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L’avenir dans la rue.

mars 22nd, 2012 · 1 Comment · Ma vie, en tranches...

J’étais dans mon 9 à 5 confortable et je bouillais supportant mal que près de moi des milliers de jeunes façonnaient mon avenir.

Mon avenir égoïste faisait tout pour ne pas entendre les cris de la rue. Il a placé des écouteurs sur ses oreilles, s’est coulé un café, s’est enseveli sous les tâches et s’est écrasé dans sa chaise. Efforts vains, ça tremblait. Des milliers de jeunes qui veulent changer le monde, ça me fait vibrer bien plus fort qu’une terre entière qui tape au clavier.

J’étais là à me ronger le sang, à m’arracher les cheveux et à recommencer à fumer lorsque mon voisin de bureau a lancé :

« ces manifestations, je ne crois plus à ça… »

Il l’a dit avec le ton qu’il fallait. Ça m’a jeté à la rue. Quelques minutes plus tard, j’étais entourée, je n’arrivais pas à crier et j’avais même de la difficulté à avancer.

J’étais émue.

Émue de les voir tous là et de faire partie d’eux.

Je suis une femme d’émotions.

Je ne suis pas lettrée comme je le voudrais, mes convictions ne sont pas chiffrées comme elles le devraient et je sais tout juste compter, mais je compte suffisamment pour savoir que mes études sont la raison derrière ce 9 à 5 confortable.

Si j’avais eu les moyens, si ma famille avait su qui étaient Descartes, Sartre, Duchamp et Heidegger, si ma société avait valorisé davantage les études, si le travail intellectuel était récompensé, si ma réalité, si, si, si… Avec des si, je m’envole pour Paris pousser les portes de la Sorbonne et peut-être je paierais pour étudier, partout et dans les meilleures écoles.

Criez au paradoxe! Il n’en est rien. La faute me revient.

Je n’ai manqué de rien ou plutôt si, mais on manque tous de quelque chose. J’ai eu l’amour et une mère qui toute sa vie s’est privée pour que je puisse faire ce qu’elle n’a pas pu faire, étudier. Ma mère a dû cesser ses études, car elle en avait plus qu’assez de vivre mal. Et non elle n’avait pas de cellulaire M. Martineau…

Elle est là mon injustice sociale. Profonde. Enracinée. Mon avenir égoïste a souffert de naître sans livre et, je sais, vous me direz qu’il y a pire, mais je vous répondrai qu’il y a mieux aussi.

Mieux, c’est ce à quoi ma société aspire, en marchant, dans les rues…

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One Comment so far ↓

  • Alexandra Proulx

    Bon matin,
    Si j’avais écrit un texte sur les événements d’hier et sur ma propre situation…et bien mes propos auraient été pratiquement identiques. Je suis en Gaspésie et malheureusement je n’ai suivi que la manifestation par le biais du Web. J’ai deux enfants et j’espère qu’ils pourront avoir la chance de faire le parcours scolaire. Et moi, je vais faire tout pour les aider dans la mesure du possible.
    Bravo pour ton article et bon week-end
    Alexandra

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