Le temps est relatif certes, mais il n’en est pas moins temps.
Je crois ne plus savoir distinguer le temps d’autre chose ni de quiconque. Je ne me représente plus les nuits qu’en heures, les chaises en minutes et tes joues en secondes. Le temps est si présent entre nous qu’il pourrait bien nous avaler tout rond, nous manger cru et nous digérer sur le champ.
Je passe cette nuit à écrire parce que tu dors et que cet instant perdu me tient en éveil. Je me la joue garde-endormi et te regarde dans les bras de quelqu’un d’autre. Morphée te prend plus doucement que moi même lorsque j’y mets toute ma tendresse ou lorsque je t’enveloppe de toute ma douceur. Je vous regarde tous les deux dans les bras l’un de l’autre comme si j’étais autre et que je nous regardais, toi et moi enlacés, Morphée sur ou sous le dos.
Je compte les nuits comme on compte les moutons, les billes ou les 25 sous. Je compte notre amour et le temps qu’il nous reste comme si je savais, comme si nous mettre quelque part sur le calendrier nous emmenait ailleurs. Je compte les nuits, les matins, ces moments à nous et je fais des calculs mathématiques incroyables. Je ne mesure que ce qui m’est contrôlable, tolérable, et comme je m’estime tel que l’on s’estime en amour, au-dessus de tout, j’estime que demain nous appartient sachant très bien que tout ce que nous avons est maintenant. Et encore, comment puis-je en être certaine? Je touche ta nuque. Prends ton pouls. Tu respires. J’expire. J’aurais pu aussi écouter ton souffle, mais il me fallait ce pouls comme le tic-tac d’une horloge, comme la trame sonore de ta vie, de la mienne.
Alors, je devrais plutôt dire que tout ce que j’ai est maintenant et, sachant cela, je devrais cesser le décompte. Le temps ne compte plus puisque tu es là près de moi et que ton pouls peut bien m’endormir du moment qu’il m’enchante et engloutir ma vie du moment qu’il me plaît.
Après tout, qu’est-ce que janvier, seconde et éternité peuvent bien vouloir dire puisque je t’aime et que nous sommes unis, seuls, deux, entachés par le temps.
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