L’an dernier, j’ai fait de mes classes de sciences comptables des cours de neurosciences. Je dévorais les magazines de psychologie dans les salles d’attente et Cerveau&Psycho détrônait National Geographic sur le couvercle de ma toilette.
Le terme neurosciences étant très vaste, certaines disciplines correspondaient plus à mes champs d’intérêts comme la neuroendocrinologie, les pathologies traitant de l’intelligence et des émotions et les études neurobiologiques sous-tendant les relations interpersonnelles et la consommation de drogue.
J’ai fait des découvertes étonnantes et lu des articles tous plus intéressants les uns que les autres. Un dossier m’ayant fasciné portait sur l’interaction entre l’esprit et la musique.
Je savais la corrélation forte, mais j’ai appris que la musique détenait un rôle sur la régulation des hormones, possédait un impact direct sur le rythme cardiaque, la respiration et la pression sanguine, avait un effet comparable au sexe ou à la nourriture sur le cerveau humain, influait sur le développement du cerveau d’un nouveau-né de même que dans ses futures relations affectives, etc.
Dépendamment du style écouté, la musique peut être un excellent moyen de stimulation intellectuelle, de relaxation ou d’activation du réseau mnémonique.
La musique est ma drogue.
Je ne m’étourdis pas avec Marie, ne suis pas dépendante d’Héro, ne fréquente pas Morphine, mais j’ai besoin de ma dose de Doré, de Rémi, de Mifa et de Fasol.
J’aurais aimé être une virtuose, mais quelques expériences antérieures m’ont fait réaliser que je ne détenais aucune aptitude requise pour être une bonne musicienne. Délicatesse, patience et adresse ne figureront jamais dans mon horoscope.
À la petite école, je bavais dans ma flûte à bec et je faisais grincher des dents tous mes camarades. Quelques années plus tard, ma marraine m’a offert un orgue dont elle voulait se débarrasser et ma mère a eu la brillante idée de m’inscrire à une école de musique. Cet instrument un peu débile peut sonner très mélancolique lorsque le talent est manquant. Disons seulement qu’après deux ans de cours hebdomadaires, j’avais toujours de la difficulté à jouer la mélodie pour débutants Sainte Nuit et les touches me méprisaient.
C’est donc sans talent ni connaissance en la matière que je dévoile ma profonde admiration pour les Grands, ces compositeurs de la période classique m’inspirant chacun à leur façon. Ces savants occidentaux détiennent un pouvoir herculéen sur mes humeurs.
Schubert prolonge mes hivers, Love Story de Beethoven m’emplit de nostalgie, Chopin m’accompagne dans le bain, Tchaikovsky m’emmène valser en Russie alors que Vivaldi m’apaise l’esprit.
Il y a aussi les airs chantés par mes préférés : Brel, John, Aznavour, Dumas et Bélanger. Le blues-électro de ma favorite : Ariane Moffat. Le Jazz de Nina Simone et de Dave Brubeck, tous deux parfaits lorsque je m’improvise reine des fourneaux. Les incontournables Pink Floyd, Led Zeppelin et Rolling Stones me certifiant que je ne suis pas née à la bonne époque. Cindy Lauper me donnant envie de me gaufrer les cheveux, Alicia Keys de danser en petite culotte, Uffie de prendre les hommes pour des objets et Jean Leloup de passer la soirée avec Marie.
Il y a ces chansons me rappelant mes premiers amours ; My boo de Alicia Keys & Usher, Call me de Bran Van 3000, ou mes voyages ; Astounded de Bran Van 3000, Miles Away de Madonna, We Are the People de Empire of the Sun, Drifters de Patrick Watson. Et les mélodies ayant l’amertume de mes ruptures, Surrender de Billy Talent, Ne m’en veut pas de Ginette Reno.
Certaines me font planer, Breathe de Telepopmusik, Seal Tubilee de Bat for Lashes, d’autres me font sentir invincible, The world is mine de David Guetta ou Through the Hosiery de Crystal Castles ou alors elles m’entraînent au fond du gouffre Automn Story de Firekites, Glaciers d’Anni Rossi, Troubles d’Alicia Keys.
Et il y a cette chanson, ma chanson. Celle me pinçant, me giflant. Un délice musical me procurant frissons naissant dans la moelle, vibrant jusqu’aux orteils.
Le rythme me secoue à lui seul et me donne envie de tenir l’horizon. La voix de Chris Martin remue ma sensibilité redonnant vie à des souvenirs refoulés. Parfois, je ne peux terminer sa lecture tellement elle me fait souffrir alors qu’à d’autres moments de ma vie, elle joue en boucle pendant des heures.
Hier, elle m’obstruait la vue, m’angoissait et me coupait le souffle. Ce matin, elle me donne envie d’écrire, de courir, de sourire, de te la chanter, d’aimer, de refaire le monde.
C’est ma chanson. Absolue.
« Love, I hope we get old
I hope we can find a way
Seeing it all
Love, I hope we can be
I hope I can find a way
Of letting you see
That I’m so easy to please
So easy
Love, I hope we grow old
I hope we can find a way
Of seeing it all
Love, I hope we can be
I hope I can find a way
Of letting you see
That I’m so easy to please
So easy »
Connais-tu Le temps où nous chantions, de Richard Powers ? Elle Noire, lui Juif, ils se rencontrent à un concert, ont des enfants marrons pour qui la voix sont les mots, pour qui le monde est harmonie… et ce dans une Amérique raciste des années 50. À lire absolument quand on aime la musique.