Jelefaispourmoi

Jelefaispourmoi header image 1

Hymne à _______.

avril 14th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« le je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup. »
Colette

Des vêtements sur la corde à linge d’en face, du vent dans mes narines jusque dans ces arbres laissés sans feuille. Il y a tout qui renaît; mon allergie, la frilosité des peaux, mes jambes blanches et les regards qu’on leur jette dans la rue. C’est à chaque fois la même saison qui est de retour. C’est tout qui refait surface.
Refaire surface.
Nage, nage, petit animal.
J’ai envie de prendre une grande bouffée d’air frais et de te l’envoyer dans la bouche.
Déverse-toi. En moi.
Illustre timidité.

Hier soir, au bar, un homme s’est posé près de moi, a jeté son regard dans le mien, sans me toucher outre mesure, et m’a dit « Tu es amoureuse. C’est ce que mon dit mon intuition. C’est le signal que m’envoie ton corps : Amoureuse. » J’ai souri, plus à moi qu’à lui. Cryptique, mais familière. J’ai eu envie de lui dire : « Mais c’est que j’ai le corps en printemps, mon chéri! »

Mon chéri, mon chéri, mon chéri, mon chéri, chéri, chéri, chéri, chéri, chéri; Mais qu’est-ce que j’en ai eus! À un moment, ça vous écœure. Vue aérienne sur chambre triste : Des corps las enlacés et des bas qui trainent.

Tasse-toi un peu, je voudrais bien allonger ma jambe, si tu veux. Laisse-moi un peu. Un peu plus de place, un peu plus de temps, plus d’air dans les cheveux, plus seule, plus à deux. Ouvre tes bras! Ouvre-les bien grands. Agite-les, de haut en bas! Fais du vent! Fais-le moi! Fais-le moi encore! Croire que tu me prends sous ton aile…

Lui. Cette mauvaise manie qu’il avait de m’agripper le cul et les seins en public. Même sans féminisme, je dirais; chosification, suffocation, strangulation. Et cette envie que j’avais près de Lui de voir la mer. Ferme les yeux. Les vois-tu les arbres? Ils sont dans leurs bourgeons. Mais c’était quoi la chanson? Pour se dire je t’aime, pour ne rien se dire du tout, ou peut-être que si, se dire que quelque part en soi la haine et l’amour de l’autre se frôlent, cohabitent.

Au creux du lit : fades paysages. J’ai eu envie de lui dire qui j’étais, que j’étais smart, mais il me trouvait si belle. Si belle, j’ai préféré me taire. Ah, « [c]e je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup. » Caractères ailés de choses infiniment profanes. Identités frêles, identités vastes comme de larges étendues de soi sur le plancher.

Salut les gars!
J’ai envie de finir mon texte comme ça.
C’est le printemps.

Salut les gars!

→ No CommentsTags:

Double négation.

avril 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« J’entends ta voix dans tous les bruits du monde. »
Paul Éluard

Les trajectoires de ces corps qui se frôlent sans jamais se rencontrer.
La rencontre de l’autre. Son goût de sel.
Goûter le corps et le mordre au passage de peur qu’il ne se sauve, qu’il ne fasse lui-même que passer. Le serrer trop fort, l’étreindre malgré soi, lui faire mal, ne plus savoir le quitter, l’étrangler, le briser, le brusquer et lui ouvrir le crâne contre un rocher.
Il se courbe. Je m’élance.
Bittersweet tenderness.
Plusieurs de mes mots reviennent, s’érigent les murs puis tombent les vallées de larmes et, toi et moi, seuls sur la plage, contemplons les désastres de la mer rattraper, tout reprendre, de ces châteaux de sable que nous croyions fidèlement solidement, douloureusement ancrés. Mais quelle est douce ma naïveté!
Jamais et toujours sont des mots alliés. Ils sont faciles, souvent vides. Évidés, nus comme ton corps sur mon plancher sale sur lequel je te souhaite mort, anéanti.
Si je le souhaite mort, ce corps, c’est que mon désir est fruste et mon âme nullement évoluée.
Des marquis de Sade. Mais qu’est-ce que je raconte? N’importe quoi. La vie est trop courte pour lire Zola, Marcel Proust ou pour t’écouter toi.
Si on ne s’entend plus, c’est qu’on a préféré mettre nos mains sur nos oreilles, élever la musique et s’étourdir.
Brume, songes, paillettes.
On n’a plus le temps de discourir, le coeur n’a plus besoin de mots et l’on ne s’entend plus marcher, tout juste là, à peine quittés.
J’ai mal au coeur. Je me suis remplie le vide de chocolat et je me sens toujours aussi nue et sexuellement dépourvue de tout : de nous.
Tout nous, tous nus, toujours, jamais. Et reprendre le chocolat et revoir la mer qui s’en est allée.
I am a suffocater.
Mon corps est un navire et je ne sais pas nager.
Je préfère nos discussions virtuelles, mais c’est ton corps papier que je désire.
JE NE VEUX PAS QUE L’ON PARLE. UN MOT ET JE TE COUPE LA LANGUE.
Salive et promiscuité.
Je ne veux qu’embrasser pour savoir reconnaître si l’on parle le même langage.
Désordre dialogique.
J’ai lu ça cette semaine : « Si les désirs tendent à se réaliser dans la vie fantasmatique ou onirique, il subsiste toujours un mécontentent. Ce n’est pas toute rencontre, ni tout objet disponible qui peut promettre du plaisir. Parce que « des objets [sont] perdus, qui, une fois, [ont]  apporté une satisfaction réelle » — ou ont été fantasmés en tant que tels —, les éléments du monde extérieur doivent être soumis à un examen de réalité. L’objet d’amour des adultes « n’est jamais plus l’objet originaire, mais n’est qu’une substitution », un Ersatz. L’objet refoulé originaire d’une motion de désir est représenté « par une série infinie d’objets substitutifs, dont aucun ne suffit pleinement. Voilà qui nous expliquerait l’inconstance dans le choix d’objet, la « faim d’excitation » qui est si souvent propre à la vie amoureuse des adultes. La dimension étrangère, euphorisante ou angoissante, porte, de manière défigurée, des traits de l’objet d’amour inaccessible. Dans la personne étrangère on croit l’avoir finalement trouvé, comme si c’était justement elle qui pouvait combler la faille éternelle de l’insatisfaction. Dans tout ce que manifeste une personne étrangère on n’entend qu’un seul message : « Je ressemble à ce que tu aimerais avoir! ». Ainsi des motions pulsionnelles partielles, qui restent non réalisées dans la vie sexuelle de l’adulte, se rattachent-elles à la personne étrangère. »
Ça m’a fondu par terre.
Je salue mes babes en Irlande, en Australie et même celui que je n’aime pas trop, mais que j’aime quand même, au Yukon. Je vous remercie d’exister. Un goût d’amertume aux quatre coins du coeur comme aux quatre coins du monde.
Inconstantes sont mes pulsions.
Bisous, surprises et câlins dans l’obscurité.
Signé à Montréal, Québec, trou pourri,
ta fidèle insatisfaction.
Si rien ne se dit, aussi bien tout dire!
J’ai vu des corps s’agiter, danser, puis mourir.
J’ai vu des hommes, des chevaux, des hommes-chevaux.
Des bêtes et un ciel couleur caramel.
Quand on a vu la vie ainsi, qu’on l’a eue si près des yeux, il vous arrive parfois, certains matins d’angoisse, d’avoir cette envie très forte de ne plus rien voir, de fermer les yeux et de laisser son corps s’agiter, puis mourir d’avoir tant dansé.
Les limites de mon travail intellectuel me sont claires alors que je commence tout juste la rédaction de ce qui sera mon mémoire et qu’émerge en moi une certaine orientation, le guide d’une certaine pensée, pensée que j’attribuerai à d’autres.
Masquer le subjectif par encore plus de fiction.
Je ne suis que fiction. Ce que je raconte est né de quelqu’un d’autre. Je suis blanche et sauvage à la fois. Je suis triste même lorsque heureuse et je suis seule même lorsqu’un corps étranger me pénètre.
Coeur serré. Non-objectivité.
Je me suis réfugiée à l’abri dans mes bras puisqu’il s’esquisse au fond de moi ce portrait bien naïf de deux personnes qui s’enlacent et chancellent. S’il se fait des bras, à proximité, c’est pour bien vous serrer contre soi. Contre moi, encore faudrait-il que les détenteurs de ses bras me comprennent.
Tenir seule.
All Alone. Anywhere Anyone.
Tout le monde est fatigué, brûlé, anéanti. Presque mort, presque en vie.
Je suis une île.
J’ai envie de me peindre sur fond jaune.
Mais bien sûr je ne pense pas ça, ni de mon pays, ni de ce monde, ni de moi. Mais puisque je n’ai aucune envie de m’expliquer, je préfère encore laisser les mots ici et faire passer mon message pour qu’il se glisse sous votre peau comme il s’infiltre sous la mienne : Inévitablement, affreusement, douloureusement et ugliestement comme tous ces mots ridicules, trop long pour rien, dénués de sens, répétitifs; inutiles.

→ No CommentsTags:

Notre monde sera fuchsia.

avril 5th, 2015 · Ma vie, en tranches...

La vie est prise dans un rythme lent. Hier soir, j’ai pensé écrire en dormant. J’y songe, à répétition. J’y songe, puis la nuit s’efface devant un jour nouveau et je n’ai rien écrit. Je n’écris rien, les jours passent, les saisons changent et le blanc fait place au bleu, au blé, et je me dis qu’il faudra se presser, se mettre à courir hâtivement et se jeter dans la vie de plein fouet si l’on ne veut pas d’elle qu’elle nous rattrape. Les gens courent pour ne pas ralentir, pour ne rien voir du temps qui passe et des êtres qui s’effilochent. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on voit tant de gens si mal tenir ensemble, tenir tristes, tenir tordus. On les regarde puis on se penche sur un un livre qu’on ouvre au hasard : « What is this ‘it’? the universe? Don’t try to understand with words and with your head, for these two words [perfect identity & perfect union] express altogether different experiences. And yet the result is the same, but one is rich with all that was not in the other, the richness of the whole experience — the whole universal experience. » On lit aussi pour ne plus voir tous ces gens qui souffrent. Ou bien on accepte encore de les voir, les yeux fermés.

Je déteste les idées fixes tout comme je déteste les hommes qui se fixent, qui s’ancrent et qui cessent de s’agiter les pieds plats bien incrustés dans le béton de leurs idées noires, dans leur monde où même le fuchsia prend des airs de couleur sombre. Je n’ai jamais souhaité que les choses tiennent. J’ai toujours voulu rompre; les murs, les barrières, les frontières, et j’ai cherché en m’éloignant à ce que s’estompe la distance. J’ai souhaité que se déchirent mes peines les plus profondes en des vallées de larmes, en de vastes mais pleines tragédies. Petite, je rêvais déjà d’une tempête. Je m’asseyais dans mon lit adossée contre une pile d’oreillers, mains en prière, trop lâche et déjà trop lasse pour me mettre à genoux, et je demandais à qui voulait bien l’entendre, au ciel peut-être, d’énormes bourrasques de vent. Des vents forts et vicieux. Je voulais la gravité sens dessus dessous, les tornades et les tremblements de terre. Pour Noël ou pour Pâques, un jour comme aujourd’hui, pendant que mes camarades rêvaient de camions, de poupées et de coeurs en chocolat, je rêvais d’une soeur, d’un crapaud et de terrifiantes secousses terrestres et cosmiques. Je me souviens certains soirs avoir été jeune. Je me souviens une enfance triste au fond d’un lit violet. Je me souviens souffrir qu’on ne me regarde pas. Je me souviens me sentir seule, crier la nuit, demander la mort avant même de comprendre ce que ce mot signifiait. HAHAHAHAHA. J’ai longtemps eu la prétention de savoir, puis un jour s’est levé et le sentiment au fond de mon ventre que tout était perdu, sans sens ni direction. Depuis, j’ai voulu tout oublier et ce sentiment ne m’a plus quitté.

À cinq ans, je voulais faire le tour du monde, parler la langue de Mickey et embrasser un homme couleur chocolat. À cinq ans, je pointais du doigt les êtres « différents » de moi dans les allées d’épicerie et je disais à ma mère que je voulais « être » comme eux. À cinq ans, lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais que je voulais être concierge. Je voulais être concierge pour que les gens vivent dans des endroits propres sans que des objets inutiles n’entravent leur circulation. Je voulais que les gens se rassemblent sans poussière, sans vaisselle à faire ni vêtements à repasser. Je voyais ma mère souffrir de faire tout ça toute seule et, plutôt que de l’aider, je m’asseyais à la fenêtre et je rêvais d’être un jour concierge pour que les mères comme la mienne ne souffrent plus. Très tôt, j’ai cru être victime de mon décor.

Je regarde par la fenêtre et, encore à 14 h, mes rideaux sont tirés. Je vois la lumière s’infiltrer par de longs voiles d’un blanc cassé et je n’entends rien de ce qui se passe au-dehors, peut-être puisqu’il ne se passe rien. La journée est calme, je passe la main dans mes cheveux et l’angoisse me sort par les pores. Mon corps est un autre et je l’aime mieux lorsqu’il en est ainsi. L’écriture se fait vite et limpide et c’est là mes moments préférés. J’ai envie de ne rien toucher, de laisser les coquilles à leur place et de me mettre nue pour qu’enfin l’on vienne me chercher, qu’on m’alimente, que la tempête se lève en moi. En moi, mais bien sûr, puisqu’il y a des années que j’ai cessé d’attendre. On perd plusieurs de ses rêves sur la route, c’est bien connu. Mais je crois qu’il est préférable de perdre certaines illusions, douces ou graves, cela importe peu, plutôt que de ne pas emprunter cette voie, la sienne, la seule qui nous vaille et qui se trace devant et malgré nous. Malgré moi, malgré lui, malgré elle; je.

Je n’ai pas écrit depuis plusieurs semaines, car à chaque fois que je prenais le clavier ou bien le crayon, j’avais le sentiment d’entrer en guerre. J’écrivais Robert, un prénom sans fiction, et j’avais envie de tout dire : la folie d’un amour impuissant puisque fou et brut puisque sans queue ni tête. Je me posais derrière l’écran et je ne me sentais pas à la hauteur des mots qui glissaient de mes doigts, alors je faisais comme autrefois et je les effaçais, un à un. Je souffrais de ces mots plus grands que moi et je demandais à qui voulait bien l’entendre des tempêtes, des tornades et des tremblements. Des vallées de larmes, des mélancolies de soif d’amour et des retrouvailles en terre étrangère. Je regardais les autres tenir ensemble dans la rue, tenir tout croche, mais tenir quand même et j’en oubliais des autres que c’était eux et vous à la fois. J’ai eu peur de raconter notre histoire et de voir de cette histoire qu’elle n’appartient qu’à moi.

Il ne faut pas tant craindre, Sabrina. Il faut faire ce que l’on fait de mieux même lorsque ce mieux ne suffit pas. Il faut savoir aimer chez les autres ce que de nous-mêmes on ne saurait tolérer et, surtout, il faut se sentir assez tout en se sachant incomplet.
Thanks B., you gave me the strength to tell our story.

*** Tapez pour saisir le texte :

De toutes pièces, je t’inventerai.
Mais d’abord, ferme les yeux et regarde-moi.

→ No CommentsTags:

Éternelle posture d’enfant

mars 25th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je me suis réveillée pleine de poésie et des rêves de la nuit dernière, j’ai cherché au creux de mon lit d’autres bras et, sans effort ni trésor caché, les couvertures se sont refermées sur moi. Je me suis blottie contre mes cuisses, éternelle posture d’enfant, et me suis caressée le dos pour que s’estompe la crainte d’ouvrir les yeux.

Ils sont plusieurs à descendre dans la rue. Ils hurlent et manifestent, grognent, mordent, protestent. Ils montrent les poings et pointent du doigt pendant qu’on les ramasse et les matraque, pendant qu’on laisse les chiens les mordre et qu’on les pointe aussi du doigt. Deux ans plus tard, ils sont toujours là. Pas tous les mêmes, mais on s’étonne de les voir encore debout. 

Il y a quelques années, j’étais du nombre. Je quittais mon bureau sous le regard réprobateur de mon employeur et je descendais dans la rue. La rue, c’était elle ou mon ordinateur. J’avais choisi l’avenir, flashback 2012. Ce n’est pas que j’avais alors des opinions béton, je n’en ai jamais eues; seulement, j’étais en colère. Je bouillais, le vertige au ventre. Mon centre de gravité savait ce que moi-même je ne savais pas, qu’il était dans la rue à sa place.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Bien mal, d’ailleurs. La colère a fait place à l’angoisse, elle a fait place au doute. Je m’en prends contre moi-même, dans mon angoisse et dans mes cheveux, incapable que je suis de me lever, contre vous et contre tous, incapable de relever la tête et d’hurler ce que je ne saurais dire. Sans ressource, je regarde la rue, je retire les couvertures et me demande où se trouve cette place qui est mienne.

Je n’ai pourtant plus de copain très-à-droite, l’ayant quitté lors d’un certain printemps. (Wink-Wink). Ma famille se situe toujours de ce côté de la ligne nébuleuse finement tracée et tranchante, mais j’ai appris à l’aimer sans m’y rallier et à m’y réconcilier. Mais je vois aujourd’hui «ma» nation se revendiquer et se vouloir de plus en plus «nationaliste» et je ressens la montée de la peur, cette peur de l’Autre à qui l’on met une lettre capitale pour lui donner un air des plus menaçants, un regard des plus extérieurs. Je la ressens plus forte que jamais, cette étanchéité d’une vision, cette étanchéité du monde qui se dit «ouvert», «global», «unifié». Pire, «transculturel». Il faudrait mettre de vastes guillemets à ces mots tant ce qu’ils contiennent de sens et de sensibilités est lourd, grave, chargé.

Au creux de ce lit où je m’effiloche, m’efforçant de tenir seule sous les couvertures, j’arrive encore à ouvrir les yeux. La journée s’entame d’elle-même, malgré elle, malgré moi, et, à peine levée, je ne peux m’empêcher de lire que l’on menace mon désir d’apprendre, que l’on menace ma liberté, mes droits, mon insouciance et cette volonté que j’ai de laisser la porte grande ouverte chez-moi.

J’ouvre les bras et, pour l’instant, malgré les bruits de la rue et ce vertige que je sens s’agiter, j’arrive encore à les refermer. Je referme les bras sur cet autre devant qui je m’abaisse et à qui j’ai retiré cette lettre capitale.

→ No CommentsTags:

Blue Bird.

mars 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’ai oublié mon téléphone sur la table et on me l’a volé. J’ai cassé ma bague en verre Murano, la seule que j’aime. Je l’avais acheté à Venise dans des conditions que je ne saurais raconter. Ce qui me fait penser qu’il y a tant de choses que je garde pour moi. Ce qui me fait dire que, même en ces mots, je ne me raconte pas. Mais la vie matérielle a en ce jour si peu d’importance. 

J’ai hébergé un sans-abri. Il est débarqué chez moi avec rien dans son sac, quelques couches de vêtements sur lui et un ukulélé dans les bras. Il avait une guitare aussi, m’a-t-il dit. Il la cachait quelque part sous la neige. Je l’ai laissé entrer, lui ai servi un verre d’eau et je l’ai regardé le vider d’un trait puis s’en couler un autre pendant qu’une forte odeur se répandait dans mon minuscule appartement. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour ne pas me lancer à la fenêtre. Respirant par la bouche, je lui ai montré la douche et lui ai lavé ses vêtements.

Je suis sortie par la porte de derrière comme font mes invités lorsqu’ils fument et, pendant que s’écoulaient l’eau de la douche et les minutes, je contemplais la ruelle sans ne songer à rien. J’étais vide. Sans crainte ni précipitation, mon esprit était en service. C’est difficile à expliquer et, je le crains, difficile à lire aussi. Il est inhabituel de vivre en-dehors du temps et on l’oublie si souvent.

Sa douche terminée et les fenêtres ouvertes, on s’est assis par terre au salon comme dans la rue et on s’est racontés. Nous avons parlé de lui, de moi, et des rêves qu’il fait la nuit. La veille, il avait rêvé d’un oiseau et il avait su, me voyant, que c’était moi. I saw a blue bird. The bird is always trying to make sure people around feel happy. You are that blue bird. If you close your eyes, can you see it?

J’aimerais prendre le temps et écrire le plus grand billet de blogue que je n’ai jamais écrit, mais je suis trop bouleversée par les événements, ma tête n’est pas assez froide, même sous l’eau, et l’odeur ne s’est pas tout à fait dissipée, de sorte que j’ai un peu de mal à respirer chez moi. J’ai lavé mes draps deux fois, jeté une barre de savon, je fais brûler l’encens et je cuisine à la fois un plat à la noix de coco qui sent bon. De la coriandre fraîche, des épices venues d’Inde et des légumes bien bio et bien verts. Je regarde mon assiette et je me dis que s’il y en a assez pour quatre, c’est qu’il y en a de trop, de trop même pour deux.

En mangeant, je me demande s’il a trouvé un endroit où dormir ce soir. Et s’il dormait dans la neige ? Hier soir, je lui ai prêté mon lit et j’ai dormi par terre.

I am a «Why» person. I am a «What» one. You seem to be at your best in transitions. I hate them. It’s weird of you saying that as you are homeless. You might always be in transitions. I am an emotional person. I am the opposite. I am rational. I was an engineer. I forgot what I was. Perhaps I should just see myself as I am but as I told you, I am a Why person and I don’t really know what one can do with «What». Hey blue bird, maybe we should swap our hearts for a day to see what it feels like.

Je ne sais pas si nous avons réussi à échanger nos coeurs aujourd’hui. But deep down, I think we did. Je sens mon coeur plus grand le temps d’une journée. I feel that I know more about love today. Merci. Thank you.

→ No CommentsTags:

Mes détours.

mars 9th, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’aimerais dire de cette histoire qu’il ne s’agit pas d’un film, qu’il ne s’agit pas de ma vie, qu’il ne s’agit ni de moi, ni de lui. J’aimerais dire de cette histoire qu’elle ne m’appartient pas. J’aimerais savoir prendre mes distances, reprendre mon souffle et être en mesure d’observer la scène avec un certain recul. J’aimerais me poser, m’ancrer, avoir les pieds fixés quelque part pour, un instant, tout vous raconter. J’aimerais vous dire ce que je ressens, cet insistant bien qu’ineffable besoin de mouvement, ce qui ne sort pas et ce que là-bas j’irai chercher.

***
Ce sont les derniers mots que j’ai écrits. Dans ma fuite et dans la nuit, j’ai laissé la feuille sur les draps, tant j’étais pressée d’attraper mon sac, de le jeter sur mon dos et de faire glisser entre mes doigts un passeport et un chapeau. En filant à l’extérieur où m’attendait un taxi, je me suis dit tout bas : Vole bien, mais vole loin papillon.

Je ne me suis pas demandée une seule fois comment cette feuille de papier avait fait pour se glisser jusque dans l’entrée de mon appartement ni comment elle s’était retrouvée là, parmi les enveloppes et les factures livrées chez moi pendant mon absence. Bien sûr, en la voyant, je me suis dit qu’elle avait dû glisser sur le sol alors que je filais en coup de vent, mais j’ai vite compris que ces quelques mots derrière la porte devaient être pour moi la personne qui vous attend au retour. Une phrase sait si bien vous ouvrir ses bras.

Je t’en prie, referme-les sur moi.

WE ARE ALL DANCING FOR LOVE. C’est ce qui est écrit sur mon frigo. À chaque matin, je lis cette croyance qui s’effrite en moi sitôt que je la quitte des yeux. Une affiche pour me rappeler que si l’on colle des mots, des passages de sa vie ou des aimants sur son réfrigérateur, ce n’est pas une affaire de souvenirs ou de cartes postales, mais pour avoir, l’instant d’une seconde, la certitude que l’on est bien cette image de soi que l’on souhaite projeter.

Sauf que WE ARE NOT. We are not all dancing for love. C’est ce que le voyage m’a appris, et pis encore, we are not all travelling for love. Il arrive que le voyage vous ridiculise devant les plus beaux paysages et qu’il vous déconstruise devant les plus doux portraits. Tranquillement, sans faire de bruit.

Ces album-photos à saturation parfaite, ces partages, ceux qu’on dit «sociaux» que l’on pourrait dire réfléchis, ne sont ni la vie ni mon âme ni l’ampleur de mes déplacements. Ce regard que pose l’autre sur mon voyage ne me regarde pas.

Mon voyage ne se voit qu’à travers mes yeux, ne s’entend qu’au son de ma voix et ne peut se lire qu’entre ses lignes. Ce qui chaque fois me quitte ne revient jamais. Je ne suis pas celle que j’étais il y a une semaine et la durée d’un voyage n’est qu’une façon de plus dont se servent les gens pour mesurer ce qui fuit…

***

Je vous parlerai bientôt des terres vertes sous un ciel incertain. De Galway la nuit et de Belfast comme d’un labyrinthe. Je vous dirai pluies, pubs, moutons et vous répéterai que les Irlandais sont les plus gentils du monde.

Mais d’ici-là, je rentre doucement d’une semaine incroyable et je garde mes souvenirs pour moi, sachant bien que l’on ne voyage pas vers une destination.

All yours and dancing for love,

Sabrina

→ No CommentsTags:

Ce que le regard veut bien garder.

février 28th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Dernier départ à destination de Libéria. San José. Delhi. Orlando. Un enfant fait une crise de larmes. Une femme paie cher ses lunettes. Gucci. Prada. Et cetera. Les têtes sont de toutes les couleurs. Je vois la différence sans la nommer. J’observe. Ce que le regard veut bien garder.

Il parle une langue que je ne sais pas. Elle parle Allemand et n’est pas très polie. But she got money and act like she doesn’t care. Ma salade me coûte 14 dollars. Je mange vite parce que je n’ai pas très faim et que je suis fatiguée. J’ai oublié mon carnet à l’appartement alors je tape au téléphone et il me semble que mon écriture en perd de sa musicalité. 

L’Inde est derrière moi et c’est avec elle que j’ai envie de m’envoler. Delhi. Delhi. Delhi. Des sarees et des choux-fleurs au cari. J’ai envie de m’asseoir avec ces dames et de manger avec elles. 

L’homme à mes côtés est Français, ça se voit à son foulard et à son passeport pourpre. Il me fait penser que c’est un Irlandais que j’ai très hâte d’embrasser.

L’aéroport. C’est fou ce que cet endroit me place l’imagination près du cœur. Je sais que le voyage ne se trouve pas dans la destination, mais encore plus que lorsque j’écris, c’est en transit, dans cet espace un peu flou et sans frontières, que je sais ce pourquoi je suis fait. Dans cette absence de vide, je est je et je ne suis que déplacements, perpétuels mouvements, tendresse.

Mais bien sûr je les sais là, ces frontières. Même en moi, elles ne s’effacent pas. Je les vois même les yeux fermés, ce sont des murs qui s’érigent et des gens qui se croient bien ainsi, bien entourés. Le monde est fait de barricades. Cette nuit, je vole en direction de la verte d’Erin, non pas vers les terres afghanes. 

Se mettre en route, c’est déconstruire de grandes visions, celles qu’on croyait solides et qu’il nous est désormais impossible d’observer, c’est ajouter la tourmente aux illusions, c’est rompre les naïvetés situées près du cœur, pendant que d’autres croyances se forgent, s’alimentent. C’est voir tout son être entrer dans une nouvelle danse sans en connaître les pas, mais danser quand même. 

Je regarde l’avion à destination de Delhi s’envoler et mon âme s’élève avec lui. Je regarde mon sac posé par terre et je le plaque contre moi. Sur mon dos, le monde est à sa place. 

Je suis faite pour ça. 

→ No CommentsTags:

Tissus profonds.

février 22nd, 2015 · Ma vie, en tranches...

Au passage, elle m’a effleuré la main. L’effleurement s’est maintenu de sorte qu’il ne s’agissait plus d’un effleurement ni d’un simple glissement de peau contre peau. Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont rep… Il me faut reprendre mon souffle pour terminer cette phrase. Je pourrais aussi bien tout laisser tomber, mais puisque j’ai cette volonté de puissance, cette fâcheuse tendance à tenir debout lorsque tout s’écroule, je me pose sur le sol, je me pose bien droite, prends une large respiration, mes poumons s’élèvent, puis ça bloque. D’air nous sommes faits et d’asphyxie nous mourrons. Tant de choses qui ne passent pas.

Ses doigts se sont agrippés à ma paume, ont remonté les tiges de mes doigts, se sont repliés et se sont soudés aux miens. D’un banal effleurement, nous sommes passés à un acte de solidarité et je me suis sentie bien, grande, unie, toute, mise ensemble et forte. Elle a lâché ma main, car c’est inévitable.

J’aimerais préciser ceci, j’aimerais dire que nos regards ne se sont jamais croisés, que je ne sais pas ses airs, mais que ce n’est pas plus grave, car nulle image ne m’a jamais satisfaite.

Je cherche la concentration au café. L’haleine de mon voisin de table se répand dans mon espace et le pauvre doit avoir l’intérieur bien acide pour sentir si méchant. Sa chemise me laisse entrevoir son nombril, le poil autour de cet astre et c’est plus d’information qu’il ne m’en faut. J’essaie de respirer par la bouche, mais c’est une technique qui me donne vite mal au coeur, alors je reprends mon souffle normalement et le va-et-vient de son odeur buccale et les allers-retours de mes hauts-le-coeur et cette envie que j’ai de me répandre sur la table. Un homme lui fait face et leurs discussions tournent au vinaigre, puis tournent en rond. À ma droite, un garçon dessine des chaises. Il est si penché sur son dessin, si replié sur lui-même, sa tuque sera bientôt une patte du quadrupède, s’il ne fait gaffe.

J’écris tout ça pour ne pas me mettre à parler de ce que je ressens, pour vivre au-delà des sentiments, car ce que je ressens préférerait se dessiner. My words are never enough. Never enough to say. Ce que je ressens se dessinerait dans un barreau de chaise ou dans un fragile bâton de chocolat. Fragile, je l’étais lundi aussi. En quittant l’endroit, il me faudra regarder au ciel s’il y a des nuages, car j’avoue ne pas savoir la dernière fois où, dans cette ville et dans toute mon agitation, j’ai jeté un regard vers le haut.

C’est une période de ma vie où je cherche les grandes âmes, les douces sottises et de solides liaisons. Je les cherche éperdument, bien que j’aie cessé de les chercher au lit. Mais où se cachent-ils, ces tissus profonds ? Et ma main est tendue et j’entre comme une larve dans cette période de ma vie où il me faudrait pleurer au café, m’étendre du miel dans les cheveux et dire tout haut ce que je pense pour moi. Mais pour voir qui me prend par la main encore faut-il lever la tête et ouvrir les yeux.

→ No CommentsTags:

POUR L’EXPÉRIENCE.

février 18th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« Le moi représente l’ajustement continu et incessant à ce monde organisé qui est présent dans notre propre nature. Mais si la réponse à l’attitude organisée est de l’ordre d’une conversation de gestes, si elle crée une situation qui est, en un sens, nouvelle, si l’individu se bat pour faire valoir son point de vue, s’il s’affirme lui-même contre tous les autres, s’il exige qu’ils prennent une attitude différente à son égard, alors il se produit quelque chose d’important qui n’existait pas auparavant dans l’expérience. »           George H. Mead

Je ne me souviens pas la nature de notre discussion ni même ce qu’affichait le tableau derrière lui. J’étais high et lorsque je le suis, il m’arrive ce qui m’arrive parfois, c’est-à-dire d’oublier le lieu où je me trouve, les bonnes manières et les couleurs du tapis. Le discours ne m’importe qu’en ce qu’il contient d’existence, des êtres vivants ensemble tout en se sachant seuls.

J’ai parlé pour la première fois en classe hier, car j’avais quelque chose à dire, je bouillais de l’intérieur. J’ai posé le regard sur mon interlocuteur sans le voir, ouvert la bouche, mais mes idées ne se sont pas liées à mes mots, ni même entre elles, et ma langue s’en est mêlée. Ma pauvreté de savoirs s’est répandue dans l’air en tant et tant de phrases inutiles et j’ai eu cette douteuse impression de n’être qu’une machine à vent. Il y a ce qu’on veut dire, ce que l’on dit et le message que l’on porte en soi. Mon message est souvent impulsif, grave, intense, léger, trivial, et, dans certains cas, fatal.

« Elle a la vie forte, mais l’instant fragile. »

Cette phrase est un bout de texte que mon père a écrit pour moi. Il arrive qu’on m’écrive mieux que je ne m’écrive moi-même. Sa lecture m’a fait l’effet d’une promesse ; j’ai su qu’en moi il se reconnaissait et qu’en lui je trouvais un endroit où poser mon reflet. Vice-Versa. Versa-Vice. Écrire, s’écrire, ré-écrire, ce n’est que ça : Se reconnaître dans l’autre et reconnaître l’autre en soi.

Je, tu, il, nous, vous, ils.

J’ai envie de m’excuser pour toutes ces fois où j’ai cru mon « je » insuffisant, ces nombreuses fois où j’ai cru qu’il ne nous contenait pas, toutes ces fois où je l’ai cru superficiel, abîmé, sale, laid, stupide et inintelligible, et, ces autres fois encore, où j’ai simplement cessé d’y croire.

En « moi », on, nous, ils…

Je n’étendrai pas mes croyances ici puisqu’elles ne cessent de se découvrir, mais si au passage je te frôle, comme il se peut que je t’embrasse, te serre très fort contre moi, qu’on se retrouve un sexe dans l’autre et les quatre mains dans les cheveux à se dire des mots bizarres et à se faire des douceurs à en oublier les couleurs du tapis, souviens-toi que l’on ne fait que se frôler. Dis-le toi, dis-le toi tout bas, mais dis-le toi à moi, qu’il n’y a pas de fusion possible, qu’il n’y a que des échanges et une douce malléabilité.

Se le dire, c’est aussi comprendre que cet autre que l’on croit attendre ne viendra lui aussi que pour lui-même. 

Pour l’expérience.

→ No CommentsTags:

Pirouettes.

février 4th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Pirouettes. Avec un s.

Je ne crois pas tout ce que l’on en dit. Du cerveau qu’il est organisé de telle sorte qu’on ne s’aime plus, ne faisons plus que jouir et se retirer, fuir et s’en aller. Et si tout est en place pour s’éviter ? Ne t’en fais pas, il y en aura encore, des dispersions et des pirouettes.

Les flocons se cristallisent. La neige, bien qu’abondante, ne me refroidit pas. Elle tombe, tombe encore, je regarde par la fenêtre et je n’y vois que ce qui s’y trouvent : des papillons.

Je rédige mes carnets et je prends confiance. Bientôt, j’enverrai tout ça à un éditeur. J’écris ça sans même perdre le souffle. Il me semble que mon contenu s’y trouve et qu’il ne s’agit plus de le chercher, entre monts et vallées. J’ai toujours rêvé d’écrire « entre monts et vallées ». Aujourd’hui porte un grand A. C’est Aujourd’hui.

Un homme souffrant de sa relation m’a écrit ça, ce matin : « Le couple a tendance à être une chrysalide inversée. » Je suis à chaque fois étonnée de voir comme les gens se confient à moi. Ce doit être le blogue. Enfin, je lui ai répondu qu’Amour et Liberté était ma rime préférée et il s’est mis à rire, me disant naïve et bonbon rose, ajoutant ceci : « Que l’époque et la société sont les plus difficiles de l’histoire de l’humanité, rendant la tâche ardue pour les couples de s’aimer. »

Vents chauds. Amours d’hiver. Je le répète pour bien me croire, comme ce froid ne me refroidit pas. 

Tu ne trouves pas que l’on pousse un peu tout croche, mon chéri ? Même lorsque la pomme tombe loin de l’arbre, il lui arrive de rouler, rouler, rouler, rouler… Mon idée s’est perdue dans sa galipette, alors c’est la fin de la phrase. Fin de la phrase. Chapitre suivant.

***

J’ai passé un entretien cette semaine. M’y rendant, j’avais le coeur en guimauves, j’étais dans un crescendo créatif intense, aussi bien dire que j’étais complètement à côté de la plaque et inappropriée pour une rencontre d’ordre professionnel, formel, conventionnel, bla-bla-bla-on-a-compris.

Sur place, j’ai été plus authentique qu’il ne m’arrive de l’être même dans mes textes. J’ai été tout sauf « comme il faut », sauf « ce qu’il faut dire », sauf « droite » et « sûre de moi ». J’étais transparente, hésitante, intense. À un moment, je me suis mise à dire que l’écriture était toute ma vie et que j’étais intransigeante quant à mes ambitions créatives. L’instant d’après, j’ai éclaté de rires au beau milieu d’une phrase et j’ai tout repris depuis le début. Je suis sortie de la salle en gambadant, la tête encore bien haute dans les nuages.

Tout le temps qu’a duré l’entretien, mon attention était dirigée vers un monde que j’étais en train de créer. Je m’écrivais. Le lendemain, lorsqu’on m’a annoncé que j’avais le job, je suis restée coincée, estomaquée. Je me suis pincée trois fois.

***

J’écris comme je m’embrouille.

Je sens que cette phase de ma vie est la plus vraie et la plus créative qu’il n’eût été. Malgré tout, je ne suis pas cocotte. Moi aussi, j’ai été blessée. Je prends confiance, mais je suis consciente que cette période n’est qu’une Autre et que, peut-être, elle finira par passer. Peut-être, c’est aussi peut-être pas. Immanence et impermanence sont des mots très forts chez Bouddha. Chez moi, ils ne font que se bercer. Je n’ai plus peur et je me laisse glisser. Je glisse et je sens en moi tout ce qu’il faudra, s’il le faut, pour me relever. J’accepte de tomber.

Pirouettes? Non. Vulnérabilités. Avec un s.

→ No CommentsTags: