Jelefaispourmoi

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Avaler le monde de peur qu’il ne se sauve…

janvier 28th, 2012 · Ma vie, en tranches...

Au collège, je n’aimais rien. Je n’aimais pas la philosophie. Je n’aimais pas les arts. Je n’aimais pas le français. J’avais une facilité certes, mais les cours me faisaient chier. Je n’aimais pas la géographie. Je n’aimais pas l’histoire. Je n’aimais pas qu’on me raconte.

Je n’aimais que fêter sans occasion, frencher sans amour, m’habiller sans classe et dépenser sans le sou. Dépenser en vêtements, en fards, en énergie puis en essence que je brûlais à toute vitesse, la nuit comme au soleil. Je brûlais des calories par centaine sur le tapis comme sur le plancher, à toute ivresse. Je me vidais de qui j’étais comme des autres, à courte jeunesse.

Je me réveille aujourd’hui et je me regarde de loin. J’ai envie de raconter cette histoire qui me semble être celle d’une autre. J’ai besoin qu’on me raconte mon histoire et celles du monde.

J’aime toujours frencher. Je conduis toujours vite, bien trop vite. Je me cogne partout, dans tout ce que j’aime. Un amour comme certains en ont pour la philosophie, pour la géographie et le français pis les arts. J’ai faim des gens que j’ai laissé filer, faim de ceux qui m’ont quitté.

Tant d’amitiés perdues, d’amants dévorés. Ce besoin comme un vide ou comme un désir d’aimer que je crois en toi avoir trouvé. C’est rassurant d’y penser et effrayant de le vivre. Étonnant comme tu te maries bien avec cette faim des gens qui me ronge, cette fin du monde à laquelle je songe.

Il y a en moi, depuis que j’aime tout, depuis que j’aime tant, cette envie de voir le monde et de me faire avaler par toi.

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Et si, sortant de la ruelle, j’allais chez toi.

janvier 13th, 2012 · Ma vie, en tranches...

J’ai les joues brûlantes, je ne sens plus mes pieds, mon souffle n’est que fumée et je crains laisser la chaleur qu’il me reste dans cette ruelle gelée.

Le vent soulève la neige qui m’ensevelit et le froid me rentre dedans à me faire sortir toute entière dehors.

Je me donne au froid, y laisse des cristaux de pluie. Je me mets à nue dans une ruelle gelée puisqu’il ne restera plus que les ruelles lorsque tu ne seras plus là, que la terre aura cessé de tourner et que tu m’auras quitté.

J’ai dû errer longtemps pour en arriver là, dans ce bout de chemin, cet espace laissé libre entre deux murs de bitume, où traînent les débris d’une ville en ruine, les mal-aimés. Il faut errer longtemps pour se retrouver.

Je pense à ton sourire et je fonds et je sais que je donne dans le beau à parler de ton sourire comme un soleil et j’essaie de me fondre dans ce paysage restreint et de tout faire fondre autour de moi. Je tente, en vain, de m’enflammer pour te réchauffer, de me refroidir pour mieux t’aimer, mais cette neige qui me pousse, ce vent me soulevant.

Je ne sens plus mes pieds ni mes joues brûlantes et mon souffle, qui tantôt partait en fumée, se solidifie, puisque je me sauve de cette ruelle, de cet exil que j’ai cru mien.

Je me sauve enfin de cette ruelle, car depuis peu ton souffle se mêle au mien.

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cette vie.

janvier 5th, 2012 · Ma vie, en tranches...

Il fut un temps où tout ce que j’écrivais était vrai. Les histoires tirées de ma vie, les hommes de mon lit. S’il pleuvait c’est qu’effondrée quelque part j’étais en larmes, si dans le ciel il y avait les étoiles c’est qu’ici cette nuit-là la lune était pleine.

Ce temps fut toute ma vie et puisque bientôt ma vie ne sera plus, il vaudrait mieux avouer que je me suis perdue, que je me suis violée, menti, un peu brisée, beaucoup détruite, dans cette vie que je me suis racontée.

Pendant plus de 30 ans, je fus celle que j’écrivais ne sachant si l’encre me dictait davantage que mes pas, ne sachant pas très bien où j’allais, encore moins qui j’étais. Je me suis dessinée, ai pris cette démarche titubante, me suis teinte en blonde, en rousse, en rouge, en rouge un peu pourpre. Je me suis peinturée tellement que je ne sais plus quelle couleur sont mes lèvres. J’ai tant bu ces derniers jours, quel jour sommes-nous? Ceux qui m’aimaient, quand sont-ils partis? Quand ont-ils cessé de livrer les fleurs? Et sortir les vidanges? Depuis quand fait-il froid? Sommes-nous en janvier? Pleut-il encore? Quand vais-je? J’ai si peu mangé ces jours derniers, je ne sais plus quelle taille je fais. Cette tunique, est-elle mienne? Cet appartement, combien de pièces a-t-il? Tout me semble si grand trop grand tellement grand, j’aimerais qu’on me retire cette tunique, qu’on me dépose dans un lit comme un long couloir blanc.

Coupez-moi les cheveux, quelle allure ont-ils maintenant? Retirez-moi cette tunique, rien ne me va plus. Déposez-moi par terre, dans un couloir blanc. Prenez-le ce poids, ce poids que je ne supporte plus.

Peut-être si je n’avais pas cru cette vie que j’ai écrite si grande, peut-être si je n’avais pas aimé ces hommes que j’ai décrit si grands, peut-être me sentirais-je moins petite maintenant.

Et peut-être cette vie j’aurais pu la vivre.

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bruit de soupir sur tes yeux.

décembre 28th, 2011 · Ma vie, en tranches...

S : Je trouve ça beau.

L : Qu’est-ce que tu trouves beau?

S : Ce que l’on vit. Toi d’abord, tes yeux ensuite, mais puisque les deux viennent ensemble mieux vaut les prendre. Je nous trouve beaux quand on dort, beaux quand on s’agite, quand on ne fait rien, quand on marche, quand on s’aime. L’orgueil des jeunes amoureux peut-être. On l’est tout ça et au-dessus et…

L : T’es belle quand tu parles.

S : C’est justement ça.

L : Baiser

S : Baiser

L : Baisers

S : Baisers

L et S : Baise

L : À quoi tu penses?

S : Je me dis que près de toi j’ai envie d’écrire et l’amour ça vide la tête. J’en ai pas l’habitude, mais d’habitude l’amour ça rend les têtes creuses et j’ai la tête pleine et je ne comprends pas d’où me vient cette envie d’écrire qui se traîne jusque dans tes bras.

L : C’est bien, non?

S : C’est parfait, mais frôler la perfection ça fait, je ne sais pas.

L : Parle-moi, tu le sais. Ça fait quoi?

S : Bruit de soupir

L : Baisers

S et L : Baise

S : Combien de fois deux jeunes corps peuvent-ils s’aimer dans l’espace disons d’une journée?

L : C’est peut-être l’orgueil dont tu parles, mais il me semble qu’on a battu pas mal de records aujourd’hui.

S : Fier?

L : Bruit de yeux

S : Tu devrais l’être. T’as vu ces cheveux que tu me laisses, ces joues que tu me colores? T’as vu comme on s’aime et pas que le soir, toujours matins, midis, mille fois la semaine. Au travail, l’idée d’avoir ton corps loin de moi m’épuise. Je te souris devant le clavier, te chante toute la journée. Je te sens sous mes cheveux jusque sous mes ongles et je ne sais comment tu fais pour te ramasser là. Je me désire, me sens femme. Je me veux sur toi, sens dessus-dessous. Vraiment, fier, tu pourrais l’être.

 

Une nuit de janvier, toute en fierté et en ivresse, tu as mis des mots sur ce que l’on vivait, bordé dans mon lit ce que je ressentais et cette nuit-là j’ai pris froid.

Au matin, j’étais partie.

 

 

***

Je n’ai cessé de te regretter depuis.

 

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un goût de flocons.

décembre 19th, 2011 · Ma vie, en tranches...

Ce que je sais est peu de choses, mais je sais que sur ma bouche tu as laissé un goût de flocons.

Je ne sais que me perdre dans les villes que je crois connaître, je ne sais que me rompre devant les amours que je crois incassables et je ne sais que sourire devant les gens que je rencontre. Je ne sais pas quel jour nous sommes, je ne sais plus quelle heure il est, mais je sais que la semaine se terminera avant même qu’elle ne débute, que l’hiver est tombé sans neige et qu’il fera bientôt chez moi très froid.

Qui sait si, au matin, il neigera? Il pourra bien pleuvoir, pleurer, grêler que je ne sache, mais que m’importe le temps puisque sur mes lèvres tu neiges encore.

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Fée Clochette avait les joues rouges ce soir-là.

novembre 27th, 2011 · Ma vie, en tranches...

J’étais assise au bar avec un parfait inconnu. Parfait, il me semblait. C’était un doctorant tout juste sorti du pavillon des sciences, tout juste rentré de Munich. Il était beau. Il était grand. Il s’appelait Nicolas. Nicolas avait fait le tour du monde, deux fois. Je l’ai entendu parlé trois langues durant la soirée et ce n’était pas pour m’impressionner. Il avait du génie et les détenteurs de cette rare capacité n’ont rien à faire d’épater, car ils ont dans la tête assez. Bref, il avait de l’assurance et une culture remarquable.

Rien ne me charme comme une grande culture.

Ça me déstabilise, m’enlève les mots de la bouche et les moyens des convenances.

Est-ce là le complexe d’une jeune femme de région s’étant réveillée trop tard? Je le crois. Est-ce là une guerre des sexes, un rapport de force ou une inversion des pouvoirs? Je n’en suis pas si sûre.

Toujours est-il, en présence de la grande C, je ne plie pas, mais me courbe. Ma tête dodeline, mes yeux s’agrandissent et mes pupilles se dilatent. C’est ça, en présence d’une culture forte, je suis high.

On a beaucoup parlé. Il m’a raconté les pays où je n’ai jamais mis les pieds, les universités que je n’ai pas fréquentées et les montagnes que je rêve de grimper. Je me sentais d’égal à égal avec un trentenaire brillant. On a débattu sur des projets de société, d’affaires publiques et thank god, on a omis la politique.

Il était tard. Je ne m’endormais pas. Il n’avait pas de bague. Ça m’a étonné. Ses amis étaient nuls. Ça m’a fait rire. Je ne pensais pas au sexe ni même au lendemain bien que j’avais mille trucs à accomplir, une mission personnelle à écrire.

Cette vie que l’on mène…

Il m’a offert de l’absinthe puis est parti aux toilettes. Je l’ai bu d’un coup, ai trouvé ça fort et ça m’a laissé un mauvais goût dans la bouche. Seule devant son copain qui lui aussi était seul, d’Artagnan étant parti fumer,  je me suis présentée. Fred avait une drôle de tête, une tête d’imbécile. Pourtant il ne devait pas l’être puisqu’il occupait un poste important dans une banque importante. Il rentrait tout juste d’un congrès international important où il avait rencontré M. Important en compagnie de Mme Importante. On a bien beau dire qu’il n’y a pas d’importance à accorder au titre, on en fait tout un plat qu’on s’amuse à manger froid.

Enfin, Fred ou Frédéric s’est mis à parler de liberté et à dire des choses du genre «Bientôt j’aurai des enfants et je ne serai plus libre.» J’ai lâché un cri, un cri comme j’en pousse de très aigus. Je lui ai demandé quelle était l’image qu’il se faisait de la liberté. «Le voyage et l’argent.», il a dit. «Voyager avec beaucoup d’argent.»

Conneries valables. N’est-ce pas ça être libre? Pouvoir se la chanter comme on l’entend. À chacun sa définition après tout.

À toi la Jamaïque et 160 000 euros! À moi le souffle et une bouffée d’air frais!

On s’est obstinés longtemps. Je préférerais dire qu’on a échangé, que nous avons discuté, mais ce n’est pas le cas. Plus on parlait, plus il criait. Plus il élevait la voix, plus son âme semblait se rétrécir. De retour des chiottes et de la terrasse, les autres mousquetaires s’en sont mêlés. Leurs idées, de toutes manières préconçues, semblaient valoir bien plus que les miennes, de toutes manières changeantes, tellement ils s’emportaient.

J’en ai eu vite marre de ces hommes à grande culture, à gros salaire et à belle gueule. Je me suis levée en sourires et en clins d’oeil, ai prononcé un «mes chéris» puis j’ai foutu le camp sans même dire «aurevoir».

Croyez-moi, lorsqu’il y a quelque part la liberté au programme, il importe peu que les hommes soient beaux, téméraires ou trentenaires. On s’en fiche qu’ils soient riches, grands ou doctorants, car il vaudra toujours mieux avoir le souffle. Un souffle que ces types-là n’auront jamais.

Signé Fée Clochette qui est rentrée chez elle les joues rouges ce soir-là. Rouges et pleines, de grandes bouffées d’air frais!

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belles, mais creuses sont ces nuits.

novembre 19th, 2011 · Sous effet...

Hier, on aurait pu croire à l’hiver. Le fond de l’air était froid et bien que les corps qui s’entassaient dans ce bar étaient chauds, on aurait pu croire que la neige reviendrait. On n’avait pas envie de se prendre la tête avec ça puisque l’ivresse nous avait fait oublier jusqu’à notre nom.

Qu’a-t-on à faire du temps qu’il fait quand on n’a que 20 ans et des poussières?

Que ferons-nous du temps lorsque la nuit ne sera plus?

Mes mots comme mon regard étaient vides. Mon rouge à lèvres se portait fort bien lui. En m’entendant répondre une connerie à un type bien, je me suis demandée s’il n’avait pas été préférable d’appliquer moins de rouge.

À quoi sert une belle bouche s’il n’en sort que des fadaises?

À un moment, je suis sortie fumer dans la ruelle derrière le bar. J’avais besoin de me poser la tête contre un mur de briques. J’avais besoin d’être seule. Cette solitude qui m’avait fait sortir de chez moi et m’avait fait descendre tous ces verres, j’avais besoin de la retrouver. Il y a des soirs comme ça.

Un gars est venu s’allumer un joint dans la ruelle. On s’est salués. Il s’est approché et m’a demandé si je lisais parfois.

Devant les inconnus, je préfère me la jouer conne. À chaque animal son moyen de défense.

J’ai répondu que non, que la lecture ce n’était pas trop mon truc.

C’est quoi ton truc? il m’a demandé.

Je lui ai dit que je ne savais pas. Il m’a posé une autre question, je crois. Je n’ai pas bien compris. J’étais complètement perdue. Mentir, je ne sais pas comment faire. Ça m’a jeté par terre. Je ne sais plus combien de temps je suis restée planté là. Là à me dire que  sans les romans, sans Sagan, sans Sartre, sans Bret, sans Rimbaud, sans Laferrière, sans Ducharme, que sans leurs mots et les miens, que sans la lecture je n’avais rien.

Aucun savoir-faire.

Aucun repère.

Aucun truc.

Bien sûr j’ai un père, des grands frères, mais à quoi servent les hommes puisqu’ils finissent tous par mourir?

Les livres, eux, on a beau les brûler, ils renaissent de leurs cendres. N’est-ce pas Alexandre? La poésie, elle, elle peut bien nous faire chier, elle sera toujours plus puissante qu’une mélodie, plus pure qu’une musique et plus persistante qu’un ver d’oreille.

Enlevez-moi les mots, je ne suis rien. Retirez-moi le verbe, je ne suis plus.

Tu lis quoi? j’ai demandé.

Il n’était plus là. Ma cigarette s’était consumée.

Combien de temps suis-je restée dans cette ruelle?

Ce moment l’ai-je vécu?

Je suis retournée dans ce bar pour y prendre mes effets. J’ai vu l’homme avec qui je pensais passer la nuit passer ses bras autour de la taille d’une jolie blonde. Je les ai trouvés beaux, sincèrement. Je me suis assise, les ai regardés, ai récupéré mon sac, ai cherché mon rouge à lèvres, frénétiquement. Je m’en suis remise trois couches pour bien me la fermer, ai couru en talons hauts jusque chez moi, ai pris mon souffle en bas des escaliers, en haut aussi, me suis déshabillée, au complet, ai allumé une cigarette et puis j’ai lu.

J’ai lu parce que c’est mon truc.

Une fois mon roman terminé, un livre vraiment déprimant, j’ai pris les Poésies complètes de Nelligan, ai ouvert une page au hasard, la 100e, et j’ai lu :

« L’amour, sachez-le, tôt s’endort »

Et j’ai pensé à lui, à ce type bien sur la piste de danse avec une autre. Je me suis rappelée cette connerie que je lui avais dite plus tôt.

Devant les hommes que j’aime bien, je préfère me la jouer conne. À chaque animal son moyen de défense.

J’ai pensé que s’il avait été près de moi, que si nous étions rentrés ensemble, on ne se serait pas endormis tôt.

L’amertume, sachez-le, tard s’endort.

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Le Québec a besoin de prendre le métro.

novembre 5th, 2011 · Illusions/Idéalisations

Sept mois que je n’avais pas mis les pieds sous terre.

Et dire que pendant tout ce temps, je marchais sur la tête de tonne de gens, oubliant complètement leur existence. J’en vins même à oublier que j’étais mortelle et que nous n’étions que des fourmis, Werber ne réussissant pas à me le rappeler.

J’avais oublié que les gens se faisaient parfois laids, rarement par choix, qu’ils ne s’habillaient pas tous avec goût et que plusieurs avaient une drôle d’allure, une étrange démarche ou encore une incroyable dentition. J’avais oublié qu’on ne confectionnait pas que du Mackage, du Canada Goose et du Soia & Kyo, que quelque part, pas très loin, on portait la botte blanche, du Baby phat et que toutes les lunettes n’étaient pas celles de Woody Allen, qu’on ne fumait pas tous des cigarettes importées et qu’on ne buvait pas tous du bon vin.

En sept mois, j’avais oublié tant de choses! Un séjour dans le sol et tout me revint.

Je me suis rappelée que je marchais vite et que je dévalais les escaliers comme personne. Je me suis souvenue, en l’espace d’une seconde, que les poteaux de métal me laissaient froide et que les sourires me faisaient chaud. Il me revint à l’esprit qu’on ne vivait pas tous sur le Plateau, que beaucoup de gens n’avaient pas de voiture, que les jeunes étaient « back to school », que les vieux étaient vieux et nombreux, que l’hiver s’annonçait, qu’il faisait chaud, que ça puait parfois, que les gens puaient plus souvent qu’ils ne sentaient bons, que les hommes me souriaient, qu’il n’y avait pas que ma boulangère qui menait la vie dure, que les gens lisaient encore, que les ados s’embrassaient à pleine gueule dans les wagons et que même s’ils étaient laids, qu’ils avaient les bras trop longs et des boutons, ça semblait bon de s’embrasser ainsi.

Je me suis rappelée que mon amant ne demeurait plus à Montréal, qu’il avait emménagé à Hambourg et que c’était l’anniversaire de ma meilleure amie. Je constatai que plusieurs faisaient de la drogue en plein jour, que la ville était souterraine et qu’elle ne m’avait pas manqué. Je pensai que je pouvais te croiser entre Beaubien et Square-Victoria, me fis la remarque que changer de trottoir était plus discret que changer de rame, trouvai ma musique trop forte, me reprochai de trop tweeter, de trop texter et décidai qu’il fallait profiter de ce temps mort, 25 mètres sous terre, pour continuer mon livre.

Quelques pages et je hochai la tête, signe approbateur, en lisant Roméo Dallaire dans De quoi le Québec a-t-il besoin? Le sénateur me paraît pas mal plus sensé qu’a pu l’être Lucie Pagé, page précédente.

Celle-là, elle rêve en couleurs.

De quoi le Québec a-t-il besoin?, c’est la question. Le Québec a besoin de beaucoup de magie, c’est sa réponse.

René Lévesque n’était pas magicien, Jean Lesage n’était pas martien et, avec des idées pareilles, je laisserais tout entre les mains de Merlin.

À quoi bon croire à l’humanité puisqu’il y a l’alchimie?

Vous voulez enrayer le cynisme? Pas de problème, prenez votre long chapeau noir et faites-en surgir un lapin!

Vous désirez éduquer la nation? Balayez-moi le ministère à grands coups de rites incantatoires! Sommez les étudiants de sortilèges!

Non, mais…  C’est d’un projet, de liens et de confiance dont le Québec a besoin.

Ça pis de prendre le métro!

Je vous préviens, ça risque de puer, de jaser fort pis de sacrer, mais il est là le vrai monde! Ils sont là les maux d’une société en manque, d’un service en panne.

Ça vous débranche de votre cellulaire pour un moment, mais moi, en tout cas, c’est ce qui m’a reconnecté.

Ça coûte trois dollars pis c’est pas sorcier!

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Samedi soir, je regarde les bananes pousser et ma jeunesse s’en aller.

octobre 22nd, 2011 · Ma vie, en tranches...

Je regarde un documentaire sur les bananes.

Samedi soir, je regarde un documentaire sur les bananes.

Ne devrais-je pas être en date avec un beau grand brun comme je l’ai fait tant de fois? Ne devrais-je pas être en train de cogner une bière contre une autre puis une autre et une autre jusqu’à ce que nos corps fassent pareil?

Samedi soir, 19 h 11, j’ai de larges joggings, de gros bas Mohair, du rouge à lèvres rose, une coupe de rouge à la main et je regarde un documentaire sur les bananes d’un œil distrait.

Il se trouve que ce matin je suis allée à l’épicerie et je me suis égarée dans la section Fruits et Légumes. Il y avait là les bananes bio en paquet de trois. Trois pour 1.99$ Je me suis perdue devant une sélection de bananes dans une section Fruits et Légumes et j’ai fait ce constat troublant : je ne connais rien à ce fruit.

Je me suis fait la réflexion que ce ne devait pas être simple d’être une banane de nos jours. Comme c’est le cas des poulets, des cochons, de l’amour… Il n’y  a rien qui soit bien simple de nos jours.

Alors voilà où j’en suis! Je suis assise sur des draps tout propres à regarder un documentaire Bananas Part 1, un beau documentaire comme il y en a plusieurs. La dernière fois que j’ai visionné un truc du genre c’était sur les boucheries ces porcheries. Je n’ai plus jamais mangé de merguez par la suite. Je vis très bien sans. Pareil pour la viande. J’imagine que je ne vivrais pas trop mal sans banane. On verra dans 21 minutes.

Je passe la semaine à me dire que je n’ai pas assez de temps pour lire. Je ne comprends pas bien Freud, je ne sais pas grand-chose d’Hegel, je ne sais plus quel âge à mon frère, j’ai oublié ton nom. J’ai la soirée devant moi et la nuit, mais je n’en fais rien.

J’ai parfois l’impression de voir ma jeunesse filer. Elle me laisse tomber à l’heure où mes amies découvrent la leur.

Ma jeunesse, je la regarde de travers. Je la vois se faire belle, danser sur les tables, chanter faux en talons hauts, s’agripper à de larges dos, se faire larguer avant 6 am. Ma jeunesse fut un temps entre 15 et 19 ans. Elle sortait tous les soirs, fittait dans des robes incroyables, avait de faux cils jours et nuits, se fardait telle une poupée et appelait tous les hommes chéris.

Si j’avais envie de danser, je téléphonerais à Catherine.

Si j’avais envie de baiser, je reverrais Charles.

Si j’avais envie de lire, je terminerais Tolstoï.

Si j’avais envie de me faire chier, je démêlerais mes factures.

Si j’avais envie de faire du sport, j’irais courir.

Si j’avais faim, je mangerais.

Si j’avais soif, je boirais.

Mais il se trouve que je n’ai envie de rien car ma jeunesse se fait vieille, qu’elle pâlit et que plus il fait froid, plus elle se fait frileuse.

Il reste cinq minutes à la partie 1 de mon reportage qui en a 4.

Mon téléphone vibre, je sursaute.

On appelle encore les gens? je pense.

Numéro inconnu, je réponds.

Invitation à sortir, j’accepte.

Ordinateur, je ferme.

Larges joggings, j’enlève.

Gros bas Mohair, je retire.

Rouge à lèvres rose, j’applique.

Coupe de rouge, je ressers.

Je regarde ma robe noir d’un œil pervers.

Samedi soir, 20 h 32, j’ai 15 ans.

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Interstice.

octobre 15th, 2011 · Illusions/Idéalisations

Partout les gens meurent. Quand ce n’est pas d’ennui ce sont des bulles pas possibles avec des noms imprononçables qui se forment dans les têtes et éclatent ou des fils importants qui cassent ou vont péter près des coeurs. Plusieurs s’entre-tuent alors que d’autres sombrent dans un sommeil dont ils ne se réveilleront jamais pour nous dire s’il s’agissait d’un rêve ou d’un cauchemar.

Mon voisin s’est parachuté en bas d’une chaise et sa corde n’a pas rompu.

- Il est mort dans le ciel maman?

- Oui, ma chérie. Il voulait vivre dans les airs celui-là.

Je me souviens avoir trouvé ça beau et l’avoir trouvé pas mal courageux M. Richard et on en a plus jamais parlé.

Mon oncle s’est enterré vivant. Un truc de sable mouvant.

- Mononcle Gilles s’était bâti un fort.

- Un fort comme celui de moi et Julie?

- Oui, comme celui de Julie et toi, mais la neige était du sable et le fort s’est effondré…

Pour tout vous dire, je n’ai pas tout compris de ce que ma mère m’a dit parce qu’elle était émue par son histoire et du coup elle la racontait pas trop bien. Enfin, il est mort et c’est pour ça qu’on ne me l’a jamais présenté, mais on ne dit pas ça à un enfant. La fatalité frappe bien assez tôt, inutile de précipiter.

Le lendemain, j’étais dans le fort chez Julie. Je me souviens avoir eu une pensée pour lui. Brève, certes, car qu’est-ce que l’enfance peut bien faire des gens qu’elle n’a pas connu.

Grand-père a oublié mon nom puis celui de ses enfants, mais jamais celui de sa femme.

- Il meurt de quoi grand-père? j’ai demandé à ma mère en sortant de l’hôpital. Bien que jeune, je voyais bien de quoi il s’agissait.

-  Voyons ma chérie! Grand-père n’est pas mort, il a la maladie de l’oubli.

Je me souviens de lui tous les jours.

Partout les gens meurent. Ici, ailleurs. Les pâles, les couleurs. Les types biens, les crottés. Y en a qui tiennent plus longtemps. Ceux qui ont à boire et à manger ont plus de chance parce qu’ils sont nés là où il fallait, quoi que ça ne les empêche pas d’aller voir ailleurs.

Partout les gens meurent et à voir les dirigeants faire pousser des tours plus hautes et encore plus hautes en orgueil et les banques piler toujours plus et encore plus en profits et en vider d’autres et d’autres à crédits, on les croirait invincibles. Puis, un jour, c’est notre tour. On marche et le vent nous tape dans le dos et on se réveille contre quelqu’un et cet autre s’accroche à soi avec toutes ses lèvres dans toutes ses mains et par toutes ses cuisses et là on se sent Dieu en diable et on s’attache et ça y est on a peur de mourir.

Il y a ces orgasmes, ces fous rires, ces coups de foudre, ces pluies torrentielles, ces 200 km/h, ces nouveaux-nés, ces sommets à mille pieds.

Bref, il y a ces instants d’éternité d’une indicible légèreté, ces rares et seuls répits nous faisant oublier la mort.

Et pour le reste il y a la vie.

Et bien qu’elle soit parfois triste ou dure ou sage ou fragile ou frêle ou tiède ou taupe ou blême ou grave ou drabe ou sale, elle est la seule chose qui nous maintienne en vie.

Elle est cet interstice d’une inéluctable pesanteur.

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