Jelefaispourmoi

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Tissus profonds.

février 22nd, 2015 · Ma vie, en tranches...

Au passage, elle m’a effleuré la main. L’effleurement s’est maintenu de sorte qu’il ne s’agissait plus d’un effleurement ni d’un simple glissement de peau contre peau. Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont rep… Il me faut reprendre mon souffle pour terminer cette phrase. Je pourrais aussi bien tout laisser tomber, mais puisque j’ai cette volonté de puissance, cette fâcheuse tendance à tenir debout lorsque tout s’écroule, je me pose sur le sol, je me pose bien droite, prends une large respiration, mes poumons s’élèvent, puis ça bloque. D’air nous sommes faits et d’asphyxie nous mourrons. Tant de choses qui ne passent pas.

Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont repliés et se sont soudés aux miens. D’un banal effleurement, nous sommes passés à un acte de solidarité et je me suis sentie bien, grande, unie, toute, mise ensemble et forte. Elle a lâché ma main, car c’est inévitable.

J’aimerais préciser ceci, j’aimerais dire que nos regards ne se sont jamais croisés, que je ne sais pas ses airs, mais que ce n’est pas plus grave, car nulle image ne m’a jamais satisfaite.

Je cherche la concentration au café. L’haleine de mon voisin de table se répand dans mon espace et le pauvre doit avoir l’intérieur bien acide pour sentir si méchant. Sa chemise me laisse entrevoir son nombril, le poil autour de cet astre et c’est plus d’information qu’il ne m’en faut. J’essaie de respirer par la bouche, mais c’est une technique qui me donne vite mal au coeur, alors je reprends mon souffle normalement et le va-et-vient de son odeur buccale et les allers-retours de mes hauts-le-coeur et cette envie que j’ai de me répandre sur la table. Un homme lui fait face et leurs discussions tournent au vinaigre, puis tournent en rond. À ma droite, un garçon dessine des chaises. Il est si penché sur son dessin, si replié sur lui-même, sa tuque sera bientôt une patte du quadrupède, s’il ne fait gaffe.

J’écris tout ça pour ne pas me mettre à parler de ce que je ressens, pour vivre au-delà des sentiments, car ce que je ressens préférerait se dessiner. My words are never enough. Never enough to say. Ce que je ressens se dessinerait dans un barreau de chaise ou dans un fragile bâton de chocolat. Fragile, je l’étais lundi aussi. En quittant l’endroit, il me faudra regarder au ciel s’il y a des nuages, car j’avoue ne pas savoir la dernière fois où, dans cette ville et dans toute mon agitation, j’ai jeté un regard vers le haut.

C’est une période de ma vie où je cherche les grandes âmes, les douces sottises et de solides liaisons. Je les cherche éperdument, bien que j’aie cessé de les chercher au lit. Mais où se cachent-ils, ces tissus profonds ? Et ma main est tendue et j’entre comme une larve dans cette période de ma vie où il me faudrait pleurer au café, m’étendre du miel dans les cheveux et dire tout haut ce que je pense pour moi. Mais pour voir qui me prend par la main encore faut-il lever la tête et ouvrir les yeux.

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POUR L’EXPÉRIENCE.

février 18th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« Le moi représente l’ajustement continu et incessant à ce monde organisé qui est présent dans notre propre nature. Mais si la réponse à l’attitude organisée est de l’ordre d’une conversation de gestes, si elle crée une situation qui est, en un sens, nouvelle, si l’individu se bat pour faire valoir son point de vue, s’il s’affirme lui-même contre tous les autres, s’il exige qu’ils prennent une attitude différente à son égard, alors il se produit quelque chose d’important qui n’existait pas auparavant dans l’expérience. »           George H. Mead

Je ne me souviens pas la nature de notre discussion ni même ce qu’affichait le tableau derrière lui. J’étais high et lorsque je le suis, il m’arrive ce qui m’arrive parfois, c’est-à-dire d’oublier le lieu où je me trouve, les bonnes manières et les couleurs du tapis. Le discours ne m’importe qu’en ce qu’il contient d’existence, des êtres vivants ensemble tout en se sachant seuls.

J’ai parlé pour la première fois en classe hier, car j’avais quelque chose à dire, je bouillais de l’intérieur. J’ai posé le regard sur mon interlocuteur sans le voir, ouvert la bouche, mais mes idées ne se sont pas liées à mes mots, ni même entre elles, et ma langue s’en est mêlée. Ma pauvreté de savoirs s’est répandue dans l’air en tant et tant de phrases inutiles et j’ai eu cette douteuse impression de n’être qu’une machine à vent. Il y a ce qu’on veut dire, ce que l’on dit et le message que l’on porte en soi. Mon message est souvent impulsif, grave, intense, léger, trivial, et, dans certains cas, fatal.

« Elle a la vie forte, mais l’instant fragile. »

Cette phrase est un bout de texte que mon père a écrit pour moi. Il arrive qu’on m’écrive mieux que je ne m’écrive moi-même. Sa lecture m’a fait l’effet d’une promesse ; j’ai su qu’en moi il se reconnaissait et qu’en lui je trouvais un endroit où poser mon reflet. Vice-Versa. Versa-Vice. Écrire, s’écrire, ré-écrire, ce n’est que ça : Se reconnaître dans l’autre et reconnaître l’autre en soi.

Je, tu, il, nous, vous, ils.

J’ai envie de m’excuser pour toutes ces fois où j’ai cru mon « je » insuffisant, ces nombreuses fois où j’ai cru qu’il ne nous contenait pas, toutes ces fois où je l’ai cru superficiel, abîmé, sale, laid, stupide et inintelligible, et, ces autres fois encore, où j’ai simplement cessé d’y croire.

En « moi », on, nous, ils…

Je n’étendrai pas mes croyances ici puisqu’elles ne cessent de se découvrir, mais si au passage je te frôle, comme il se peut que je t’embrasse, te serre très fort contre moi, qu’on se retrouve un sexe dans l’autre et les quatre mains dans les cheveux à se dire des mots bizarres et à se faire des douceurs à en oublier les couleurs du tapis, souviens-toi que l’on ne fait que se frôler. Dis-le toi, dis-le toi tout bas, mais dis-le toi à moi, qu’il n’y a pas de fusion possible, qu’il n’y a que des échanges et une douce malléabilité.

Se le dire, c’est aussi comprendre que cet autre que l’on croit attendre ne viendra lui aussi que pour lui-même. 

Pour l’expérience.

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Pirouettes.

février 4th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Pirouettes. Avec un s.

Je ne crois pas tout ce que l’on en dit. Du cerveau qu’il est organisé de telle sorte qu’on ne s’aime plus, ne faisons plus que jouir et se retirer, fuir et s’en aller. Et si tout est en place pour s’éviter ? Ne t’en fais pas, il y en aura encore, des dispersions et des pirouettes.

Les flocons se cristallisent. La neige, bien qu’abondante, ne me refroidit pas. Elle tombe, tombe encore, je regarde par la fenêtre et je n’y vois que ce qui s’y trouvent : des papillons.

Je rédige mes carnets et je prends confiance. Bientôt, j’enverrai tout ça à un éditeur. J’écris ça sans même perdre le souffle. Il me semble que mon contenu s’y trouve et qu’il ne s’agit plus de le chercher, entre monts et vallées. J’ai toujours rêvé d’écrire « entre monts et vallées ». Aujourd’hui porte un grand A. C’est Aujourd’hui.

Un homme souffrant de sa relation m’a écrit ça, ce matin : « Le couple a tendance à être une chrysalide inversée. » Je suis à chaque fois étonnée de voir comme les gens se confient à moi. Ce doit être le blogue. Enfin, je lui ai répondu qu’Amour et Liberté était ma rime préférée et il s’est mis à rire, me disant naïve et bonbon rose, ajoutant ceci : « Que l’époque et la société sont les plus difficiles de l’histoire de l’humanité, rendant la tâche ardue pour les couples de s’aimer. »

Vents chauds. Amours d’hiver. Je le répète pour bien me croire, comme ce froid ne me refroidit pas. 

Tu ne trouves pas que l’on pousse un peu tout croche, mon chéri ? Même lorsque la pomme tombe loin de l’arbre, il lui arrive de rouler, rouler, rouler, rouler… Mon idée s’est perdue dans sa galipette, alors c’est la fin de la phrase. Fin de la phrase. Chapitre suivant.

***

J’ai passé un entretien cette semaine. M’y rendant, j’avais le coeur en guimauves, j’étais dans un crescendo créatif intense, aussi bien dire que j’étais complètement à côté de la plaque et inappropriée pour une rencontre d’ordre professionnel, formel, conventionnel, bla-bla-bla-on-a-compris.

Sur place, j’ai été plus authentique qu’il ne m’arrive de l’être même dans mes textes. J’ai été tout sauf « comme il faut », sauf « ce qu’il faut dire », sauf « droite » et « sûre de moi ». J’étais transparente, hésitante, intense. À un moment, je me suis mise à dire que l’écriture était toute ma vie et que j’étais intransigeante quant à mes ambitions créatives. L’instant d’après, j’ai éclaté de rires au beau milieu d’une phrase et j’ai tout repris depuis le début. Je suis sortie de la salle en gambadant, la tête encore bien haute dans les nuages.

Tout le temps qu’a duré l’entretien, mon attention était dirigée vers un monde que j’étais en train de créer. Je m’écrivais. Le lendemain, lorsqu’on m’a annoncé que j’avais le job, je suis restée coincée, estomaquée. Je me suis pincée trois fois.

***

J’écris comme je m’embrouille.

Je sens que cette phase de ma vie est la plus vraie et la plus créative qu’il n’eût été. Malgré tout, je ne suis pas cocotte. Moi aussi, j’ai été blessée. Je prends confiance, mais je suis consciente que cette période n’est qu’une Autre et que, peut-être, elle finira par passer. Peut-être, c’est aussi peut-être pas. Immanence et impermanence sont des mots très forts chez Bouddha. Chez moi, ils ne font que se bercer. Je n’ai plus peur et je me laisse glisser. Je glisse et je sens en moi tout ce qu’il faudra, s’il le faut, pour me relever. J’accepte de tomber.

Pirouettes? Non. Vulnérabilités. Avec un s.

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Couleur menthe.

janvier 25th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Cher ami,

Je suis rentrée tôt et j’ai vite refermé la porte. Fermés, nous le sommes si bien et si durement de l’intérieur. J’ai marché jusqu’à la cuisine, laissant mes vêtements traînés derrière moi et je n’ai plus tourné la tête. Il te faut savoir que, de ma vie, je ne me suis retournée pour personne. D’épais bas collants, une robe en laine et une longue écharpe grise gisaient sur le plancher. En douceur, je me suis effeuillée. Quelques pas et j’étais nue, d’une nudité blanche et pleine, presque clairvoyante. J’étais une vallée de larmes, un torrent d’amour, une douce… Puis je me suis tue. Puis j’ai perdu la voix.

Je me suis échappée par la porte de derrière et j’ai dansé. Seule dans la ruelle, j’ai dansé à la lumière des réverbères et je me suis prise pour une étoile.

Je lis des romans comme certains fument la cigarette; un après l’autre sans faire de bruit ni même s’en rendre compte. Je me suis glissée encore humide et froide sous les draps et j’ai étendu une crème épaisse sous mes pieds. Mes mains sentent la crème pour les pieds, ma bouche est ouverte et l’odeur de cigarette se répand dans la seule et unique pièce que meuble mon appartement. De la fumée jusqu’au plafond, elle prend chez moi toute la place et je me sens bien, présente, légère.

Je marche sur un long fil de solitude et je me laisse bercer. Pour un temps, j’ai très envie de me laisser guider, de me laisser faire, là toute seule et toute entière, entre les mains de plus-grand-que-moi. J’ai envie de m’emmener faire une lente balade, car ce soir, je n’ai nul désir de courir ni d’embrasser. Je souhaite rester ici et comme je suis : les pieds ancrés au sol et le regard devant moi. Je fume à l’intérieur, les fenêtres sont fermées et je me sens ici chez-moi, à l’abri.

Tout balance. Je veux d’une balançoire couleur menthe pour les enfants qui bientôt seront là. Je veux leur laisser de la place pour jouer et regarder le vent se mêler à leurs cheveux. Le reste est une suite de rêves colorés, tout juste audibles, et de pain dorés.

Ce soir, tout ce qui m’intéresse, c’est des coeurs immenses, de bruyants orchestres et des ribambelles d’hommes ou de papiers. Ce soir, je pourrais brûler tous mes romans et ça ne me blesserait pas. Je pourrais tout jeter, jeter tout, et recommencer. Je tiens entre ces lignes et dans cette fumée que déjà l’épaisseur quitte. Je vis entre ces lignes et à travers elles. Je suis toute là, mais surtout, pour une fois, je suis toute ici et je suis chez moi : une vallée de larmes, un torrent d’amour et une douceur d’âme.

P.S. Le Cher ami initial, c’est cette envie que j’avais d’écrire à quelqu’un. Mais n’ayant pas trouvé de destinataire, je ne m’adresse à personne, donc à tous.

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Pas perdus.

janvier 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je suis sans doute dans le café le plus laid de tout Montréal. Les briques sont aussi fausses que les dents du serveur et l’on pourrait croire, se faisant aller l’imaginaire, qu’il en est de même du plancher. Il y a si longtemps que je suis partie loin de chez moi, je ne sais plus ce que c’est que de n’avoir sous les pieds rien pour s’ancrer, un sol étranger. 

Le plancher du café est immensément sale, rouge par endroits. Sous le gravier et les papiers-mouchoirs laissés par terre, l’on y décerne encore quelques empreintes, des traces de pas faites en calcium, qu’il est inutile de suivre puisqu’elles ne vont nulle part, puisque tous ont déserté. Ils ne sont plus là, ils sont partis. La vue qu’offre la fenêtre est dépourvue d’intérêt, un espresso dégueulasse me coûte trois dollars et mon humeur est comparable à celle d’un fermier à qui l’on aurait volé son tracteur. C’est une mauvaise journée. J’ai froid, j’ai faim et ce croissant ne sert à rien puisque son faux goût de beurre n’emplit pas ce vide auquel la nourriture ne peut rien.

Si j’inventais, je nous ferais nous rencontrer en des lieux très beautiful. Beautifully-très-beautiful. Dans ce défilement d’êtres et de ribambelles, une image est vite chassée par une autre. Je ne parle pas ici de Tinder, like it or not, mais de coeurs suspendus. Si j’inventais toi et moi, l’on ne se remplacerait pas.

J’ai croisé un être mignon-comme-tout cette semaine. J’allais en cours, c’était la rentrée, et, l’apercevant, je me suis mise à courir comme font les femmes éprises dans les films. Sauf que ma vie n’est pas une vue et le vent ne s’est pas levé pour se mêler à mes cheveux et j’ai dû me servir de mes doigts. Nos regards se sont soutenus et il n’y avait ni trompette ni confetti pour enjoliver le silence qui s’installait en moi au moment où j’aurais dû dire quelque chose. J’ai fait comme dans les films et j’ai échappé mes livres sur le sol, mais bien sûr, c’était sans faire exprès et c’est mon ego qui en a pris le coup. Je ramassais mes trucs l’air de rien et mon moi se fracassait sur le sol. Ce qu’il y a de joliment injuste avec la vie, celle qu’on dit réelle, c’est qu’elle vous laisse devant un homme mignon-comme-tout sans vous glisser un bout de scénario entre les doigts. Mauvaise comédie.

La sociologie, c’est regarder par la fenêtre et se voir passer. J’ai entendu un professeur dire ça aujourd’hui. C’est tout ce que j’ai retenu de son cours et le peu de poésie n’était même pas de lui. En sortant pour la pause, je me suis fait la promesse de ne plus y remettre les pieds. Je me demande encore comment j’ai fait pour endurer le ton de sa voix pendant plus d’une heure et demie. Qu’est-ce qu’il m’arrive d’être larve! Je fais de mon retour en classe une affaire très personnelle. Dans mon tout premier cours de maîtrise, j’ai dû prendre la parole et je me suis entendue dire : Je suis très peu intéressée par ce que vous appelez raison. Je ne m’intéresse qu’aux gens et à leurs émotions. Ça a fait rire tout le monde, mais ce que je trouve le plus drôle, c’est que je n’ai pas eu le temps de dire ce qui, moi, me fait marrer, de dire comme il me faut faire des efforts rationnels pour dire une chose pareille.

Si j’ai lu quatre romans cette semaine, c’est parce que j’ai recommencé l’université et que je suis une fausse adolescente qui refuse les contraintes et mesures d’austérité. Je retrouve ces envies d’écrire un roman. Il n’y aurait que des chapitres, plusieurs chapitres, des mots rédigés négligés en continu, entrecoupés, des suites de mots compartimentés et bien dressés les uns contre les autres, sans lien précis entre eux, aléatoires. Je ne dis ça que pour la forme. Je veux de ma voix qu’elle soit abstraite! J’ai l’idée d’écrire un monde fluide, flou, sans fin ni faille, mais puisque je suis un écrivain raté, je rédige du bla-bla, des brouhahas et je regarde je qui ne passe pas à la fenêtre de ce café pourri.

J’ai l’idée d’un long séjour à l’étranger, mais mes idées s’emmêlent comme mes cheveux entre mes doigts et il ne se fait plus que les idées pour s’envoler. J’ai l’idée de faire de ma vie une longue fiction, mais lorsque j’écris et qu’il arrive qu’on me reconnaisse, dans l’intensité d’une phrase ou au croisement d’émotions trop pures, presque vulgaires, je me sens fade, prise d’un ennui sauvage, inachevée. Mon coeur se serre et je construis des murs entre moi et le monde.

Devant tout ce monde qui ne m’est plus possible de suivre, mais sans lequel je perds mes mots et  mes manières, j’ai décidé de rentrer chez moi.

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Regards fuyants.

janvier 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Ferme les yeux.

Éteins la lumière.

Survie.

Aime. Bouge. Danse. Mange. Ouvre la bouche. Ferme-la. Mastique. Mâche. Mange. Avale. Avale. Suce. Brûle. Avale. Hurle. Crache. Vomis.

Tiens-toi debout. Rentre le ventre. Respire. Inspire. Expire. Respire. Ferme-la. Tiens-toi droite. Relève la tête. Roule les épaules. Rentre le ventre. Inspire. Expire. Expire. Expire. Inspire. Expire. Ouvre les yeux. Regarde. Regarde-le. Regarde-moi. Regarde en face. Contemple-le.

Il est là le massacre.

***

Il est là sous nos yeux et il faudrait faire comme si rien ne s’était passé, comme si l’on n’avait rien vu. Rien. Nada. Next. Il faudrait regarder les enfants mourir, les corps se tordre, se mutiler et se rompre. Il faudrait ouvrir nos téléviseurs et savoir laisser les images là où elles se trouvent. Derrière. Devant. Dans le cul. Il faudrait laisser nos corps se quitter sans laisser les empreintes que les doigts de l’autre y ont laissé. Il faudrait savoir camoufler. Il faudrait que tout s’efface. Ne plus voir, mais voir clair quand même. Il faudrait creuser au fond de soi, s’endurcir, marcher, courir et ne plus s’arrêter. Ne ralentir jamais, surtout pas où les mots font mal et où les lueurs d’espoir s’estompent.

Avance. Marche. Cours. Creuse. Crache. Mais marche encore et toujours devant, tête baissée. Lève la tête. Regarde. Regarde-le. Regarde-la. Regarde-moi.

Mais qu’est-ce que l’on se traîne! On se traîne, on s’encombre, on rampe et on regarde son voisin sauter devant, devant lui et devant soi, par la fenêtre et face au métro. Et lorsqu’on est à vif, lorsqu’on se retrouve nus et seuls l’un en face de l’autre, on est sens dessus-dessous et il ne reste plus que notre imaginaire pour visualiser la suite, les yeux fermés.

Les regards, c’est tout ce qu’il nous reste.

***

J’avais une amie très maigre à qui il lui arrivait de se trouver très grosse, immense, immonde, obèse, immatérielle. Prête à mourir, elle l’était. Et peut-être pour sentir qu’elle s’en sortait, elle cessait de s’alimenter et ça me foutait les boules. À chaque fois, je mangeais pour deux. À chaque fois, j’avais mal au coeur, mais comme elle refusait de manger, je refusais de m’arrêter. Je faisais semblant d’être pleine d’appétit, je jouais, mais comme je sais si peu jouer, son dédain d’elle-même m’a rendu malade; il me coupait de tout, de vous, et de moi aussi. Sa part de gâteau, je lui aurais vomi dans la bouche si elle me l’avait demandé, mais les êtres souffrent en silence et préfèrent crever de solitude plutôt que de la vivre à deux.

Une fois, il m’est arrivé de voir ses jambes. J’étais entrée dans sa chambre par surprise, sa chambre était un repère intime et l’on ne m’y attendait pas. Je m’en suis voulue. J’aurais dû savoir de ce corps qu’il n’acceptait pas les surprises pas plus que les marques d’amour ou d’attention. Je ne sais pas pourquoi je parle d’elle aujourd’hui. Peut-être pour dire de la scène qu’elle me blesse encore. Des jambes lacérées, des griffes et des traces de couteau sur la peau, ce sont des images qu’on n’oublie pas. Et peut-être pour dire que depuis je n’ai plus la télé chez moi. Il y a des images qui vous heurtent, vous tuent et vous fracassent de l’intérieur. Il y a des images qui hurlent, brûlent et vous mutilent, elles aussi.

Ouvre les yeux. Relève-toi. Regarde. Inspire. Expire. Respire.

Tiens bon.

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Aime.

janvier 4th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Écrire pour ne faire que ça : Diluer ses émotions.

Écrire pour ne plus s’entendre penser, pour ne plus les écouter dire, pour vivre en marge de soi et pour s’étendre nu sur un sol gelé. Le froid, c’est dur pour la face. Mes cheveux prennent des couleurs de neige, mes rides se tissent sur un visage vieillissant malgré lui et j’ai le corps givré. Si je ne sors plus maquillée, plus même le soir, c’est que j’aime avoir l’air fade dans ce blanc qu’ils disent immaculé.

J’aime venir ici démaquillée, me fondre dans le bruit du métro, me réfugier au son du piano et des balbutiements qui font surface chez les autres. Sortir du monde. Se laisser de côté. J’aime entendre ces femmes discuter les jeunes d’aujourd’hui. Entendre, sans écouter.

J’aime.

***

My career doesn’t exist. Isn’t one. Je vais devoir créer. Que ferai-je de toutes ces feuilles de papier? Les feuilles mobiles s’accumulent. J’ai parfois peur de tomber malade et de tout brûler.

Vouloir tout quitter. M’élever. La fuite en avant! 

Aller à la rencontre de l’Autre. Aller à la rencontre de l’Autre, pieds nus.

***

Je danse nue dans mon appartement et c’est tout qui s’abaisse, se rompt. Plus rien ne tient aux murs. Se cassent les cadres et se répandent les éclats des glaces sur le plancher. Bouddha, face contre terre. Je médite les mains au ciel et j’écris avec une musique sur laquelle je préfèrerais baiser. J’écris :

On est plus fort que ça, toi et moi.

Plus fort que quoi, papa?

On n’est pas des faibles, nous autres.

De son vivant, mon père m’emmenait dans les champs, là où les herbes étaient hautes et le soleil foudroyant. Il avançait d’un pas confiant et à une vitesse folle, j’avais du mal à le suivre. Son agilité dans la nature que chez moi rien n’égalait, je la croyais naturelle et je souffrais, courant derrière lui, la peur au ventre. Je craignais qu’il ne me laisse dans ce champ et qu’il ne revienne me chercher. Traumatisme de l’abandon. Je vis dans une ère où l’on psychologise tout et où l’on se croit brillants avec nos thérapies à 100 balles et nos postures de pigeon sur le sol. Je préfère encore écrire de ces souvenirs qui n’existent pas, cette enfance qui n’a pas eu lieue :

Non, on n’est pas des faibles, nous autres.

Mais qui sont ces faibles, papa?

T’inquiète pas Sabrina. On ne se laissera pas faire, toi et moi. Toi aussi, tu as connu la misère.

Mon père se parlait à lui-même à travers moi. Toute ma vie, je n’ai rencontré que des gens qui ne voyaient qu’eux-mêmes au fond de mon regard.

Précision : Mon père n’est pas mort, mais pour les fins de l’écriture, il arrive qu’il le soit comme il m’arrive de le pleurer.

***

Mes yeux palissent. Mes pupilles laissent s’échapper d’elles la couleur, l’agressivité. Je suis d’un sensualisme passif. Je laisse mes mains glisser le long de mes jambes et ma nuque s’étire comme mes lèvres s’entrouvrent. Plus-plus-plus de sensualité, de contact, de proximité. Moins de cul, de froid et d’étreintes trop fortes.

2015. Je n’ai plus peur d’étouffer.

***

Une femme regarde pleuvoir et pleure à la fenêtre. La voisine d’en face s’effondre en faisant sa lessive. C’est dimanche. Suivre deux vies en parallèle, deux solitudes. Construire deux femmes, deux sensualités. L’une ressent,  se raconte ; l’autre se cherche, digère mal et gèle sur place. Toutes deux souffrent, subissent. Des hommes viennent et s’en vont.

Elles ne se rencontrent pas. Il y a un certain blocage. La pluie ne fait pas que tomber. Les larmes ne font pas que couler. Non-dits. Démence. Vie. Surcharge de sensualisme. Sexe, fumée, luxure. J’aurais voulu naître quelqu’un d’autre. C’est ce qu’on lit dans leur regard. Seules, isolées, lointaines. Ce sont des femmes sans nom. La tristesse se tisse en ces femmes et entre elles.

Psy. Grand-père. Chien mort. Deuil. Confusion. Musique forte. Cri intense. Envie de vaincre le temps. En vie, d’ailleurs. Douces incertitudes. Ravissement.

Il se fait des grands thèmes d’écriture.

***

L’idée du texte d’aujourd’hui était d’écrire mes résolutions pour la nouvelle année, mais la vérité est que je n’en ai pas. 

Bien sûr, j’ai des projets : faire une tarte aux fraises et pétrir la pâte avec mes doigts, apprendre à mettre en conserve, acheter une plante et ne pas la laisser mourir, tenir mon journal sur une base régulière et me remettre à l’écriture manuscrite que je juge plus riche, plus vraie et plus profonde, diminuer ma consommation de caféine et de produits laitiers, aimer plus doucement et ne  retenir personne. Ne rien figer, laisser aller, danser plus, toujours plus, et vaincre mes peurs, celles qui se logent près du coeur. Je souhaite habiter mon corps, avancer spirituellement, Aimer et me remettre à voyager.

2015 est un chiffre comme les autres, mais je vous souhaite d’être dans votre corps et d’y être bien. Bien en-dehors.

Santé. Amours. Confettis.

Sabrina.

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D’étreintes trop fortes.

décembre 21st, 2014 · Ma vie, en tranches...

« Ceux qui traînent au lit ou dans la baignoire, ce sont les mêmes. Ils laissent monter jusqu’à leur coeur le chant des baleines bleues, la fugue royale du temps qui passe. »      Christian Bobin

Les émotions tissent toute ma vie. Les corps ne se parlent plus, mais je les sens qui se rapprochent. Je les sens qui se bousculent, se tordent et se mélangent, si bien, on ne les voit plus, plus qu’en marge d’eux-mêmes. Je ne les imagine que trop bien ces étreintes trop fortes et ces coeurs si brûlants qu’ils hurlent. On s’entend gueuler même dans le noir.

Un corps nu est étendu sur le plancher. Ses membres sont tous en-dehors. Son être est un carnage qui le poursuit jusque dans l’intimité. Nue, ce que je souhaiterais l’être tout contre toi! Mais je n’ai nul désir d’être douce ni mielleuse ni jolie. Je n’ai qu’une seule envie : celle d’être sale, hideuse et que se dégage de mon corps une forte odeur d’oignons, de merde et de tout ce qui te repousse, t’écoeure, t’éloigne. 

Douce envie d’écrire, puis envie sauvage. Peurs, désirs d’amour fou et tremblements. Un corps nu ensanglanté sur le plancher. Des larmes noires et de lentes valses roses. De la couleur partout, surtout en ces lieux où il ne s’en fait pas. Retire ta jupe. Pose-toi sur cette chaise. Regarde-moi. Regarde-moi encore. Je jouis de te voir me regarder. On ne jouit en fait que de ça. Ferme les lumières. Tire la couverture vers toi. Je ne veux plus voir de peau. Je ne souhaite plus rien voir de toi, de tes longs cheveux bruns et de ton corps si humide qu’il m’effraie. Tu me dégoûtes. Ton rire trop fort et ton bonheur trop grand. Je rêve d’un large tronc sec auprès duquel je m’allongerais et me laisserais crever. Crever seul, crever sale, la gueule sèche. 

J’ai envie de m’envoyer chier. C’est un soir comme ça. 

Il m’arrive de souffrir bien, de souffrir droit, de souffrir tendrement. Je te veux dans un lit de rêves et de verres cassés. Fais-moi mal, gentiment. Secoue-moi un peu, par la tête et par les pieds. Je suis une vallée de larmes et j’aimerais être Ducharme pour le dire, pour le dire en premier et que ses mots m’appartiennent. Le dire, comme tout m’avale : Tout m’avale! Je veux vivre et écrire à toute allure. Des cycles, des cycles et des cycles. Cyclothymique! Je m’emballe et tu t’embêtes. Je nous dessinais un château de brindilles et d’herbes folles et tu crachais dessus et même derrière.

De cet homme, il m’est arrivé de dire Il est parfait. C’est qu’il avait une odeur de cigarette dans les cheveux et dans le regard tant de tristesse. Se noyer près de lui était une avenue possible et j’y songeais parfois. Il m’aurait plu, de l’emprunter. Je n’ai jamais si bien nagé, mais il me semble que pour une fois et pour toute une vie j’aurais su.

À folle allure et d’allure folle, je lis mon poète favori; Bobin. J’espère pleurer, mais pour tout dire je ne pleure plus. Je suis dans la baignoire et je rêve que mon corps tout entier se recouvre d’eau et s’emplisse. Je souhaite de mon être qu’il se saoule, d’un moi liquéfié. Manquer d’air, puis manquer d’eau. 

Embrassons-nous sous le gui. Enfile mon pull avec moi dedans. Mon corps exprime l’envie de s’adoucir et de se laisser glisser entre plusieurs mains. Je suis kitche, fleur bleue et salope à la fois. J’ai envie de foutre le feu au miel, de foutre le bordel, de faire de ma chambre un zoo et de me laisser glisser jusqu’à toi. J’ai envie que ma bouche soit faible et de mes lèvres qu’elles soient douces. Mais elles gercent et je le vois bien. Je le vois bien que ce corps nu sur le plancher est le mien. Mort gelé. 

Je vis dans un pays que je songe bientôt quitter.

(Et j’aimerais ajouter ici ceci : Que le froid n’y est pour rien.)

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Calibrée.

décembre 15th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Il y a un an jour pour jour, je me faisais crisser là sur un banc de parc. Réécrire ses carnets, c’est replonger dans des sentiments qui ne sont plus, mais qui sont là quand même. Enfouie au creux, cachée quelque part, il y a lumière même dans ce qui est sombre. Lire mes maux un an plus tard rend mes souffrances du moment presque drôles. Si j’osais, j’ajouterais que ça leur donne un air joliment doux, puisque plus fragile. Le moment où j’écris ça est aujourd’hui et je vis une déception amoureuse d’un autre calibre. Et BANG! Et une de plus! C’est à mourir de rire comme je les accumule, ces histoires d’amour non réciproques. Je refuse de voir en elles des échecs. Pour ça, il se fait bien d’autres institutions. 

*** 

Journal. Décembre 2013. 

J’écris au plomb dans l’espoir que tout s’efface. Que les choses puissent encore s’effacer. M. m’a quitté sur un banc de parc et j’avais les pieds gelés. Je lui ai dit être amoureuse. C’était sans désir de le retenir, c’était… sans issue, j’ai bien vu. Mais puisqu’il n’est que du vent et qu’il ne fait que passer, une part de moi se détache et flotte au-dessus de lui, au-dessus de nous, au-dessus de tout ça. J’ai confiance. Je ne sais pas en quoi, mais puisqu’il faut avoir la foi, je me raconte quelque chose d’extravagant en quoi il m’arrive de croire encore. J’aurais aimé être celle. Je suis bien avec lui. Au passé. J’étais bien avec lui. Je ne me sentais pas seule près de lui. Plus que ça, je ne me sentais plus seule depuis qu’il était dans ma vie. Je pleure. Au présent. J’aurais aimé qu’il m’aime, qu’il revienne vers moi. Il est honnête. Je me construis sur de ces certitudes. Je m’envole en fumée. Il y a de la paix au fond de mon coeur. J’essaie de fuir la nostalgie. Je m’efforce de ne pas me projeter. C’est ici et maintenant que je souffre en paix. Je l’aime et c’est aussi ça : le laisser partir. Be Strong. S’il veut être tien, il reviendra. Blablabla. C’est OK. Tout ira bien. 

C’est sans attendre que le ciel brillera.

***

C’est aujourd’hui un temps pour les feuilles de mourir, un temps pour se mettre au piano et pour fumer au lit toute la journée ou au bain, de douces et fines cigarettes. C’est un temps jazz, un temps de fleur de peau, un temps de toi et moi. 

Des horizons et des chutes de coeur descendent le long de ma cuisse.

***

Pssssst. J’ai débuté la lecture de Pourquoi l’amour fait mal de la sociologue Eva Illouz, et, bien que je n’aie lu à présent que quelques pages, je sens déjà qu’en la modernité se trouve plusieurs de mes réponses, si non, une part de mes interrogations. 

Pssssst. Pssst. J’ai aussi lu cette semaine Ces mains sont faites pour aimer, de Pascale Wilhelmy. Mon passage préféré est deux phrases :  

« Je ne suis pas un être rationnel. J’ai quand même mes raisons. » 

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Assiette identitaire.

décembre 10th, 2014 · Ma vie, en tranches...

En Thaïlande, le végétarisme est un poisson. No meat? No problem. Sit here, I’ll bring you. Et tiens, la v’là ta pelletée de crevettes. Il y a même certains cuisiniers pour qui le poulet, c’est veggie aussi. Dans nos assiettes occidentales, le végétarisme se prend avec ou sans poisson, avec ou sans oeufs, avec ou sans lait, miel, et cetera. Il est multi-choix et pour tous les goûts. C’est vous dire comme il a le dos large.

Dans certaines régions du monde, le végétarisme puise ses racines à même de profondes valeurs spirituelles. Je songe à l’Inde et à cette impression que j’ai, si souvent, d’y avoir laissé une partie de ma vie. C’est en terres indiennes que je suis devenue végétarienne et, bien que cela puisse paraître étrange, j’ai le sentiment profond de l’avoir toujours été.

Ouvre ta bouche. Ouvre grand. Vroum-vroum! Et la voiture entre par la porte de garage. Mais que peut-on savoir de nos habitudes alimentaires si l’on nous insère une cuillère dans la bouche avant même que nous ne soyons en mesure de penser par nous-même? C’est bon pour l’éducation, l’avenir, comme pour la bouffe. Dis-moi ce qui se trouve dans ton assiette et je te dirai qui tu es. Dis-moi ce qui se trouve au bout de ta fourchette et je te dirai d’où tu viens.

Ma mère craint que je manque de protéines, de fer et de toutes ces merveilleuses propriétés et vitamines qu’on retrouve dans la chair animale et dont je ne savais rien avant ma « diète ». Mon médecin me dit top shape et, pour ma part, je ne me suis jamais sentie si bien. Cela dit, ma famille vient du Lac, je suis issue de cette famille steak-patates, parfois sans blé d’Inde, mon père est le meilleur cuisinier de steaks au monde, alors je comprends les sourcils qui se lèvent devant mes Avez-vous un met végétarien au menu?, Non, je ne mange pas de poisson non plus., Je suis désolée Grand-mère, ce n’est vraiment pas contre vous. Je sais comme elle est bonne votre tourtière.

Je ne m’explique pas comment le goût de certaines épices, la saveur des sushis et l’univers du bacon ont cessé de me faire envie. Je n’en ai aucune idée et très peu de souvenirs. Parfois, il me vient un craving pour les hot-dogs enfilés à trois heures du mat’. Lorsque ça arrive, je triche et je m’en clanche deux ou trois, complètement bourrée. Je suis quelquefois malade, d’autres pas. Le végétarisme n’est pas pour moi un choix rationnel. Et c’est tout aussi bien comme ça : Vegetarism fits me. Il n’est pour moi ni une tendance, ni un défi, mais un mode de vie. Il se fait tant de choses pour lesquelles on croit avoir le choix, et d’autres, qu’on ne choisit pas. Il m’aura fallu aller bien loin et attendre longtemps pour entendre ce que mon corps probablement savait. Cette faim qui est mienne.

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