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La plainte de la lune…

janvier 20th, 2011 · 2 Comments · Sous effet...

Je plains les gens qui m’entourent.

Il est à noter que je ne les plaignais pas du temps qu’ils m’étaient inconnus, mais les gens ont cette mauvaise habitude que de se présenter. Ils tendent la main, d’autres plus téméraires risquent la joue. La joue m’embarrasse. Je me demande toujours ce que veulent ceux qui la tendent. Un baiser ? Une gifle ? Le corps n’a pas le langage très clair.

Le problème est qu’il faut être soi-même pour se présenter sans quoi on présente quelqu’un d’autre… C’est pourquoi je ne m’y risque jamais. Être soi-même ne veut pas dire grand chose lorsqu’on s’auto-fourvoie naturellement. J’ai lu cette semaine qu’il n’y avait rien de tel que d’être naturel pour tromper ses proches. Vrai ! Dostoïevski avait raison. Je les trompe tous et me trompe moi-même vertigineusement chaque jour un peu plus.

Les présentations, si seulement on pouvait en rester là, mais non, pas de chance, y en a qu’il faut que je baise, d’autres à qui je dois parler, sourire, complimenter, certains devant qui je dois me courber, me mettre sur la pointe des pieds… C’est ce qu’on fait en société, non ? On glorifie le voisin pour rien, on se plie devant l’altesse, on se plisse devant l’inconnu, on se pisse dessus devant de drôles de type…

Je plains les misérables avec qui j’entretiens des semblants de relation. Ils n’ont pas l’air de se rendre compte l’effort que je dois fournir lorsque je me perds en conversation. Il doit être pénible de m’entendre parler et ne rien dire. Je manque de conviction. Mes phrases meurent avant d’être mis en bouche. J’ai l’élocution qui rush. Je n’ai aucune opinion, mais des poèmes plein la tête. Qui a envie de s’entretenir avec une fausse poète qui rumine sa mauvaise poésie partout sans jamais vraiment la laisser sortir ? Je ne sais plus quand les gens ont cessé de m’intéresser. Un jour, ils étaient toute ma vie et le lendemain, ils se sont mis à m’ennuyer d’un ennui insondable. La discussion devint dès lors une tâche lourde, la parole étant bien plus répressive que l’écriture.

Je plains le dernier amant que j’ai baisé. Le pauvre, plus l’espace rapetissait entre lui et moi moins j’étais moi-même. De telle sorte que ce n’est pas moi qu’il enlaça et qu’une étrangère lui fit l’amour sans amour. Je n’en garde aucun souvenir. N’y a-t-il pas là quelque chose d’inquiétant ? Soucieuse, je consultai Chemama et il m’apprit que cette amnésie était volontaire et qu’elle se traduisait par un manque d’expression lors de situations inconfortables pouvant, elles, résulter de traumatismes vécus  lors de mon enfance et autre charabias freudiens. Je m’en fichai et oubliai cette histoire d’amnésie désirée lorsque je compris que, si je ne l’avais pas baisé ce n’était pas puisque je pensais à un autre, ce qui aurait été insidieux, mais parce qu’entre lui et moi, il n’y avait pas de sexe, il n’y avait que du texte. Il y avait là des mots, des millions de mots dans ce lit trop grand et encore plus de mots dans ses bras trop petits. Des mots à en vomir. Vomir c’est bien, mais encore faut-il savoir où le faire. Sur lui ou dans son lit ? Je décidai de foutre le camp à la recherche de mon carnet. Plus propre.

Je plains ma coloc de demeurer sous le même plafond que moi. La poussière roule sous mes cent pas dans un espace n’en permettant que treize, aller-retour. La poussière roule comme ma bille et celle de mon crayon. La crasse croule sous la pile de vaisselle comme je croule sans mon carnet. L’osier du panier craque sous les vêtements sales et je craque sous les mots qui s’accumulent.

Je plains les clients à qui je dois vendre des chaussures, du rêve dirait mon gérant. Je n’esquisse pas un sourire pour vendre à madame des jambes de six pieds pas plus que je ne fais un clin d’œil à monsieur pour lui vendre un one-night. J’ai le sourire extensible et l’œil droit gauche, il papillonne tout seul. J’en ai assez de vendre des centaines de chaussures par jour alors que je ne rêve que d’aller pieds nus…

Je plains même cette dame qui me tient en otage téléphonique depuis plus de vingt minutes pour un sondage. La pauvre, elle se retrouve sans le savoir au bout du fil avec une fille bouillant au bout du rouleau et à bout de nerfs.

Je plains mes misérables amis, mon dernier amant, ma coloc, mes clients, madame, monsieur et leurs chiens..

Et je préfère encore plaindre tous ceux qui m’entourent plutôt que de me montrer sous mon vrai jour-…

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2 Comments so far ↓

  • Mr.T

    J’adore si on serais sur fesse bouque je cliquerais volontier sur «like». Sur ce, je m’incline devant votre texte et vous fais la bise Mme Dumais! ;-)

  • Nicole

    Je crois que tout le monde s’est senti visé par ton billet, chère «Je le fais pour moi». Pourtant, c’est un bien beau texte. Il faut que tu écrives quelque chose sur les accords toltèques et nous redire qu’il ne faut jamais rien prendre personnel. Mais je te plains d’avoir à le faire.

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