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Fée Clochette avait les joues rouges ce soir-là.

novembre 27th, 2011 · Ma vie, en tranches...

J’étais assise au bar avec un parfait inconnu. Parfait, il me semblait. C’était un doctorant tout juste sorti du pavillon des sciences, tout juste rentré de Munich. Il était beau. Il était grand. Il s’appelait Nicolas. Nicolas avait fait le tour du monde, deux fois. Je l’ai entendu parlé trois langues durant la soirée et ce n’était pas pour m’impressionner. Il avait du génie et les détenteurs de cette rare capacité n’ont rien à faire d’épater, car ils ont dans la tête assez. Bref, il avait de l’assurance et une culture remarquable.

Rien ne me charme comme une grande culture.

Ça me déstabilise, m’enlève les mots de la bouche et les moyens des convenances.

Est-ce là le complexe d’une jeune femme de région s’étant réveillée trop tard? Je le crois. Est-ce là une guerre des sexes, un rapport de force ou une inversion des pouvoirs? Je n’en suis pas si sûre.

Toujours est-il, en présence de la grande C, je ne plie pas, mais me courbe. Ma tête dodeline, mes yeux s’agrandissent et mes pupilles se dilatent. C’est ça, en présence d’une culture forte, je suis high.

On a beaucoup parlé. Il m’a raconté les pays où je n’ai jamais mis les pieds, les universités que je n’ai pas fréquentées et les montagnes que je rêve de grimper. Je me sentais d’égal à égal avec un trentenaire brillant. On a débattu sur des projets de société, d’affaires publiques et thank god, on a omis la politique.

Il était tard. Je ne m’endormais pas. Il n’avait pas de bague. Ça m’a étonné. Ses amis étaient nuls. Ça m’a fait rire. Je ne pensais pas au sexe ni même au lendemain bien que j’avais mille trucs à accomplir, une mission personnelle à écrire.

Cette vie que l’on mène…

Il m’a offert de l’absinthe puis est parti aux toilettes. Je l’ai bu d’un coup, ai trouvé ça fort et ça m’a laissé un mauvais goût dans la bouche. Seule devant son copain qui lui aussi était seul, d’Artagnan étant parti fumer,  je me suis présentée. Fred avait une drôle de tête, une tête d’imbécile. Pourtant il ne devait pas l’être puisqu’il occupait un poste important dans une banque importante. Il rentrait tout juste d’un congrès international important où il avait rencontré M. Important en compagnie de Mme Importante. On a bien beau dire qu’il n’y a pas d’importance à accorder au titre, on en fait tout un plat qu’on s’amuse à manger froid.

Enfin, Fred ou Frédéric s’est mis à parler de liberté et à dire des choses du genre «Bientôt j’aurai des enfants et je ne serai plus libre.» J’ai lâché un cri, un cri comme j’en pousse de très aigus. Je lui ai demandé quelle était l’image qu’il se faisait de la liberté. «Le voyage et l’argent.», il a dit. «Voyager avec beaucoup d’argent.»

Conneries valables. N’est-ce pas ça être libre? Pouvoir se la chanter comme on l’entend. À chacun sa définition après tout.

À toi la Jamaïque et 160 000 euros! À moi le souffle et une bouffée d’air frais!

On s’est obstinés longtemps. Je préférerais dire qu’on a échangé, que nous avons discuté, mais ce n’est pas le cas. Plus on parlait, plus il criait. Plus il élevait la voix, plus son âme semblait se rétrécir. De retour des chiottes et de la terrasse, les autres mousquetaires s’en sont mêlés. Leurs idées, de toutes manières préconçues, semblaient valoir bien plus que les miennes, de toutes manières changeantes, tellement ils s’emportaient.

J’en ai eu vite marre de ces hommes à grande culture, à gros salaire et à belle gueule. Je me suis levée en sourires et en clins d’oeil, ai prononcé un «mes chéris» puis j’ai foutu le camp sans même dire «aurevoir».

Croyez-moi, lorsqu’il y a quelque part la liberté au programme, il importe peu que les hommes soient beaux, téméraires ou trentenaires. On s’en fiche qu’ils soient riches, grands ou doctorants, car il vaudra toujours mieux avoir le souffle. Un souffle que ces types-là n’auront jamais.

Signé Fée Clochette qui est rentrée chez elle les joues rouges ce soir-là. Rouges et pleines, de grandes bouffées d’air frais!

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belles, mais creuses sont ces nuits.

novembre 19th, 2011 · Sous effet...

Hier, on aurait pu croire à l’hiver. Le fond de l’air était froid et bien que les corps qui s’entassaient dans ce bar étaient chauds, on aurait pu croire que la neige reviendrait. On n’avait pas envie de se prendre la tête avec ça puisque l’ivresse nous avait fait oublier jusqu’à notre nom.

Qu’a-t-on à faire du temps qu’il fait quand on n’a que 20 ans et des poussières?

Que ferons-nous du temps lorsque la nuit ne sera plus?

Mes mots comme mon regard étaient vides. Mon rouge à lèvres se portait fort bien lui. En m’entendant répondre une connerie à un type bien, je me suis demandée s’il n’avait pas été préférable d’appliquer moins de rouge.

À quoi sert une belle bouche s’il n’en sort que des fadaises?

À un moment, je suis sortie fumer dans la ruelle derrière le bar. J’avais besoin de me poser la tête contre un mur de briques. J’avais besoin d’être seule. Cette solitude qui m’avait fait sortir de chez moi et m’avait fait descendre tous ces verres, j’avais besoin de la retrouver. Il y a des soirs comme ça.

Un gars est venu s’allumer un joint dans la ruelle. On s’est salués. Il s’est approché et m’a demandé si je lisais parfois.

Devant les inconnus, je préfère me la jouer conne. À chaque animal son moyen de défense.

J’ai répondu que non, que la lecture ce n’était pas trop mon truc.

C’est quoi ton truc? il m’a demandé.

Je lui ai dit que je ne savais pas. Il m’a posé une autre question, je crois. Je n’ai pas bien compris. J’étais complètement perdue. Mentir, je ne sais pas comment faire. Ça m’a jeté par terre. Je ne sais plus combien de temps je suis restée planté là. Là à me dire que  sans les romans, sans Sagan, sans Sartre, sans Bret, sans Rimbaud, sans Laferrière, sans Ducharme, que sans leurs mots et les miens, que sans la lecture je n’avais rien.

Aucun savoir-faire.

Aucun repère.

Aucun truc.

Bien sûr j’ai un père, des grands frères, mais à quoi servent les hommes puisqu’ils finissent tous par mourir?

Les livres, eux, on a beau les brûler, ils renaissent de leurs cendres. N’est-ce pas Alexandre? La poésie, elle, elle peut bien nous faire chier, elle sera toujours plus puissante qu’une mélodie, plus pure qu’une musique et plus persistante qu’un ver d’oreille.

Enlevez-moi les mots, je ne suis rien. Retirez-moi le verbe, je ne suis plus.

Tu lis quoi? j’ai demandé.

Il n’était plus là. Ma cigarette s’était consumée.

Combien de temps suis-je restée dans cette ruelle?

Ce moment l’ai-je vécu?

Je suis retournée dans ce bar pour y prendre mes effets. J’ai vu l’homme avec qui je pensais passer la nuit passer ses bras autour de la taille d’une jolie blonde. Je les ai trouvés beaux, sincèrement. Je me suis assise, les ai regardés, ai récupéré mon sac, ai cherché mon rouge à lèvres, frénétiquement. Je m’en suis remise trois couches pour bien me la fermer, ai couru en talons hauts jusque chez moi, ai pris mon souffle en bas des escaliers, en haut aussi, me suis déshabillée, au complet, ai allumé une cigarette et puis j’ai lu.

J’ai lu parce que c’est mon truc.

Une fois mon roman terminé, un livre vraiment déprimant, j’ai pris les Poésies complètes de Nelligan, ai ouvert une page au hasard, la 100e, et j’ai lu :

« L’amour, sachez-le, tôt s’endort »

Et j’ai pensé à lui, à ce type bien sur la piste de danse avec une autre. Je me suis rappelée cette connerie que je lui avais dite plus tôt.

Devant les hommes que j’aime bien, je préfère me la jouer conne. À chaque animal son moyen de défense.

J’ai pensé que s’il avait été près de moi, que si nous étions rentrés ensemble, on ne se serait pas endormis tôt.

L’amertume, sachez-le, tard s’endort.

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Le Québec a besoin de prendre le métro.

novembre 5th, 2011 · Illusions/Idéalisations

Sept mois que je n’avais pas mis les pieds sous terre.

Et dire que pendant tout ce temps, je marchais sur la tête de tonne de gens, oubliant complètement leur existence. J’en vins même à oublier que j’étais mortelle et que nous n’étions que des fourmis, Werber ne réussissant pas à me le rappeler.

J’avais oublié que les gens se faisaient parfois laids, rarement par choix, qu’ils ne s’habillaient pas tous avec goût et que plusieurs avaient une drôle d’allure, une étrange démarche ou encore une incroyable dentition. J’avais oublié qu’on ne confectionnait pas que du Mackage, du Canada Goose et du Soia & Kyo, que quelque part, pas très loin, on portait la botte blanche, du Baby phat et que toutes les lunettes n’étaient pas celles de Woody Allen, qu’on ne fumait pas tous des cigarettes importées et qu’on ne buvait pas tous du bon vin.

En sept mois, j’avais oublié tant de choses! Un séjour dans le sol et tout me revint.

Je me suis rappelée que je marchais vite et que je dévalais les escaliers comme personne. Je me suis souvenue, en l’espace d’une seconde, que les poteaux de métal me laissaient froide et que les sourires me faisaient chaud. Il me revint à l’esprit qu’on ne vivait pas tous sur le Plateau, que beaucoup de gens n’avaient pas de voiture, que les jeunes étaient « back to school », que les vieux étaient vieux et nombreux, que l’hiver s’annonçait, qu’il faisait chaud, que ça puait parfois, que les gens puaient plus souvent qu’ils ne sentaient bons, que les hommes me souriaient, qu’il n’y avait pas que ma boulangère qui menait la vie dure, que les gens lisaient encore, que les ados s’embrassaient à pleine gueule dans les wagons et que même s’ils étaient laids, qu’ils avaient les bras trop longs et des boutons, ça semblait bon de s’embrasser ainsi.

Je me suis rappelée que mon amant ne demeurait plus à Montréal, qu’il avait emménagé à Hambourg et que c’était l’anniversaire de ma meilleure amie. Je constatai que plusieurs faisaient de la drogue en plein jour, que la ville était souterraine et qu’elle ne m’avait pas manqué. Je pensai que je pouvais te croiser entre Beaubien et Square-Victoria, me fis la remarque que changer de trottoir était plus discret que changer de rame, trouvai ma musique trop forte, me reprochai de trop tweeter, de trop texter et décidai qu’il fallait profiter de ce temps mort, 25 mètres sous terre, pour continuer mon livre.

Quelques pages et je hochai la tête, signe approbateur, en lisant Roméo Dallaire dans De quoi le Québec a-t-il besoin? Le sénateur me paraît pas mal plus sensé qu’a pu l’être Lucie Pagé, page précédente.

Celle-là, elle rêve en couleurs.

De quoi le Québec a-t-il besoin?, c’est la question. Le Québec a besoin de beaucoup de magie, c’est sa réponse.

René Lévesque n’était pas magicien, Jean Lesage n’était pas martien et, avec des idées pareilles, je laisserais tout entre les mains de Merlin.

À quoi bon croire à l’humanité puisqu’il y a l’alchimie?

Vous voulez enrayer le cynisme? Pas de problème, prenez votre long chapeau noir et faites-en surgir un lapin!

Vous désirez éduquer la nation? Balayez-moi le ministère à grands coups de rites incantatoires! Sommez les étudiants de sortilèges!

Non, mais…  C’est d’un projet, de liens et de confiance dont le Québec a besoin.

Ça pis de prendre le métro!

Je vous préviens, ça risque de puer, de jaser fort pis de sacrer, mais il est là le vrai monde! Ils sont là les maux d’une société en manque, d’un service en panne.

Ça vous débranche de votre cellulaire pour un moment, mais moi, en tout cas, c’est ce qui m’a reconnecté.

Ça coûte trois dollars pis c’est pas sorcier!

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Samedi soir, je regarde les bananes pousser et ma jeunesse s’en aller.

octobre 22nd, 2011 · Ma vie, en tranches...

Je regarde un documentaire sur les bananes.

Samedi soir, je regarde un documentaire sur les bananes.

Ne devrais-je pas être en date avec un beau grand brun comme je l’ai fait tant de fois? Ne devrais-je pas être en train de cogner une bière contre une autre puis une autre et une autre jusqu’à ce que nos corps fassent pareil?

Samedi soir, 19 h 11, j’ai de larges joggings, de gros bas Mohair, du rouge à lèvres rose, une coupe de rouge à la main et je regarde un documentaire sur les bananes d’un œil distrait.

Il se trouve que ce matin je suis allée à l’épicerie et je me suis égarée dans la section Fruits et Légumes. Il y avait là les bananes bio en paquet de trois. Trois pour 1.99$ Je me suis perdue devant une sélection de bananes dans une section Fruits et Légumes et j’ai fait ce constat troublant : je ne connais rien à ce fruit.

Je me suis fait la réflexion que ce ne devait pas être simple d’être une banane de nos jours. Comme c’est le cas des poulets, des cochons, de l’amour… Il n’y  a rien qui soit bien simple de nos jours.

Alors voilà où j’en suis! Je suis assise sur des draps tout propres à regarder un documentaire Bananas Part 1, un beau documentaire comme il y en a plusieurs. La dernière fois que j’ai visionné un truc du genre c’était sur les boucheries ces porcheries. Je n’ai plus jamais mangé de merguez par la suite. Je vis très bien sans. Pareil pour la viande. J’imagine que je ne vivrais pas trop mal sans banane. On verra dans 21 minutes.

Je passe la semaine à me dire que je n’ai pas assez de temps pour lire. Je ne comprends pas bien Freud, je ne sais pas grand-chose d’Hegel, je ne sais plus quel âge à mon frère, j’ai oublié ton nom. J’ai la soirée devant moi et la nuit, mais je n’en fais rien.

J’ai parfois l’impression de voir ma jeunesse filer. Elle me laisse tomber à l’heure où mes amies découvrent la leur.

Ma jeunesse, je la regarde de travers. Je la vois se faire belle, danser sur les tables, chanter faux en talons hauts, s’agripper à de larges dos, se faire larguer avant 6 am. Ma jeunesse fut un temps entre 15 et 19 ans. Elle sortait tous les soirs, fittait dans des robes incroyables, avait de faux cils jours et nuits, se fardait telle une poupée et appelait tous les hommes chéris.

Si j’avais envie de danser, je téléphonerais à Catherine.

Si j’avais envie de baiser, je reverrais Charles.

Si j’avais envie de lire, je terminerais Tolstoï.

Si j’avais envie de me faire chier, je démêlerais mes factures.

Si j’avais envie de faire du sport, j’irais courir.

Si j’avais faim, je mangerais.

Si j’avais soif, je boirais.

Mais il se trouve que je n’ai envie de rien car ma jeunesse se fait vieille, qu’elle pâlit et que plus il fait froid, plus elle se fait frileuse.

Il reste cinq minutes à la partie 1 de mon reportage qui en a 4.

Mon téléphone vibre, je sursaute.

On appelle encore les gens? je pense.

Numéro inconnu, je réponds.

Invitation à sortir, j’accepte.

Ordinateur, je ferme.

Larges joggings, j’enlève.

Gros bas Mohair, je retire.

Rouge à lèvres rose, j’applique.

Coupe de rouge, je ressers.

Je regarde ma robe noir d’un œil pervers.

Samedi soir, 20 h 32, j’ai 15 ans.

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Interstice.

octobre 15th, 2011 · Illusions/Idéalisations

Partout les gens meurent. Quand ce n’est pas d’ennui ce sont des bulles pas possibles avec des noms imprononçables qui se forment dans les têtes et éclatent ou des fils importants qui cassent ou vont péter près des coeurs. Plusieurs s’entre-tuent alors que d’autres sombrent dans un sommeil dont ils ne se réveilleront jamais pour nous dire s’il s’agissait d’un rêve ou d’un cauchemar.

Mon voisin s’est parachuté en bas d’une chaise et sa corde n’a pas rompu.

- Il est mort dans le ciel maman?

- Oui, ma chérie. Il voulait vivre dans les airs celui-là.

Je me souviens avoir trouvé ça beau et l’avoir trouvé pas mal courageux M. Richard et on en a plus jamais parlé.

Mon oncle s’est enterré vivant. Un truc de sable mouvant.

- Mononcle Gilles s’était bâti un fort.

- Un fort comme celui de moi et Julie?

- Oui, comme celui de Julie et toi, mais la neige était du sable et le fort s’est effondré…

Pour tout vous dire, je n’ai pas tout compris de ce que ma mère m’a dit parce qu’elle était émue par son histoire et du coup elle la racontait pas trop bien. Enfin, il est mort et c’est pour ça qu’on ne me l’a jamais présenté, mais on ne dit pas ça à un enfant. La fatalité frappe bien assez tôt, inutile de précipiter.

Le lendemain, j’étais dans le fort chez Julie. Je me souviens avoir eu une pensée pour lui. Brève, certes, car qu’est-ce que l’enfance peut bien faire des gens qu’elle n’a pas connu.

Grand-père a oublié mon nom puis celui de ses enfants, mais jamais celui de sa femme.

- Il meurt de quoi grand-père? j’ai demandé à ma mère en sortant de l’hôpital. Bien que jeune, je voyais bien de quoi il s’agissait.

-  Voyons ma chérie! Grand-père n’est pas mort, il a la maladie de l’oubli.

Je me souviens de lui tous les jours.

Partout les gens meurent. Ici, ailleurs. Les pâles, les couleurs. Les types biens, les crottés. Y en a qui tiennent plus longtemps. Ceux qui ont à boire et à manger ont plus de chance parce qu’ils sont nés là où il fallait, quoi que ça ne les empêche pas d’aller voir ailleurs.

Partout les gens meurent et à voir les dirigeants faire pousser des tours plus hautes et encore plus hautes en orgueil et les banques piler toujours plus et encore plus en profits et en vider d’autres et d’autres à crédits, on les croirait invincibles. Puis, un jour, c’est notre tour. On marche et le vent nous tape dans le dos et on se réveille contre quelqu’un et cet autre s’accroche à soi avec toutes ses lèvres dans toutes ses mains et par toutes ses cuisses et là on se sent Dieu en diable et on s’attache et ça y est on a peur de mourir.

Il y a ces orgasmes, ces fous rires, ces coups de foudre, ces pluies torrentielles, ces 200 km/h, ces nouveaux-nés, ces sommets à mille pieds.

Bref, il y a ces instants d’éternité d’une indicible légèreté, ces rares et seuls répits nous faisant oublier la mort.

Et pour le reste il y a la vie.

Et bien qu’elle soit parfois triste ou dure ou sage ou fragile ou frêle ou tiède ou taupe ou blême ou grave ou drabe ou sale, elle est la seule chose qui nous maintienne en vie.

Elle est cet interstice d’une inéluctable pesanteur.

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L’été nous a quitté. Depuis, c’est dimanche tous les jours.

octobre 2nd, 2011 · Ma vie, en tranches...

Je me suis dit que c’était dimanche et qu’il me fallait écrire parce que l’envie y était.

Alors que mon café ne coulait pas et que l’idée de décalcifier Breville ne me disait rien, alors que j’avais cette lâcheté dimancheuse dans les pattes et plus rien à manger, je décidai qu’il valait mieux sortir. Trame sonore de Café de flore dans les oreilles, je quittai faire des trottoirs de Mont-Royal ce que je faisais depuis le matin avec mon appartement : un studio de danse où j’étais seule danseuse.

À peine tourné le  coin, je ressentis une envie d’écrire plus pressante que l’envie de café m’ayant poussé à la rue et je pensai qu’il serait bien de m’asseoir sur le banc en érable coin Des Érables pour ne pas laisser filer l’idée.

En fait, je ne sais pas trop si ce banc est véritablement en érable, mais peu m’importe qu’il soit en chêne, en sapin ou en marbre puisque ce banc n’est même pas banc ; il est banc et table à la fois. Je n’aime pas trop les tables de pique-nique, je trouve le concept ennuyant. Je préfère manger par terre au parc, sur le gazon et pour tout vous dire je mange souvent sur le plancher du salon, mais ça ne vous regarde pas. Enfin, je m’en sauverai toujours avec auto-fiction lorsqu’on me dira que c’est mauvais pour la posture ou pour la digestion.

Ça y est j’ai perdu l’idée que j’avais d’écrire parce que je ne me suis pas assise sur ce banc-table-de-pique-nique simplement puisque j’ai horreur des clichés.

Cliché du genre jeune femme cheveux-en-brousse poncho-en-mousse qui se balade le premier dimanche matin d’automne pantalons-vert-peppermint dans de vieilles bottes-achetées-en-montagne, foulard-orange-brûlé-couture-350$ avec, pour seul maquillage, un mascara-40$-avant-taxes que seules les esthéticiennes bénéficiant du rabais employé peuvent se payer ou les dames de Westmount ou les hippies snobs du plateau Mont-Royal qui vivent égoïstement, sans enfant ni copain ni famille pas loin, celles qui n’auraient pas les moyens de se payer un peigne-coiffeur-de-cils-40$, mais bon puisqu’elles passent leurs économies à ne pas économiser et qu’elles n’ont pas de fonds de pension, ne pensent pas à la retraite, n’ont plus 20 ans, elles peuvent bien se permettre des habits dénichés en friperies, des sauts en parachute pour oublier comme leur vie les emmerde, des cafés à sept dollars et des cils haut perchés à 40 balles.

De si beaux cils qu’on n’ose pas les asseoir sur les bancs-tables-de-pique-nique parce qu’on a l’air d’une hippie snob qui se prend pour une artiste et que ça fait cliché!

Comme je marchais pour aller retirer, je me suis demandée ce qu’il faudrait faire si, à tout hasard, le ciel se décidait à me tomber dessus. Réflexion que je me fis encore une fois à cause du look. Laine et pluie, ça ne va pas bien ensemble! J’aime la pluie, mais lorsque la laine pue c’est autre chose.

Je me dis que s’il pleuvait, il me faudrait bien entrer quelque part, boire quelques shots, prendre quelques lignes et laisser le dimanche passer comme samedi s’en est allé. Shots, lignes : caféine, littérature. Allez pas vous faire des idées.

Tourner coin, pluie.

Tourner autre coin, autre pluie.

Tourner plus de coins, pluies plus fortes.

Ainsi, de pluies en pluies. Ainsi, de coins en coins.

Pour, au final, ne faire qu’un rond et entrer dans un café qui ne prend que comptant et être un peu dans la merde. D’autres ne paient pas le loyer, ce matin, je ne paierai pas le café. On aura vu pire.

Au gai qui tient le café, je n’aurai qu’à dire que les cheveux mouillés ne me vont pas très bien. Ça aura l’air moins con que de lui dire que l’odeur de laine mouillée ne me va pas très bien. Il compatira et puis je suis une bonne cliente.

Faux! Je ne suis pas une bonne cliente. J’achète un café pour le siroter tout l’après-midi. Faut pas penser être bon client quelque part où on va souvent, c’est de la connerie.

Je m’installe devant mon café à sept dollars, du papier trop blanc et des crayons qui ont la même couleur que mon mascara…

J’ai perdu l’idée que j’aurais dû écrire sur ce foutu banc-table pas en érable coin Des Érables.

Déçue, je cale mon café, me lève pour ne pas payer, me fais la réflexion que je suis plus rentable quand je ne paie pas et explique mon truc au bonhomme.

- Pas de problème ma belle, tu repasseras et me rendras ça une aut’fois!

- Merci chéri, bon dimanche!

- C’est samedi ma belle!

Et bien! Il m’insulte avec un mot gentil celui-là! Le voilà qui m’enlève l’envie d’écrire à grands coups de ma belle et de samedi.

Si vous dites bon dimanche et que par malheur c’est samedi, notez bien ça : il y aura toujours quelqu’un pour vous le faire remarquer.

Les gens prennent vraiment les gens pour des cons.

Tant pis, bon dimanche!

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Apesanteur : Absence de pesanteur

septembre 25th, 2011 · Ma vie, en tranches...

On s’est envoyés en l’air quelque part fin septembre dans le ciel que vous savez. Cela fait quelques heures et je plane encore.

J’ai ri en tandem, dit Grandiose puis Magnifique et autres adjectifs. J’ai chuté libre à 4 000 mètres et des poussières. 11 000 pieds et quelques mains que ça fait on m’a dit.

De retour au sol, j’ai trouvé étrange ma réflexion : Merde, on ne s’est pas écrasés! Pas qu’être en vie soit si prévisible, mais que c’était bon au ciel! Il m’a fait tourné Dan. À gauche! À droite! Et je lui en ai demandé encore et il m’a donné ce que je voulais et il m’a même laissé croire que c’est moi qui dirigeais. Ça j’ai aimé! Ça lui a bien plu aussi. Faut dire que je riais et que ça l’a fait rire. Il me disait  : Regarde les nuages! et  je regardais les nuages. Plie les genoux! et je m’exécutais.

J’étais une marionnette.

Une autre réflexion qui m’a épaté, cette fois-ci dans le ciel, c’est que même à 4 000 mètres d’attitude j’y ai pensé. À l’amour on sait bien. Et je me suis que l’amour ça ne valait rien à côté de ça, j’ai ri de lui, pour la première fois. Je me suis payer sa gueule. Dan devait trouver que je riais beaucoup. Je me suis excusée : Excuse-moi Dan, je ris trop! 

Je plane comme je m’écrase de plus en plus. La journée avance. Peut-être même que la vie continue. Tout m’écrase. Les trottoirs trop étroits, les voitures trop grosses, les toits trop bas… Je sonne un peu Ducharme, car je le lis ces jours-ci. Ce type est brillant. Il en sort des pas mal du tout, des phrases. Il sonne Miller lui.

Rentrer en ville fut un enfer. Je n’aurais pas décollé de suite. Je serais rester naturelle en nature. Cette ville ne m’intéresse plus. Les hommes n’y sont plus libres et s’ils le sont il sont laids et s’ils ne le sont pas ils ont des chiens qui eux le sont et les rendent attendrissants et perso je n’ai rien à faire de m’attendrir d’un homme et encore moins d’un chien. Je veux me pâmer, me laisser charmer. Je veux des bras comme des parachutes.

Donnez-moi le vertige! Messieurs, je vous veux en hauteurs, donnez-moi des couleurs!

Et comme y a pas que l’amour et que l’amour c’est peu de chose, il y a les rues qui ne me plaisent plus, dans lesquelles je ne me perds plus. Il y a ce quartier qui est ma poche, ce froid qui bientôt viendra. Je ne remarque plus la couleur des portes de mes voisins, je ne chante plus la langue du fleuriste et comme partout où on est bien : il y a le temps que je ne vois plus passer.

Et voilà qui me fait penser que peut-être cette chute est-elle ce dont j’avais besoin pour m’écraser…

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Encore le vol.

septembre 24th, 2011 · Ma vie, en tranches...

Il me demanda pourquoi est-ce que je voulais être un oiseau alors que je n’eus pas prétendu vouloir en être un.

La conversation m’échappe comme son contexte et le nombre de bières bues cet après-midi-là, mais je me revois étendue par terre à regarder le ciel et à attendre de voir passer quelque chose qui aurait pu être moi puis à fermer les yeux tellement sa question m’épuisait.

Il y a des journées où on ne devrait rien faire d’autre qu’embrasser l’autre car on n’a pas idée de ce qu’entraîne la possibilité d’être un oiseau. Dans mon cas, l’oiseau a tout gâché…

J’allais atterrir sur sa bouche quand un plumeau volant me passa devant les yeux et, ne pouvant détacher mon regard de lui qui était moi ou de moi qui étais lui, je m’entendis répondre:

« Je veux être oiseau pour sentir que ce ne sont que mes ailes qui me portent, que mes ailes… » 

Je sentis le vide et la plénitude d’une réponse parfaite. Une réponse qui en est bien une et qui sonna à mes oreilles comme la solution au poids du monde, comme l’équation de toute une vie, comme une première déception: celle de réaliser que ma réponse l’eut surpris. Dès lors, je compris que je n’étais pas son elle et qu’il ne serait pas les miennes.

Il m’est impossible d’être oiseau tout en ne croyant pas à l’existence de la liberté. Ou que très peu. Est-ce que quelque chose peut n’exister qu’un peu?

Si la liberté n’existe pas ou peu, c’est elle qu’il me faut.

Or, bien que sa bouche me tentait toujours, je me mis à la craindre et ses mains ne me dirent plus rien, car il me semble que si j’étais un oiseau, mes ailes me porteraient loin de lui.

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mauvaise foi(s).

septembre 24th, 2011 · Ma vie, en tranches...

je fus ton été comme elle est ton automne. c’est bien. je trouve tout de même injuste de ta part ou de la mienne ou de la sienne de lui avoir laissé ma saison préférée. qu’as-t-elle à faire de ces feuilles qui rougissent? mes joues pigmentent plus que les siennes, j’en suis certaine. ma sève coule davantage et telle une fourmi mon corps s’endort lorsque chute la température. je nous voyais nous évanouir au sommeil, s’endimancher aux réveils. je nous imaginais baver le ciel pis le soleil et rire des glaçons qui fondent à merveille. je pensais que peut-être l’hiver ne viendrait pas.

je suis naïve, je sais. j’ai cru survivre à la mer, à ses reflets. j’ai cru que là où d’autres se sont noyées, je serais unique naufragée.

je suis forte, tu sais. j’ai survécu dans notre château de sable. j’ai cru seule à notre feu de paille où d’autres se sont brûlées.

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I’m a beautiful love cliché.

août 29th, 2011 · Sous effet...

Mon romantisme dégoûte : je soupe aux chandelles, écoute du jazz par temps de blues, du blues par temps de pluie, lis du Rimbaud quand mon âme tonne, du Nelligan lorsqu’il résonne et si par malheur je vous aime vous êtes ma soupe et je commence à en avoir ras-le-bol.

Mon corps n’en peut plus de s’ouvrir aux pleines lunes et de se fermer si on frôle ma main.

ouragans, caféine, regard, peau, bouche.

volupté, luxure, sexe, corps.

Il n’en faut pas plus que je crève un dimanche.

Je souffre de la chance d’être née femme, sensuelle, sensible, belle. Et pire que tout de n’être pas si bête.

J’aimerais qu’on parle sensuel.

Les femmes ne savent plus ce qu’est la sensualité car on l’a éradiquée de nos rues en raccourcissant les jupes et en amincissant les nuques. On n’apprend plus aux femmes ce que dit le corps car nos mères nous jettent trop tôt dans un monde mode séduction et seules celles étant de nature forte détacheront leurs cheveux. Hélas! je ne parle pas de revenir aux corsets, aux grasses ni aux bordels car des putes il y en a toujours eues, mais je crois qu’il serait bien d’envoyer ces femmes sous la douche avec une poignée de cerises, qu’on ferait bien de les enfermer dans une salle aux miroirs et de les faire danser qu’importe qu’elles soient rondes, lourdes ou ballerines.

Mes amies, mes chéries, ceci n’est pas un discours féministe. Bien que je sois fan de Beauvoir et que je rêve de son Anselm tous les soirs, je ne me la joue pas salvatrice. Je ne parle ici que d’une sensualité qui s’évapore. Mesdames, le sexe, les sens doivent vous sortir par les pores. Et sentir la pêche. Comprenez bien missies and mistresses : vous êtes une pêche que l’on devra cueillir avec soin.

Fin.

N.A. lire une princesse si vous êtes un peu geek!

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