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Every Woman

La solitude, c’est regarder par la fenêtre, les rideaux tirés. Every Woman

J’écris mieux lorsque je suis sobre, en forme, seule, forte, vivante. C’est la journée de la femme et j’aimerais bien écrire, écrire bien, mais je n’ai pas la tête à ça. J’ai le cœur en bateau. C’est une journée difficile pour moi, le 8 mars. Je suis en deuil. J’ai envie que quelqu’un me serre dans ses bras, qu’on me tienne contre soi. Il y a des jours où je ne tiens pas toute seule. Aujourd’hui, j’aurais besoin d’épaules larges auxquelles m’accrocher. J’ai besoin d’un homme, pour me réconcilier. Jetez-moi des pierres, les féministes, je revendique tout de même ma place à vos côtés.

Je m’effondre toujours un peu pour la Journée de la Femme. Je ne sais pas si ça s’écrit avec des majuscules. Ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est que j’ai à dire et même si c’est écrit tout croche, il faut dire aujourd’hui pour demain.

C’est difficile être une femme dans un monde fait par les hommes, pour eux. Femmes, on est respectées plus souvent nulle part que partout. Ne souriez pas aux étrangers dans une rue indienne puisque l’homme à qui vous souriez criera Working Girl! à ses copains en vous pointant du doigt. N’invitez pas votre ami à dîner en Jordanie, car c’est à lui qu’on tendra les billets. D’ailleurs, une femme qui paie, ce n’est pas toujours bien reçu.

Au cours de ce voyage, j’ai pris plusieurs mesures pour ne choquer personne. Je me considère si chanceuse de pouvoir être en terre étrangère, j’essaie de m’éviter où je ne suis pas bienvenue et tente de me glisser discrètement sous les cultures différentes des miennes. J’ai porté le hijab, me suis camouflée les genoux et les coudes, me suis voilée les épaules et la nuque, j’ai tendu de l’argent à plusieurs hommes pour qu’ils paient pour moi. J’ai marqué mon front d’un tika, ai enfilé une bague à mon annulaire gauche, tantôt droit, ai prétendu être mariée plus d’une fois, plus souvent pour qu’on m’accepte. Merci à tous ceux qui ont bien voulu être mes maris l’espace d’un après-midi ou d’une escapade en train.

Il fallait être du mariage indo-musulman où l’on m’a invité, le mois dernier. Les femmes ne mangeaient pas parce qu’elles étaient trop nombreuses. Les hommes s’empiffraient. Parce que je suis blanche et que j’accompagnais un ami blanc, on m’a laissé m’asseoir à table. Seule parmi plus de 200 hommes, je n’avais qu’une seule envie; foutre le camp. Mon ami n’a pas compris pourquoi je ne souriais plus. C’était difficile pour moi. Je ne me suis pas sentie privilégiée. Pour ça, peut-être m’aurait-il fallu une race. Je n’en ai pas. Je ne suis que sexe. Féminin. À Dieu ne plaise, ça ne plaisait pas à Babu, l’ami chauffeur de taxi, qui ne s’adressait qu’à mon copain, sur le chemin du retour.

Il fallait voir le Mur des Lamentations, à Jérusalem.
– Pourquoi l’espace réservé aux femmes est-il réduit de moitié comparativement à celui des hommes?
– ‘Cauz more men are coming, on m’a dit.
Le jour de ma visite, il y avait ce que j’ai estimé être trois fois plus de femmes que d’hommes. Je ne sais pas grimper aux murs, pas même m’y accrocher. Si j’avais su, je me serais hissée jusqu’au sommet et je l’aurais fait tomber. À bas les murs! a gueulé une athée en terre sainte.

Il fallait entendre chuchoter cette professeure Américaine qui enseigne auprès des jeunes femmes, en Arabie Saoudite.
– They raped me, tried to pass over me with their car. They throw me food on the face because I don’t have a man sitting next to me at the restaurant. I cannot walk on the street alone.
– Why do you stay in Saudi then? You should return in the States if your life is at stake.
– Do you know what I see on the eyes of these women?
– No.
– Hope. Hope and change.
Je me souviens avoir regardé par la fenêtre. Les rideaux étaient tirés. Entre eux, j’ai aperçu mon reflet dans la vitre et je me suis jetée un regard comme une femme qui en regarde une autre. Je me suis vue menace, puis alliée. Je me suis dit qu’il fallait me voir en toutes ces femmes pour comprendre que seules les femmes peuvent se sauver.

Je ne me fais pas la voix de toutes ces femmes, je ne le peux pas. D’ailleurs, je ne saurais comment m’y prendre ni par où commencer. Et puis, je ne me la joue pas féministe. J’ai les seins trop lourds pour brûler mon soutien-gorge. Je rigole, je sais bien qu’il n’est pas là le débat. Ma féminité ne se trouve pas plus sur mes lèvres que dans mes cheveux. Je suis toutes les femmes.

I AM EVERY WOMAN.

Filed under: Jelefaispourmoi

  1. nadine
    J'ai vu votre post courrir sur Facebook. Ce que vous avez écrit est très touchant. Il me rappelle qu'ici même des inégalités horribles persistent et que les jeunes femmes de notre société ne veulent même plus les défendre. Je me sens des dernières féministes. Tout comme vous je ne brûlerai pas mon soutien pour cause d'abondante poitrine, mais j'ai mal à mon genre de n'être si peu de chose pour le reste de la planète.
  2. sophie
    Je suis, tu es, il est .... la feminité. Être femme, c'est être le chêne au milieu de la foret. Merci pour ce magnifique texte.
  3. Malène
    Merci pour ce très beau texte. Toutes les femmes s'y retrouveront. Je suis seule depuis trop longtemps et je me suis effondrée à la phrase "Il y a des jours où je ne tiens pas toute seule".... Après, j'ai continué à lire et la révolte a remplacé ma tristesse. Alors encore merci et bonne journée aujourd'hui et toutes les autres.
  4. François Beaumont
    J'essais de pas m'associer au mal que font tous les hommes. Pas facile de pas me sentir responsable de toutes les atrocités faite au Femme. Mais aujourd'hui j'offre mon épaule pour toute celle qui croix que malgré tout, il est possible de vivre en harmanie peut importe les différences
  5. marguerite
    Qui entendra la voix qui crie au fond de notre ventre???Alors qu'il ne reste qu'en soi où aller, difficile de rester debout quand on te préfère couchée,coulée .
  6. Sylvie
    Superbe ton texte, Bonne Journée de la FEMME, en majuscules! et un gros câlin pour toi!
  7. Que de beauté et de cruauté dans ce texte et surtout que de vérité. Je crois que les hommes ont peur des femmes ,ils savent que nous sommes plus fortes qu'eux. Pas physiquement bien sûr, mais pour tout le reste, ça c'est certain.Unissons nos voix pour que nous soyons respectées partout dans le monde.