Il fut un temps où tout ce que j’écrivais était vrai. Les histoires tirées de ma vie, les hommes de mon lit. S’il pleuvait c’est qu’effondrée quelque part j’étais en larmes, si dans le ciel il y avait les étoiles c’est qu’ici cette nuit-là la lune était pleine.
Ce temps fut toute ma vie et puisque bientôt ma vie ne sera plus, il vaudrait mieux avouer que je me suis perdue, que je me suis violée, menti, un peu brisée, beaucoup détruite, dans cette vie que je me suis racontée.
Pendant plus de 30 ans, je fus celle que j’écrivais ne sachant si l’encre me dictait davantage que mes pas, ne sachant pas très bien où j’allais, encore moins qui j’étais. Je me suis dessinée, ai pris cette démarche titubante, me suis teinte en blonde, en rousse, en rouge, en rouge un peu pourpre. Je me suis peinturée tellement que je ne sais plus quelle couleur sont mes lèvres. J’ai tant bu ces derniers jours, quel jour sommes-nous? Ceux qui m’aimaient, quand sont-ils partis? Quand ont-ils cessé de livrer les fleurs? Et sortir les vidanges? Depuis quand fait-il froid? Sommes-nous en janvier? Pleut-il encore? Quand vais-je? J’ai si peu mangé ces jours derniers, je ne sais plus quelle taille je fais. Cette tunique, est-elle mienne? Cet appartement, combien de pièces a-t-il? Tout me semble si grand trop grand tellement grand, j’aimerais qu’on me retire cette tunique, qu’on me dépose dans un lit comme un long couloir blanc.
Coupez-moi les cheveux, quelle allure ont-ils maintenant? Retirez-moi cette tunique, rien ne me va plus. Déposez-moi par terre, dans un couloir blanc. Prenez-le ce poids, ce poids que je ne supporte plus.
Peut-être si je n’avais pas cru cette vie que j’ai écrite si grande, peut-être si je n’avais pas aimé ces hommes que j’ai décrit si grands, peut-être me sentirais-je moins petite maintenant.
Et peut-être cette vie j’aurais pu la vivre.
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