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30 jours sans trich

J’ai débuté l’année ainsi : les membres fatigués, des ecchymoses aux genoux et sans énergie très vive. La veille j’avais beaucoup bu, j’avais craint qu’on ne m’ait intoxiqué en me refilant un verre non-désiré et je m’étais alors élancée hors du bar sur des jambes molles qui avaient du mal à me tenir à la recherche d’un taxi que mon élocution et l’absence de verbe rendaient difficile parmi tous ces gens que le mélange de froid et d’alcool faisait tanguer.

Je suis rentrée chez moi dans un flou trop opaque pour la lucidité et j’ai passé les deux jours qui ont suivi au lit à faire la liste de ce que je ne voulais plus de moi : ne plus m’empêcher de nommer ce qui me déplait pour plaire, ne plus dire oui lorsque c’est un Fuck No qui monte, ne plus avoir peur de savoir ce que je veux, ne plus craindre la tendresse. But my darling, I am frightful. I am so afraid, I can barely move. How can one loves with such a fear ? C’est ce que j’écrivais à une amie qui partage mes craintes de l’autre côté du globe.

Je déteste les 31. À chaque année, soit je tombe malade, soit l’on doit me réveiller pour le décompte. Je m’invente des bilans pour faire preuve de scission, pour donner sens à la fin d’un cycle. Pourtant au-dehors, c’est pareil. Il neige, il fait froid, je ne perçois pas le changement de luminosité et j’ai du mal à croire que le printemps reviendra. 2016, 2017, les jours se suivent, le café est noir et les ananas n’ont pas ce goût sucré que je recherche dans tous les aliments et qui me laisse au bas-ventre un trop-plein qui pèse encore plus qu’il n’en déplaise en ce qu’il représente, une dépendance. Une de plus.

Cela fait un mois que je ne me suis pas tirée les cheveux. Un mois sans trichotillomanie. C’est une mini-victoire, à chaque fois. Et j’ai envie de dire que c’est d’autant plus difficile lorsque j’écris, lorsque je fais entrer un nouvel homme dans ma vie ou encore lorsque j’ai peur de ne pas être à la hauteur. De ne pas être à la hauteur du mémoire que je dois rendre, par exemple. J’aimerais dire que lorsqu’il s’agit de lutter contre un trouble anxieux, chaque jour compte. J’aimerais dire que je comprends ces personnes qui m’écrivent et me disent vivre la même chose sans en parler. « Il n’y a que ma mère qui sait. » « Je ne l’ai jamais dit, pas même à mon copain avec qui j’habite depuis plus de dix ans. » J’aimerais dire que je comprends mes parents de ne pas comprendre puisqu’après toutes ces années, je ne suis moi-même pas certaine de comprendre pourquoi l’envie de tirer se fait parfois si forte.

Et ce n’est pas faute d’avoir cherché. Thérapies avec un s, hypnose, homéopathie, naturopathie, yoga, retraites et autres techniques de méditation. Devant le manque de ressources, j’en suis venue à me dire qu’il y a peut-être là un effort d’acceptation à faire. J’ai tenté de croire que s’il y avait des épisodes lors desquels je tire moins, c’est que je m’aimais mieux, mais je dois admettre ne pas savoir profondément ce que ça veut dire : S’aimer soi-même.

J’ai besoin de l’autre en ce qu’il est, autre. Je ne me suffis pas. Et ce, malgré les tentatives pour me tourner vers l’intérieur et me sentir, ne serait-ce que pour un espace-temps, un univers unique univoque. « Uni », ça veut dire quoi ? Étymologiquement, « uni » est un élément du latin signifiant « un ». Puis-je ajouter « qui sont liés » aussi ?

J’ai besoin de cette liaison, de l’intimité versus l’isolement, de la régénération des liens versus leur stagnation, de l’initiative par opposition à la culpabilité, du travail devant l’oisiveté, de cet incessant travail sur soi, de l’autonomie contre le doute, contre l’incapacité d’action, contre la honte. L’osti de honte ! Cette impression que toutes les dépendances en sont nées.

Je n’ai aucun projet d’écriture pour 2017. Bien sûr, il y a mon mémoire à rédiger, mais ça ne saurait suffire. J’ai besoin de ma plume qu’elle soit vraie, brute et qu’elle écorche. J’ai besoin de parler de la honte et peut-être que, comme pour ma trich, il y a là un travail d’acceptation à faire, peut-être ne suis-je simplement pas prête à l’approcher, à l’apprivoiser et enfin à la raconter, cette honte de soi.

Fin de session. Les ananas sont sans sucre et le café noir. ?? #GoodMorning

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