CLOSE SEARCH

Retour doux et dur

Je rentre d’un séjour de six mois à l’étranger et, pour la première fois, sitôt que mes pieds ont foulé le sol québécois, j’ai eu envie de repartir. J’ai exprimé à mes proches ce sentiment que j’ai d’étouffer sur place, de revenir dans mes vieilles chaussures. Je leur ai dit : J’aimerais que le Québec soit pour moi un vaste trampoline sur laquelle je viendrais rebondir. Je ne veux plus y rester.

J’ai averti tout le monde pour éviter les surprises : C’est ma dernière année ici. Montréal, c’est terminé. J’y ai vécu ce que j’avais à y vivre. Je suis ici pour compléter ma maîtrise, rédiger mon mémoire et après je vends tout et je repars.

– Tu retourneras vivre au Danemark ?
– Non.
– Mais tu ne m’as pas dit être tombée amoureuse là-bas ?
– Si. Mais mon voyage au Danemark était terminé. J’irai ailleurs.
– Je te pensais plus romantique.
– Je le suis. Mais pas éperdument. Je rêve qu’on bouge avec moi, pas qu’on me force à rester.
– Il a tenté de te retenir ?
– Je crois que c’est un être très sensible. Man, ils sont si rares ! Il m’a laissé filer.
– Alors tu penses à quoi ?
– À l’Afrique. À l’Europe. Ce n’est pas très important.

Je suis rentrée dans un appartement sale qui ne me ressemblait plus. Mes draps blancs étaient devenus jaunes, les murs suintaient la cigarette et j’ai trouvé des mini-sachets vidés de leur coke partout, jusque dans mon thermos à café. Il y avait des tranches de baloné sans emballage dans le frigo, des saletés qui ne m’appartenaient pas dans tous les recoins de l’appartement, des bouts de papier sur lesquels l’ex d’une sous-locataire avait écrit des menaces, des billets de loterie jusque dans le bain et des butchs de cigarette dans des bouteilles en plastique.

Je retrouvais mes romans préférés au travers de vieilles copies du Journal de Montréal et je prenais conscience de ce que le cambriolage m’avait véritablement pris. Des lettres d’anciens amants, des fleurs fanées, des cartes d’anniversaire et autres cartes postales reçues que je gardais depuis l’âge de 12 ou 13 ans, des apparitions de moi dans les périodiques régionaux, mon trophée d’implication scolaire, l’alliance de Grand-mère, et autres babioles chères à mon coeur, sans valeur pour d’autre que cette personne qui a voulu me blesser, qui a cherché à m’atteindre. Quelqu’un qui vous connaissait intimement, comme dit le policier. Non sans rire, comme je lui réponds.  

Je suis rentrée et je me suis tout de suite remise à travailler. Le retour est une saloperie pour quiconque déteste la gestion des documents administratifs. Renouvellement du permis de conduire, heures passées au téléphone avec les assurances, la RAMQ, les employeurs, les propriétaires et les institutions bancaires. Les deux dernières semaines se sont passées au boulot et à l’université, dans les congrès et dans le backstore. Entre les clients qui se plaignent de l’augmentation du prix du vin et les discours intellectuels et sociologiques portant sur l’univers du conte, je ne savais plus quelle langue était mienne. À mon deuxième chiffre au travail, un Danois est passé à ma caisse. Je l’ai entendu à sa manière de chercher ses cennes, halvfjerds. Next thing you know, je verse une larme ou deux dans les chiottes.

Alors voilà ! Je suis rentrée et même si j’ai l’impression que tout se met en place pour me bousculer, je me laisse le temps de me réapprivoiser. Les lieux, l’accent, les gens. Il y a certains endroits que j’aimais et que je n’aime plus. Certaines personnes que je ne souhaite pas revoir. Et j’accepte mes émotions comme elles viennent à moi. Je sens que cette fois, mes changements sont plus profonds,  qu’ils seront plus durables, plus ancrés.

Je n’ai plus tellement envie de plaire. Comme si quelque chose en moi c’était fané alors que je ne me suis jamais trouvée aussi belle. C’est peut-être alors tout le contraire. Peut-être que je m’épanouis enfin.

13730621_10157217573400078_169767037_o
Photo publiée sur Insta @SabrinaDumais

Filed under: Jelefaispourmoi

  1. Karo
    Avec toute une équipe qui les dorlote, il faut des mois aux astronautes ayant séjourné dans l'espace pour se remettre......Considérant les conditions difficiles de tes premiers jours, il faut que tu sois lucides et prennent du temps pour retrouver tes repères et tes racines.....car c'est ça qui te ramène ici....plus ou moins consciemment ou plus ou moins volontairement.... J'avoue que c'est un retour intense et que juste ¨le jeu qui rend fou ¨. Des boîtes vocales (désolée mon clavier ne veut pas collaborer!!) aurait eu raison de moi!...Je te souhaite que les prochains jours soient doux....calmes et surtout, réconfortants....car c'est ça aussi qu'on vient chercher en revenant...le réconfort...des gens, des endroits, des objets, des odeurs, des sons et des chansons qu'on connait et reconnait, qu'on aime et qui nous font sentir bien....il suffit de leur laisser du temps et une petite place pour s'installer....et t'aimer... Bon retour Xxx
  2. Paul Emile
    Bobo égocentrée.