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AVG, arrêt volontaire de grossesse. J’aime m’arrêter sur le choix des mots. J’aime croire qu’il s’agit ici aussi d’un choix. Lorsqu’on dit arrêt volontaire, il me plaît de croire qu’une femme est en droit de dire de sa grossesse qu’elle est non-désirée sans qu’on la taraude sur les circonstances de cette fécondation.

Dans un état du sud-est américain, des hommes ont tout récemment voté en faveur d’une loi contre l’avortement. Une loi si répressive, il me semble juste et valable de dire arriérée. Pourtant, il est vrai, on ne s’est pas crues si modernes ni si affranchies et il suffit d’être femme — cela suffit-il vraiment ? — pour savoir comme pèsent les décisions de plus puissants que soi. J’allais écrire plus grands, mais rien n’est grand dans ce type de pouvoir dont ils se servent pour écraser et reproduire. Le verbe reproduire me donne mal au coeur. C’est soudain. Dans ma bouche, ça goûte le soufre, ça goûte la mort.

Les hommes décident du corps des femmes. De les nommer autre et sujet, d’en faire la proie de leur désir, la reine de leur foyer, de les violenter, c’était déjà quelque chose. Fallait-il en plus qu’ils se déresponsabilisent d’enfanter ?

La vérité est que je ne me laisse pas si aisément fourvoyer par l’usage des mots. Le nombre de cliniques anti-choix, ou pro-vie, pro-life aux États-Unis, ou anti-avortement, se surpasse depuis quelques années. Elles ont toutes le même motif, décourager ce choix.

Par des arguments insidieux, des propos mensongers, ces centres dits d’aide mentent aux femmes au nom du foetus à naître. Ils parlent de cancer, de risques — infertilité, maladies auto-immunes, maladies mentales, autres maux, allant même jusqu’à mettre en garde contre un haut taux de suicide chez les avortées — ils disent n’importent quoi. Ils insistent sur le sentiment de regret que ressentent beaucoup de femmes suite à un AVG. Avec une voix empreinte d’empathie et de compassion, ce que je taxe de persuasion évasive et de rhétorique factice, ils flouent les femmes, manipulent les statistiques, masquent la réalité. En vérité, ce qu’ils cherchent à faire est simple, ils tentent de limiter le choix. Le minimaliser. Le décourager. Limiter les interventions.

Ils trompent, falsifient les informations. Ils diffusent et divulguent des données erronées. Ils vont jusqu’à questionner les raisons poussant une femme à recourir à une irruption de grossesse, soulèvent des enjeux éthiques, utilisant des motifs religieux ou spirituels parfois. Ils humanisent l’embryon, lui octroyant une forme et une phase de développement.

Mais dans une voix, je l’ai dit, empreinte de compassion et d’empathie, ils camouflent leur idéologie pro-vie. Ils bercent les femmes de leur propre vulnérabilité. Ces femmes qu’ils disent meurtrières.

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