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Tempêtes et catastrophes.

Tempête d’eau sur Copenhague. Je suis trempée. Je me suis battue avec la pluie et mon vélo et mes jambes et je n’ai pas les vêtements qu’il faut pour une revanche du ciel contre le soleil. Je me pose à la cantine pour manger une soupe infecte, mais chaude. J’ai annulé le lunch avec les copines pour mon Moleskine et j’écris ce que je crois.

***
Je crois que certaines personnes ont le coeur sombre. Je crois que certains individus dotés d’une redoutable intelligence et d’une particulière sensibilité se servent de ces richesses et autres privilèges afin que la terre se retourne et s’élève pour eux au détriment d’autrui. Détriment est un mot laid comme pustule, détritus, mansarde et presbyte.

Jamais assez, jamais assez, jamais assez. Des gens pour qui l’ego, comme le nez et les oreilles, ne cesse de grandir. Intéressants du dehors, ils perdent de leurs attraits lorsqu’on creuse. Il y a peu sous la carcasse. C’est à la fois fou et inquiétant le nombre de gens qui vivent en surface, qui survivent et qui, grâce à la forme, s’en sortent. Je ne suis pas de ceux-là. J’aime que l’on y descende, j’aime que l’on s’y acharne, j’aime qu’on y plonge. J’aime que, main dans la main, l’on apprenne à nager. Il m’arrive de me dire que c’est pourquoi je suis ici, pour naviguer en ces voies difficilement navigables, en ces eaux troubles et troublantes.

Je ne dis pas que je suis plus intelligente ni plus sensible qu’un autre, je dis simplement que je suis dotée d’une tolérance à l’égard des pleurs, d’une écoute à l’égard des songes et d’une ouverture pour les coeurs qui s’ouvrent. Ce n’est pas de ma faute si je trouve qu’avec la tête, on en a vite fait le tour. La surface ne m’a jamais intéressée.

There was this guy, he was such a cutie and he had this thing between… but that was about it. He was unable to go where I was taking him… Unable to seek deeper… Unable to look at such things as himself…

Tourne, tourne encore et tourne en rond. Rien à faire. Ils se refusent d’y plonger. Ils ont peur de voir en eux-mêmes la noirceur et préfèrent vivre sans y voir clair. Ils craignent d’y repérer de ces vieilles blessures comme l’enfance dont on ne guérit jamais. Ils ont peur d’y voir des actes dégueulasses comme des viols, de l’inceste, des intimités brisées, de la traîtrise et des cambriolages. Ils ont peur d’entendre trop fort le répertoire des mots blessants qu’ils croient avoir oublié et enfoui quelque part. On parle beaucoup du voile ces jours-ci et j’aimerais savoir décrire ce que je vois se dresser devant les yeux de ces gens-là.

S’ils y allaient, s’ils acceptaient le chemin pour s’y rendre, je crois qu’ils y verraient, à la rencontre d’eux-mêmes, des splendeurs et peut-être même cette subtile et délicate lumière que l’on sent descendre en soi lorsqu’enfin on est centrés. Ce qui me fait revisiter mon préambule. Est-ce vraiment qu’ils ont le coeur sombre ou s’agit-il d’autre chose ? Qu’est-ce qui tord les arbres ? Qu’est-ce qui brûle les maisons ? Les catastrophes.

La catastrophe plia l’arbre qui tomba sur la maison qui brûla la maison.

Je n’excuse rien ni personne, pas plus que je ne réclame. Je dis seulement des catastrophes qu’elles entraînent des tremblements de terre et de puissants raz-de-marée. On est plusieurs à sortir des débris ce qu’il nous reste du feu. On est plusieurs à payer les arbres qui se sont tordus et nous en sommes tous et toutes un peu responsables.

La pluie tombe toujours sur Copenhague. C’est une journée comme ça. Je vais à mes cours trempée jusqu’aux os. Mon nez coule. Mon mascara a déserté mon visage. Je ne pleure toujours pas, malgré le mal, malgré le froid.

Je sais mon coeur au chaud et en sécurité.
Enfin.

***
Demain, je vais me faire plaisir. Je troque le Danemark pour le pays des bières et des frites.

Sur ma liste des choses à voir et à faire à Bruxelles et à Bruges :

  • Boire des bières foncées.
  • Boire des bières pâles aussi, mais moins.
  • Manger des frites.
  • Manger des gaufres aussi, mais moins.
  • Rencontrer des inconnus.
  • Frencher des inconnus aussi, mais moins.
  • Retrouver de vieilles amitiés.
  • Me faire de nouveaux amis aussi, toujours plus.

Je descends au Sud et je laisse au Nord pour quelques jours tempêtes et catastrophes.

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