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Matin froid.

On avait peu à se dire alors on buvait. On buvait beaucoup. De la bière, du vin, essentiellement du vin blanc puisque c’était l’été et que le vin rouge l’assommait. On buvait pour que la nuit ne s’arrête pas, pour que le courant passe, pour s’aimer. Certains soirs, on y est arrivés. Ces soirs-là, je l’aimais.

Une fois, on a fait une cuite à la Téquila et une autre au Whisky-Coca. Avec celle-là, ça a été le début de la fin. On s’est dits que ce n’était plus possible. De se voir, de se mettre dans des états pareils, de tricher nos partenaires, de baiser sans protection, de faire tant de kilomètres, s’enivrer rapide, pour ensuite reprendre la route encore étourdis, de faire ça partout. On s’est dits ça, que ça ne pouvait plus durer, les embrassades jusqu’à 8 h du mat, les tu es parfaite, tu es beau, mais qu’est-ce que tu me fais rire alors qu’au matin on ne riait plus. Ces mêmes matins où on avait du mal à se regarder quand la veille, non, quelques heures plus tôt, on se narguait du regard comme si l’on était fous amoureux, comme si l’on était capables de se voir, de parler la même langue, de se comprendre, de tenir. Tenir ensemble, tenir à deux, devant la nuit, au-devant des autres, du monde et des qu’en dira-t-on. 

Je l’ai aimé de la seule manière que je ne sache faire. De corps. De ces terres-là, je ne suis jamais rentrée. Et bien qu’une part de moi y soit toujours, malgré le quotidien, les drames et les joies, les enfants, le job et les cours du soir, il y a de ces matins froids où je donnerais tout pour y retourner. Et je te cherche. Cette fois sans ivresse, sans heurt, sans corps. Il y a dans certains souvenirs autant de douceur que de brutalité. Tu es de ceux-là.

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