Sept mois que je n’avais pas mis les pieds sous terre.
Et dire que pendant tout ce temps, je marchais sur la tête de tonne de gens, oubliant complètement leur existence. J’en vins même à oublier que j’étais mortelle et que nous n’étions que des fourmis, Werber ne réussissant pas à me le rappeler.
J’avais oublié que les gens se faisaient parfois laids, rarement par choix, qu’ils ne s’habillaient pas tous avec goût et que plusieurs avaient une drôle d’allure, une étrange démarche ou encore une incroyable dentition. J’avais oublié qu’on ne confectionnait pas que du Mackage, du Canada Goose et du Soia & Kyo, que quelque part, pas très loin, on portait la botte blanche, du Baby phat et que toutes les lunettes n’étaient pas celles de Woody Allen, qu’on ne fumait pas tous des cigarettes importées et qu’on ne buvait pas tous du bon vin.
En sept mois, j’avais oublié tant de choses! Un séjour dans le sol et tout me revint.
Je me suis rappelée que je marchais vite et que je dévalais les escaliers comme personne. Je me suis souvenue, en l’espace d’une seconde, que les poteaux de métal me laissaient froide et que les sourires me faisaient chaud. Il me revint à l’esprit qu’on ne vivait pas tous sur le Plateau, que beaucoup de gens n’avaient pas de voiture, que les jeunes étaient « back to school », que les vieux étaient vieux et nombreux, que l’hiver s’annonçait, qu’il faisait chaud, que ça puait parfois, que les gens puaient plus souvent qu’ils ne sentaient bons, que les hommes me souriaient, qu’il n’y avait pas que ma boulangère qui menait la vie dure, que les gens lisaient encore, que les ados s’embrassaient à pleine gueule dans les wagons et que même s’ils étaient laids, qu’ils avaient les bras trop longs et des boutons, ça semblait bon de s’embrasser ainsi.
Je me suis rappelée que mon amant ne demeurait plus à Montréal, qu’il avait emménagé à Hambourg et que c’était l’anniversaire de ma meilleure amie. Je constatai que plusieurs faisaient de la drogue en plein jour, que la ville était souterraine et qu’elle ne m’avait pas manqué. Je pensai que je pouvais te croiser entre Beaubien et Square-Victoria, me fis la remarque que changer de trottoir était plus discret que changer de rame, trouvai ma musique trop forte, me reprochai de trop tweeter, de trop texter et décidai qu’il fallait profiter de ce temps mort, 25 mètres sous terre, pour continuer mon livre.
Quelques pages et je hochai la tête, signe approbateur, en lisant Roméo Dallaire dans De quoi le Québec a-t-il besoin? Le sénateur me paraît pas mal plus sensé qu’a pu l’être Lucie Pagé, page précédente.
Celle-là, elle rêve en couleurs.
De quoi le Québec a-t-il besoin?, c’est la question. Le Québec a besoin de beaucoup de magie, c’est sa réponse.
René Lévesque n’était pas magicien, Jean Lesage n’était pas martien et, avec des idées pareilles, je laisserais tout entre les mains de Merlin.
À quoi bon croire à l’humanité puisqu’il y a l’alchimie?
Vous voulez enrayer le cynisme? Pas de problème, prenez votre long chapeau noir et faites-en surgir un lapin!
Vous désirez éduquer la nation? Balayez-moi le ministère à grands coups de rites incantatoires! Sommez les étudiants de sortilèges!
Non, mais… C’est d’un projet, de liens et de confiance dont le Québec a besoin.
Ça pis de prendre le métro!
Je vous préviens, ça risque de puer, de jaser fort pis de sacrer, mais il est là le vrai monde! Ils sont là les maux d’une société en manque, d’un service en panne.
Ça vous débranche de votre cellulaire pour un moment, mais moi, en tout cas, c’est ce qui m’a reconnecté.
Ça coûte trois dollars pis c’est pas sorcier!
NET!!
Excellent! Tu semblais « révolutionnaire » dans celui-ci! Dû moins, je t’aurais confier les reines de ma révolution pour un instant.
PS- Ne touche pas aux poteaux (ou Pôtô comme on dit en Montrélais) de métal…c’est infecte!