Jelefaispourmoi

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Effet domino.

juillet 20th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Si je devais être appelée à la guerre, je consommerais une très forte dose de cocaïne. Il se fait certaines choses comme la guerre, si je devais les vivre, je m’arrangerais très certainement pour en mourir; Guerres, trafics humains, overdoses de cocaïne, vides émotionnels, guerres tout court et morts subites.

La mort devrait toujours prendre un « s » puisqu’on ne meurt jamais seuls quoi qu’on en dise. 

***

Si je devais parler de ce que je ressens, je ferais péter un énorme feu d’artifice au-dessus de ta tête et dans tes oreilles pour que tu n’entendes rien de ce que je raconte et pour le cliché Coeurs fondus, flammèches et feux d’artifice.
T’a pognes-tu?

D’ailleurs, je regardais les feux hier soir dans un Village que l’on dit éphémère comme pour prétendre que tous les villages ne le sont pas et je me suis mise à penser à un homme que j’ai beaucoup aimé. Je revoyais la scène un peu triste jouée mille fois où il me quittait me disant : Tu sais Sabrina, avec toi, ce n’est pas les feux d’artifice. Je me souviens avoir fait signe que oui, avoir prétendu que je savais, mais bien sûr je n’en savais rien, car je les vivais, moi, les feux d’artifice.

Comme j’en ai assez de les vivre pour deux!

Regardant le ciel et ce que la pyrotechnie en faisait, j’ai senti mon coeur implosé, explosé, faire prouchtarampampampam et j’ai dit merci à tout, À TOUT et au Bourbon-Coca, de m’avoir munie d’un coeur si fait pour l’explosion-implosion-et-la-prouchtarampampampamania.

***

Je suis si bien dans mon petit appartement qu’il m’arrive d’y être parfois très mal. C’est que tout me ressemble ici : les planchers, les plafonds, les miroirs trop grands, jusqu’au voile de poussière qui se répand sur les planchers lors de ces soirs où je préférerais me trouver en des lieux qui ne me ressemblent pas.

M’oublier.

On m’a déjà arrêté de rire me disant : Ton rire vient de si loin, tu dois beaucoup souffrir. C’était un inconnu, je crois. J’étais au travail. Je lui ai souri de plus belle, avec encore plus de dents et je me souviens très précisément être rentrée chez moi anéantie ce jour-là.

M’effondrer.

***

«Est-ce l’expression d’une force interne à une société qui pousse certains de ses sujets à s’aventurer au-delà de son cercle? Ou encore est-ce une prodigieuse projection de soi, et de l’homme, vers l’Autre?»
Je suis de nulle part : Sur les traces d’Ella Maillart, Olivier Weber

Pour poser ces questions en ces termes, il faut voir la société comme un cercle et je n’y arrive pas. Ce qui me fait penser que, si je bloque tant dans mes études de sociologie, c’est que je n’arrive pas à définir ce mot à l’écho si banal pour moi, mais si central aux études qui sont « miennes » : société.

Fais un exercice. Efforce-toi d’y voir clair, d’y voir quelque chose. Concentre-toi. Ferme les yeux. Sabrina, dis-le moi, que vois-tu?

Une vaste étendue.
Une vaste étendue de quoi?
Une vaste étendue point.
Long silence.
Une vallée peut-être.
Long silence.
Est-ce que c’est tout?
Non, attends.
Silence d’éternité.
Du vent. Je vois le vent. Je le vois très clairement… ce qu’on ne voit pas.
Fin.
Et des arbres aussi. Quelques-uns. Les gens, je les cherche, mais ne les vois pas.

Choisit-on ce que l’on observe?

***

Au restaurant, les gens tournent autour de la table comme des mouches. C’est qu’une vieille dame vient tout juste de trébucher, de se mettre les pieds dans les barreaux de ma table et elle est étendue sur le plancher. Les minutes passent et elle n’arrive toujours pas à se relever.

Tout se passe soudain si vite et si lentement à la fois. On me demande le nom de la dame. Je dis ne pas la connaître. On me rassure que les urgences sont en route. Je les remercie. On me demande d’accompagner ma grand-mère à l’hôpital. Je ne comprends plus trop ce qui se passe et, comme si j’étais moi-même un peu tombée avec elle, je n’arrive pas à me relever.

Effet domino.

***

Ils sont rares ces corps qui s’écoutent. Ils sont rares ces corps qui s’observent. Ils sont rares ces coeurs qui se lient. Je nous trouve plutôt doués pour se rentrer dedans, pour y laisser sa marque, son odeur, ses griffes. Je nous trouve plutôt pas mal quand vient le temps de s’oublier, de s’enivrer ou de s’anéantir. On est bons, on est pluriels. On est une sacrée gang à faire les sourds. On est des milliards, des grains de sable, des m’as-tu-vu-et-bien-non-puisque-tout-le-monde-se-regarde. Trompettes et thunderstorms.

Success Story.

***

C’est une soirée d’été comme ça : Des éclairs déchirent le ciel, la température refuse de chuter et te voilà partie. Bientôt, il fera noir, l’on te cherchera dans le bruit des orages et autres tintamarres, mais tu n’y seras plus. On se souviendra de toi.

J’apprends la mort d’une jeune femme avec qui j’ai travaillé. Si souriante et si belle. Mes souvenirs d’elle se font lointains, mais les images restent vives. Je nous vois rire. Rire dans le backstore, se taper dans les mains, rire des clients, danser, rire de soi à travers l’autre. Cette fille, c’est des éclats de voix, des éclats de rires. Des éclats d’elle partout où elle mettait les pieds.

Il me revient cette phrase comme un coup de couteau : Ton rire vient de si loin, tu dois beaucoup souffrir.
C’est fou ce qu’un si grand sourire cache de tristesse.
C’est fou ce que certains voiles masquent tout.
Mais c’est surtout fou ce que nos instants de bonheur ne masquent rien.

Vole haut, mais vole bien,
à bord de ton paperplane.

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Folle escapade.

juillet 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« Qu’est-ce qu’on fout ici? »
Blaise Cendrars

Cette semaine, j’ai bien failli tout quitter, faire stop et tout arrêter. J’ai pensé laisser de côté la maîtrise, j’y ai pensé très fort et il s’en est fallu de peu pour que l’image ne se fasse plus vive et l’appel de mon sac plus léger. D’une légèreté à la fois plus douce et moins amère que ce vent qui s’agite dans mes cheveux.

C’est un matin doré, les portes de mon appartement sont ouvertes et j’ai posé des briques sur le sol empêchant ainsi les courants d’air de les refermer. Je force les choses pour que tout tienne en place, pour que tout s’ouvre de l’intérieur, alors qu’en moi tout se referme, se replie, se recroqueville. Son de cloche.

J’ai le sentiment que, tout de même, le vent se lève et qu’il y déplace quelque chose.
Il a posé ses mains sur moi et j’ai su ce que c’était.
Écrivant cette phrase, je me suis étouffée.

Je disais. Il s’en est fallu de peu pour que j’amasse quelques livres au fond de mon sac comme ces enfants qui trainent au fond de leurs poches des cailloux lorsqu’ils vont dans les bois. De peu pour que je trace un itinéraire en pointillés, que j’imagine une suite possible entre les écritures laissées en marges de mes carnets fatigués. De peu pour que je me donne le droit, que je me donne le choix, que je me donne, car, en fait, ce n’est que ça.

Mais encore, dites-moi, vers quoi courez-vous?
Mais mon chéri, vers l’image que je me fais de la liberté.

Vouvoie-moi et je te dirai chéri comme si tu m’appartenais.
Wild is the wind.
S’étouffer encore.

Et cette image de la liberté, pourquoi se fait-elle si loin? Je veux dire, pourquoi semble-t-elle si loin de vous? Pourquoi vous agiter de la sorte? Pourquoi vous faut-il bouger? Et bouger tant?
C’est mon imaginaire que vous questionner ici monsieur. Si j’avais les réponses aux questions que vous me posez là, je ne serais d’ailleurs pas ici pour y répondre, car la vie m’ennuierait à un point tel qu’il me faudrait me l’enlever.

Laisser tomber chéri comme c’est arrivé si souvent.

Mais qu’est-ce qu’on fout ici?
Qu’est-ce qu’on fout ici?
Qu’est-ce qu’on fout ici?
Se la répéter comme un mantra, cette sempiternelle question, cette illusion d’un lieu quelque part, d’un ailleurs possible, d’un exotisme raté, cette énonciation d’un songe d’enfant à l’âge adulte. Se la répéter, cette folle accolade d’un ailleurs ici-maintenant.

Armons-nous.
Aimons-nous.
L’un contre l’autre; je m’étouffe.
L’un pour l’autre; je reprends mon souffle.
Soyons fous, soyons voltigeants, soyons soumis; pourvu que nous soyons nus.

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Je refoule mes plus sincères envies : partir pieds nus à la conquête de l’autre, vaincre mes angoisses seule et m’isoler. Me fuir, me fuir encore et m’aimer davantage. Il se trouve que dans le chaos, dans la ville et dans le flot de paroles que déversent sur moi les gens, je me sens prise, en cage, étouffée, meurtrie, brisée, seule, torturée. Seule devant tout ce qui m’empêche de respirer.

Breathe in.
Breathe out.

Breathe in.
Breathe out.
Love.
Love.
You stopped breathing, Sabrina!

Tant de fois je m’en suis voulue de ne pas savoir faire.
Être.

Et si l’on s’étourdissait?
J’ai besoin de prendre une pause, j’ai besoin de partir en vacances comme j’ai besoin de prendre le large. J’ai envie de me fuir et de cultiver ce désir d’ailleurs qui est toute ma vie. Mon nouveau rêve s’inscrit ainsi : faire l’Ouzbékistan de la Mongolie à pieds.
Ou en sens contraire.
Aventure pédestre.
Avancer.

Courir.
Rassembler mes sens et ne pas les laisser s’éparpiller.
Solitude et encens qui brûle.
Calme plat.
Vent du Nord.

Sortir du vide, entrer dans le monde, puis conquérir.
Je suis une conquérante.
Et je me fais peur lorsque j’écris des choses de la sorte.
Je semble si sûre de moi que je perds pied.

Mais qu’est-ce qu’on fout ici?

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Belles…

juin 29th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Il y avait des femmes et ces femmes étaient des mères (la spécification est importante) qui donnaient des conseils à d’autres femmes, à d’autres mères (la spécification est importante), au sujet bien connu et bien remâché de la perte de poids.

Certaines blogueuses leur montraient, à ces autres mères, que c’est possible de retrouver sa taille de guêpe après l’accouchement, et ce, rapidement. Je ne sais plus quels étaient ces conseils puisqu’ils ont été retirés après avoir reçu plusieurs commentaires et critiques. À ce que j’ai cru comprendre, les commentaires étaient dépréciatifs et insultants envers l’auteure. À ce que j’ai aussi cru comprendre, l’auteure ne pensait pas qu’elle blesserait et son motif d’écriture était tout autre que la réception de ces lectrices. C’est souvent ce qui arrive avec l’écriture, ou toute autre forme de communication. Il y a ce qu’on dit, ce qu’on veut dire et tout ce qu’entre ici et là on ne maîtrise pas.

Ceci dit, les plateformes sur lesquelles ont eu lieu ces engueulades n’ont pas la moindre importance. Je m’en sers ici égoïstement.

N’étant pas mère, je me suis demandé pourquoi j’étais moi-même choquée par l’article. Est-ce simplement parce que je suis écoeurée de me faire dire à quoi je dois ressembler ? Médias, industries de la mode, de la beauté, de l’économie ; médias/industries (j’ai du mal à les séparer) de « l’univers » nous disent ce qu’il faut faire, ce qu’il faut manger, ce qu’il ne faut pas faire, ce qu’il ne faut pas manger, ce qu’il faut penser ou ne pas penser, être ou ne pas être… On en est là!

Le rapport de domination par « la beauté » est tellement fort qu’on en perd de vue ce pourquoi on ne s’entend pas. On est à ce point dominées que l’on cesse de percevoir la domination comme une lutte extérieure ; On l’intériorise.

Regarde.
Regarde.
Regardez-moi.
Je suis la première à le crier comme JE SOUFFRE QU’ON NE ME REGARDE PAS.

Et ce reflet de soi qu’on ne sait plus regarder et que pourtant on ne regarde que trop. Dans la glace ou dans son téléphone. Ce ne sont plus mes yeux qui me regardent. Peut-être mes yeux ne m’ont-ils jamais aperçu, tant il se fait des choses pour altérer ma vision.

Et c’est grave.

Je suis partie bien loin pour apprendre à me voir là où d’autres ne me voient pas. Et qui sont ces autres ? Si j’y reviens si souvent, à ce thème récurrent chez moi de l’altérité, c’est qu’il ne s’agit que de soi.
ENFIN!

S’enfuir.
Inner.
Inner.
Inner.

Cette bousculade médiatique que je dois admettre ne pas avoir suivi de près m’a tout de même fait penser à un texte que j’ai écrit et retouché plus d’une fois, mais que je n’ai jamais eu la force de publier. La beauté m’attire et me domine. Aka perte de poids, et cetera. 

Puisque tout ce qu’on dit de la beauté « féminine » m’écoeure et qu’écrivant j’ai conscience d’y contribuer, j’ai préféré me taire. Entamant cette entrée de blogue, j’avais en tête de publier ce texte ré-écrit mille fois, mais je constate qu’après y avoir changé une fois de plus la fin, il gagne en profondeur et que j’ai encore l’espoir plus-si-secret de le soumettre à un énième concours de nouvelles ou de lui offrir une place au sein d’un projet plus-grand-que-virtuel.

Ce texte, je le garde pour moi.

Si vous devez être belles, je vous souhaite de l’être d’abord pour vous.
With Love,
S.

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Liaisons.

juin 25th, 2015 · Ma vie, en tranches...

La fête nationale. On était très Quebs près du feu à boire de la bière et à chanter des chansons en français. À un moment, j’ai entendu dire; Je suis très fière d’être Québécoise. Je me suis demandé ce que ça voulait dire. Je me suis demandé si c’était ça, la fierté nationale, ou si c’était autre chose. J’ai observé le feu, le mouvement des flammes et j’ai cessé de boire. La lucidité est un puissant combustible et, encore là, je ne sais pas si la lucidité est une de ces choses dont je parle. Ce n’est pas là-dessus que je veux écrire.
Mais alors sur quoi ?
Sur le vent, sur ma mère, sur les papillons. Sur la légèreté des corps frivoles qui se rencontrent tard le soir et l’authenticité qui s’en dégage, lorsqu’au matin, on réalise ne s’être rien dits.

La superficialité comme mode d’échanges.

C’est drôle. J’écrivais : La superficialité comme mode de défense et une force extérieure m’a pressé d’écrire autre chose. La création est fort peu réflexive. C’est le travail et l’effort de communication qui le sont. Nous ne sommes pas des verbes d’action. Et pourtant, qu’est-ce que l’on s’épuise!

Écrivant, je ne souhaite rien faire d’autre.
Pas même aimer celui que je crois aimer puisqu’il faut bien croire en quelque chose.
Croire. L’amour n’y est pour rien.
Et ce goût du ciel sur ta bouche? Y es-tu pour quelque chose?
Je crois en la magie.
L’univers est un prisme et je le dessine abstrait.

D’ailleurs, il y a cette citation de je-ne-sais-qui apposé sur mon mur et il y a longtemps que je souhaite la partager :
There is no ‘’spirit’’.
There is only the subjective perception of the complex assembly that is the emotionally perceived self stimulating the wonder at the sensation of awareness.
Cette citation, je ne sais qu’en penser pas plus que je ne sais dire pourquoi elle me dérange. Un certain soir, je lui ai tracé un gros X dessus et, à plusieurs reprises, j’ai passé près de brûler le bout de papier sur lequel elle se trouve en allumant un bâton d’encens. Mes visiteurs ne m’en parlent pas. J’en suis venue à me demander si elle ne résonne que pour moi.
Je la pose ici dans l’espoir que quelqu’un m’en parle.
Me parle.

HAHAHA. Ma vie manque cruellement d’absurdité, alors je me suis mise à rire lorsque rien n’est drôle, à ce moment précis où l’on sent que tout fout le camp, que tout s’endort.
Il a mis un couteau sur ma gorge et j’ai senti que je respirais enfin. HAHAHAHA.

I’m reading a book about the semantics of love. The chapter is called Instability and Excessiveness. I’m listening to a song called To Drown in You. Sans paroles ni larmes, sans endroit particulier où se réfugier, ni même l’illusion d’un large vers lequel tendre ses pieds; je suis prisonnière des mots sur lesquels je navigue et j’ai conscience de ma restriction qu’elle s’insère au-delà de moi.

Au-delà est aujourd’hui mon mot préféré.
Je l’habite.

Je me veux mobile.
Je me sais nomade.
J’ai le dessous des pieds qui déteste toucher le sol.
Je veux prendre le large.
J’ai horreur de la mer.
Je préfère l’exotisme à la destination.
Mes endroits précieux n’existent pas.
J’aime nos vies pavées d’inexistence.
Des regards sans partage.
Des furtifs.
Des clins d’oeil manqués.
Et tout ce qu’on ne se dit pas.

La superficialité comme mode d’échanges.

Je lui ai dit : Tu me plais.
Il a senti quelque chose, ça aurait pu être une corde, lui frôler la nuque.
Il s’est enfui.
Je ne l’ai jamais revu.
Mais qu’a-t-il donc cru?
Que je ne voulais que lui? Que par « tu » je voulais dire toi seul? 

Je ne sais plus dire les choses lorsqu’elles s’adressent à deux ou à plus de deux personnes.

Hermétique.
Homogénéité.
Fermeture.
Je sais des cercles comme ils sont fermés, mais je m’étonne à chaque fois que je m’y retrouve. Je m’étonne d’étouffer.
Relations croisées.
Liaisons rompues.
Intermédiaires.

Je préfère la fragilité de ce que l’on croit vrai, ferme et tendu.
Il faut bien croire en quelque chose.
La mort évidente.
La claustrophobie près du corps.
La défaillance vertigineuse.

On écrit comme on s’arme. Pour ne pas prendre parole, mais dire quand même. Et peut-être ai-je tout faux. Sans doute ai-je tort. Peut-être n’écrit-on que par angoisse, par amour, par manquement sexuel ou affectif, par besoin de reconnaissance ou d’affirmation, pour s’identifier en-dehors de soi et le dire à ce soi que l’on croît nôtre; qu’il est tout autre et qu’il n’a d’ennemi que lui-même.

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Mots-valises.

juin 15th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Un pas devant, deux pas derrière, je suis rentrée sur l’île en dansant.
Il manquait amèrement de musique dans la voiture et il faut dire d’une balade de cinq heures qu’elle ne m’est agréable que si elle s’accompagne de sons joués très fort, incitatifs aux déhanchements.

Me laissant aller, j’écrivais la musique que j’aurais voulu entendre et le rythme me venait dans sa forme initiale :
Des sons si forts, une musicalité suave et d’intenses rapprochements :
Rapprochons-nous.
Mange-moi les yeux.
Soyons bruyants.
Soyons vifs.
Soyons tout.
Mais ne disons rien.
Taisons-nous dans cette cruauté ambiante.

Et si on partait en ballade?
Le vent de la mer dans les cheveux.
Des sourires plus vastes que le large.
Des itinéraires tracés en marge de serviettes en papier laissées sur la table.

J’ai des cernes de café sous les yeux.
Ce weekend, j’ai vu le sosie de Romain Gary et je lui ai volé un baiser comme on embrasse à 12 ans.
Frenchant, on a toujours 12 ans.

Montréal l’après-midi.
La voiture me dépose devant chez moi.
Une valise bloque l’entrée.
Je dois la mettre un peu de côté pour avoir accès aux escaliers.
Je perçois des signes là où d’autres décèlent quelques incongruités.

Dans six mois, je déménage.
Dans six mois, je me déplace.
Dans six mois, je redeviens mobile.
Dans six mois, je bouge.
Je n’écris pas au futur simple par peur d’effacer le présent.
J’écris… histoire de vivre les verbes dans leur action.

L’illusion est faite des mots que l’on emprunte.
Exotisme, pétales de rose et papillons.
Calme, transition et chutes de cœur.
Hilarité, frissons, frêlitude.
L’issue se creuse sur les mots qu’on lui invente.

De toutes pièces, j’ai la fuite dans les genoux.
J’ai l’évasion au creux des reins, là où certaines femmes portent autre chose.
C’est dire comme mon corps écrit pour moi.
Exotisme improbable.
Cul-de-sac.

Sur la route du retour, je partageais la banquette arrière avec un garçon beau comme tout, doctorant en sciences politiques slash anthropologie slash philosophie et, ensemble, on partageait un petit-jus. Cute comme portrait. Mais ce qui est encore plus cute, c’est que je n’ai pas la moindre idée de ce qui s’est passé pour que l’on échange nos fluides sur une paille sans même avoir échangé nos prénoms. Certaines choses ont si peu d’importance. Des prénoms, des politesses, des mots-valises. Sabrimichaël, Benjasab, et que sais-je, encore?

Je ne sais pas ce que veut dire « autre », lui ai-je dit au hasard d’une discussion. Ça lui a plu, je l’ai vu à son regard. Je ne sais pas ce que veulent dire la plupart des mots : « normal », « sexe », « genre », « politique ». Ça m’a plu, il l’a entendu à mon rire.

Je ne saurai pas son nom, pas plus que je ne saurai s’il préfère la douche à la baignoire. Mais je sais de lui qu’il aime les sorbets, le scotch fumé et le goût des poires.

J’aime tant les hommes qu’on ne revoie plus.
J’aime tant l’illusion des nouveaux départs.
Et je préfère encore la crème en glace au sorbet, le scotch aux parfums de cuir ou de miel plutôt que ceux à l’iode ou à la tourbe et je ne suis pas très poires.
Mais qu’importe, après tout, puisqu’il n’en saura rien.

Devant l’inconnu, je peux être celle que je me sais réellement. Et tout « autre ».

Marcelle.

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Gravité printanière.

mai 31st, 2015 · Ma vie, en tranches...

J’ai l’écriture en sécheresse.
J’ai la sécheresse écrivaine.
On m’a refusée à un atelier d’écriture.
J’ai reçu la lettre par la poste comme une porte au visage.
Rien de personnel.
Refus, merci et bla-bla-bla.
Mais meilleure chance la prochaine fois!

Je suis un écrivain raté.

***
À un mariage, la semaine dernière.
Le bouquet de la mariée lancé comme une grenade.
Et des filles folles, les mains en l’air.
Et moi, à l’autre bout de la salle.
Observer de loin une mère triste de ne pas y voir sa fille.

Je suis une réfugiée.
L’exil est la seule force externe que je ne tolère.

***
Je me pose nue sur le balcon pour défaire la corde à linge.
Il fait nuit.
Je ne risque rien.
J’ai les cheveux trempés, le sexe humide.
Je ne pense qu’au cul.
Les images que je créé se pornographient d’elles-mêmes.
Elles se dénudent, avant même la rencontre du papier.

Chez moi, le point final précède la fin de la phrase.
.Tout est toujours à décomposer
.Point final
.Mais non Chérie, il faut dire encore
.Ne m’appelle pas Chérie ou bien je te casse la gueule

***
Je suis bête.
J’ai envie de tout vivre et sans réflexion. Sans effort ni sémantique.
Des sens laissés là, au hasard. Au hasard, des corps qui se cherchent de ces belles têtes un peu connes.
Et cette envie égrillarde de te lécher sans te connaître, de t’égratigner au passage, de nous rompre complètement pour nous remettre ensemble.
Corps confondus. Corps perdus. Confondons-nous encore. Emmêlons-nous. Langues, dents, sensua sexes, agressiv gravité printanière.

***
Je n’ai plus le coeur en compote.
Je ne vomis plus.
Je suis à la fois une vallée de larmes et une purée sucrée.
Vallée de larmes est mon « je » préféré.

***
J’ai fait cette découverte étonnante:
Years in, years out,
l’homme que j’aime est toujours le même, bien qu’il soit vrai de son visage qu’il change de forme selon les saisons et que le coeur que je lui porte soit, lui aussi, un caméléon.

« il faut effacer les noms propres et se maintenir dans l’infini de la tâche. »
J’éclate de rire. C’est Foucault. Se maintenir? HA AH HA AH! Grand nigaud! Comme si quelqu’un quelque part savait ce que « se maintenir » veut dire.

***
Raconte-le moi.
Raconte-le moi encore.
Comme Grand-mère est morte que je le répète en riant.
Banalisation des traditions.
Système de non-dits et évacuation des sentiments.
Frayeur incommensurable.
Incompatibilité des mots.

PEUR DES MOTS et de ce qui s’y cache (derrière).

***
Je fais résonner des chants joyeux dans mon appartement. C’est d’une tristesse!
Les fleurs tiennent en leur tige.
La vie se répand en ces lieux où j’avais cru voir des natures mortes.

Je n’ai plus la force de bouger.
Je suis une patate. Une pâte molle. Un pâte à modeler qui ne se laissera pas faire.
La forme fuit.
La nuit s’amène.
J’ai parfois peur qu’elle se glisse en moi et qu’elle m’emmène avec elle.
Avec dimanche soir.
Et de laisser derrière moi un portait glacé.

C’est très original, la peur de la mort.

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Querida.

mai 2nd, 2015 · Ma vie, en tranches...

Chère amie,

T’écrire m’a donné envie d’écrire.
Je voulais te dire que le printemps est de retour comme on annonce une bonne nouvelle ou un nouvel amour. Tu connais nos hivers et tu sais ce que vert feuille et printemps veulent dire. Mois de mai. Ici, il y a du vert dans les arbres et j’essaie d’entretenir des fleurs d’intérieur. C’est con, mais… c’est difficile pour moi… de ne pas laisser mourir.

Cet hiver, j’ai essayé d’apprendre à m’ennuyer. Je dis « essayer » puisque je ne suis pas certaine d’avoir eu beaucoup de succès. J’ai laissé mon corps faire à quelques reprises et je suis même tombée amoureuse d’un homme qui me plaisait bien. Ses yeux. C’est… Si seulement j’avais pu m’y voir, ne serait ce qu’un peu, je me serais permis d’y croire. Me réveillant près de lui, j’ai cru être si près des montagnes. Si près… À Montréal, c’est te dire…

Je sais les coeurs qui s’aiment, mais j’en suis venue à me demander si je la veux pour moi, cette histoire qu’on se raconte, ou si elle ne m’est tout simplement pas venue de l’extérieur, comme tant d’idées qu’on se fait du monde.

Toutes ces histoires.

J’ai une bicyclette. Tu devrais me voir. Le vélo est affreux et il me va bien.
Te souviens-tu lorsqu’on s’est retrouvées en Inde? Des enfants, des vélos pourris et la liberté si près du sol.
Je suis rentrée tard d’un concert hier soir, j’étais complètement claquée. J’avais la fatigue du jour dans les jambes et le vent de la nuit dans les cheveux. J’étais en Inde et le monde m’appartenait comme à chaque fois que je monte à bicyclette. Le voyage poursuit sa route à travers moi.

Je pense beaucoup à toi. Je t’imagine au loin, sur la plage ou les pieds pas dans le sable du tout. Je t’imagine, le pouce levé et du sel dans les cheveux. Je t’imagine en bord de route, en marge, en déplacement constant. Et ce regard qu’on porte sur les choses les plus banales lorsqu’on est loin de chez soi.
When I’m home, my heart is traveling for me.
Heart, Friend, You; Words, Words, Words.

Toutes, la même histoire.

L. va bien. Elle est belle et son sourire penche aussi pour le soleil. B. et M. attendent un enfant. Le petit haricot sera une Elle. J. a rencontré un type aussi con qu’il est beau. Tu aurais dû l’entendre parler de mon végétarisme, j’ai ri pour ne pas pleurer. Les gens qui ne questionnent pas me fascinent. Je doute que « fasciner » soit le terme qui lui convienne. Il lui brisera le coeur. Mais on ne dit pas ces choses-là. Tout comme on ne choisit pas ce que coeur doit vivre.

T’écrivant, j’ai posé mes jambes sur les barreaux du balcon. Je bois ici mon deuxième café de la journée. Le fer marque mes jambes, mais puisque je sens sur elles la caresse des rayons, je ferme les yeux et je ne bouge plus. J’ai envie de n’embrasser personne. Mon voisinage fait très Michel Tremblay et, malgré ce qu’on y lit dans ses livres, il y a beaucoup de finesse dans le franc-parler de mes voisins, dans les pots de fleurs laissés là, craqués de l’hiver, dans les chats de gouttière et dans le lampadaire qui n’éclaire plus; dans tous ces trucs qui rouillent, ces odeurs étranges et ces briques qui s’amoncellent dans un coin délabré de la cour. Tout n’est pas utile, mais tout est joliment printanier. Mon corps, la solitude et la douce musique qui nous provient de la ruelle.

Je n’ai pas plus envie d’un aller-simple. Je suis heureuse de vivre un dernier été ici.
Je te laisse, car j’ai une brassée de lessive à étendre sur la corde et puisque, depuis un moment déjà, je constate que je ne t’écris plus. Ou si, je t’écris à travers moi.

Comme la vie se fait grande lorsqu’elle est légère!
Love you,
Querida.

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D’espoirs et de catastrophes.

avril 26th, 2015 · Ma vie, en tranches...

Je me suis achetée des fleurs. Un instant, j’ai voulu choisir les plus laides; l’instant d’après, j’étais sur le trottoir, chargée comme un mulet. Je suis sortie de chez la fleuriste les bras chargés des plus belles fleurs du commerce, aussi bien dire que j’étais comme tout le monde.

Je voulais des tulipes. Je les voulais jaunes et les tulipes de cette couleur étaient les plus belles de la devanture, j’irais même jusqu’à dire qu’elles étaient les plus belles tulipes que je n’ai jamais vues de ma vie.

Sabrina, faut pas charrier !
C’est vrai. C’est vrai que celles du marché d’Amsterdam étaient magnifiques. Et celles devant le château d’Autriche, je ne me souviens plus quelle couleur elles étaient, mais ce n’est pas important, on sait tous que les plus belles fleurs du monde sont celles qu’on n’a pas sous les yeux, celles qu’on ne peut ni voir ni toucher.

Je regarde par la fenêtre. Je m’imagine bien fleuriste. Il me semble que les après-midis seraient longues et que j’aurais cette impression vivace de contribuer à la beauté du monde.

Sabrina,
marchande de roses, de marguerites et de lilas.

***
Mon shampooing me laisse au crâne des pellicules. Une fine neige blanche tombe de ma tête et je ne suis pas très fan du contraste sur mes pantalons noirs. J’aurais pu simplement dire contraste et l’on aurait bien saisi de mes pantalons qu’ils étaient noirs, or, je ne sais d’où me vient ce besoin de mettre tant de couleur dans mes textes. Peut-être la vie me paraît moins fade ainsi. Va savoir.

Je refuse de payer le prix d’un bon shampooing depuis que je me suis mise à songer à l’achat d’un billet d’avion. Je raconte n’importe quoi. Si je refuse de payer le prix d’un bon shampooing, c’est parce que je suis cheap et que je mérite la chute de pellicules. Ce qui me fait tout de même songer à ma prochaine destination et à cette envie que je devrai avoir d’y rester.

I am ready for the big move.

***
Hier soir, j’ai bu un whisky de trop.

WHISKYYYYYY. WHISSSSSSKYYYYYYYYYYY-IEEEEEEE.

Si j’avais un chien, je le nommerais Whisky. Je crierais sur lui dans les parcs comme cette femme qui gueulait sur moi dans mon enfance. Je gueulerais, je crierais à en perdre la voix, je lui dirais ce qu’on ne dit pas à un enfant, de se ramasser, de déguerpir, de ne jamais revenir et de se perdre dans les prés. Je pèterais une coche, une solide one, parce qu’il serait toujours trop : Trop près, trop au pas, trop là, trop comme moi.

***
Je suis dans un mignon salon de thé, les fleurs sur la table sont violettes, mais ça pue câlissement le bacon. L’odeur vient tout gâcher. Je me demande pourquoi tous les salons de thé ne sont pas des endroits où l’on peut s’asseoir sur le plancher. On a oublié ce que c’est, la terre. Alors on se réunit, tous les plus grands pays du monde, et on cherche mille mesures et excuses pour donner l’illusion de s’en rapprocher. La terre, on l’a oubliée quand on a cessé de s’y asseoir. Le cul dans le sable, les pieds dans la merde, du fumier sous les ongles. En s’éloignant ainsi du sol, je ne comprends pas ce qui, dans notre je-m’en-foutisme, les étonne.

Peut-être a-t-on oublié qui sont nos pères pour la même raison.

***
Ça se voit à la manière dont il se tient. Ça se voit à sa posture, aux regards qu’ils jettent à la rue et à cette manière qu’il a de me regarder sans me voir, à cette façon qu’il a de serrer la mâchoire… Ça se voit comme je voudrais qu’il referme sa mâchoire sur moi.

Sabrina, tu es d’un romantisme!
Non. J’ai aussi souhaité de ses dents qu’elles me lacèrent, de nos corps qu’ils s’écorchent. D’ailleurs, je suis un peu tannée de mon corps. J’aimerais être à côté. J’ai souvent envie qu’on me déporte. Je me suis mise à y rêver. Tu sais, cet hiver, j’ai même appris à m’ennuyer. Je sais. Ne me regarde pas comme ça. Je sais. On ne dit pas ces choses-là.

***
J’avais une discussion tout à l’heure avec un homme brillant. À un moment, il m’a demandé ce que je voulais faire. Je n’ai pas compris la question, ne sachant pas s’il parlait de là-tout-de-suite, de demain ou de ma vie. Plutôt que de lui demander des précisions, j’ai dit : Je veux être migrante. J’aurais aussi pu répondre : sauter à la corde, construire un château de sable, tourner la page, boire un verre.

Je me rends compte que, dans mes textes, les châteaux de sable reviennent souvent. Je crois que leur caractère éphémère y est pour quelque chose. Je parle très peu des musées, de mes souvenirs et de ce qui reste.

Je préfère encore la poussière et tout balayer.

***
Le Népal s’est fait rentrer dedans par la nature, hier. J’en ai souffert toute la journée. Les Népalais, ils ont les montagnes si près du coeur. Je ne sais pas ce que je veux dire par là. Simplement, j’imagine que sous les décombres, il pousse déjà quelque chose.

D’espoirs et de catastrophes. 

***
Je ne suis plus sur Tinder. Là-dessus, tous les hommes que j’ai rencontrés voulaient se marier et aucun d’entre eux n’avait de citoyenneté à offrir en échange. Je suis bien prête à ce que l’on s’aime, la preuve, je fais des postures d’ouverture du coeur au yoga et mon étoile est wide-opened côté droit. Oui, je suis bien prête à ce que l’on s’aime, je le jure sans cracher, mais encore faut-il y trouver son compte.

Like it or not; je repense à mes « matchs » et, tout ce qui me vient en tête, c’est : Câlice que je suis blanche ! Je prône la diversité culturelle, je veux travailler en médiation auprès des immigrants et participer à l’acceptation du monde envers lui-même, mais criss, quand vient le temps de like him or not, les hommes ont tous la même tête, la même couleur et la même nationalité.

Hommes en série mes chéris.

***
Les fleurs meurent chez moi. J’allais écrire en moi, les fleurs meurent en moi, et c’était fichtrement poétique, alors je me suis tue. Fichtrement, je manque de mots.

Mais inventez-les Madame ! Qu’est-ce qui vous en empêche ? Faites comme chez vous. Racontez-vous. Asseyez-vous là, ou ici, pourvu que vous soyez confortable.

L’écoutant, je me suis dit que j’allais devoir trafiquer le texte parce que pourvu est un mot très laid. Je me suis dit que j’allais trafiquer son discours et que personne n’y saurait rien.

Retour à l’histoire, qui n’en est pas une :

Je peux mettre mes pieds sur la table ?
Si vous voulez.
C’est chouette ici. L’endroit me plaît bien. Vous me plaisez assez. Je me plais aussi. Et si on se plaisait ?
Vous voulez boire quoi ?

Notre histoire a commencé comme ça : Vous voulez boire quoi ?
Depuis, les fleurs ont fané.

***
Je ne t’ai jamais dit : Lorsque je me souviens de toi, et même lorsque j’ai envie de t’oublier, j’écoute la chanson sur laquelle on a baisé.
Je ne t’ai jamais dit : Cette chanson, je l’écoute pour me sentir triste même lorsque je vais bien.
Je ne t’ai jamais dit : Je t’ai aimé.
Man, je t’ai aimé.
Je ne t’ai jamais dit : Je t’ai aimé sans savoir pourquoi. Je t’ai aimé sans raison. Je t’ai aimé comme on aime et comme dimanche revient.

Je sais de l’amour qu’on ne le réinvente pas.
Mais l’écrire, c’est le réinventer à chaque fois.

On va se croiser, je le sais. On va se revoir. Dans ces minables couloirs ou dans le métro ou sur un banc de parc où je t’attendrai les pieds gelés. On va se revoir et je te le dirai. Je te dirai ce que je ne t’ai jamais dit : Que j’écoute la chanson sur laquelle on a baisé et qu’il m’arrive ce qui m’arrive alors : des souvenirs de toi, des joies d’une infinie tristesse et des je t’aime encore.

***
Ces fleurs fanées, où vont-elles, lorsqu’elles tombent sur le sol ?

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Hymne à _______.

avril 14th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« le je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup. »
Colette

Des vêtements sur la corde à linge d’en face, du vent dans mes narines jusque dans ces arbres laissés sans feuille. Il y a tout qui renaît; mon allergie, la frilosité des peaux, mes jambes blanches et les regards qu’on leur jette dans la rue. C’est à chaque fois la même saison qui est de retour. C’est tout qui refait surface.
Refaire surface.
Nage, nage, petit animal.
J’ai envie de prendre une grande bouffée d’air frais et de te l’envoyer dans la bouche.
Déverse-toi. En moi.
Illustre timidité.

Hier soir, au bar, un homme s’est posé près de moi, a jeté son regard dans le mien, sans me toucher outre mesure, et m’a dit « Tu es amoureuse. C’est ce que mon dit mon intuition. C’est le signal que m’envoie ton corps : Amoureuse. » J’ai souri, plus à moi qu’à lui. Cryptique, mais familière. J’ai eu envie de lui dire : « Mais c’est que j’ai le corps en printemps, mon chéri! »

Mon chéri, mon chéri, mon chéri, mon chéri, chéri, chéri, chéri, chéri, chéri; Mais qu’est-ce que j’en ai eus! À un moment, ça vous écœure. Vue aérienne sur chambre triste : Des corps las enlacés et des bas qui trainent.

Tasse-toi un peu, je voudrais bien allonger ma jambe, si tu veux. Laisse-moi un peu. Un peu plus de place, un peu plus de temps, plus d’air dans les cheveux, plus seule, plus à deux. Ouvre tes bras! Ouvre-les bien grands. Agite-les, de haut en bas! Fais du vent! Fais-le moi! Fais-le moi encore! Croire que tu me prends sous ton aile…

Lui. Cette mauvaise manie qu’il avait de m’agripper le cul et les seins en public. Même sans féminisme, je dirais; chosification, suffocation, strangulation. Et cette envie que j’avais près de Lui de voir la mer. Ferme les yeux. Les vois-tu les arbres? Ils sont dans leurs bourgeons. Mais c’était quoi la chanson? Pour se dire je t’aime, pour ne rien se dire du tout, ou peut-être que si, se dire que quelque part en soi la haine et l’amour de l’autre se frôlent, cohabitent.

Au creux du lit : fades paysages. J’ai eu envie de lui dire qui j’étais, que j’étais smart, mais il me trouvait si belle. Si belle, j’ai préféré me taire. Ah, « [c]e je ne sais quoi des hommes qu’on ne connaît pas beaucoup. » Caractères ailés de choses infiniment profanes. Identités frêles, identités vastes comme de larges étendues de soi sur le plancher.

Salut les gars!
J’ai envie de finir mon texte comme ça.
C’est le printemps.

Salut les gars!

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Double négation.

avril 11th, 2015 · Ma vie, en tranches...

« J’entends ta voix dans tous les bruits du monde. »
Paul Éluard

Les trajectoires de ces corps qui se frôlent sans jamais se rencontrer.
La rencontre de l’autre. Son goût de sel.
Goûter le corps et le mordre au passage de peur qu’il ne se sauve, qu’il ne fasse lui-même que passer. Le serrer trop fort, l’étreindre malgré soi, lui faire mal, ne plus savoir le quitter, l’étrangler, le briser, le brusquer et lui ouvrir le crâne contre un rocher.
Il se courbe. Je m’élance.
Bittersweet tenderness.
Plusieurs de mes mots reviennent, s’érigent les murs puis tombent les vallées de larmes et, toi et moi, seuls sur la plage, contemplons les désastres de la mer rattraper, tout reprendre, de ces châteaux de sable que nous croyions fidèlement solidement, douloureusement ancrés. Mais quelle est douce ma naïveté!
Jamais et toujours sont des mots alliés. Ils sont faciles, souvent vides. Évidés, nus comme ton corps sur mon plancher sale sur lequel je te souhaite mort, anéanti.
Si je le souhaite mort, ce corps, c’est que mon désir est fruste et mon âme nullement évoluée.
Des marquis de Sade. Mais qu’est-ce que je raconte? N’importe quoi. La vie est trop courte pour lire Zola, Marcel Proust ou pour t’écouter toi.
Si on ne s’entend plus, c’est qu’on a préféré mettre nos mains sur nos oreilles, élever la musique et s’étourdir.
Brume, songes, paillettes.
On n’a plus le temps de discourir, le coeur n’a plus besoin de mots et l’on ne s’entend plus marcher, tout juste là, à peine quittés.
J’ai mal au coeur. Je me suis remplie le vide de chocolat et je me sens toujours aussi nue et sexuellement dépourvue de tout : de nous.
Tout nous, tous nus, toujours, jamais. Et reprendre le chocolat et revoir la mer qui s’en est allée.
I am a suffocater.
Mon corps est un navire et je ne sais pas nager.
Je préfère nos discussions virtuelles, mais c’est ton corps papier que je désire.
JE NE VEUX PAS QUE L’ON PARLE. UN MOT ET JE TE COUPE LA LANGUE.
Salive et promiscuité.
Je ne veux qu’embrasser pour savoir reconnaître si l’on parle le même langage.
Désordre dialogique.
J’ai lu ça cette semaine : « Si les désirs tendent à se réaliser dans la vie fantasmatique ou onirique, il subsiste toujours un mécontentent. Ce n’est pas toute rencontre, ni tout objet disponible qui peut promettre du plaisir. Parce que « des objets [sont] perdus, qui, une fois, [ont]  apporté une satisfaction réelle » — ou ont été fantasmés en tant que tels —, les éléments du monde extérieur doivent être soumis à un examen de réalité. L’objet d’amour des adultes « n’est jamais plus l’objet originaire, mais n’est qu’une substitution », un Ersatz. L’objet refoulé originaire d’une motion de désir est représenté « par une série infinie d’objets substitutifs, dont aucun ne suffit pleinement. Voilà qui nous expliquerait l’inconstance dans le choix d’objet, la « faim d’excitation » qui est si souvent propre à la vie amoureuse des adultes. La dimension étrangère, euphorisante ou angoissante, porte, de manière défigurée, des traits de l’objet d’amour inaccessible. Dans la personne étrangère on croit l’avoir finalement trouvé, comme si c’était justement elle qui pouvait combler la faille éternelle de l’insatisfaction. Dans tout ce que manifeste une personne étrangère on n’entend qu’un seul message : « Je ressemble à ce que tu aimerais avoir! ». Ainsi des motions pulsionnelles partielles, qui restent non réalisées dans la vie sexuelle de l’adulte, se rattachent-elles à la personne étrangère. »
Ça m’a fondu par terre.
Je salue mes babes en Irlande, en Australie et même celui que je n’aime pas trop, mais que j’aime quand même, au Yukon. Je vous remercie d’exister. Un goût d’amertume aux quatre coins du coeur comme aux quatre coins du monde.
Inconstantes sont mes pulsions.
Bisous, surprises et câlins dans l’obscurité.
Signé à Montréal, Québec, trou pourri,
ta fidèle insatisfaction.
Si rien ne se dit, aussi bien tout dire!
J’ai vu des corps s’agiter, danser, puis mourir.
J’ai vu des hommes, des chevaux, des hommes-chevaux.
Des bêtes et un ciel couleur caramel.
Quand on a vu la vie ainsi, qu’on l’a eue si près des yeux, il vous arrive parfois, certains matins d’angoisse, d’avoir cette envie très forte de ne plus rien voir, de fermer les yeux et de laisser son corps s’agiter, puis mourir d’avoir tant dansé.
Les limites de mon travail intellectuel me sont claires alors que je commence tout juste la rédaction de ce qui sera mon mémoire et qu’émerge en moi une certaine orientation, le guide d’une certaine pensée, pensée que j’attribuerai à d’autres.
Masquer le subjectif par encore plus de fiction.
Je ne suis que fiction. Ce que je raconte est né de quelqu’un d’autre. Je suis blanche et sauvage à la fois. Je suis triste même lorsque heureuse et je suis seule même lorsqu’un corps étranger me pénètre.
Coeur serré. Non-objectivité.
Je me suis réfugiée à l’abri dans mes bras puisqu’il s’esquisse au fond de moi ce portrait bien naïf de deux personnes qui s’enlacent et chancellent. S’il se fait des bras, à proximité, c’est pour bien vous serrer contre soi. Contre moi, encore faudrait-il que les détenteurs de ses bras me comprennent.
Tenir seule.
All Alone. Anywhere Anyone.
Tout le monde est fatigué, brûlé, anéanti. Presque mort, presque en vie.
Je suis une île.
J’ai envie de me peindre sur fond jaune.
Mais bien sûr je ne pense pas ça, ni de mon pays, ni de ce monde, ni de moi. Mais puisque je n’ai aucune envie de m’expliquer, je préfère encore laisser les mots ici et faire passer mon message pour qu’il se glisse sous votre peau comme il s’infiltre sous la mienne : Inévitablement, affreusement, douloureusement et ugliestement comme tous ces mots ridicules, trop longs pour rien, dénués de sens, répétitifs; inutiles.

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