CLOSE SEARCH

Faire partie du monde

C’est assez étrange et c’est à la fois ce que je ressens, cette impression de faire « plus » partie du monde, cette illusion qu’en Europe, je me rapproche d’une diversité qui me ressemble, alors que je suis dans un pays où les politiques migratoires et mesures d’«intégration» sont reconnues pour mettre de l’avant le sameness blond et éduqué. Je caricature bien sûr, mais tout de même, on le voit jusque dans la rue, la politically/nationally correctness que certains chercheurs ne se gênent pas de nommer danishness dans leurs études de terrain et autres investigations.

Pas si étrange, je l’ai toujours su. À cinq ans, je disais à ma mère que Chicoutimi c’était trop petit. Je l’écrivais il n’y a pas si longtemps, comme l’ennui m’a toujours habité. Ou est-ce la curiosité qui n’a jamais cessé sa domination ? N’est-ce pas elle qui, d’aussi loin qu’on se rappelle qui j’ai été, a toujours cherché à vaincre les routines qui me répugnent, le «normal» qui ne me satisfait pas et les réponses si faciles qu’elles refusent de s’élever et se résignent au vase clos. 

S’élever. Douter. J’ai longtemps cru que douter de moi-même était la voie à suivre pour m’ouvrir sans idée fixe, pour évoluer en plein relativisme, pour me fuir sans pour autant cesser ma quête, comme si tout allait de pair même au-delà les concepts binaires. Cinq ou six ans, je pointais Mickey au téléviseur, je ne comprenais pas la langue avec laquelle la mascotte s’exprimait, mais c’est tout de même cette langue que je voulais parler. Les tourments et représailles que je me suis imposée sont venus plus tard…

Est-ce de renier mes origines ?
Est-ce une rebellion contre mes proches ?
Une prise de position contre mon territoire ?
Est-ce une rupture à l’endroit de mes racines ?
Can roots and other routes stand together ?

Racines. Ce mot ne devrait-il pas résonner en moi plus fort ? Ne devrais-je pas désirer faire naître mes enfants près de leurs grand-parents ? Ne devrais-je pas souhaiter être là pour voir grandir les descendants des miens ? Miens, aïeux, héritages, sources, chez-soi, maison… Ce sont là des termes importants, mais les charges émotive et symbolique qui y sont reliées sont imprégnées si fortement de normes et d’affects jusque dans les consciences collectives qu’on en vient à se demander de quoi l’on parle et qu’on peut aisément s’en vouloir de désirer composer avec un autre, un otherness lui aussi fabriqué.

Je commence tout juste à comprendre qu’on ne divise pas les identités, à moins d’être neurologiquement pathologique j’imagine, mais voilà qu’on dépasse mon schème de connaissances et que je ne comprends plus. Ou peut-être que si, peut-être ai-je compris tout cela il y a bien longtemps, mais que je ne commence tout juste à l’internaliser.

Aller voir ailleurs est pour moi un effort d’unification. C’est me permettre d’être ensemble, de me rassembler. Je ne sais pas quelle terre je donnerai à mes kids. Je ne crois pas qu’ils verront le jour là où j’ai ouvert les yeux pour la première fois, car j’en ai plus qu’assez de Montréal et que c’est maintenant le Québec qui est trop petit. Et en disant je ne sais pas, je suis consciente de ma position et prise de parole privilégiées qui me permettent de dire : la maison n’est pas pour moi un synonyme de fixité. J’en suis consciente, ne vit pas à Copenhague qui veut. 

Voilà que ça aussi c’est étrange, les kids ne trouvent pas leur voix dans mes textes lorsque je suis à Montréal au Québec au Canada, ces lieux que d’un point de vue légal l’on considère chez-moi. Dans mes jeux de rôle lorsque j’étais enfant, il m’arrivait de jouer une femme, une enseignante, une reine, une dictatrice, une policière, une danseuse, une maîtresse, une mariée, un homme parfois, mais une mère jamais. La première fois où mon imaginaire a fait de moi une mère, c’était il y a quelques années lorsque j’étais en Inde. J’étais beaucoup plus jeune et j’ai écrit le début d’un roman que je ne suis pas prête de terminer. Et me voilà au Danemark, quelques années plus tard, et que cette idée de roman refait surface, que mon esprit s’effare à visualiser une maison blanche et un homme et un enfant. Cet enfant, je ne le vois pas, je ne lui adresse pas même la parole, mais il est là. Il est bien là quelque part, il a sa place dans la maison et sa chambre est à l’étage. J’essaie de faire un effort de non-explication, une tentative de créativité, pour dire comme je me rapproche de ma vie, à chaque pas, à chaque destination…

Je ne parle pas de rêves puisqu’il s’agit bien de ma vie, de mon imaginaire. J’y ai longtemps vu la fuite, ou une constante confrontation, alors qu’il ne s’agissait tout ce temps que de moi.

IMG_4499 copie

Filed under: Jelefaispourmoi

  1. Louise Sylvain
    Ce billet de toi me fait dire que ma chère Sabrina tu es une globetrotteuse point à la ligne. Probable que dans ton parcours de vie tu auras le temps de faire plusieurs fois le tour du monde. Note: J'espère tout de même que tu trouveras un peu de temps pour faire un STOP à Montréal pour me raconter un peu de ton histoire. ????????????????