vous tuent et vous fracassent de l’intérieur. Il y a des images qui hurlent, brûlent et vous mutilent, elles aussi.

Ouvre les yeux. Relève-toi. Regarde. Inspire. Expire. Respire.

Tiens bon.

→ No CommentsTags: