Jelefaispourmoi

Jelefaispourmoi header image 2

Welcome Home ?

juin 1st, 2010 · 9 Comments · Ma vie, en tranches...

De MTY à YVR, je laissai un soleil bouillant à 42 °C et me retrouvai sous une pluie diluvienne frôlant le point de congélation. Sur le moment, l’écart de quelques degrés ne me secoua pas plus que la froideur des hommes.

Un douanier mexicain n’est pas passible de sanction s’il sourit.

Sitôt un pied à l’extérieur de l’avion, une dame me freina par le bras et me demanda mon passeport sans mouvement des lèvres. Elle y jeta un œil rapide et me le rendit sèchement. Je la remerciai d’un Gracias.

J’étais perdue.

Dans la file d’attente pour passer aux douanes, on me fit du coude, on m’entassa et l’on me poussa hypocritement pour finalement tous garder la même place.

La vieille femme derrière moi me demanda dans un anglais incompréhensible ce qu’il fallait faire avec les documents que la dame de glace lui avait remis. Je me retirai de la file avec l’unilingue pour remplir ses papiers et je lui servis de traductrice jusqu’au carrousel 25.

Une fois ses bagages récupérés et son chariot à la sortie, la dame fanée me serra fort dans ses bras et je la remerciai avant qu’elle ne puisse faire de meme. Elle me sourit du regard ne semblant pas comprendre pourquoi je la remerciais d’avoir pris une bonne heure de mon temps et puis je ne la vis plus. Déjà, elle était ensevelie sous Mexicaines hystériques et ballons multicolores.

À cet instant, je me sentis très seule. Elle était le seul élément tangible me restant de mon périple mexicain.

Sans fleur ni mère larmoyante, je franchis les portes Welcome to Vancouver, Bienvenue à Vancouver, côté francophone, histoire de faire comme si.

Habituée de négocier pour une chambre à 70 pesos, un peu moins de sept dollars canadiens, je réservai, de l’aéroport, une nuit dans le plus économique hôtel.

Dur contraste ;150 dollars. Je m’efforçai de ne pas faire la conversion.

Dans l’autobus de courtoisie me menant à ma suite royale, je rencontrai un joueur de baseball qui me raconta Victoria, étonné de constater que les seules informations dont je disposais fussent que Victoria était une île, qu’il y pleuvait fréquemment et où vivait bon nombre d’Asiatiques.

Une fois à l’hôtel, bien que joueur de baseball et moi avions chacun sortît nos documents respectifs et que nous nous dirigions vers une réceptionniste différente, on nous offrit une chambre commune et l’on s’excusa ensuite de nous avoir pris pour un couple de jeunes mariés.

Mon nouvel époux poussa ma plus immense valise jusqu’à la porte de ma chambre, me dit espérer me voir le jour suivant, puis se retira sans que nous eussions échangé prénoms.

Mon refuge provisoire me réservait d’inespérées surprises.

Comparativement aux dortoirs 60 pesos à lesquels je m’étais habituée, la 733 n’avait pas de trou au plafond ni de cafard pour me tenir compagnie et non seulement il y avait un oreiller, mais il y en avait SIX, que j’avais tous l’intention d’utiliser. Dans la salle de bain, des savons et des crèmes au concombre étaient posés aux côtés de serviettes blanches neige. Excitée, je me mis à danser en petites culottes sur la pointe des pieds, sur le confortable tapis couleur crème, me prenant pour Cameron Diaz dans Charlie’s Angels.

Ce n’est pourtant qu’une fois dans la douche que j’atteins l’extase.

Je tournai le robinet d’eau, dents serrées, anticipant l’eau froide, et, à mon grand étonnement, le jet était tiède et ensuite si brûlant, que je dus ramener le robinet un peu vers la droite.

Moment parfait.

Je me glissai ensuite dans le lit beaucoup trop grand et Morphée me prit aussitôt que j’eus posé la tête sur une des six taies.

Je me réveillai telle une fleur et marchai sur le Globe and Mail en me rendant aux toilettes. En première page, il y avait un homme au visage rond et à la coupe de cheveux étrange ; Harper. J’avais quasi oublié son existence et, pour être franche, je ne m’en portais pas plus mal. Je défilai les grands titres. Quelque chose manquait. Aucun meurtre ni fusillade n’avait eu lieu pendant la nuit et il n’y avait pas de photo de corps ensanglantés et/ou de têtes coupées.

Ennuyante, la presse canadienne !

Je me fis un sachet de café, bu les deux cafés qu’il contenait et vida ma valise en quête d’un vêtement plus chaud qu’une robe soleil. J’enfilai un jean ne m’allant plus et un poncho trop grand puis ouvris ma deuxième valise, un véritable champ de bataille, dans le but d’y trouver mes Converse. J’y fis la découverte de cinq t-shirts ne m’appartenant pas. Je les dépliai, ce qui me permis de constater qu’il s’agissait bel et bien de mes t-shirts ayant simplement de nouveaux motifs genre « art »  nouveau, œuvres originales, créations de mes vernis à ongle. Les douaniers, pressés, n’avaient apparemment pas eu le temps de remettre ces derniers dans leur sac rembourré.

J’essayai de sourire, me répétant à voix haute qu’il fallait plus de quelques chiffons ou de quelques vingtaines de dollars, quelque vingt milles pesos, pour gâcher ma journée de retour au… pays.

Je payai ma chambre en crédit, laissai du pourboire à la femme de chambre en effectifs et me dirigeai vers la sortie, bagages plein les mains.

Je n’eus pas mis un pied dehors que le valet de l’hôtel s’empressa de me demander à quelle heure était mon avion. Il était si nerveux le pauvre que j’eus peur de manquer un vol alors que je n’en avais pas.

Je pris une bouffée d’air et lui expliquai que je me rendais à Victoria en bateau et il sembla si stressé de ne pas connaître les horaires ni du traversier ni des autobus que je sentie le besoin de le rassurai, rien ne me pressait, j’eus envie d’ajouter qu’hier encore je vivais à M. (Monterrey, Mexico, Mañana) mais n’en fit rien.

Ce n’est qu’une fois au terminal d’autobus que je pris conscience que j’étais réellement de nouveau dans le « beat » occidental. Mon toc était revenu. Le naturel chassé revient vite au galop.

Dans la file d’attente pour l’achat de mon billet, je me suis remis à compter. Les minutes qui passaient, le nombre de personnes devant moi, la distance me séparant de l’autobus, les minutes qui passaient, le nombre de personnes devant moi, mon nombre de pas, la distance me séparant du prochain trottoir, mes pas, la distance me séparant de l’autobus… Je regardais trop souvent ma montre, bijou que j’avais délaissé, et surtout, je ne marchais plus. Je courais.

Je ralentis le pas et cessai mes décomptes débiles. Et souris.

Je suis de retour…

Tags: ·······

9 Comments so far ↓

  • Sophie

    Malgré tout, tu écris toujours aussi bien, et je t’aime toujours autant. J’ai hâte de te retrouver, dans un seul petit mois

  • Marlène bourdon

    Bon retour ma globe trotteur, j’ai hâte de lire ta prochaine épisode. Je t’aime. J’aurais bien aimé être dans la file à l’aéroport pour te souhaiter la bienvenue dans ton pays. J’aurais compter aussi les minutes qui me séparaient de toi. Maman xxx

  • Marlène bourdon

    Erreur de grammaire compté

  • Nicole

    Je suis contente que tu sois de retour… Passe un bel été … et si un peu de marketing social te dit quelque chose …

    Je t’embrasse, Nicole

  • Elizabeth Tanguay

    WOWWWW Sab tu racontes vrm bien ton aventure ;) t vraiment douer :) Bon retour misss.
    Eli

  • Pascale

    Wow! Incroyable
    Toujours aussi beau ce que tu écris :)
    Continue comme ca t’es géniale Sab!

  • ta soeur

    Si contente de savoir qu’il ne nous reste que quelques semaines avant les retrouvailles!
    Je t’attendrai avec un sauté aux légumes, une bonne bouteille de rouge et les oureilles grandes ouvertes, pour ne manquer aucune de tes péripéties! L O V E

  • Frédérique Girard

    Wow! Ce que tu écris c’est incroyable. On dirait l’histoire d’un film. J’aime beaucoup et j’espere que tu écriras des livres ou quoi que ce soit car tu sais me transporter littéralement dans un autre monde!
    Continue c’est merveilleux =)

  • Jessica Drolet

    Salut Sab! Je viens de tomber sur ton blog et j’adore. J’ai dailleurs créé le mien cette semaine! C’est cool de pouvoir comparer nos expériences! Lorsque de retour a Montreal on s’arrange un souper ou quelque chose! Bon retour dans le si grand pays où il n’y a pas beaucoup d’habitants (tel certains étudiants internationnaux percoivent notre pays!) xxx

Leave a Comment