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Un texte difficile

Bien sûr, je m’en doutais. Bien sûr, je devais savoir que je sourirais à nouveau, que le printemps retrouverait son chemin jusqu’à moi et que je perdrais une fois de plus ma main dans les cheveux d’un homme le temps d’une histoire très belle, pour un soir ou pour une vie, où tout est enfin possible et où les draps sont défaits. Je devais le savoir, car si souvent ça m’est arrivé. Si souvent j’ai aimé à n’en plus voir clair, à m’en oublier l’existence. Si souvent j’ai aimé à ne plus savoir prendre en retour, à m’en gaspiller l’univers. Trop souvent, j’ai refusé de voir les signaux d’alarme, les red flags si rouges qu’ils ont pris feu et tout brûlé au passage. Trop souvent, j’ai levé les yeux sur mon bras qu’on serrait trop fort et trop souvent encore je me suis refermée sur des phrases balancées à mon endroit comme des étreintes trop fortes qui vous serrent la gorge lors des baises trop rough.

J’ai accepté de croire que l’amour, le vrai, était celui qui vous égorgeait et vous laissait sans vie.

« L’amour fait mal. »
When love hurts, baby, that’s how you know it’s real.

Il faut vraiment une société malade pour faire croire de telles sottises aux cœurs en devenir. Il faut des familles bien tordues, il faut des abus, des mal-de-vivre, des tabous, des catastrophes. Il faut beaucoup de censure et d’oppressions sentimentale et affective. Depuis ma tendre enfance, j’ai si peur des histoires qui prennent fin, si peur des âmes qui refusent de s’ouvrir et des cœurs si lourds qu’ils ont du mal à se lever lorsque se pointe le jour et qui préfèreraient mourir si on leur permettait. À vrai dire, jai si peur chez moi de cette tendresse en carence que j’en oublie parfois l’ultime vérité; qu’au bout de la vie se trouve la mort et que la mort n’est pas une réponse à l’amour.

Grand-père a tué grand-mère dans un élan de jalousie amoureuse, dans ce que la société nomme un « crime passionnel ».
Comment dire… j’ai tout dit.

Il se dit de la vérité qu’elle ressurgit des plus opaques noirceurs. Il se dit de l’espoir qu’il trouve sa voie jusqu’au cœur par-delà les doutes et les incertitudes. On dit tant de choses. Il se fait tant de bruits. On s’entend difficilement penser dans tout ce vacarme et il m’arrive de trouver difficile de m’entendre là où c’est sensible, là où c’est subtile, but always right, à l’intérieur.

J’arrive tout juste à cet interstice, à ce vide entre les parties d’un tout, à cet état transitoire entre un départ et un retour, deux éléments irréversibles d’un long voyage, et je constate comme mes illusions se transforment, comme la lucidité m’est, sinon plus douce, plus confortable et le calme plus accessible. Naît chez moi l’espoir d’un amour doux, tendre et partagé, d’un espoir que je vois se dessiner à travers cet amour que je ressens pour moi, j’ai envie de dire pour une première fois.

Le toucher d’un corps inconnu, l’odeur du café, la découverte d’un paysage inattendu derrière une imposante colline, la sensualité des gestes tentés sur un corps pour une première fois, les mots maladroits et ceux prononcés dans le noir, plus délicats; le bonheur est un état qui ne dure pas. Il est de ces espaces temporels que l’on découvre et redécouvre et qui nous quittent parfois. Si le bonheur m’est accessible c’est que je m’aime mieux. Ce n’est ni vrai tous les jours ni toutes les heures, mais j’y arrive. J’y arrive. Et laissez-moi vous dire une chose de plus, car bien sûr je n’ai pas tout dit :
L’amour ne fait pas mal.

IMG_4329Photo partagée sur Instagram : @SabrinaDumais

Filed under: Jelefaispourmoi