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L’écriture sans cohésion.

Ces jours-ci, je rédige trois scénarios en même temps. J’ouvre un document, j’écris quelques lignes, puis je plonge dans un autre univers et je me laisse emporter, donnant aux personnages des particularités qui ne leur conviennent pas, des réactions attribuables à d’autres, des commentaires qu’auraient mieux fait de dire les voisins, les soeurs, des enfants, pour plus de vraisemblance, plus de cohésion. Mais la cohésion ne m’intéresse pas ! Dans le récit, elle ne me convient pas et je n’en ai rien à foutre ! Ce n’est pas ce que je recherche ni ce pourquoi j’écris.

Je préfère les saccades, le brut, le déconstruit.

J’aime lorsqu’on ne sait plus, lorsqu’il y a asymétrie, anachronisme. J’aime lorsque la tête du personnage ne respecte pas l’émotion qui le ronge. J’aime lorsque les corps qui se meuvent sont dominés par l’absence, décalés par le manque, lorsqu’ils se retrouvent seuls, même à plusieurs, lorsqu’il n’est pas dit où ils se trouvent ni ce qu’ils font. J’aime quand la solitude se fait maître, quand ceux et celles qu’on raconte exposent leur sentiment d’être comme tout le monde par des gestes incongrus, des phrases mal placées, pas-à-propos. J’aime lorsque ce qu’ils vivent ne les concernent pas et qu’ils en font quelque chose de personnel.

J’aime qu’on ne sache pas, qu’on n’en sache rien. De ce qui leur arrive, de ce qu’ils deviennent. Qu’à la fin, aussi submergés par l’histoire que nous ne le soyons, et bien je préfère encore qu’ils nous plantent là et que c’en soit fini de leurs émotions et de leurs corps qui se déplacent dans cet espace si tangible qu’on ne s’est pas donné la peine de le décrire. Je préfère les histoires sans fin, les dénouements en cascades, en suspens, les oubliés. Roller coaster babygirl !

J’aime les changements de ton aussi.

Ce qui me plaît davantage, ce sont les mots que je répète mille fois, les phrases que j’ai déjà écrites et que j’écris à nouveau lorsque je m’entête sans me soucier le moins du monde qu’un lecteur pourrait me juger inadéquate, jucher sa tête au-dessus de mon épaule et regarder ce qui m’appartient, observer comme se dévoilent, à travers les moutons que j’invente comme nous sommes – des bêtes souffrantes et apeurées d’être mises de côté, laissées pour compte, mangées – mes craintes, mes questionnements, ma honte.

Ces êtres que je raconte, je les aime lorsqu’ils y arrivent, lorsqu’ils y sont, à cette maturité émotionnelle qui leur donne la force et le droit de dire NON !, la validité nécessaire, ou serait-ce de l’amour-propre, de dire J’en ai assez ! Ça suffit ! Décâlice ! J’aime qu’ils ne savent pas bien parler, qu’ils mélangent les langues, when they don’t give a fuck about who they should be, qu’ils se placent en marge de ce qui doit être, du normatif, de ce qui est convenable. Si dans l’écriture tous devaient ne plus être que souffrances, écorchures et débordements, les joies n’en seraient que plus belles. Phénoménales.

Et je souhaite écrire ainsi.

*By the way, même si j’ai dit par le passé que le blogue était mort, que c’est ce que je crois et que je ne ressens désormais plus que très rarement l’envie de m’y raconter, il se pourrait que je vous écrive ici au cours des prochaines semaines.

Les images Instagram manquent parfois de l’espace dont j’ai besoin pour m’inspirer.
Les images manquent de mots.

Enfin, c’est un constat personnel, mais puisque ce qui est intime est tout ce qui m’intéresse,
Bisous-Love.

Filed under: Jelefaispourmoi