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Matins sans fin

Cette béné-malédiction lorsque j’ai un travail à rendre à minuit se manifeste à chaque fois tel un puissant besoin d’écrire qui vous prend au corps et qui s’accompagne d’un plaisir créatif surpassant tout; la faim, le cul, le goût de courir. Cette brève créative, où pour un instant l’on cesse de courir après sa queue comme font ces chiens lorsque le temps se fait attendre et que l’imagination s’est absentée, me fait perdre le focus et je n’y peux rien, je me laisse trainer dans les mots comme d’autres se font trainer dans la boue et je suis une marionnette de plus, une marionnette qui danse et parle de par ses fils.

J’écris, car je n’y peux rien, que c’est dimanche, et que le dimanche est le jour que je préfère pour écrire, pour chanter, pour baiser et pour les caresses au lit toute la journée. Il y en a qui vont à la messe, alors que mon sermon se gémit and I like it sweaty. On ne vit que pour ça, l’espoir des lendemains qui, même s’ils sont faits de légers maux de tête et d’irrépressibles envies de café, sont des lendemains d’espoir. Je suis une figurine articulée, mais mes rêves ne se produisent pas que sur scène; ils se vivent en coulisses et me suivent jusque dans les chiottes.

Ces lendemains d’amour, ces frais souvenirs qu’on revisite toute la journée en se fermant les yeux, je m’y suis endormie. Alors que j’allais écrire ce qui par la mémoire peut être sauvé, je me suis réveillée mon Moleskine dans les bras comme l’on sert très fort une peluche certains soirs où l’on a peur. Sauf que je ne ressentais au réveil ni la peur ni le besoin d’écrire. J’ai refermé le carnet en ne notant rien d’autre que la date, car il y a de ces moments qui, même par-delà l’écriture, ne s’écrivent pas. Vendredi 13. 

Bien sûr, on pourra se dire un jour qu’on ne s’aime plus. On pourra tout se dire, qu’on ne fera jamais d’enfant, qu’on ne saura pas ce que pensent les amis, la famille, qu’on ne le saura pas, ce que le monde pense de nous. On pourra se le dire : C’était fort, c’était rapide and it felt right but then it went wrong. On pourra se le dire entre deux embrassades, qu’on ne se reverra plus, que c’était un temps mort, des draps défaits sur une vie rangée, mais avant de se le dire, laissez-moi seule avec ce matin porteur d’espoir et, une fois pour toutes, laissez-moi y croire, croire de nos corps que maintenant qu’ils se sont trouvés ne se quitteront plus. 

Ces matins d’espoir sont de ces très rares éléments de stabilité, des pointillés sur une ligne du temps non-linéaire, où il m’arrive encore de lever la voix et de chanter : 

I won’t get heavy
Don’t get heavy
Keep it light and
Keep it moving 

Laissez-moi le dire en anglais : Those mornings, I am a puppet without strings. 

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Filed under: Jelefaispourmoi

  1. Yohan Klouds
    [...] Ils sont fous. Ils n'ont rien dit, rien vu, rien lu. Ils ont marmonné leur TDA et ont scrollé down avec insouciance. Qu'y avait-il à goûter sinon le festin? Qu'y avait-il à saisir sinon l'immensité du non être d'où tout est issue? J'entends encore l'encre et le griffonnage qui se disputent la narration; le mord toujours l'image au talon.