Jelefaispourmoi

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Nouvelle.

octobre 30th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Sur le Web, ils ont inventé des plateformes où l’on se vend pour rien et où l’on fait la promotion outrageuse de nos flagorneries. Sur ces pages toutes en couleurs défilent notre ego et notre meilleur profil. Des images circulent et le rouge à lèvres qu’on y porte se déforme dans des moues bizarres et il est d’un rouge plus rouge que rouge, plus écarlate qu’il ne l’est, en vérité. Mais c’est bien joué puisque les dents paraissent ainsi plus blanches, la taille plus fine, le petit-copain plus cute et tout y semble plus grand, surdimensionné. Et c’est très bien, car plus de grandeur, c’est exactement ce qu’on y cherche : à s’élever! De toutes façons, on n’a cessé de se demander qui est-ce que ça peut bien intéresser, la réalité. L’authenticité est un mot à la mode chez les retardataires, chez ceux qui n’ont pas su comprendre ce que modernité voulait dire alors que, déjà, ça ne voulait plus dire grand-chose. 

Il y a un trou dans ton plancher. Il manque un coup de pinceau. Tiens donc, ici aussi. Le plafond s’écaille. Le bain du voisin me dégoutte sur la tête. L’homme que je veux ne me regarde pas et celui que j’aime en aime une autre qui en aime une autre, qui elle, n’aime personne. J’ai essuyé mon premier échec à l’université aujourd’hui. Je suis seule. Nos dents se cognent lorsqu’on s’embrasse. J’ai pris du poids. J’ai attrapé un cancer. Mon oncle en est mort. Un chien court après sa queue qu’on le laisse faire. Il y a du vacarme et encore plus de pollution. Il a du poils dans le dos.

Non vraiment. Le vrai n’intéresse personne et la fiction s’ennuie.

J’ai les mots fragiles. J’écris une nouvelle pour un concours littéraire. Une de plus. Je ne compte plus les fois où je l’ai fait : Envoyer mes écrits à des inconnus et ne rien recevoir en retour, pas même un « désolé », « merci quand même », ni de « meilleure chance la prochaine fois ». La première fois, j’avais 12 ans. C’était ambitieux. C’était un roman : « Suzanne va à l’école ». À 12 ans, j’étais incapable d’appeler un personnage par son prénom, le mien. Suzanne, ça allait. Ça ne sonnait pas trop mal. J’étais incapable de lui donner du Je. Au Japon, l’usage des pronoms personnels est un manque de politesse. Je suis ingrate. Ingrate comme cette neige qui bientôt tombera. Il y a des jours où je me dis que j’aurais peut-être dû en rester là. Mais on ne cesse pas d’écrire. On écrit malgré soi.

La nouvelle que j’écris s’intitule L’Aimée Égoïste. C’est aussi le titre que j’aimerais donner à un roman qui refuse de s’écrire. En attendant, je navigue sur des eaux aussi troubles que sombres. Je suis usée et ne suis plus si certaine d’avoir le courage de terminer cette nouvelle, la force de me faire refuser, une fois de plus. Ce que j’ai écrit hier a cessé de m’intéresser. Si je ne dis pas assez, ni assez fort, si je ne dis rien, c’est que j’ai peur de m’y perdre et de m’y laisser. On ne peut pas écrire en pleurant. Je veux écrire en aimant, en riant très fort et à en faire tomber les murs. Je veux des lèvres d’un rouge couleur de sang et pouvoir dire devant vous, devant moi, comme mon ego n’a besoin de rien de tout ça ; de ces pages de couleurs, de toi, de moi. Je. Je n’est pas au Japon, ni de là-bas. Je écrit cette foutue nouvelle. Et si Je ne plaît pas, je la laisserai ici.

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Une semaine de matins givrés.

octobre 24th, 2014 · Ma vie, en tranches...

 

Ravages.  

Lundi, le 20 octobre 2014, Lac Xavier.

J’aperçois un rat de rivières sur le lac. Je le suis des yeux. Si je ne peux m’empêcher de le juger en vilain, c’est que j’ai tant de fois vu mes paternels s’en prendre à leurs barrages. Des journées complètes à délier les branches et à tirer contre les feuilles prises et entassées sous les rochers. Bûcher, jurer, se prendre de la swompe jusqu’à la taille; ils rentraient claqués et tous bruns, mais fiers de les avoir semés, ces torieux. Les chemins sont dévastés, les arbres cassés, tout se liquéfie, l’eau déborde de ses ruisseaux, tout s’inonde, le bois se meurt et les castors continuent leurs glissades sur le lac. 

Je contemple le paysage qui s’offre à moi. Tout est mort, même les feuilles.

Je suis sur le quai. Le soleil s’épuise et je sens à ma fatigue que la nuit approche. Je ferme les yeux et je médite un peu. Je respire. L’odeur des feuilles grimpent jusqu’à mes narines. Je les sens, même celles qui ne sont plus là. Je respire. De grandes bouffées d’air frais. Je crie quelque chose et l’écho garde pour lui le son de ma voix. Mon frère et moi, on a beaucoup crié ici. J’ouvre les yeux comme le vent se lève. Il balaie tout. J’asperge mon visage d’une eau glaciale. J’ai peur de prendre froid et je songe à la chaudière laissée sur le feu. Je rentre pour me laver d’une débarbouillette, j’enfile un pull laid-effroyable et j’étends une épaisse couche de crème que ma mère a dû oublier de ramener en ville. L’odeur de la crème maternelle. Ça a bien beau ne pas être la plus chère, il n’y en a pas une au monde qui sente comme elle.

Ils ont tout ramassé pour l’hiver. Tout est rangé à l’abri : les outils, les canots, les jeux d’enfants dont ne se servent plus que les grands. Il ne reste plus rien ici. Ce dénuement m’apaise et m’agite à la fois. Cet endroit me calme, m’adoucit, me fixe, pourvu que j’y sois seule. C’est incroyable ce qu’il nous faut peu de choses. Et ce que ça nous prend pour en prendre conscience. Dommage que l’on fasse à la terre bien pire que ce que les castors font aux cours d’eau.

J’allume une bougie et je lis un peu. Juste assez pour être amoureuse de cet auteur-reporter-grand-voyageur polonais; Ryszard Kapuscinski. Je plonge dans ses histoires et note de doux passages sur un bout de papier. Je ne sais plus trop quelle heure il est, mais je me mettrai au lit bientôt. Mais avant, je rédige un plan de match pour demain : Prendre le petit-déjeuner. Méditer une heure. Travailler sur ma bibliographie. Faire une récolte d’écorces et de bois morts. Déconstruire le barrage des castors, si nécessaire. Méditer une autre heure.  Terminer l’ouvrage d’Appadurai. Ne pas oublier de remettre des bûches au feu, à toutes les heures. Et autres tâches connexes.*

*Ajout : C’est-à-dire laisser tomber tout ça et écrire, si l’envie y est.

Ciel de cendres.

Mardi, le 21 octobre 2014, Lac Xavier.

Hier soir, il faisait très noir et je suis sortie sur le balcon. J’ai observé le néant. J’ai levé la tête et il y avait au ciel beaucoup d’étoiles, sauf que j’ai été chicken. J’ai eu peur de rien, de tout, du froid, des bêtes et de l’obscurité. J’ai préféré rentrer et rester à l’intérieur, emmitouflée. La trouillarde! Aujourd’hui a un objectif : Attendre que la nuit tombe. Hier, c’était à 18 h 40. Attendre que la nuit tombe et sortir avec l’épaisse et lourde couverture de laine comme armure. Me munir d’une lampe et m’étendre sur le quai pour contempler les étoiles. Si elles filent, filer avec elle.

Raconter une journée fort simple : J’ai marché dans les bois, bu beaucoup de thé et pisser mille fois. J’ai tant marché, j’avais chaud, alors j’ai laissé quelques couches de vêtements par terre pour les reprendre sur le sentier du retour. J’ai peu lu. J’ai pris les arbres en photo, une perdrix m’a fait peur et j’ai ramassé une canette de bière par terre, ce qui m’a fait songer à Grand-père. J’ai essayé de ne pas trop réfléchir à ce que je veux faire de ma maîtrise, aux endroits du monde que je souhaite parcourir et aux types d’hommes qui devraient faire deux avec moi. Je suis venue ici pour réfléchir et je m’y prends drôlement : je m’assieds sur le quai dans la position du lotus et je fixe un point devant moi. Ce point est un épinette rouge, mais orange. Je le fixe et me concentre sur les bruits que m’offrent la nature. Ils sont vifs, guais, doux, étonnamment silencieux. 

Si j’ai trop mangé pour dîner, c’est que la solitude me creuse l’appétit. Des patates, des légumes et du riz. Je n’avais pas d’épices alors ça goûtait mollement. J’ai pensé aller voir dans la forêt s’il y avait du romarin, puis je me suis mise en guerre contre le barrage des castors. Là maintenant, j’écris tout ça et mes yeux prennent l’eau. Je ne sais pas ce qui me prend, pas plus que je ne sais ce qui se passe en moi. Mes doigts ont l’odeur du sapin. Je me sens si chanceuse d’être ici, et pourtant, je pleure un peu. Il y a longtemps que je n’ai pas pleuré. Je ne pleure plus dans les endroits publics, plus même pour rire. C’est que j’ai l’émotion courtoise, ces temps-ci. Mais je ne saurais dire s’il s’agit là d’une bonne chose. Et ce désir d’être quelqu’un de bien. Je ne veux blesser personne et j’ai parfois l’impression de ne faire que ça. Je blesse ma mère de mes écris, les copains de mon absence et celui qui m’aime, et si c’était moi, de la distance qu’il me faut prendre au matin.

Je suis au chalet familial. Je ne sais pas si je l’ai dit, mais c’est d’une quelconque importance puisque je ne suis jamais venue seule ici. Petite, j’étais la première à vouloir quitter les lieux. Je voulais retrouver les amis en ville, quitter les moustiques et les vêtements salis par la terre, la boue ou la suie. Je voulais fuir les corvées ménagères et familiales et cesser de me sentir prisonnière. C’est qu’ici, il n’y a aucun voisin et que les ours se font rares. Aujourd’hui, j’y suis. Seule, sur plusieurs kilomètres. Mon père m’a dit de ne pas m’étonner si je croisais quelqu’un, il m’a dit qu’un homme avait les clés pour nourrir ses dindes sauvages qu’il élève près du deuxième lac. Je me suis contentée de rire parce que ce serait presque aussi absurde de croiser quelqu’un ici que d’y voir une dinde. 

J’ai l’impression d’étudier un arbre et d’y voir ses racines. Je creuse et je gis là, sous terre. Je prends ma grandeur à même le sol. Je me recroqueville et m’endors sur les cailloux, je renais de mes cendres et il me faut regarder tout, tout avec un nouveau regard, un regard que je suis allée chercher bien loin, et qu’il me faut retrouver près de moi, près des miens. Il m’arrive en ces lieux des choses extraordinaires ; plus rien n’a le poids de tout. Vice-versa. Mes travaux d’université peuvent attendre, mes lectures aussi. Pour l’écriture, c’est pareil. Elle aussi attendra.

Plonge. Go deep. See inside. See why sometimes some words need to express themselves in another language. See why you feel so ashamed not to speak this other language properly. Remonte à la surface. Regarde les étoiles. Que te vaya bien. Tu es plus que la somme de tes expériences. Parler autrement pour dire plus qu’à soi. Confondre son identité à celle d’un autre. Voir le monde. Grimper. Tomber. Se péter la gueule. Accepter ce besoin de fuir en-avant. Puisqu’il ne s’agit que de ça : Avancer. Est-ce si important de savoir d’où provient cette attirance pour les contrées lointaines? Est-ce si brillant de se faire dire que rien ne sera jamais assez loin et qu’ailleurs n’existe pas? Faut-il écouter ce que disent les gens? Et si oui, le faut-il même lorsqu’on ne les comprend pas? Et l’amour? Pourquoi faut-il qu’on nous fasse croire si longtemps qu’il se place au-dessus de tout, de nous, de ces deux-là? 

Au revoir. J’ai encore à dire, mais écrire est peu de choses. À cette heure, il y a les étoiles. Elles sont revenues et, cette fois, j’irai vers elles.

Coupée de tout.

Mercredi, le 22 octobre 2014, Lac Xavier.

Le café instant, c’est dégueulasse, mais ça « marche ». Une tasse et je suis prise de tremblements. Le feu s’est éteint. Je sors à l’extérieur chercher des bûches et voir le froid qu’il fait. Les herbes sont gelées et le coeur des arbres aussi. J’ai ramassé une branche par terre et elle s’est rompue entre mes mains. Il y avait du givre, à l’intérieur.

Ce matin, c’est une étrange alarme qui m’a tiré d’un mauvais rêve. Je n’ai pas trouvé l’objet duquel un tel son pouvait provenir. Le matelas me donne mal au dos. Ce soir, je dormirai sur le plancher. Je suis faite pour ça : les trucs peu confortables, les endroits où ça sent le fumier et les situations bidons. Mon père m’a appris que les bidons rouges étaient remplis d’essence et que les jaunes c’était pour le diesel. J’aurais aimé être mon frère pour qu’il m’apprenne les arbres, les clous et les changements d’huile. Mais il était préférable, pour l’ordre des choses ou l’ordre du temps, que j’apprenne la vaisselle, les poupées et le pliage de draps contour. Je ne me plains pas, mon enfance m’a laissé beaucoup de temps libre. Du temps libre et de la solitude. Maman travaillait. Papa travaillait. Mon frère travaillait avec papa. Et moi, je regardais la cime des arbres, le mouvement des eaux et je créais des histoires que je croyais vraies. 

J’ai écrit pas mal aujourd’hui. Par pas mal, je veux dire des milliers de mots. Mais il n’y a pas de quoi être fière! Mes mots manquent de « chien ». Parfois, je me dis que l’écriture seule est trop sérieuse. Il me faut une distraction, ou une entreprise plus sérieuse encore qui rendrait à l’écriture sa place; naturelle, dansante, musicale, frêle, folle, forte. 

J’ai aussi beaucoup pensé au voyage, aujourd’hui. Sans nostalgie. Simplement, j’ai les feet très très itchy. Là, je fais ma maîtrise. Je fais ma maîtrise. Pour l’instant, je fais ma maîtrise. Je me répète ça vingt fois, comme un mantra. Mais Sab, si tu mourrais demain, qu’est-ce que tu voudrais faire d’aujourd’hui? Je me pose de ces questions, parfois… Là, je n’ai qu’une envie. Celle de me lancer dans le lac, tête première. L’eau du lac est froide et le fond, c’est du sable mouvant. Mon oncle est mort dedans. 

Il y a dans ma famille mille tragédies. À la recherche d’inspiration, je me suis dit que ce pouvait être quelque chose à raconter, la famille. Je m’y suis mis. Je n’ai pas rédigé deux pages que je me suis lue. Il y avait dans mon texte tant de réalité ; c’était bon pour la scrap. Un très mauvais conte. Des fous, des esseulés et des assassins, c’est trop pour tenir dans la même pièce. Alors dans un texte, je ne sais pas à quoi j’ai pensé. Devant le manque de résultat, je me suis mise à écrire sur l’amour physique, un de mes thèmes préférés. Sauf que voilà : je n’ai plus d’amant, plus de libido et au moment où j’écris ça, on s’en balance. Seule dans les bois, mais qu’est-ce qu’on s’en fout! 

Revenir aux choses sérieuses ; les castors ont encore fait des trucs incroyables avec les branches, les feuilles et des trucs presque aussi gros que des troncs d’arbre. Ça m’a d’abord choqué de voir leur sale boulot, mais ça m’a aussi fait rire. C’est à quatre pattes dans le marécage que je me suis rendue compte que je prenais la défense des lieux trop au sérieux. 

Bla-bla-bla, je raconte ma journée qu’un héron se pose sur le quai. UN GRAND HÉRON SUR LE LAC XAVIER! Je ca-po-te. Je n’ai pas le temps de sortir qu’il prend son envol. 

C’est ça. C’est tout. Tout ce qui reste à faire.

Matin givré.

Jeudi, le 22 octobre 2014, Lac Xavier.

Il fait très froid, ce matin. J’ai si bien dormi que je ne me suis pas levée pour remettre des bûches au feu et il suffit que je sorte des draps quelques minutes et j’ai le bout du museau gelé. Seule dans les bois, je suis un animal. Peut-être moins qu’en ville, mais animal quand même. Mes habits sentent la fumée. Je les ai lavés en les séchant près du feu et j’aime l’idée d’emmener l’odeur des bois avec moi.

J’ai plusieurs trucs à faire aujourd’hui puisque demain, je pars tôt. Je dois passer le balai à grandeur, déverser les résidus de nourriture aux bêtes, me battre contre le barrage des castors, encore, ramasser tous ces livres que j’ai laissés traîner, remplir la corde de bois et laver les draps à la main. 

Avant de m’y mettre, je prends l’avant-midi pour étudier et le début de l’après-midi pour me promener entre tous ces arbres que je ne saurais nommer. Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup est caché. Plus il se fait de jours, plus mes respirations sont profondes. Il y a tout qui prend son temps et mes joues qui prennent des couleurs. 

J’ouvre mon cahier d’études et je tombe sur cette citation : « Notre conscience s’égare : car cette conscience, que nous croyons être notre bien le plus intime, n’est que la présence des autres en nous. Nous ne pouvons nous sentir seuls. » C’est de L. Pirandello. 

Je la lis deux fois, me disant que ce doit être pour ça que je me sens si pleine de monde lorsque j’aime ou que je médite, devant la grandeur d’une montagne ou seule contre le vent. Je m’assieds sur le quai et mon séjour se termine comme ça. Le corps en lotus, les paumes tournées vers le ciel, le regard devant, yeux ouverts, coeur gigantesque et museau gelé. 

Demain matin sera givré. 

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Morning Fiction.

octobre 7th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Il est 6 h 00, ou 7 h 00. Certains jours, c’est 7 h 30. J’ouvre les yeux, me tire jusque sous la douche, mon coeur se met à battre au bruit de la machine espresso et, puisque mon café coule, je me sens bien. J’ai froid, mon corps s’égoutte, je retourne sous les couvertures et roule les draps sous mon nez, puis je lis. Je lis alors que la journée s’installe, que le soleil se lève et que le temps débute sa course. La fiction est ce qui chez moi rejoint le plus l’idée que je me fais du réel. Lorsque j’en ai assez, ou que la pression se fait trop forte, qu’elle m’écrase et rapetisse les murs de ma chambre, je place mes jambes sous mes fesses, médite un peu, remercie je-ne-sais-qui de je-ne-sais-quoi, puis, j’entre dans le jour comme d’autres sont entrés en moi.

La fiction le matin, c’est à peu près la seule chose de ma routine à laquelle je tiens. Mon ex-chéri, ça l’énervait un peu. Il aurait préféré me trouver endormie comme Blanche-Neige lorsque venait le temps pour lui d’ouvrir les yeux. Le préfixe « ex » a remplacé « petit ». We are two lovers that went wrong. N’empêche, il n’y a que le couple en lequel je crois. Et c’est une drôle de construction que deux personnes qui tiennent ensemble. Ça tangue, ça tangue, ça donne le mal de mer, puis ça tient tout de même. Tout de même tout croche ou aligné bien droit avec les étoiles. Je me fiche de savoir comment vous tenez ensemble, je ne fais que croire. À vous, à nous, à deux, à nous deux comme à ces douces fictions que je me raconte à voix haute, les matins de septembre. Octobre est tout neuf et il coule des larmes sur ma vitre. Chéri, est-ce que c’est vraiment ça la vie? Faire son lavage quand il pleut.

Je ne rêve plus de la passion qui me plaque contre le mur, qui me plaque ses lèvres si fort contre les miennes jusqu’à ce que ma tête devienne bleue. Je ne rêve plus de me faire écraser par un amour qui hurle trop fort : Regarde comme on est beaux! Dis-le à ta mère! Dis-le à tout le monde : Comme on est beaux! Comme on a l’air bien! Comme on s’aime! Crie-le moi fort, fort, fort, plus fort encore! Jusqu’à ce que sortent de ton corps tes poumons ou je lève ma main sur toi!

Si je ne rêve plus de ces amours-là, c’est qu’il m’a fallu apprendre. Apprendre à reprendre mon souffle. Apprendre à respirer. Respirer, ça semble si simple et c’est pourtant si compliqué. Il faudra que je raconte mes premières classes de yoga. Tous ces gens qui respirent en cercle et moi qui pleure, en retrait. Larmes, souffles, émotions. Cette gorge qui ne veut pas s’ouvrir, ces épaules qui refusent de se relâcher, cette mâchoire si serrée, ces respirations qui plongent à l’intérieur de moi et restent coincées. C’est que je croyais de toutes ces belles choses qu’elles m’appartenaient.

Hier soir, je rentrais du yoga et je me suis trouvée belle. Belle sans photo prise de moi par moi ni reflet dans le miroir. Vraiment très belle, INSIDE-OUT. My heart was deeper than the ocean. Il y avait en moi tant d’espace. De la place pour tout un monde. Et j’aimais. Que j’aimais! J’étais seule et à deux et on était des millions à tenir ensemble, tous croches ou bien droits, à tenir à travers moi.

You are my favorite fiction. Flottent des phrases comme des papillons roses.

C’est mardi. Je suis au café et à la table d’à côté il y a un couple. Dedans, ils sont deux. Ils se serrent les mains au-dessus de la table. Lui, la main droite; elle, la main gauche. Ça a l’air si peu confortable de manger comme ça, les mains liées. J’essaie de ne pas les regarder, mais là où j’ai du succès, j’échoue; je les entends. Il la fait rire, elle rit. Elle lui dit ce que contenait la recette d’hier soir et, ça se voit à la manière dont il la regarde, il en mangerait encore.

C’est l’automne. Des amoureux partagent un frite à la table d’à côté et ça jette ce qu’il me reste de feuilles par terre. Il y a trop d’amour à se faire pour faire sa lessive lorsqu’il pleut. Le linge sale, il faut garder ça pour les jours de soleil, pour les grandes occasions et les soirs de fête.

 

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Ces matinées distinctes.

septembre 27th, 2014 · Ma vie, en tranches...

J’ai ouvert les yeux sur le bruit des oiseaux qui s’en vont. Pour eux aussi, il faut partir. Tout laisser derrière soi, c’est la vie qui veut ça. Je me pose sur le balcon puisque le matin me le permet encore, mon café est fumant et mon corps presque nu. J’ai, pour un instant, de grandes idées qui s’orchestrent, méditent sur elles-mêmes, puis s’entendent sur l’allure que prendra ma journée. Mais il n’en sera rien puisqu’il en est autrement.

C’est l’improbable qui finit toujours par arriver. J’irai m’enfermer dans une salle de classe où j’aurai, pour plusieurs heures, les yeux rivés sur un étranger qui m’expliquera dans une langue qui est sienne des mots qui créeront chez moi un univers de sens. Et dire de ces yeux, qu’il n’y a pas si longtemps, étaient rivés sur toi. L’été approche à sa fin, c’est le recommencement d’un cycle et la magie s’installe. J’hésite entre reprendre ma place dans la salle de classe ou rester ici à regarder les passants sans les voir. Il n’y a que soi qu’on observe, de travers et au centre de tout.

Je rentre chez moi à la course, le front en nage et les vêtements dégueulasses. Je n’avais pas les chaussures qu’il faut, mes pieds souffrent, mais qu’est-ce que l’on peut y faire lorsque le besoin de fuir se fait plus grand que soi? J’ai cessé de me laver les cheveux. J’ai de l’argile des racines à la pointe pour l’expérience, pour le doute, pour essayer, pour rien du tout et pour sauver la planète. En parlant de planète, il est passé minuit, je rentre chez moi complètement bourrée et je ne pense qu’à ton corps qui s’écrase contre le mien. La pensée de ce corps m’épuise, je m’effondre seule pour me féliciter de savoir l’être encore. Je m’endors sans me douter qu’au matin, les oiseaux chanteront. Eux aussi, s’en iront.

Les fleurs fanent, le basilic a l’air si mal en point que sa mine touche le sol, la plante exotique du salon s’écaille comme la peinture du balcon et mon univers s’effeuille. Une saison de plus, une saison de moins, une saison de trop pour la saison d’après. Si près, on pourrait même y toucher. Je regarde les fleurs mourir, indifférente. Je laisse mon amour à l’été et je range les capotes dans une boîte près des sandales et des robes en fleurs.

C’en est fini de l’été, c’en est fané des fleurs. Que je déteste les transitions! Et, c’est à mourir de rire : Je ne vis que pour elles.

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FRAGMENTS.

septembre 21st, 2014 · Ma vie, en tranches...

« Si vous avez peur que les autres prennent votre place, ou celle de vos enfants, alors vous commencez de construire des murs. »

 J.M.G. Le Clézio

Je me réveille avec la nausée. J’aimerais qu’elle soit autre chose qu’un malaise face à cette vie qu’il me reste à vivre. Mon mal-être dirigé par une société malade ne se nourrit que de vide, se cherche une issue et se pète la gueule contre ses idéaux, eux-mêmes trop rigides et si fortement ancrés. Il faut vivre dans le réel! Il faut être complètement moderne! Surtout, il faut tout faire, tout mettre en place, ou ne rien faire du tout, pour ne pas passer à côté. Mais à côté de quoi au juste puisque je me lève avec cette seule envie que de me répandre sur le plancher? Le cadran sonne et, déjà, il se fait tard, bien trop tard. Le réel n’existe plus.

La réalité n’est qu’une illusion sur laquelle je regarde les autres se bercer. J’avais quatre ans et la simple vue d’une balançoire me foutait le cafard. Il y a de ces hauts-le-coeur, comme les souvenirs d’enfance, qui ne vous quittent plus. On est bien pognés avec tout ça, les pieds dans la boue et la gueule pleine de sable. Les enfants se swignent d’un bord et de l’autre et ce n’est jamais assez, jamais assez haut.

Sabrina, mais qu’est-ce que tu fais? Vite! Vite avant que quelqu’un prenne ta place. 

Je l’aurais donné à qui la voulait, « ma » place. Je n’avais rien demandé. Je ne demande rien. On est plusieurs à ne pas vouloir être là. Et encore, certains ont le courage de le dire, de le dire comme ils n’en ont rien à foutre.

C’est quoi, c’est le vertige? 

Non, c’est le cafard.

Il y a des mots qui ne conviennent pas à de jeunes enfants. Je les ai tous appris et, très tôt, je disais des trucs qui faisaient mal, des mots qui fessaient là où ma mère souffrait déjà.

J’ai compris plus tard que si je ne voulais pas grimper sur la balançoire, c’est que je refusais à mes pieds de quitter le sol. J’ai 26 ans et je n’ai jamais pris l’avion. Rester ancrée est la seule chose que j’ai trouvé pour me sentir de ce monde. Les pieds au sol, je me tiens droite alors qu’autour de moi tout s’effondre. Se tenir droite, droite, droite.

Droite.

Droite.

Droite.

Droite.

Droite.

Droite.

Si on le répète plusieurs fois, et qu’on le dit assez rapidement, on a alors l’impression que rien ne peut nous atteindre, que rien ne nous courbera ou nous jettera par terre. On se sent soudain folle, forte et invincible. On se dit, comme un mantra, que l’on restera droite, droite, droite, drrrrrr, drrrrrrroi, drrrrrroittedrrrrrrrrdrrrrrrrroittttte : Envers et contre tous.

***

Il est passé midi, je me mets sur pieds et, si j’y arrive, je marche jusqu’à chez toi. C’est depuis trop longtemps la même histoire; à peine tirée du lit, mes premiers pas me donnent envie de vomir, je me heurte contre les murs, me cogne aux coins qu’ont les meubles et, dès l’instant où j’arrive à sortir mon corps à l’extérieur, je suis happée par le vent et je m’effondre. Tout m’écrase.

Je ne peux pas dire que je me porte bien. Je ne peux plus dire grand-chose, de toutes façons. Les mots, je les laisse à ceux qui en ont plus besoin que moi. Je t’ai. Je t’ai toi, mais je ne sais pas où tu demeures, alors ça me rend la tâche un peu difficile pour me rendre jusqu’à chez toi. Je me promène dans la rue, je passe par les ruelles pour faire court, pour faire autrement, et les maisons se ressemblent toutes. J’ai soudain très envie de pleurer, mais je tiens bon puisque les garçons ne pleurent pas et que je me refuse les larmes auquel me donne droit mon sexe. Je sais des inquiétudes qu’elles ne font que passer. N’empêche, leurs passages me marquent, me ravagent, me piétinent, me hantent, m’étreignent, me gratinent, puis me laissent toute seule chercher ta maison sans nulle trace de ce que tu es pour moi, en vérité.

J’ai écrit ça dans mon carnet, ce matin. Depuis, la nuit est tombée, j’ai le cœur plus tendre, la nausée m’a quittée et j’aimerais maintenant avoir quelqu’un à qui dire Je t’ai, je t’aime et je me rends chez toi. Ce pourrait être un passant rencontré dans la rue, enfin, un inconnu, ou quelque chose, un truc difforme, pourvu que je sache le dire, le dire deux fois que je t’ai, que je t’aime et que je prends la rue, la ruelle, l’avenue des poubelles, jusqu’à chez toi.

***

Je suis à la Grande Bibliothèque et je ne la sens pas si grande. Je suis plus grande qu’elle et tellement pleine d’angoisses et de maux. Des mots, des murs, des maux, des mots, des murs et d’autres maux. Des murailles se dressent entre et contre moi, entre nous, et je me demande ce que je fais ici. J’écoute ma musique trop forte et peut-être le bruit dérange la fille d’à côté. Cette fille a des cheveux si longs, on dirait qu’ils ne termineront jamais leur chute. J’ai envie de lui couper tout ça, de lui faire une queue de cheval et de l’envoyer promener. Eeeh-Ah.

Je n’arrive pas à me concentrer. Je ne suis pas un cerveau. Je porte un coeur et il y a des jours, de longues journées qui n’en finissent pas, où il semble je ne suis que ça : Un esti de coeur qui bat.

J’ai débuté l’université il y a deux semaines et ma rébellion commence aujourd’hui. J’écris et je m’éparpille. Autrement, j’hyperventile. Je ne comprends pas ce que je lis puisque ça ne m’intéresse pas. Écrire, écrire, écrire, décimer, écrier, écœurer, écrire, écouter, écarter, écraser, étouffer et écrire quand même; on n’a peu de solution devant ce qu’il nous fait vivre.

Bientôt, les gens auront tellement étudié qu’ils ne sauront plus quoi se dire. Ils auront tellement penser qu’ils ne penseront plus. Bientôt, toi et moi on se trouvera l’un en face de l’autre. Deux faces, deux mondes et tant de mots pour nous séparer.

Je vais aux chiottes et là je me regarde dans le miroir. Je vois là où j’aimerais voir un cerveau un coeur et c’est franchement repoussant de se voir aimer autant.

Je ne comprends pas ce que j’écris non plus.

Tourne la page, vite.

***

Ouverture de la page impossible. Je ne peux pas me connecter et t’écrire des mots d’amour. Étrangle-moi pendant l’amour. Serre mon cou très fort que mes larmes se glissent un peu contre ton épaule. Étouffe-moi. Autrement, qu’est-ce qu’on étouffe.

Mon café est orange. Il commence à faire froid. Hier, je t’ai invité chez moi. On a fait des casse-têtes avec les morceaux de verre éclatés par terre. On a fait tout ce qu’on s’était promis de ne plus recommencer. Je nous ai fait boire de l’eau, puis je me suis mise à feuilleter tes cheveux. Je t’ai offert tout ce qui reste de mon Je lorsque tu te trouves près de moi, c’est à dire presque rien, et on s’est endormis comme ça; toi sur le sofa et moi le cul par terre. J’ai dormi assise pour que cesse le vertige. Non, le cafard. J’aurais dormi debout si j’avais su lâcher ta main.

Ce matin, j’ai mal partout. Il est passé midi, il ne s’agit donc plus du matin et c’est en vain de se dire que ce qui existait alors n’existe plus.

***

Prends-moi la main ou étrangle-moi. Étrangle-moi lorsqu’on le fait ensemble, j’aime ça. Parcourons les champs de fleurs avec des brindilles dans les cheveux ou sauvons-nous tous nus, tout de suite, au Chapter 2. Ne nous rencontrons jamais ou passons notre vie ensemble. Apprenons à lire ou demeurons illettrés. Portons nos bas aux genoux ou ne portons rien en-dessous. Embrasse, embrase, écrase-moi. Love, love you, I love you too.

Je suis si peu dans mon corps qu’il m’arrive d’être complètement à côté. Et HAHAHA, ça me fait marrer. Courir loin de soi pour voir le soleil se lever. Chercher dans un autre ciel ce ciel-là. Ferme les yeux. On se balade, on s’éclate, on n’est pas d’ici. En marge de ma vie, en marge de la tienne, marginalisons-nous à deux ou vivons seuls pour le mieux.

Je ne sais pas ce que je raconte, mais je lis un auteur qui fait pareil, qui se pousse dans l’écriture, il se jette en plein dedans et dans tous les sens et tout s’écrit. Ouais et bien peut-être que je lis trop de Christian Bobin, these days. C’est mon Auteur Crush du moment. Depuis, je ne veux plus qu’écrire. Écrire des fragments, rien que ça, et baiser un peu aussi puisque l’écriture me donne envie de baiser. Un truc avec la créativité et l’effervescence des sens, j’ai lu ça quelque part. Mon ancien boss me disait de la création littéraire que ce n’est rien d’autre qu’une simple masturbation intellectuelle. Il était soit très sot ou très habile de ses mains, puisque moi, quand j’écris, mes mains et ma tête et mon coeur ne font rien d’autre. Je suis toute et entière et pleine de ce que je fais. Je n’ai jamais joui en écrivant, non jamais, alors que quand je me touche, je jouis tout le temps. Et puis, ce n’est pas non plus vrai de dire que c’est un travail intellectuel, c’est de l’artisterie.

Je suis une artiste. Je suis amoureuse de mon modèle, ne le suis en fait que de lui, et mon modèle est un monde.

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Écriture automatique.

septembre 9th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Je me suis posée sur la terrasse. La lune est ronde, presque pleine. La chanson dans mes oreilles est immensément belle et, bien que je déteste de plus en plus les adverbes, il y a de ces mots qui méritent encore la sonorité un peu navrante de leur locution. Immensément fait partie de ces mots-là. 

Je viens de voir passer une chauve-souris, je le jure. Il ne fait pas bon jurer puisque ma parole ne tient pas à grand-chose. Comme les émotions, elle ne fait que dire, puis se terre. De la fumée sort de ma bouche, l’automne s’amène et j’ai sorti à l’extérieur les couvertures d’un lit qui n’est pas le mien, avec l’intention de pouvoir tenir ici encore un peu. Qu’est-ce qu’on est bien dans ce froid. Il s’installe pour la nuit. Si j’osais, je lui demanderais de rester. 

S’il y avait au ciel des étoiles, je… je…je bégaierais. 

S’il y avait les étoiles, il me semble que je te dirais tout. On se poserait là, nus l’un devant l’autre, et je te dirais ce que je n’ai pas dit à tant d’autres avant toi. Oh, parce que oui, il y en a eu d’autres. Je te parlerais d’eux et de comme je les ai aimés. Aimer bien, aimer mal, bien mal, mais qu’est-ce que ça change? Je te dirais tout. Ou peut-être pas. Cette manie que j’ai de tout garder pour moi. 

Enfant, on me rabattait les oreilles me disant : Sabrina, tu n’es qu’une égoïste. Comme si le fait d’être d’une certaine manière ne me permettait pas d’être autrement. Ce que je comprenais, dans le ton de voix qu’avait ma mère, c’est que je ne pouvais pas être autre chose. Égoïste, comme un cul-de-sac. Égoïste, je le suis devenue et c’est sans doute le seul droit que je me réclame.

La phrase précédente ne me semble ni très bien, ni même correcte, mais le terme « revendiquer » pose problème et, avec le français, on s’en sort rarement tout à fait. Ma langue préférée est une langue que je ne parle pas. 

Lorsqu’on me demande quelles sont mes peurs, il m’arrive d’afficher un demi-sourire pour éviter toute tentative de réponse audible. Loin de moi l’idée de laisser croire que je n’ai peur de rien, mais il est vrai qu’ils se font rares, ceux qui m’effraient. Je ferme la lumière et je regarde s’enlacer les monstres sous mon lit. Je n’ai même plus peur des hauteurs. Mon vertige s’est effacé. 

Hier, j’étais en classe et j’ai voulu qu’on efface mon prénom au tableau. J’ai dit : Vous pouvez me supprimer. Ça a fait rire tout le monde. Mon professeur m’a trouvé très drôle et a dit : Sabrina, faites attention aux mots que vous utilisez. Je n’ai rien ressenti, sauf à la fin du cours, lorsqu’il a fallu dire devant la classe ce qui comptait le plus dans notre vie et que j’ai dit : Les mots. À cet instant précis, j’ai pris conscience de ma plus grande peur : Les mots. Je crains de ne pas savoir les utiliser. Je crains de ne jamais parler cette langue que je dis mienne.

Fears are just feelings. La peur de vivre. N’empêche, aussi bien dire l’essentiel tout de suite, au cas où l’angoisse aurait le dessus sur moi : 

J’AIME LES GENS, L’ALTÉRITÉ, LA CROISSANCE PERSONNELLE, LE VOYAGE, L’AU-DELÀ, TE REGARDER DORMIR, LE PAIN ET PAS MAL TOUT CE QUI EST SUCRÉ. 

JE M’AIME ET J’AIME ÊTRE ÉGOÏSTE. (Max Stirner, ma lecture du moment, serait fier de moi.)

JE T’AIME.

Si tu n’étais pas Québécois, je te demanderais de m’épouser et l’on se ferait un doux mariage d’automne. J’ai une longue robe noire dans ma garde-robe, je ne l’ai jamais mise et elle me va bien. C’est drôle de dire d’une robe qu’elle me va comme un gant, mais c’est plutôt ça. Le mariage ne fait pas partie de ces choses en lesquelles je crois, dommage. En fait si, j’y crois pour le don de citoyenneté. Donner au suivant, multiplier les cultures, partager tout et se dire que cet échange, c’est le coeur qui veut ça. Ça me fait penser que c’est peut-être pour cette raison que j’aime tant frencher; pour chercher la langue de l’autre. (Une chance que Lacan est mort puisqu’il aurait de quoi s’éclater avec mes textes comme il l’a fait avec ceux de Duras.)

Les mots, la langue, comme j’y reviens. J’ai remarqué qu’à chaque fois que j’embrasse quelqu’un, je cesse presque immédiatement de le comprendre. Leçon pratique : Embrasser plus. C’est fou ce qu’il y a à apprendre de la bouche des inconnus.

C’est dommage que l’on ne puisse pas vivre de ce qui nous maintienne en vie. Autrement, je frencherais à journée longue et la journée me paraîtrait bien courte. J’écrirais en mode automatique, un peu comme ce texte a été construit, et, en échange, on me donnerait des légumes frais, du café du Congo et des croissants au chocolat. On paierait mon loyer et mes frais de scolarité. Enfin, c’est bien beau de rêver, mais c’est tout pour aujourd’hui.

Chop chop, au boulot!

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Fugitive.

août 27th, 2014 · Ma vie, en tranches...

C’est une étrange façon de consommer une lecture que de pleurer. Et pourtant, je pleure. Je suis de plus en plus triste au fil des pages. Cela risque de paraître un peu tiré par les cheveux, mais j’ai même attrapé un rhume. Je lis Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, sa biographie, et ça me rend malade.

Je ne le trouve pas si lumineux, ce grand destin. Celui d’une femme ayant parcouru le monde en empruntant toute sa vie aux hommes, à son mari. Des années sur la route, des années de renoncement à la poursuite du Bouddha et de sa propre voie. Quelques années d’indépendance financière, fort peu nombreuses, et lors de ces pauses que l’on aurait pu croire plus paisibles, cette précurseure aventurière se trouvait malheureuse.

(Il faut faire une faute pour écrire précurseure avec un « e ». Tant pis.)

Tant d’égarements, d’errances et de faux-départs.

Lorsqu’elle ne bougeait pas, Alexandra était victime de neurasthénie. Elle aura fui toute sa vie, laissant derrière elle de grandes oeuvres. Je ne fais que raconter ce que me raconte ma lecture et j’ai une attaque nerveuse. Du verre cassé et des larmes aux quatre coins de mon logis. C’est que nos maisons occidentales ont des murs…

Je poursuis ma lecture et les routes empruntées par une autre me font souffrir, tant elles s’inscrivent en moi, en rêves. Le Tibet, Lhassa, les contrées montagneuses, l’Himalaya. Je soupire à m’imaginer le froid que l’on ressent à la vue de ces sommets enneigés. J’inhale à la pensée de cette boue, épaisse et rugueuse, que l’on traîne jusqu’aux genoux. Mais je ne sens rien. Je ne ressens plus rien. Ma ville ne fait pas que puer, elle se vide. Tout me paraît insipide. Je me dis que si la dépression devait tenir en moins de mille mots, c’est le texte qu’elle écrirait.

Je veux agripper mon sac et partir nue. Je veux marcher et ne faire que ça. Marcher, marcher, marcher, sentir que le sol se forme sous mes pieds et, près des montagnes, sentir comme je suis petite, comme je ne suis personne. Je veux les routes de la soie, les pays en ‘’han’’ et le Sri Lanka. Je veux des cheveux en paille, des ongles forts et l’extrême fatigue au bout de la journée.

Certains passages de mes carnets me donnent envie d’y retourner :

« L’incapacité de rester en place, sans quoi on tombe malade. »
« La tristesse et le mal du pays s’accompagnent de beaucoup de pluie. Des déluges se créent même lorsqu’il ne pleut pas. »
« Il n’y a que lorsque je suis en mouvement que je ne crains pas la mort. »
« Je n’aime que les départs, les atterrissages et cet Autre que je ne connais pas. Pas encore. »
« L’exotisme est un lieu impossible à atteindre et, bien que je sache reconnaître cette vérité, je sens que je devrai passer ma vie à chercher cet endroit qui n’existe pas. »
« Il y en a qui sont faits pour l’amour, la carrière ou l’édification d’une maison; je ne suis fait que pour le voyage. »

***

Chéri, si tu voyais comme j’ai la vie fade. Je suis lasse.

J’arrive d’un pont duquel il aurait fait si bon se jeter. Je marchais solide, les épaules droites et le ventre rentré, j’avais pris le même chemin que j’emprunte soirs et matins et j’ai senti que je me perdais. Je n’étais plus sur la bonne voie, enfin, plus sur la mienne. Je regardais la montagne de Montréal, droit devant, et ça m’a écœuré. Ça m’a écœuré de la voir si petite. Je sais que ce n’est pas l’altitude qui donne à la montagne sa hauteur, mais c’est tout de même une sacrée connerie que de dire que l’on voyage, même chez-soi.

Je fais du surplace. Les journées glissent les unes sur les autres, sans même se toiser. Aujourd’hui, il fait chaud. Mes collants verts se collent à ma robe et, au regard que posent les gens sur mes jambes, je vois bien que les collants n’ont pas leur place en été. J’attends l’hiver comme il m’est arrivé d’attendre un amant.

La semaine prochaine, c’est pour moi la rentrée, les livres scolaires et les travaux à remettre. J’entreprends des études. Trois années d’une prison universitaire. Il m’arrive de me dire que ma voie, c’est peut-être ça : perdre mon âme au profit d’un projet d’égo et me déconstruire ensuite. Il n’y a qu’un moyen de savoir si l’on s’est trompés. Pour moi, c’est de chercher ma liberté en autres choses, pour enfin, m’envoler.

Si je pleure en lisant la biographie d’Alexandra David-Néel, c’est qu’il se fait des certitudes comme il ne s’en fait plus; C’est que je sais, je repartirai.

« Chacun suit sa vie selon la composition de son être. »
Alexandra David-Néel

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FOCUS.

août 20th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Hey Kid, 

j’ai reçu ton message comme une longue accolade. Je l’ai lu au réveil, je n’avais pas encore bu un café et, lorsqu’on me serre contre soi le matin, j’avoue n’avoir qu’une seule envie : courir jusqu’à la cafetière et aller voir en face la journée qui s’amène. Cet empressement orgueilleux de voir la vie avant tout le monde, c’est peut-être ce qui fait de moi un être si matinal. C’est peut-être pourquoi je n’ouvre plus mes draps, pour rester seule devant la lumière, ou simplement puisque je me suis blessée, la dernière fois.

C’est très gênant de faire l’amour à un homme qui ne fait que te baiser. C’est si facile de se mettre à nu déshabillé. Je crains que mes histoires manquent de sexe depuis que je ne baise plus. Le sexe, ça ne fait pas que vendre, ça s’inscrit en nous. On aime ça, en tant que lecteur, se retrouver dans le cul de celui qui écrit. J’ai longtemps cru que le lecteur était un sujet plus narcissique que l’écrivain. Celui qui lit se retrouve entre les pages, se disant qu’il aurait pu avoir cette réplique, vivre avec cette fougue, supporter cette folie ou avoir dans le regard une si cruelle lucidité. Il se félicite de se retrouver dans un personnage comme s’il fut écrit pour lui. J’ai peur que ma libido flanche, mais ce que je souhaite écrire est ailleurs. Je suis fatiguée, la passion épuise et je ressens le besoin de me concentrer à d’autres études. 

Je dois poursuivre ma « littérature », sans quoi le monde ne m’est plus accessible. Il y a des jours où je me réveille avec le mal au coeur. J’ai beaucoup à vomir alors j’écris. Il y a des lettres qui s’inscrivent dans ma pensée et il me faut les écrire pour ne pas qu’elles l’envahissent complètement : She loved him. He loved everything. / Dans mon rêve volait des oiseaux en chocolat. / C’est si peu de choses, ce que l’on croit être tout. / Je ne crois pas que je retrouverai en toi l’homme que j’ai aimé. La vie nous a passé dessus. / Se déconstruire. Être fidèle à soi-même en se libérant des séductions du monde. Se déconstruire encore pour se tourner vers nos rêves les plus intimes. / Je ne tiens qu’à cela : l’hypersensibilité. Toute ma vie on m’a dit que c’était chez moi une faiblesse, cette fragilité des sens. Que ça allait me briser. On avait tort, c’est ce qui me tient ensemble. / Je rêve de construire des ponts là où d’autres érigent des murs. / Et cetera… 

Ma discipline est simple. Mais plurielle. Elle ne fait plus de distinction entre mardi et dimanche. Elle laisse pas mal de choses de côté, pas mal de gens aussi, et se résume ainsi : Écrire et s’entraîner chaque jour, se coucher tôt pour se réveiller encore plus tôt, limiter les hangovers et la consommation de caféine, être seule le plus souvent possible, lire beaucoup, se faire de la place, beaucoup d’espace, méditer et laisser les « crises d’âme » à la création.

Je vais te dire sur moi un truc ridicule : À chaque fois qu’arrive mon anniversaire, je fais des ménages pas possibles dans mes relations. Il suffit qu’un homme me plaise et qu’il m’oublie, en ce jour de fête qui n’en est pas vraiment une, pour que je le raye de ma vie comme on rature un de ces mots écrits pour rien. C’était mon anniversaire, la semaine dernière. Tu me vois venir. 

L’homme qui me plaît m’a oublié. Ce type-là, il entre dans la pièce où je me trouve et je casse tout. Cette fois, ce n’est pas une de mes divagations littéraires, j’ai vraiment cassé plusieurs objets en sa présence et, j’ai beau me freiner, my rational side isn’t strong enough, je continue de me péter la gueule à chaque fois comme si c’était la première. La passion, ça dévore l’âme sans que l’âme y trouve son compte. J’en ai assez. Des histoires de passion amoureuse, j’en ai accumulé plusieurs sur la route. Si je n’ai jamais raconté mon premier amour, c’est qu’il a duré près de 15 ans. Si je n’ai jamais dit ma rencontre avec l’Irlandais, c’est que mon corps en a encore honte. C’est que quelque part, une blessure souffre encore. J’en ai assez d’avoir honte. 

J’ai eu 26 ans. C’est jeune. C’est tôt. Et pourtant, il y a tant de choses et tant de gens que j’ai laissés en marge de ma vie, de si nombreuses pages laissées blanches. 

Il est temps que j’écrive tout, pour écrire autre chose. Il est temps que je me libère de ce qui commence déjà à s’effacer. Il est temps que je laisse aux passions le feu qui les brûle. 

Aimer, c’est ne rien vouloir garder. Peut-être est-il temps que j’aime pour vrai. 
Voilà où j’en suis.

Bye Kid. 

Stay Focused.  

S.

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Home.

août 8th, 2014 · Ma vie, en tranches...

Hier ne nous plaît plus, pire, ne nous ressemble plus. Nouveau fichier, nouvelle page blanche, tout est à recommencer. J’ai beaucoup de ce que les gens se plaignent ne pas avoir assez : du temps.

J’ai du temps pour lire, pour courir, pour réfléchir. J’ai du temps pour peindre, nager, récolter les pommes de terre. J’ai du temps pour faire ma lessive, les courses, pour écrire et pour me toucher six fois par jour, si c’est ce dont j’ai envie. Si je le voulais, je pourrais apprendre l’allemand ou à lire la musique. Je pourrais me creuser les méninges, réinventer la lampe à l’huile ou écrire un truc brillant. Je pourrais mener la vie de quelqu’un d’autre, changer de sexe ou me teindre en blonde. Si j’aimais, il me serait possible de ne faire que ça et toute la journée. Le jour, je le passerais au lit, mon corps entremêlé à ses cheveux, à lui dessiner des avions dans le dos et à rouler de la pâte pour un énorme gâteau. Le gâteau salirait les draps et j’aurais du temps pour laver tout ça une fois l’amour passé.

Pour ma fête, je veux :

Un champ de marguerites, mourir et une voiture pour sortir de la ville. Congé, une journée au Spa et un show de Keaton Henson chez moi. Une lettre anonyme, de la simplicité et des gourmandises au sucre.

Avant de mourir, je dois :

Faire une tarte, traire une vache et courir 21 kilomètres.

Mais si je dois mourir demain, je me fous bien de n’avoir rien fait puisque je n’aurai pas appris à parler de ce que je ressens. Ce n’est pas si grave. C’est mon anniversaire, demain. Ça ne fait rien.

Je lis un truc sur le suicide. Selon l’auteur, la tristesse individuelle ne serait rien d’autre que le résidu d’une trop grande tristesse collective. / L’oeuf est dans le nid, le nid est dans la branche, la branche est dans l’arbre, l’arbre… / Plus tôt, je lisais les chants d’une femme ayant parcouru les terres himalayennes à la fin du 19e siècle : What A Woman! Une nouvelle inspiration. C’est qu’il se fait de si grands destins. Je m’efforce de ne pas songer au mien, de ne pas m’en faire et je me convaincs assez bien que toute comparaison est impossible. Alexandra David-Néel et Sabrina Dumais : Des pommes et des oranges.

J’AI ENVIE DE TOUT FOUTRE EN L’AIR! J’adore dire ça. Envie de quitter ce nouvel appartement, de se débarrasser de tout, encore une fois. Aux ordures et aux voisins!, mes meubles et mes souvenirs. Envie de me sauver en nature, de m’installer en un endroit tranquille, de prendre place sur un caillou et de pleurer tout mon soul. Des larmes sur les chevilles. Envie de m’écraser par terre et d’en avoir partout. Du fumier sous les ongles. Envie de me rouler dans l’herbe et que l’herbe sente l’herbe pour vrai. Envie d’avoir les pieds noirs et pas simplement parce que le smog de ma ville s’en balance de savoir si j’ai passé la moppe hier soir.

Conversation de balcon avec ma soul mate :

- Home is where your heart is.  

- Anywhere else is where my home is.

Une journée qui se termine, ce n’est rien d’autre qu’une page blanche souillée d’écriture. Fichier. Nouveau…

 

« La passion des voyages, l’espèce d’obligation religieuse qu’ils constituent pour moi, me pousseraient à saisir la moindre occasion d’aventure exotique. » 

Londres, 6 octobre 1906.

Citation tirée de La Lampe de sagesse, d’Alexandra David-Néel

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Chercher l’automne en été.

juillet 31st, 2014 · Ma vie, en tranches...

Il m’arrive souvent d’éclater de rires en public. Je marche seule sur le trottoir et un grand sourire s’installe sur mon visage, pas juste un peu, ni juste pour moi, ce sont toutes mes dents qui s’affichent au dehors, j’ai du mal à me garder sage, alors j’expose tout ce que je contiens à des gens qui n’en ont rien à foutre. Il m’arrive, et c’est bien maladroit, de tellement aimer les gens qui m’entourent que… que… que je les voie s’éloigner. Se péter la gueule. Il m’arrive de pleurer.

Il m’arrive de me sentir chez-moi dans de ces endroits pourris. Je me souviens avoir aimé l’Inde dès l’atterrissage puisqu’il y avait presque autant de déchets par terre que d’êtres humains dans les rues. Et aussi parce que ça sentait la merde. Je me sens bien lorsque je ne suis pas de l’endroit où je me trouve. J’aime quand mes pas se font légers et que mes semelles s’enfoncent dans la boue. J’aime marcher pieds nus. Dans ces moments-là, j’ai l’impression de marcher mieux et plus vite. Il m’arrive de sentir que je vais quelque part.

Il m’arrive de vouloir apprendre des vieilles dames. Leurs costumes trop élégants et leur locomotion m’énervent, mais je me dis souvent que si l’on acceptait de danser avec elles, elles sauraient nous faire valser. Si elles nous permettaient plus que de leur ouvrir la porte, elles auraient de quoi nous montrer la voie que n’osent pas prendre les jeunes filles.‘’The flower doesn’t dream of the bee. It blossoms…’’ Bientôt, nous serons à leur chevet, nous leur laverons le dos, retirerons ce collier de perles qu’on leur a mis dans la bouche alors qu’elles étaient encore toutes jeunes et nous regarderons glisser cet anneau si grand qu’il ne tient plus. Se casser le bécik. La vieillesse est un spectacle. Je n’ai jamais osé demander à Grand-mère si elle avait souffert d’amour, elle aussi. J’ai fait comme tout le monde et j’ai cru que puisque c’était grand-père, c’était elle. Maintenant, il est trop tard. Elle est d’autrefois.

Il m’arrive de danser sous la pluie. Je ne sais pas ce qu’un parapluie fait sur la tête des gens. Ils doivent avoir peur de se mouiller, eux aussi. Il faudrait leur dire que la peur freine. JE REFUSE QU’ON ME RALENTISSE. Avoir besoin de crier, écrire en CAPS. Je cours lorsqu’autour de moi l’on se réfugie sous des airs de quelqu’un d’autre. Je cherche le vrai jusque dans mes mensonges. Je suis un mouton et vouloir sortir du troupeau ne fait pas de moi un mouton moins mouton qu’un autre. Je ne sais plus dans quel sens il me faut courir, ni danser, donc je rentre chez moi épuisée. Je suis fatiguée. L’énergie se cultive et puise sa force dans ce que l’on a vécu. Croire que l’énergie se renouvelle, c’est croire aux cycles et je ne sais pas trop où je m’en vais avec ça, alors je vais changer de paragraphe.

Le roquefort, ça pue beaucoup trop pour ce que ça coûte. Il m’arrive d’insérer des phrases là où elles n’ont rien à voir. J’aime la lecture lorsqu’elle est saccadée et qu’elle n’en fait qu’à sa tête. L’histoire me plaît si je la sens foncer dans un mur. Avec mes amants, c’est différent. Le mur, c’est si rare qu’on y échappe.

Il m’arrive de fuir. À vrai dire, je pourrais passer ma vie à ne faire que ça. Fuir pour ne pas que l’on me freine, pour sentir que j’existe, pour manger des pommes de terre au lit et pour faire l’amour lorsque je me sens baisée. Fuir pour peindre de jaune mes ongles d’orteil en hiver et, surtout, pour ne rendre de compte à personne.

Penser, ça m’arrive aussi. Rires, heureusement. Il m’arrive de penser à penser autrement et à foutre le feu à ce que je pensais penser. S’enrichir. Critiquer ce que l’on nous dit être vrai et démentir ce que les livres racontent. Les contes de fée m’ont promis un amour aussi rose que les nuages et, lorsque j’ai eu sept ans, mon frère m’a tendu un crapaud que j’ai refusé d’embrasser. Free Spirit, avec les moyens du bord.

Il m’arrive de prendre mes jambes à mon cou et de me prendre pour un oiseau. Il m’arrive d’allumer des cigares et de les laisser posés entre mes lèvres. Il m’arrive de partir à l’aventure et de fabriquer des gâteaux qui sècheront sur le comptoir. Il m’arrive de chercher l’automne en été, de regarder quelqu’un dans les yeux trop longtemps et de m’y perdre un peu.

Mais le plus souvent, ce qui m’arrive, c’est de perdre le souffle en fin de phrase.

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