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sur des airs de mélancolie.

Il pleut et je suis dans ces états que je connais bien et que je ne maîtrise pas, dont il arrive qu’on en dise qu’ils forment un tout. « Je suis dans tous mes états. » Un tout imprévisible puisque si l’on savait dire quelque chose de ces états dont on parle il faudrait d’abord dire qu’on n’en sait rien.

Je fais jouer des mélodies de piano dans l’appartement pour enterrer l’eau qui s’enterre déjà et ma mélancolie lèche le plancher. Te lècherait aussi, si seulement tu avais accepté de venir jusqu’à moi.

J’ai envie de dépenser une fortune en sandales faux-suède. Des bleues, des noires, des rose pastèque. Des heures de travail pour des sandales faux-suède et des oeuvres littéraires contemporaines. J’achèterais du Joan Didion, Alice Munro, Sylvia Plath, Zadie Smith, Maya Angelou, et je me ferais livrer tout ça.

Maya Angelou naissait il y a 90 ans aujourd’hui. Comme Grand-mère. Grand-mère a 90 ans aujourd’hui et j’attends que mon humeur change pour lui téléphoner.

Mon roman n’avance pas et, la plupart du temps, il ne me dit rien.

Je rêve de sexe où l’on me prend par la gorge et où mon regard s’estompe sur les lignes du plafond. J’ai aussi très envie de fumer des tops dans l’appartement.

Piano, pluie, tops. Un portrait gravé-cliché. Signé, Mélancolie 2018.

J’ai envie de me nudifier, de m’étendre sur le plancher et de prendre froid.

Les émotions défilent le long de ma gorge et y bloquent l’entrée. Je respire en saccades. Puis ça va. Puis saccades et puis ça va et plus j’écris vite et plus ça va. Je vais mieux.

Ils se font rares les jours comme aujourd’hui où je me sens artiste et où rien ne tient aux murs.

La pluie tombe et je n’aime personne, pas même moi. Je regarde par la fenêtre et ce que j’y trouve s’y trouve laid. Le voisin d’en face et sa barbe moche. La neige sur les voitures de couleurs trop intenses. Les parcelles de gazon qu’on commence à apercevoir, par endroits, mais qu’on ne peut pas dire vertes. Le foin, le fumier, est-ce encore de la verdure ?

Derrière mes yeux ne se cache aucune beauté.

Je vais me couler un café histoire que le coeur passe plus vite et que la vie aussi.

Entracte.

J’ai mis du café partout. Du sac au moulin à la cuillère à la machine à l’évier. J’ai laissé tout ce beau bordel derrière moi, j’ai couru jusqu’à mon ordinateur pour ne rien écrire qui vaille et j’ai pris froid sans être nue sur le plancher du salon. Mon café s’est refroidi lui aussi. Je l’ai laissé traîné sur ma surface de travail et j’ai pensé à cette énergie perdue.

Mes personnages ne me disent rien, ne tentent rien. Aucun dialogue, aucun mouvement tendre. Je n’écrirai pas sur eux. J’écrirai sur moi jusqu’à ce que le son de ma voix résonne et les retrouve là où ils se cachent et où si souvent ils m’abandonnent.

L’idée de nommer un recueil de textes « Dispersions ».

Me tirer les cheveux.

Ne pas aimer la forme. Les recueils. De textes, de nouvelles. Sauf le journal et ses entrées. Comme j’y reviens.

Years in, Years out. Ne pas changer.

Fin.

Filed under: Jelefaispourmoi