CLOSE SEARCH

Carnets

Qu’est-ce qui, de soi, est intime ?

Est-ce ce qu’on se dit dans le noir ? Est-ce ce qu’on se dit dans le creux de l’oreille lorsqu’on a quelqu’un à qui dire ? Est-ce tout ce qu’on ne dit pas, ce qu’on chuchote, ce qu’on aimerait cacher ou que l’on préférerait garder pour soi ?

Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, garder pour soi ?
Je ne veux rien garder.

Mon grand projet d’écriture, puisqu’il ne s’agit pas d’un rêve, est d’un jour publier mes carnets. En attendant, je vous en livre ici quelques extraits. Le but ? Rendre mon journal intime public, puisqu’il n’y a d’intime que ce qui nous appartient et, en ce sens, mon journal ne m’appartient pas.

***

« Je l’ai perdue comme on les perd toutes, par peur.
La peur d’aimer, la seule qui soit irrécupérable.
Le coeur ne craint plus lorsqu’il est trop tard. »
Carnets, 2015
« Je tente d’humaniser mon histoire sachant bien qu’il n’y a pas de véritable mémoire de soi. Il n’y a que ce que l’on croit se souvenir et tout ça, ce n’est que du racontage. Raconter pour mieux mentir, pour mieux déformer, pour falsifier. Il n’y a pas d’histoire vraie. »
Carnets, 2013

IMG_1064

« Je ne me demande jamais comment font les gens qui me lisent. Puis soudain j’y songe. Est-ce au lit ? Au bureau ? Entre deux chaises ou deux courriels échangés sur l’heure du dîner ?
Mon quotidien s’évacue tant du quotidien des autres qu’il lui arrive d’oublier que c’est aujourd’hui lundi. »
Carnets, 2013

 

 

« Lire Rimbaud.
Boire du café à 16 h.
Chercher l’amour en ces lieux où il ne se trouve pas.
Faire sécher ses vêtements sur la corde.
Attendre la pluie.
Rêver.
Rêver en baissant la voix pour ne pas qu’entendent les voisins.
Recommencer à fumer.
Fumer un peu.
Rêver encore.
Recracher sa cigarette sur le sol.
Lui trouver un goût dégueulasse.
Rêver d’un ami qui passerait vous prendre en moto.
Sortir de la ville.
Sortir de la ville souvent.
Rentrer à la maison les pieds sales.
Rentrer à la maison les pieds sales puisque nus.
Baiser un inconnu.
Baiser cet inconnu puisqu’il a dans le regard quelque chose que l’on souhaite comprendre.
S’ennuyer à mort.
Chercher les montagnes jusqu’en pays plat.
Accepter d’où l’on vient. »
Carnets, 2013 ou 2014
« – I’m not good at pain.
C’est la réplique que donnait un homme
dans un film que je regardais hier.
C’était sans doute un sacré acteur,
car ça se voyait,
à son visage et à sa posture,
comme il avait souffert.
Plus tôt ce matin,
un homme que je ne connais pas
m’a écrit pour me dire que ça se lisait,
dans mes textes et le choix de mes mots,
comme j’étais blessée.
J’ai eu envie de lui répondre
I’m not good at pain,
mais j’ai préféré ne rien dire.
Je ne suis pas une actrice.
Je ne connais que mon métier
et ne joue pas la comédie.
J’écris.
And it is sometimes painful. »
Carnets, 2014
« Il les a fait taire lui-même, ses papillons ! 
C’est ce qu’a dit ma mère
lorsque je lui ai raconté qu’un homme
que j’aimais m’avait quitté
sur un banc de parc,
un certain soir de novembre.
Je me souviens avoir trouvé
cette façon de dire particulièrement jolie,
car il est vrai qu’on ne peut rien
contre les coeurs qui refusent de s’ouvrir,
tout comme on ne peut rien
devant les amours illusoires.
Je me souviens m’être demandé
s’il se faisait des gens plus près du bonheur,
des êtres plus doués pour lui,
et je me rappelle avoir eu si froid aux pieds
en ce soir de novembre
que j’ai craint qu’ils ne tombent.
Cet homme me disait Je ne suis pas amoureux
et je ne pensais qu’à la fragilité de mes orteils.
Dans l’état où j’étais,
je me suis dit que c’était peut-être ça,
« perdre pied »,
et j’ai ri dans ma tête
devant l’absurdité de ma situation,
alors que tout au dehors
prenait des airs de tragédie.
Un an plus tard,
je le revois, de glace, se lever,
me tourner le dos et quitter la scène.
Longtemps, je l’ai suivi du regard,
malgré le mal, malgré le froid.
Longtemps, j’ai rejoué sur ma vie ce long départ.
Puis, il me revient cette image,
un peu moins forte,
cette image de moi qui me lève à mon tour,
étonnée d’être portée si aisément par mes pieds
au-travers de ce froid,
qu’ils ne sentaient déjà plus. »
Carnets, 2013
Rupture_2010
« Elle : Est-ce que l’écriture pour vous est une thérapie ?
Moi : Pour moi, la thérapie naît d’une relation.
Elle se fait à deux, ou à plusieurs.
Lorsque j’écris, je suis plus moi-même,
en ce sens que je suis plus entière en regard de qui je suis
et que mes dualités s’observent et travaillent ensemble.
Je ne deviens pas plurielle.
Je ne fais qu’un avec moi-même.
Donc non.
La création est une méthode salvatrice
en ce sens qu’elle vous permet de vous distancier
de vos névroses et de vous émanciper.
Elle n’est pas une thérapie. »
Carnets, 2013
« Je suis chez mes parents.
J’y sens l’automne.
J’ai envie de faire plusieurs traits sur ma vie.
Plusieurs croix aussi.
Pas au sens judéo-chrétien,
mais au sens de je-n’en-peux-plus-j’en-ai-assez.
Assez de me sentir victime de ce qui m’arrive
et de ce qui ne m’arrive pas.
J’ai si peur de tomber amoureuse,
de m’accrocher quelque part,
de me pendre à quelqu’un.
Je n’attire pas toujours les bonnes personnes,
les bonnes personnes pour moi.
Je n’ai pas envie de mourir bien vieille,
vous savez.
J’ai envie de pleurer
et d’en mourir.
Bientôt.

Il y a la peine qui circule.
Il y a moi qui me déteste
et il m’arrive de le dire comme ça,
tout bonnement.
Enfin,
ou presque. »
Carnets, Je ne sais plus

12074743_982889255087979_6891454377382588347_n