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Inconsolable

Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. J’aime, j’aime, j’t’aime.

Je le dis vite sans même y penser. Je le dis à m’en essouffler. Je le dis à en perdre le souffle. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je l’écris à en pleurer, à m’y méprendre, à en perdre l’usage des mots. Mon besoin de dire varie en fonction du destinataire, alors que je crois savoir que l’amour ne devrait varier en fonction de rien.

Il y en a qui tous les jours vous le diront : L’Amour, l’Amour vrai, bla-bla-bla… Ils se feront un plaisir de vous le dire puisque bien sûr, eux, ils savent. Ils savent de quoi ils parlent. L’Amour, le vrai, pas l’amour que vous ressentez, pas l’amour que vous avez connu, pas l’amour que vous avez pour vous ou pour vos parents, non non non. L’Amour big A, l’Amour Above the light and sky, c’est à croire qu’ils l’ont inventé pour le remâcher et vous le recracher en pleine gueule lorsque vous avez le coeur en miettes et au ventre une peine d’océan.

Parfois, je me demande si ce ne sont pas ces mêmes cons qui m’interdisaient de pleurer lorsque j’étais petite. Cette enfant, c’est vraiment une enfant martyre ! Non, mais elle va arrêter de pleurer tu crois ? Pourquoi elle pleure comme ça ? C’est quoi son problème ? Sabrina, ça t’amuse de pleurer comme un bébé ? C’est pour attirer l’attention ? Tu ne peux pas parler comme tout le monde, au lieu de brailler comme une enfant battue ? Mon Dieu, mais qu’est-ce que le monde va penser de cette enfant-là ?

Cette enfant-là, c’est l’adulte que je suis aujourd’hui, inconsolable. Et pour tout vous dire, je m’en câlice de ce que le monde pense ! De toutes façons, la plupart du temps, je ne pense pas qu’il pense, justement. Ou au contraire, il pense trop et ce n’est pas mieux ! Je préfère un monde dans lequel on ressent les choses au risque de pleurer plutôt qu’un monde où il vaut mieux ravaler ses larmes pour bien paraître et ne pas craindre que le monde se mette à tourner de travers, ou enfin à l’endroit, à cause d’un sanglot qu’on aurait laisser sortir.

Je passe ma vie à souhaiter que les gens me trouvent brillante, à vouloir que mes collègues me comprennent, à rechercher la reconnaissance dans le regard de mes proches, de mes soi-disant très-proches. Ma vie à désirer des signes d’attention, d’affection parfois, à souhaiter que mon écriture touche les coeurs et les esprits. Ma vie. Mais lorsque je suis triste, triste comme aujourd’hui, j’avoue que je m’en câlice pas mal de pleurer dans un café, de pleurer dans la rue, d’éclater en sanglots à la caisse d’une épicerie, de brailler chez moi ou ailleurs dans le monde. Lorsque je suis triste, et c’est vrai depuis que j’ai l’air d’une enfant martyre pis que je gêne tout le monde, je m’en balance et je laisse sortir.

Aujourd’hui, c’est la St-Valentin et je suis cassée du coeur alors je n’arrive pas trop à me tenir bien droite, à rejeter la tête vers l’arrière et à dire dans un sourire : C’est une journée comme les autres, simplement un peu plus commerciale. 

Je viens de lire un article sur la génération fautive qui est la mienne. « Une génération qui ne répare plus les relations et qui casse tout à la première occasion. » Je vis une rupture difficile dans le moment et je suis en désaccord avec ce que je lis. J’ai envie de dire à tous ces coeurs qui souffrent de s’accrocher puisqu’il peut être tellement plus souffrant et plus ardu de se réparer seul que de réparer à deux. Mais bien sûr ce n’est pas une solution qui convienne à toute relation.

Enfin, c’est la St-Valentin et, si j’avais écrit ce texte plus tôt aujourd’hui, il se serait intitulé ainsi : L’osti de St-Valentin, je vous la crisserais par la fenêtre. Heureusement, j’ai pris le temps de méditer, d’aller courir, d’écouter des chansons tristes, de manger des légumes et de faire mon lavage un samedi soir pour que la sécheuse me fasse l’honneur de son vacarme habituel et qu’elle donne à mes colocataires et voisins le répit de mes pleurs.

Je suis désolée si mon message de St-Valentin n’en est pas un rose bonbon. J’aurais aimé qu’il le soit, très sincèrement. J’aurais aimé dire Je t’aime à celui que j’aime et lui faire parvenir les fleurs en lettres d’amour que j’avais préparées. J’aurais aimé faire dans la dentelle rouge et sucreries à la cannelle, mais il se trouve que je préfère la dentelle noire et que je n’aime pas beaucoup le goût de la cannelle. Il se trouve que j’ai au coeur un chagrin qui ne me permet plus de le dire, Je t’aime. Je n’arrive plus à le dire du tout, ni à vous, ni à lui. Et c’est pourquoi je dois réapprendre à me le dire à moi.

Happy V.

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